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 T'aurais pas dû | Jed

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T'aurais pas dû | Jed Vide
Message(#) Sujet: T'aurais pas dû | Jed T'aurais pas dû | Jed EmptyJeu 24 Mar 2011 - 1:28

T'aurais pas dû | Jed 33aupw6
T'as p't'être pas r'çu ce qui t'est dû
Mais alors, tu m'l'as bien rendu

FLASHBACK, 4 mars 2012
7h27

Le bruit du courrier dans la boîte aux lettres tira Ella du lit ce matin-là, alors qu'elle n'avait pas réussi à se rendormir et qu'elle était éveillée depuis deux bonnes heures. Sa nuit, très courte, avait été peuplée de cauchemars, où elle voyait Jed prendre peu à peu la place de cet homme qu'elle avait tant haït. En sueurs, elle se réveillait et n'osait plus fermer l'oeil, consciente que ça reviendrait encore et encore et que jamais elle ne serait tranquille. Depuis trois jours, elle avait le sommeil extrêmement léger, se réveillant au moindre bruit, ce qui lui permettait de récupérer les lettres avant tout le monde. Passant à pas de souris devant la chambre de Jed, elle se remémora la dispute de la veille en baissant les yeux, désespérée qu'ils aient pu en arriver là. Jed l'avait frappée comme on l'avait déjà frappée et la scène qui s'était produite dans le salon la veille n'avait fait que dénicher les souvenirs qu'elle avait désiré conserver enfouis, mais qu'elle peinait à oublier. Eux qui, avant, s'étaient raconté tant de choses. Eux qui avaient semblé tout partager avant que la jeune fille prenne conscience qu'elle lui cachait une grande partie de sa vie. Elle avait tellement voulu tout oublier qu'elle avait préféré lui mentir plutôt que de risquer de voir sur son visage cette impression de dégoût qu'il aurait sans doute lorsqu'il apprendrait la vérité. Cette impression de pitié qui ornerait ses traits, ce jour-là, la ferait vomir.

Après s'être arrêtée devant la porte de sa chambre pendant un moment, afin de s'assurer qu'il n'y avait aucun bruit derrière, la jeune fille descendit les escaliers sur la pointe des pieds, jusqu'à rejoindre la porte d'entrée. Elle n'eut qu'à saisir les lettres entre ses doigts pour comprendre que le jour qu'elle redoutait était arrivé; elle n'échapperait pas à la règle et tout le monde serait bientôt au courant. Tout le monde. Tremblante, Ella déchira pour la deuxième fois cette enveloppe pourpre qui lui faisait comprendre que désormais, la vie qu'elle tentait de garder cachée venait tout juste d'être dévoilée. Les larmes aux yeux, il ne lui en fallut pas plus pour qu'elle grimpe de nouveau à sa chambre pour enfiler un jeans et un tee-shirt et ramasser quelques affaires pour les fourrer dans son sac à dos. Au rez de chaussée, elle récupéra quelques provisions, au cas où, et quitta rapidement l'antre qui était son dernier repère. Elle se retrouverait toute seule, encore. Au vu de sa dernière fugue, elle savait ce qu'elle devait éviter, elle savait que les endroits qu'elles connaissait et ceux où elle se rendait fréquemment étaient à prohiber. Elle ne voulait pas qu'on la retrouve; tout serait tellement plus simple ainsi.

Rame de métro
9h12

La jeune fille s'engouffra dans le métro en suivant la vague de gens qui venaient tout juste d'embarquer, décidée à faire quelques stations pour s'éloigner le plus possible d'Ocean Grove et des gens qui risquaient de la reconnaître. Tentant de se faire toute petite alors qu'elle gardait la tête baissée pour éviter de leur montrer ses yeux gonflés par les larmes, elle prit place le long de la fenêtre, son sac sur les genoux. La douleur de se retrouver de nouveau seule alors qu'elle laissait des gens derrière elle à qui elle tenait plus que tout et qui faisaient partie de sa famille lui fendait le coeur, mais elle ne voyait pas ce qu'elle pouvait faire d'autre. Elle ne réussirait pas à affronter leurs regards si elle savait qu'ils avaient été mis au courant. Elle ne parviendrait pas à agir comme si de rien n'était en sachant qu'ils la voyaient différemment. Déboussolée, paniquée à l'idée d'échapper au monde de fou dans lequel elle venait tout juste de se glisser, la jeune fille ferma les yeux pour retenir les larmes qui menaçaient de s'écouler en torrent. Personne ne semblait s'intéresser à elle; voir une adolescente en larmes n'était plus un spectacle qui semblait émotionner les américains, la plupart d'entre eux ayant plutôt tendance à ne penser qu'à leur petite personne. Jamais de sa vie Ella n'avait autant apprécié ce trait de caractère, ce qui lui permettait de passer inaperçue.


21h06
Assise contre un bac quelconque aux allures franchement douteuses, la jeune fille avait une vue parfaite sur la plage de Miami ainsi que sur la ville en général. Elle ne savait pas pourquoi elle était venue ici, mais instinctivement, ses pas l'y avaient conduite. Profitant de l'entrée de plusieurs personnes dans le cinéma, qui venait tout juste d'ouvrir pour la première représentation de la journée, elle s'était jointe à la foule avant de s'en séparer et de prendre les escaliers jusqu'en haut, se glissant sous la corde de sécurité pour ouvrir la porte qui menait au toit de l'édifice. Elle avait décidé d'y rester jusqu'à ce que la nuit soit complètement tombée, consciente que ce serait plus difficile de mettre la main sur elle dans la noirceur. Personne ne la chercherait ici, du moins, elle l'espérait. Effrayée, elle s'était recroquevillée contre le muret alors que la nuit qui venait tout juste de s'installer recréait des formes et des ombres un peu partout, ayant à chaque fois l'impression qu'on venait la chercher. L'estomac noué par la crainte de se savoir découverte, l'adolescente n'avait pas faim et de toute façon, elle n'aurait rien pu avaler. Dès qu'elle fermait les yeux, elle revoyait des images de son passé, des images qui surgissaient comme ça, sans crier gare, et qui lui arrachaient des larmes, bien souvent. Elle ne pouvait rien faire contre ces souvenirs qui s'imposaient d'eux-mêmes et si, depuis quelques mois, les cauchemars se faisaient plus rares, ils n'en étaient que plus saisissants maintenant qu'elle les croyait disparus.

Les jambes relevées contre sa poitrine, elle les entoura de ses bras en enfouissant sa tête au creux de ses genoux. Comment pouvait-elle partir comme ça alors qu'elle n'avait plus nulle part où aller? Comment pouvait-elle ne serait-ce que penser à quitter ceux et celles qu'elle aimait? Parce ce que c'était trop dur. Lawson lui manquerait tellement. Il agissait avec elle comme un père l'aurait fait et ça lui brisait le coeur de l'abandonner. Adieu les belles paroles qui avaient toujours été les siennes, comme quoi on devait toujours aller de l'avant en utilisant le passé comme point d'ancrage pour ne pas refaire les mêmes erreurs. Adieu les beaux mots qu'elle avait tenté de glisser dans l'esprit torturé de Jed. Jed ... Ce simple prénom la fit fermer les yeux avec force, ne serait-ce que pour tenter d'oublier les traits de son visage. Or, l'effet contraire se produisit alors que l'image de son ami s'imposait d'elle-même à son esprit, claire, nette, tellement vraie.
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T'aurais pas dû | Jed Vide
Message(#) Sujet: Re: T'aurais pas dû | Jed T'aurais pas dû | Jed EmptyVen 25 Mar 2011 - 2:42




FLASHBACK, 4 mars 2012
9h34

Traversant le parc plus attentivement qu'il ne l'avait jamais fait, Jed s'efforçait de ralentir l'allure pour donner le temps à son regard de détailler chaque visage, chaque silhouette, chaque forme. Que n'aurait-il pas donner pour voir miroiter un éclaire de blondeur angélique en cet instant, alors que trente minutes à peine de recherches avait déjà suffit à faire grimper son rythme cardiaque bien au dessus de seuil de battements par minute qu'on préconisait à un convalescent comme lui ... De toute façon, il n'avait que faire de la convalescence. Penché sur son vélo, il ne ressentait plus rien d'autre que l'urgence de retrouver Ella. Une urgence qui transcendait tout : faim, froid, douleur ... Même les à-coups que les aspérités du chemin de terre provoquaient contre les roues de son engin ne parvenaient pas à lui faire prendre conscience que sa clavicule criait grâce et qu'il ne gagnerait qu'une chose en continuant à la malmener de la chose : la casser de nouveau.

12H17
Le parc n'avait rien donné, la rue piétonne non plus d'ailleurs. En sueur mais toujours aussi déterminé à retourner la ville de fond en comble s'il le fallait, Vargas avait alors opté pour le centre ville. Dans ses souvenirs lointains (oh oui, tellement lointains ... A quand remontait l'époque où Ella et lui se parlaient encore sans se cracher au visage les pires cruautés du monde ?), il se rappelait avoir entendu la petite blonde lui parler de la terrasse d'un café à laquelle elle adorait faire ses devoirs après être passée à la bibliothèque. Seulement voilà, lorsqu'il arriva essoufflé devant ledit café, l'établissement était fermé. Hargneux, Jed poussa un rugissement qui fit sursauter les quelques passants à l'entour avant de donner une impulsion sèche au guidon du BMX de façon à faire demi tour en n'ayant qu'à pivoter sur la roue arrière sans prendre la peine de dessiner un cercle complet a sol pour repartir en sens inverse. Chaque seconde de gagnée était une chance de plus de la rattraper avant qu'elle n'ait eu le temps de fuir trop loin ...

12H45
« Jeune homme, revenez ici tout de suite ! Il vous est interdit de pénétrer la bibliothèque sans m'avoir préalablement montré votre carte d'adhé ... » « TA GUEULE CONNASSE ! » Incontrôlable, Jed dégagea son épaule de la main crochue avec laquelle la bibliothécaire avait eu la mauvaise idée de l'agripper lorsqu'il avait sauté par dessus les tourniquets de sécurité sensés réguler les entrées au sein de ce sanctuaire de la culture. Outrée, la bonne femme le vit alors escalader la première étagère qui se présentait à lui, la faisant dangereusement vaciller sous son poids. « REDESCENDEZ IMMÉDIATEMENT, VOYOU ! » Ce qu'il pouvait bien en avoir à faire de son avis de vieille peau frigide et de ses ordres à la mords-moi le nœud ! Insolent, il se redressa en équilibre précaire sur le plus haut plateau de l'étagère et s'assura de cette façon une vue imprenable sur les dizaines de rayonnages au sein desquels reposait le savoir si chère au cœur de la gardienne qui, entre-temps, s'était déjà précipitée derrière son bureau pour faire appel à la police municipale. Toujours pas d'Ella ... Pas la peine de s'attarder donc. Tel un singe, l'adolescent sauta de son perchoir pour repartir aussi vite qu'il était arrivé, sans même laisser le temps à la bibliothécaire de l'intercepter une nouvelle fois au passage.

14H12
« HEY ! Mais faites attention avec votre engin de malheur ! Les vélos sont interdits d'ailleurs ! » Toujours lancé dans sa course folle, indifférent à la fatigue et à sa gorge de plus en plus desséchée, Jed se contenta de répondre par un salut du majeur à cette mère de famille qui n'avait qu'à pas se trouver sur son passage, les allées du zoo étant largement assez grandes pour accueillir ses bâtards et ses grosses fesses sans qu'ils ne prennent à eux seuls toute la place de circulation ! Pandas, koalas et même kangourous (qui, s'il se souvenait bien, était les animaux fétiches de l'adolescente), il avait fait le tour des cages des animaux dits " mignons " et " trop choux ", bref, susceptibles de plaire aux filles et - plus précisément - à Ella ; mais ses recherches étaient restées vaines une fois de plus. Alors, dépité mais ne perdant pas espoir pour autant, il s'était fait violence pour repartir à la charge et pédaler jusqu'aux cages les moins à même d'attirer l'attention d'une Ella qu'il savait facilement impressionnable. Après tout, dans l'état de nerfs dans lequel il l'imaginait, tout était possible, même une visite impromptue aux crocodiles et autres reptiles dangereux ...

17H23
Plus le temps passait et plus les possibilités s'amenuisaient. Dégoulinant de sueur sous le soleil incendiaire, Jed luttait contre la fatigue. Avoir ni dormi, ni mangé, ni pris d'anti-douleur depuis l'avant-veille lui donnait l'impression qu'il pouvait s'effondrer à tout moment. Il ne sentait plus ses jambes. La pente - raide - était un Everest de plus à gravir, sauf qu'il n'était pas du tout certain de trouver ce qu'il cherchait au sommet. Pis, lorsqu'il y parvint, en plus d'avoir à lutter contre l'épuisement, il dut refouler une vague de malêtre et de désespoir qu'il ne pouvait pas se permettre de ressentir en cet instant, alors qu'il n'avait toujours pas retrouvé Ella et que le moment n'était pas encore venu de se déconcentrer. Debout en haut du pont, un pied à terre pour reprendre son souffle, il fixait sans la voir l'eau du fleuve et tentait de se rassurer en se disant qu'une tête blonde se serait tout de suite repérée en plein jour, même immergée ... Alors, voyant qu'il n'était toujours pas arrivé au bout de ses peines, il ne se laissa pas le temps d'être contaminé par l'aura maléfique du lieu et repartit de plus belle, profitant que la pente aille vers le bas cette fois-ci pour calmer ses mollets en feu ...

20H01
Cela faisait un peu plus d'un quart d'heure que Jed ne roulait plus droit du tout. Éreinté, il avait voulu se rendre au Soho pour voir si, par miracle (oui, parce qu'il en était presque arrivé à croire en Dieu pour que ce dernier lui accorde l'offrande d'un miracle ...), Ella ne s'y trouvait pas. Aussi, lorsqu'il vit sur la porte que l'établissement n'ouvrait pas avant 21 heures, l'information eut l'effet d'un coup de grâce. Abattu, il soupira lourdement et s'effondra sur son guidon, la tête ballante entre ses bras tendus vers l'avant et le deux pieds fermement plantés dans le sol pour parer à toute éventualité de chute alors qu'il semblait totalement improbable qu'il puisse tenir ne serait-ce qu'une seconde de plus debout.


21H08
Déphasé, atomisé, complétement lessivé, Jed ne pensait plus à rien. Il n'avait plus la force de penser ; il n'avait plus la force de paniquer ; il n'avait même plus la force de s'inquiéter. La fatigue avait eu raison de lui et son cerveau, en mode OFF, ne parvenait plus à se ronger le sang ; comme si toute l'angoisse accumulée au fil des heures avait fini par anéantir ce qu'il lui restait de sensibilité et qu'il n'était désormais plus qu'une coquille vide. Une coquille vide qui ne se rendait plus compte de rien, pas même de ce qu'elle faisait. Pâle comme un mort, fébrile, fiévreux, sale, il détonnait dans la foule des spectateurs qui se pressaient à l'entrée du cinéma. Pourtant, une fois à l'intérieur, ce n'est pas vers le guichet d'achat des billets qu'il se dirigea mais bel et bien vers l'escalier de service pour rejoindre ce qu'Arto, Lennox et lui considéraient comme leur antre de mépris sur le monde, leur cachette des rois déchus. Ce toit inaccessible pour la plupart des habitants de la ville mais qui permettait pourtant d'avoir une vue imprenable sur tout et tout le monde allait être son repère pour la nuit, il l'avait décidé puisqu'il ne se sentait pas la force de rentrer chez Lawson et de se faire agresser et / ou bombarder de questions. Tout ce dont il avait besoin désormais se résumait à une chose : dormir. Et quoi de mieux qu'un îlot de solitude perdu en plein centre ville pour passer une nuit à la belle étoile ?

A l'image d'un zombi, Jed gravit les marches une à une, lentement mais surement, les épaules aussi tombantes que les paupières. A bout, il ouvrit la porte qui menait sur le toit d'un simple coup d'épaule et manqua de trébucher en ratant la dernière marche. Là, une bourrasque d'air frais lui ébouriffa les cheveux et il ferma les yeux en écartant les bras dans une attitude proche de la prière ; comme s'il demandait au ciel de le faire s'envoler ou - au choix - de le foudroyer sur place pour qu'il n'ait plus jamais à ressentir tout ce qu'il avait ressenti tout au long de la journée. Et pourtant ... En guise de signe providentiel, il n'y eut qu'un bruissement sur sa droite. Un très léger bruissement, à peine audible, mais qui le fit se retourner et découvrir - trop faible pour être médusé - la présence d'Ella. Une Ella qu'il avait pensé à chercher partout sauf ici, dans ce lieu qu'il avait si souvent estimé comme étant le sien qu'il avait oublié l'y avoir emmenée une seule et unique fois, un jour qu'ils sortaient d'une séance de cinéma. Vidé, il la toisa un instant de son regard assombri par la noirceur des cernes qui le défiguraient et lui donnaient des airs de panda anorexique.

« Putain ... » Souffla-t-il faiblement, « Je t'ai cherché partout ...» A croire qu'il n'avait pas encore eu le déclic et que son esprit ne s'était pas encore remis en marche. Simplement - sans soulagement, sans peine, sans préméditation - il tenait à lui dire qu'il avait parcouru des dizaines et des dizaines de kilomètres pour elle quand, tout à coup, la connexion se fit et le tourbillon mémoriel de tous les événements s'étant produits les dernières 48 H se mit en marche. Rattrapé par la peur, la culpabilité, la panique et les regrets, Jed se sentit vaciller. Le retour de flamme était si puissant qu'il envisagea même, le temps d'un instant, de se raccrocher à la poignée de la porte pour tenir debout mais - de nouveau conscient de l'importance du moindre mouvement en pareille situation de crise - son instinct lui intima qu'il gagnerait à ne pas faire de gestes brusques. En sursit, immobile, muet, il tenta de refouler toute sa fatigue pour mieux regarder Ella et l'expression de son visage terrifié. « Je te demande pardon. » Commença-t-il alors, avant qu'elle n'ait le temps de crier, de prendre peur et de faire un geste stupide qui aurait pu se traduire par un regrettable saut dans le vide. « Je suis vraiment, vraiment désolé pour hier soir. Je sais pas ce qui m'a pris, je sais que j'aurais jamais du te frapper comme ça. Pardon. Je le ferai plus, je te jure. » Et il ne mentait pas. Il ne mentait pas aussi sûrement qu'il savait que c'était la première des choses à mettre au clair s'il voulait ne serait-ce qu'espérer pourvoir entretenir un semblant de conversation avec l'adolescente. Il fallait qu'elle sache qu'il s'en voulait terriblement pour ce geste déplacé et il fallait qu'elle le sache vite avant que les peurs et les angoisses que la lettre avait réveillé en elle ne prennent le contrôle de la situation et rendent toute communication impossible. En somme, il fallait absolument éviter qu'Ella, terrifiée, ne se mette à croire - bêtement, mais légitimement - que s'il était là c'était pour la frapper encore et - qui sait ? - lui faire ce que l'infâme corbeau avait sous-entendu dans la boîte aux lettres de tous les voisins le matin même ...


Dernière édition par Jed Vargas le Sam 26 Mar 2011 - 19:09, édité 1 fois
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T'aurais pas dû | Jed Vide
Message(#) Sujet: Re: T'aurais pas dû | Jed T'aurais pas dû | Jed EmptySam 26 Mar 2011 - 3:02

« Putain ... » Sursautant brusquement, la jeune fille mit un moment avant de se rendre compte que l'image de Jed qu'elle avait devant elle était bien réelle et non pas un effet de son imagination. Effrayée, elle n'osa pas bouger, secouant vainement la tête comme pour éloigner de son esprit le Jed affaibli et mal en point qui se trouvait devant elle. Elle aurait voulu se lever et courir pour ne plus jamais le revoir, pour ne plus espérer quoi que ce soit de lui. Et pourtant, malgré toute la bonne volonté du monde, elle restait complètement tétanisée, partagée entre le soulagement de savoir qu'il tenait quand même un peu à elle et la peur de le voir débarquer maintenant, de le voir réapparaître alors qu'il y avait tellement de choses qui n'étaient pas encore claires entre eux. Elle aurait préféré partir sur des non dits plutôt que de lui faire face à nouveau, persuadée - à cause de leur dispute, le soir d'avant - qu'il la détestait et qu'il ne venait que pour tourner le couteau dans la plaie. Le « Je t'ai cherché partout ...» qu'il lui servit quelques secondes après suffit à lui faire secouer la tête, alors qu'elle refusait d'entendre les mensonges qui sortiraient de sa bouche. Elle n'eut pas le courage de se relever, comme si c'était possible pour elle de se confondre avec le muret contre lequel elle avait décidé de s'asseoir et de se camoufler ainsi comme un caméléon aurait pu le faire. Elle ne voulait pas que Jed la voit comme ça, elle aurait préféré qu'il garde d'elle l'image qu'elle lui avait toujours donnée, l'image d'une jeune fille en contrôle de la situation, d'une jeune fille sûre d'elle qui ne se laissait pas marcher sur les pieds. Mais c'était trop tard puisqu'il était là et qu'elle tremblait comme une feuille de la tête aux pieds.

« Je te demande pardon. » Déstabilisée, la jeune fille baissa sa garde involontairement alors qu'elle redressait ses prunelles sur la silhouette de Jed. Ella était démunie face à cet air résigné et soulagé qu'il arborait, mais même si elle savait qu'elle ne devait pas se laisser prendre au jeu, une partie d'elle-même voulait le croire. Elle voulait le croire de toutes ses forces, mais elle ne pouvait pas. Les yeux embués par les larmes, elle ne dit rien et attendit la suite avec appréhension, propos qui ne tardèrent pas à se vouloir réconfortants et vrais, mais qui ne purent qu'instaurer une noirceur encore plus grande dans l'esprit torturé de la jeune fille. « Je suis vraiment, vraiment désolé pour hier soir. Je sais pas ce qui m'a pris, je sais que j'aurais jamais du te frapper comme ça. Pardon. Je le ferai plus, je te jure. » Aussitôt, les images qu'elle redoutait tant refirent surface alors qu'elle baissait les yeux en fermant fortement les paupières, tentant d'effacer de sa mémoire toutes les similitudes qu'il pouvait y avoir entre Jed et cet homme qu'elle avait tant haït, cet homme qui avait profité d'elle pendant toutes ces années. Si les similitudes n'étaient pourtant que des coïncidences - et elle le savait - elle ne pouvait pas s'empêcher de se remémorer toutes ces nuits où elle s'était retrouvée toute seule après qu'il ait quitté sa chambre.

FLASHBACK, Mai 2009
Blottie au creux de son lit, le regard dans le vide, la fillette fermait les yeux en essuyant les larmes qui coulaient le long de ses joues. Elle n'avait jamais réussit à s'y habituer vraiment et elle avait cru qu'avec les semaines, les années, les mois même, tout serait différent, mais il n'en était rien. Chaque fois, c'était toujours le même combat. Cette fois-là, elle avait eu le malheur de lui dire non, de lui dire d'aller voir sa mère puisque c'était bien avec elle qu'il sortait. Jamais plus. Assommée par le coup qu'il lui avait asséné, elle avait presque faillit s'évanouir sous la douleur alors que sa lèvre, en sang, ne semblait pas vouloir cicatriser. L'homme passa une main sur sa cuisse avec délicatesse, comme pour tenter de l'amadouer avec un regard mielleux et un sourire encourageant, ce qui ne faisait que la dégoûter et lui donner envie de vomir. Sans ciller, elle ouvrit les paupières en tentant de reculer dans son lit de façon à toucher le mur, s'éloignant un peu de son bourreau. « Ça restera notre secret, n'est-ce pas? Ta mère n'a pas à savoir ça, elle ne te croirait pas de toute façon. » Le calme apparent avec lequel il s'adressait à la petite blonde suffit à lui faire comprendre qu'il n'avait même pas peur que sa mère finisse par découvrir ce qui se tramait. Et Ella savait pertinemment que si elle avait à choisir, sa mère partirait avec lui. Peut-être était-ce d'ailleurs la raison pour laquelle elle endurait tout ça? Afin de ne pas devoir lui demander de faire ce choix en sachant très bien ce qu'elle préférerait? Hochant la tête, la gamine - parce qu'on était bel et bien une gamine à treize ans, non? - préféra ne rien dire afin de ne pas attiser son courroux, ayant simplement envie qu'il déguerpisse et qu'elle puisse enfin avoir la paix. La main de l'homme se fit baladeuse et l'enfant baissa les yeux en serrant les dents, écoeurée. « Je recommencerai plus, Ella. Je te le promets. Bonne nuit, ma belle. » Rien n'aurait pu la répugner autant que cette main sur sa cuisse et ces lèvres sur sa joue. L'odeur d'alcool, infâme, emplit ses narines alors qu'elle subissait ses caresses sans protester. Lorsqu'il quitta, afin de rejoindre le lit de celle que la jeune fille avait du mal à considérer comme sa mère, Ella se roula en boule sous les couvertures en enfouissant sa tête dans l'oreiller pour taire ses sanglots.

« Ils disent tous ça ... » Terrorisée par cette vision du passé qui la poursuivait depuis toujours, la jeune fille tremblait, les pupilles fixées sur un point de l'autre côté du toit du cinéma. Si au moins elle pouvait conserver son attention fixée sur autre chose pendant un moment! Si au moins cette lumière pouvait lui permettre d'y voir un peu plus clair ... Je ne recommencerai plus ... Je te promets ... C'est la dernière fois ... Combien de fois avait-elle déjà entendu ces paroles? Combien de fois s'était-elle rendue compte que c'était un mensonge? Elle ne les avait plus comptées. Bien sûr qu'elle aurait aimé pouvoir le croire, qu'elle aurait aimé pouvoir se dire qu'il avait raison et qu'il lui disait la vérité, mais la réalité était toute autre. Perdue entre un passé gribouillé sur des feuilles qu'elle aurait aimé pouvoir jeter et un présent qu'elle tentait de fuir, elle ne parvenait plus à trouver sa place, mais surtout, elle ne savait plus en qui elle pouvait avoir confiance. Tout le monde était susceptible de la décevoir, mais elle était également susceptible de décevoir tout le monde. C'était le revers de médaille, celui-là même qu'elle avait refusé d'endosser.

S'éloignant de Jed en se glissant de quelques centimètres vers la gauche, elle essuya ses yeux d'un revers de la main en faisant un effort considérable pour surmonter sa frayeur et le regarder dans les yeux, la peur la clouant sur place d'y lire ce qu'elle redoutait tant: de la pitié. Elle ne voulait pas de pitié! Elle ne voulait pas qu'on compatisse à son malheur! Étrangement, ce ne fut pas ce qu'elle sembla déceler dans les prunelles de Jed et la jeune fille en fut légèrement ébranlée, jusqu'à ce qu'elle perde totalement confiance, laissant la méfiance reprendre le dessus. « Va t'en. Va t'en, s'il te plaît. » murmura-t-elle en passant une main dans ses cheveux en un mouvement saccadé pour les rabattre d'un seul côté de son visage, se refusant à glisser de nouveau son regard dans le sien alors qu'elle espérait de toutes ses forces qu'il partirait. Il ne pouvait pas rester parce qu'elle devait partir.
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T'aurais pas dû | Jed Vide
Message(#) Sujet: Re: T'aurais pas dû | Jed T'aurais pas dû | Jed EmptySam 26 Mar 2011 - 20:39

« Ils disent tous ça ... » Heurté par tout ce que cette réplique pouvait sous-entendre, Jed serra les dents de façon à encaisser en silence tout en tâchant de refouler loin, très loin, les prémisses d'images à vomir que ces quelques mots soufflés sur le ton du désespoir et de la déception faisaient naître au sein de son imagination déjà fortement stimulée par la lettre du corbeau et ses insinuations effroyables. Réaliste et pessimiste de nature, il ne put cependant pas renier totalement l'idée que ce " ils " dans lequel elle l'incluait visait un type de personnes en particulier. Il la connaissait trop pour tomber dans la facilité de se dire qu'elle généralisait à l'ensemble des hommes alors qu'il avait été la première victime de sa capacité à mettre des " mais " partout et à prendre soin de connaître chaque personne en profondeur avant d'émettre un jugement quelconque. Et pourtant, Dieu seul savait qu'à cet instant précis Jed aurait aimé se dire qu'Ella n'était d'une adolescente de plus en train de stigmatiser plutôt qu'une femme marquée à vie par une enfance gâchée et qui savait pertinemment le poids que pesait chacun de ses mots. Des mots durs, des mots cruels, des mots qui lui donnaient l'impression d'être sale et d'avoir l'étiquette " violeur / homme violent " sur le front tout comme celui qui avait gâché son enfance devait l'avoir lui aussi. Et pourtant, malgré tout le dégoût qu'il pouvait ressentir à l'idée qu'elle puisse le confondre avec un autre qu'il n'était pas, il se passa de commentaires ; encore et toujours dans l'optique de faire passer la douleur et la peine de l'adolescente avant les siennes mais aussi, à moindre mesure, dans l'optique de lui faire se rendre compte qu'il était calme ; scandaleusement calme en comparaison de la rage innommable dont il avait fait preuve la veille ...

« Va t'en. Va t'en, s'il te plaît. » Il ne bougea pas et, s'il ne manifesta aucune attitude qui aurait pu trahir l'amorce d'un pas en avant, il ne recula pas pour autant. Fixe, glacé par le froid de la nuit qu'il n'avait jusqu'alors pas ressenti une seule seconde, il se contenta d'entretenir le silence et de ne surtout pas penser à lui ou à ce qu'il pouvait ressentir afin de mieux parvenir à se focaliser sur elle sans tomber dans le piège de parler en son nom, son malêtre et sa détresse ; choses qui auraient eu le désavantage - en plus de le faire passer pour un égoïste - de permettre à l'adolescente de ne pas s'exprimer sur ce qu'elle ressentait. « Ça serait tellement plus simple, n'est ce pas ? » Répondit-il d'une voix neutre, quasi blanche. « Tu sais, ça m'exaspère autant que toi d'inverser les rôles. A ce petit jeu, je ne suis pas aussi doué, je dois bien le reconnaître ... Tu pourrais tout aussi bien t'appeler Jed et venir de fuguer d'un appart' dans le 16 ème à Paris, tu crois pas ? Regarde-toi ... L'air perdu et un sac à dos en guise de bagage, je me revois il y a 5 mois. » Soupirant lourdement avant de s'assoir à la place qu'il n'avait toujours pas quitté (soit juste en face de la porte, à 4 ou 5 mètres d'Ella), il s'accorda le droit de sortir une cigarette de sa poche et de l'allumer, conscient que pour pouvoir parler avec elle sur ce terrain miné il allait aussi devoir accepter les remises en question touchant à sa propre personne et ça - parce qu'il n'était pas certain d'en avoir envie ni même d'y être préparé - ça valait bien une mort en barre. « Quoiqu'il ait pu se passer, j'ai jamais eu l'intention de violer Rose, tout comme je n'aurais très certainement jamais eu l'intention de te pourrir la vie ces deux derniers mois si j'avais su pour toi. » Expira-t-il, incisif, bien placé pour savoir qu'on ne guérissait le mal que par le mal puisqu'il avait, justement, lui-même passé les 11 derniers mois de sa vie à éviter les conversations à cœur ouvert et sans aucun détour qui représentaient à la fois le mal pour une sensibilité comme la sienne, mais aussi - et surtout - la seule façon qu'il y avait de guérir, puisque ne pas mettre de mot sur la douleur était le meilleur moyen de la laisser proliférer et gangréner l'âme. Ce soir, alors qu'il prenait le risque de mettre les pieds dans le plat des malheurs d'Ella, il savait qu'il faudrait aussi qu'il fracasse les 11 mois de silence religieux qu'il avait dressé autour de lui pour ne pas avoir à affronter les démons qu'avait fait naître la mort de sa soeur. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'il fumait comme le dernier des condamnés à mort. Le retour d'ascenseur allait très certainement lui être fatal, mais que pouvait-il faire d'autre ? Certes, il s'était excusé, ce qui faisait qu'il aurait tout aussi bien pu se sentir soulagé et partir en la laissant seule, comme elle le demandait, mais il y avait toujours l'horreur de se savoir mis dans le même panier que n'importe lequel des violeurs et - si l'idée que les voisins puissent le rejeter à cause de la lettre arrivée le matin même le laissait parfaitement indifférent - il devait bien avouer que celle qu'Ella fasse partie de ceux à le considérer comme tel le révoltait en plus de le blesser profondément. Alors, avant de partir, il préférait s'assurer qu'elle irait bien (ou le moins mal possible). Même si elle décidait de quitter la ville, même si elle décidait d'abandonner Flynn et Lawson, il voulait pouvoir se dire, en rentrant, qu'il avait été là et que c'était elle qui n'avait pas voulu de lui. Il voulait pouvoir répondre à Lawson qu'elle avait choisi et que son départ n'était pas une chose qu'ils auraient à se reprocher en pensant ne pas avoir tendu la main assez fort. En bref, ce que Jed voulait par dessus tout, c'était ne pas s'encombrer d'un regret de plus, quitte à payer de sa personne et de son âme déjà déchirée pour s'assurer que - au final - le résultat ne serait pas pire que s'il n'était pas intervenu et qu'il avait laissé faire ; comme il faisait à chaque fois, tout ça parce que son amour des libertés le poussait à se foutre que les autres fassent de mauvais choix à partir du moment où ils étaient les seuls responsables de leurs actes.


Dernière édition par Jed Vargas le Dim 27 Mar 2011 - 18:40, édité 3 fois
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T'aurais pas dû | Jed Vide
Message(#) Sujet: Re: T'aurais pas dû | Jed T'aurais pas dû | Jed EmptyDim 27 Mar 2011 - 1:22

« Ça serait tellement plus simple, n'est ce pas ? » Fermant les yeux en se mordant la lèvre, Ella resserra ses bras autour de ses genoux en appuyant son dos contre le muret, la tête légèrement inclinée dans la direction opposée d'où se trouvait Jed, se détestant de lui montrer ainsi ses faiblesses. « Tu sais, ça m'exaspère autant que toi d'inverser les rôles. A ce petit jeu, je ne suis pas aussi doué, je dois bien le reconnaître ... Tu pourrais tout aussi bien t'appeler Jed et venir de fuguer d'un appart' dans le 16 ème à Paris, tu crois pas ? Regarde-toi ... L'air perdu et un sac à dos en guise de bagage, je me revois il y a 5 mois. » Heurtée par ses paroles, la jeune fille posa ses prunelles sur son sac, qu'elle avait laissé un peu plus loin, pétrifiée de le savoir si près de la vérité. Un mouvement sur sa gauche la fit relever les yeux, alors que Jed se laissait tomber au sol en réduisant à néant ses chances de le voir quitter le cinéma sans rien dire. Toutefois, le calme apparent avec lequel Jed s'adressait à elle suffit à réduire son rythme cardiaque, maintenant qu'elle savait qu'elle n'avait rien à craindre. « En France ou ici, c'est pareil ... » avoua-t-elle en haussant les épaules, convaincue qu'il n'y avait pas un seul endroit sur Terre où elle se sentirait réellement chez elle. Ces derniers temps, elle avait appris à apprécier le calme de sa chambre et la maison de Lawson lui semblait être un antre de paix particulièrement agréable, mais il y aurait toujours quelque chose pour lui faire comprendre que rien de ce qu'elle possédait en ce moment n'était acquis, qu'elle pouvait tout perdre du jour au lendemain. Quitte à s'en voir privée quelques mois plus tard, elle préférait partir d'elle-même puisqu'elle aurait l'impression d'avoir eu le contrôle jusqu'au bout. Elle aurait l'impression d'avoir choisit et de ne pas y avoir été contrainte.

Elle laissa son regard dériver sur la fumée provoquée par la cigarette que Jed venait d'allumer, ayant à peine conscience du vent qui s'engouffrait dans ses cheveux en la faisant frissonner. « Quoiqu'il ait pu se passer, j'ai jamais eu l'intention de violer Rose, tout comme je n'aurais très certainement jamais eu l'intention de te pourrir la vie ces deux derniers mois si j'avais su pour toi. » Ces mots, Ella les attendait depuis tellement longtemps. Puisque sa question, la première fois, s'était traduite par un saut dans le vide, la jeune fille n'avait jamais osé la lui poser de nouveau, même si ne pas savoir la terrifiait chaque jour un peu plus. Combien de fois s'était-elle réveillée en pleine nuit, certaine d'avoir entendu un bruit dans sa chambre, quelque chose? Combien de fois s'était-elle recroquevillée au creux de ses draps, trop effrayée pour se relever et ouvrir la lampe de façon à regarder tout autour d'elle pour se rassurer et se remettre au lit? Trop de fois. Et pourtant, malgré les doutes qui, inconsciemment, étaient restés perchés dans un coin de son esprit, Ella s'était peu à peu rendue compte que la vérité se profilait à l'horizon. Et en quelques mots, Jed venait de lui avouer ce qu'elle avait toujours voulu savoir, depuis le soir de cette fameuse nuit où tout avait basculé. Il n'avait jamais voulu ça. Il n'avait jamais voulu ça et il avait tellement l'air sincère qu'elle ne put se permettre de remettre en cause ses paroles.

Ce fut les mots qui suivirent qui lui rappelèrent qu'il aurait voulu agir autrement, maintenant qu'il savait. Il regrettait certaines de ses paroles, certains de ses gestes même, sans doute, tout ça parce qu'il avait lu cette foutue lettre. Ces mots qui changeaient tout, ces mots qui lui faisaient prendre conscience qu'elle était différente. Tout ce qu'elle ne voulait pas, en somme. « Arrête! Je voulais pas que tu saches! Je veux pas en parler et ça change rien! » s'énerva-t-elle alors que des larmes de colère faisaient de nouveau surface, Ella refusant complètement d'admettre que cette lettre pouvait changer quelque chose. « Tu sais pas ce que ça fait, toi! Tu sais pas comment c'est pénible de tout raconter. » Mortifiée, la jeune fille tremblait de nouveau alors qu'elle s'était relevée en même temps qu'elle parlait, dans un murmure douloureux. Elle avait dû raconter ce qui s'était passé quelques fois, pour les services sociaux notamment, et à chaque fois, elle était restée muette pendant des heures sous la blessure encore fraîche qui la meurtrissait, jusqu'à ce qu'elle finisse par tout déblatérer pour en finir. Elle n'avait pas su expliquer à Jed toutes les raisons qui l'avaient poussée à fuir Manchester, toutes les raisons qui faisaient qu'elle était hébergée chez Lawson désormais et elle savait qu'elle n'aurait sans doute jamais pu lui en parler d'elle-même. C'était tellement difficile.

Les yeux rivés sur le sol alors qu'elle faisait un pas vers lui, un seul pas, la jeune fille fit l'effort de plonger de nouveau ses prunelles dans les siennes, alors qu'elle croisait les bras sur sa poitrine en expirant brusquement pour se donner du courage. « Je suis désolée d'avoir douté de toi, Jed. » Murmure éprouvant, les mots ne suffisaient plus à décrire ce qu'elle ressentait au plus profond de son coeur. Elle aurait aimé pouvoir lui dire qu'elle avait toujours cru que ce n'était pas sa faute et qu'il n'avait jamais voulu ça, mais la réalité était toute autre. Elle avait tenté d'y croire, elle avait réellement essayé, mais elle était victime d'un blocage qui l'empêchait de réfléchir comme il le fallait. Elle en était venue à croire que Jed n'était peut-être pas le Jed qu'elle connaissait, finalement, plutôt que de se dire qu'il y avait sûrement des explications. Elle, qui prenait toujours la peine de bien connaître les gens avant de juger, avait choisi la voie facile.

Vacillante, elle n'osait plus bouger, alors qu'elle refusait de faire un pas de plus vers celui qui la ramènerait sans doute chez Lawson, même si inconsciemment, c'était bel et bien ce qu'elle désirait de tout son être. Sans doute était-ce trop tard.
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T'aurais pas dû | Jed Vide
Message(#) Sujet: Re: T'aurais pas dû | Jed T'aurais pas dû | Jed EmptyDim 27 Mar 2011 - 19:51

« En France ou ici, c'est pareil ... » Parfaitement pareil, ils étaient au moins d'accord là dessus. En arrivant à OG et en se rendant compte que - même à des milliers de kilomètres de chez lui - il se faisait encore et toujours rattraper par sa douleur et son désespoir, Jed en était arrivé à la même conclusion. Une conclusion qui lui donna envie de répliquer à la petite blonde que fuir n'était donc pas une solution et que - quitte à faire face - autant le faire ici, avec des gens comme Becks, Flynn, Lanwson, Rose et les autres, qui l'aimaient et qui sauraient très certainement l'aider, plutôt que de tout plaquer pour recommencer à zéro une fois de plus, dans un autre pays, dans une autre famille, avec d'autres déceptions et d'autres imprévus. Au moins, quoiqu'on en dise, elle venait de vivre le pire et il y avait fort à parier pour qu'OG n'ait rien de plus blessant et de plus trash à lui cracher au visage ... Dans son optique chevaleresque, les champs de bataille (même ravagés par le sang et les larmes) étaient les endroits les plus propices à la reconstruction ; parce que les défaites et les blessures y ayant été essuyées avaient ceci de bien qu'elles pouvaient servir de bases et de leçons, alors qu'en territoire inconnu tout restait à découvrir et c'était autant de risques de se manger de nouvelles claques dans la gueule, peut-être plus violentes encore que celles ayant poussé le fuyard à quitté le champ de bataille précédent ... Cela dit, parce qu'ils n'étaient pas à Paris justement et parce qu'elle aurait très bien pu lui répondre de retourner dans sa ville natal s'il était tellement certain de ce qu'il avancé, Jed ne pipa mot, se contentant de fumer, encore, toujours.

« Arrête ! Je voulais pas que tu saches ! Je veux pas en parler et ça change rien ! » S'emporta-t-elle dès qu'il eut fait l'effort incommensurable de reparler de Rose et de cette nuit tragique à laquelle, une fois encore, il s'était acharné à ne pas penser depuis sa sortie de l'hôpital sous peine de ne pas être certain de pouvoir s'empêcher de retomber dans le piège et de tenter une nouvelle fois le grand saut. « Tu sais pas ce que ça fait, toi ! Tu sais pas comment c'est pénible de tout raconter. » Distant, impassible, raide comme un mur en béton armé malgré la fatigue accumulée, Jed la laissa s'énerver seule en tâchant de ne pas la contredire comme il avait envie de le faire, trop conscient qu'elle avait besoin de croire au fait qu'elle avait raison et qu'elle était la seule à réellement comprendre son propre malheur. Après tout, c'est ce qu'il faisait lui. C'était comme ça qu'il voyait les choses et c'était précisément pour cette raison qu'il avait haït plus que tout au monde l'acharnement avec lequel elle s'était obstinée, jour après jour, à le coller et à tenter de se mettre à sa place alors qu'à ses yeux, rien ni personne ne pouvait comprendre sa douleur. Personne. Que ce fut vrai ou pas, il ne voulait en aucun cas se dire que d'autres frères dans le monde avaient perdu d'autres sœurs et qu'il n'était par conséquent pas le seul à souffrir de la sorte. La douleur lui paraissait plus supportable comme ça. Le caractère fataliste et irrévocable qu'il donnait à la chose lui permettait de ne pas nourrir de faux espoirs, de ne pas se faire mal avec des " peut-être " et des ouvertures qui - il en était sûr - ne mèneraient à rien, au final. Aussi ne chercha-t-il pas à la contredire ou à entrer dans le rôle de celui qui tente par tous les moyens de se mettre à sa place. Non, il ne savait pas ce que ça voulait dire de se faire violer. Non, il ne voulait pas savoir. Non, il ne ferait pas comme elle, il n'insisterait pas. En revanche, il savait ce que le dégoût de soi et la honte représentaient et, quoiqu'elle en dise, cela représentait un point commun ; d'autant plus qu'il savait ce que coutait le fait de raconter les choses. La preuve, il venait de prendre sur lui à un point inimaginable pour parler de Rose, alors que même en son for intérieur le sujet restait parfaitement tabou ... Croisant les jambes en tailleur, il la regarda vaciller en se relevant et s'approcher d'un pas. Maintenant qu'il l'avait retrouvée et qu'il était là, avec elle, la peur, l'angoisse et l'incertitude avaient disparu. Tout comme avec Flynn avant elle, il savait qu'il n'avait pas le droit de douter, il savait que l'heure n'était pas encore venue de s'écrouler - seul - et de pleurer ou de se morfondre loin des regards indiscrets. Au contraire, la confiance digne et solide qu'il habitait son regard jurait parfaitement avec son costume de zombi. « Je suis désolée d'avoir douté de toi, Jed. » Coinçant sa clope entre ses dents, l'adolescent en mordilla le filtre tout en fixant Ella. Alors qu'elle avait toutes les raisons du monde de se sentir mal et de ne penser qu'à elle, elle faisait l'effort de le décharger d'un poids en lui prouvant qu'elle avait certes eu des doutes vis à vis de lui, mais que cette mauvaise passe semblait révolue. Là, bien malgré lui, il se retrouva contraint et forcé de réaliser qu'elle tenait énormément à lui, à son jugement et peut-être même aussi à l'image qu'il avait d'elle. Des mois durant il avait préféré resté buté dans son optique que la rançon des sentiments était un risque que les gens prenaient en s'attachant et qu'il n'était en aucun cas responsable des larmes d'Ella quand cette dernière, blessée, lui en voulait d'être trop autonome, trop entêté ou trop solitaire. Cela dit - et avec un peu de recul - il ne pouvait nier avoir sciemment chercher à la faire pleurer depuis son retour de l'hôpital. Et même s'il avait toujours estimé que ce retour de bâton était parfaitement légitime dans le sens où il lui apprendrait à se mêler de ses affaires, pour la première fois, l'idée que cette guerre froide n'ait pas été la meilleure des solutions au problème lui effleurait l'esprit. Car, en plus d'avoir fait naître une ambiance pourrie au sein de la demeure qu'ils partageaient avec Lawson, cette cohabitation féroce avait aussi pesé sur le moral de l'adolescente et ce de biens des manières (et même à des niveaux qu'il n'avait pas su imaginer avant que le corbeau ne s'en mêle). Au final, il s'en voulait d'avoir été agressif alors que la solution la plus simple pour ne pas confronter leurs points de vue ô combien différents aurait tout simplement été de partir, de retourner vivre chez Crash ou de demander à Arto s'il voulait bien l'accueillir. S'il avait détesté qu'elle s'impose à lui, il reconnaissait aujourd'hui avoir été détestable et puéril en lui renvoyant la pareille. « Et moi je suis désolé d'avoir été le dernier des connards, Ella. » Lâcha-t-il alors, avec une bonne dose de maturité et la résolution de déménager au plus vite dès que la situation se serait remise à peu près sur pied. « J'ai pas du tout été à l'écoute ces derniers mois et, en plus d'avoir été particulièrement con, j'ai pas fait l'effort de comprendre pourquoi t'agissais comme ça. Je te dirai pas que ce que j'ai lu dans cette lettre ce matin change mon opinion sur toi et tes idées de merde, je pense simplement être plus à même d'accepter que tu puisses ne pas penser comme moi désormais. Cela dit, saches que tu ne peux pas en vouloir aux gens d'être complétement à côté de la plaque si tu ne fais pas l'effort d'être sincère avec eux. Je m'en veux de t'avoir fait peur ... J'veux même pas imaginer la façon dont t'as du être terrifiée toutes les fois où je passais en caleçon dans le couloir. Mais je pouvais pas savoir. Je pouvais pas savoir parce que tu me l'as pas dit. Et même si je t'en veux pas de pas me l'avoir dit (car après tout tu fais ce que tu veux), t'as pas le droit de m'interdire de reconsidérer les choses ; pas après ce qui s'est passé avec Rose et pas après que je me sois jeté d'un pont à cause de ça. » Lâcha-t-il, grave. « Je peux pas faire comme si ton histoire n'interférait pas directement avec le mienne Ella, on ne vit plus qu'à deux depuis trois mois, le sens que tu donnes aux choses qui me concernent a forcément des répercutions sur ce que je pense et ce que je fais. »
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T'aurais pas dû | Jed Vide
Message(#) Sujet: Re: T'aurais pas dû | Jed T'aurais pas dû | Jed EmptyLun 28 Mar 2011 - 3:54

« Et moi je suis désolé d'avoir été le dernier des connards, Ella. » Immobile, la jeune fille gardait un air grave rivé sur lui, alors qu'habituellement, elle se serait contentée de le contredire, de lui dire que ce n'était pas si pire que ça, qu'il n'était pas un si gros connard. Ses excuses étaient déjà suffisantes et elle aurait eu l'impression de le ménager, de lui faire comprendre qu'elle lui pardonnait ses actes pour la simple et bonne raison qu'elle... Confuse, la jeune fille ne parvenait pas à mettre un mot sur ce qu'elle ressentait et sur les raisons qui la poussaient à accepter sans broncher ce qu'il s'était permis de lui dire et de lui faire. Dans une autre situation, elle aurait secoué la tête de gauche à droite afin de lui dire qu'il se trompait, qu'elle n'était pas d'accord avec lui. Elle lui aurait avoué qu'il n'était pas le seul responsable, qu'elle n'aurait jamais dû le chercher autant et qu'elle aurait dû s'attendre à le trouver, un jour ou l'autre. Mais pas ce jour-là. Silencieuse, son regard restait accroché aux pupilles de Jed alors qu'elle ne faisait rien pour réfuter ses paroles. Posée à quelques mètres de lui, les cheveux ballottant légèrement au vent alors que les bourrasques - pourtant minimes - s'engouffraient sous les manches de son tee-shirt en la faisant frissonner, la jeune fille savait qu'il poursuivrait. Elle le connaissait trop bien, elle savait qu'il ne s'en tiendrait pas là et qu'il expliquerait les détails qui lui manquaient. Son coeur battait la chamade alors qu'elle se rendait compte que le simple fait de le voir là, devant elle, suffisait à la calmer un peu, maintenant qu'elle savait qu'elle n'était plus toute seule. Il tenait à elle. Il tenait suffisamment à elle pour parcourir la ville à sa recherche et l'évidence s'imposa d'elle-même à son esprit, alors qu'elle observait de plus près le visage déterminé, mais fatigué de Jed. Elle n'aurait jamais pu partir comme ça, pour le tester et voir s'il viendrait la chercher, mais l'idée de savoir qu'il l'avait fait la réconfortait à un tel point qu'elle se sentit rassurée en sa présence. Elle n'aurait pas dû, pourtant, puisque s'attacher maintenant l'empêcherait de partir, mais c'était comme ça.

« J'ai pas du tout été à l'écoute ces derniers mois et, en plus d'avoir été particulièrement con, j'ai pas fait l'effort de comprendre pourquoi t'agissais comme ça. Je te dirai pas que ce que j'ai lu dans cette lettre ce matin change mon opinion sur toi et tes idées de merde, je pense simplement être plus à même d'accepter que tu puisses ne pas penser comme moi désormais. » Sans quitter Jed des yeux, la jeune fille avait fait un nouveau pas dans sa direction, essuyant timidement une larme qui perlait au coin de ses yeux. Ça ne changeait rien. Il avait lu la lettre, mais ça ne changeait rien. « Cela dit, saches que tu ne peux pas en vouloir aux gens d'être complétement à côté de la plaque si tu ne fais pas l'effort d'être sincère avec eux. Je m'en veux de t'avoir fait peur ... J'veux même pas imaginer la façon dont t'as du être terrifiée toutes les fois où je passais en caleçon dans le couloir. Mais je pouvais pas savoir. Je pouvais pas savoir parce que tu me l'as pas dit. Et même si je t'en veux pas de pas me l'avoir dit (car après tout tu fais ce que tu veux), t'as pas le droit de m'interdire de reconsidérer les choses ; pas après ce qui s'est passé avec Rose et pas après que je me sois jeté d'un pont à cause de ça. » Baissant les yeux en se mordant la lèvre sous la douleur morale que ses mots provoquaient en elle, la jeune fille réduisit presque à néant la distance qui les séparait pour s'asseoir à ses côtés sans le regarder. « Jed ... » « Je peux pas faire comme si ton histoire n'interférait pas directement avec le mienne Ella, on ne vit plus qu'à deux depuis trois mois, le sens que tu donnes aux choses qui me concernent a forcément des répercussions sur ce que je pense et ce que je fais. » La coupant dans son élan alors qu'elle avait décidé de tout lui dire, Ella mit quelques instants avant de comprendre ce que ces mots signifiaient réellement. Il avait raison. Tellement raison puisque le contraire était aussi vrai. Elle avait l'impression que tout ce qu'il pouvait penser d'elle lui importait à un point tel qu'elle n'en avait même pas conscience et c'était sans doute la principale raison pour laquelle la jeune fille avait eu du mal à accepter les reproches constants qu'il lui avait fait. Elle avait tenté de se montrer coopérative, elle avait tenté de lui laisser la bulle d'air dont il avait besoin pour respirer, mais inquiète de son état, elle s'était bien vite rendue compte qu'elle s'était sans doute montrée trop prévenante envers lui et que ça ne lui plaisait pas. Elle aurait dû calmer son inquiétude, elle aurait dû le laisser vivre.

Les yeux baissés sur ses genoux qu'elle avait de nouveau remonté contre sa poitrine, Ella avait les sourcils froncés de ceux qui se remémorent des souvenirs douloureux, des souvenirs qui auraient pu lui tirer des larmes si seulement elle avait décidé de s'y attarder. « Je ... Je t'ai rien dis parce que ... J'avais honte, tu comprends? » Redressant bravement son regard pour le plonger dans le sien, désormais à quelques centimètres de lui, la jeune fille savait que c'était maintenant ou jamais, qu'elle n'aurait plus jamais le courage de lui révéler ce morceau de sa vie qu'elle avait gardé enfoui. C'était pire que la honte. Elle s'était sentie tellement sale, tellement bafouée et brisée qu'elle ne savait même pas comment elle avait pu quitter la maison comme ça. Subir le regard des policiers, des travailleuses sociales, des adultes qui la regardaient et qui devaient se dire à quel point elle n'avait pas eu de chance lui avait donné envie de vomir, alors qu'elle aurait tout simplement voulu partir comme ça, sans que personne ne soit au courant de quoi que ce soit. Mais non, on ne vous laisse pas partir comme ça, c'est impossible. « Il ... » La jeune fille reporta son regard devant elle, alors qu'une larme, unique, coulait le long de sa joue sans qu'elle ne prenne la peine de l'essuyer. « J'en pouvais plus. Ça faisait longtemps... À la mort de mon père, je n'étais encore qu'une petite fille et je n'ai pas eu le choix, j'ai dû aller vivre avec ma mère et ... lui. Il était saoul, la plupart du temps. Au début il m'a frappée, un peu, quand je n'écoutais pas. Après ... J'avais dix ans... » avoua-t-elle dans un murmure en resserrant ses bras autour de ses genoux. Elle ne savait pas lui dire clairement ce qu'il lui avait fait, ce qui s'était passé, elle ne voulait même pas qu'il puisse s'imaginer la blessure qu'elle avait dû subir, qu'elle subissait encore et qu'elle devrait sans doute subir pour le restant de sa vie. « J'avais pas le choix. » confia-t-elle en fermant les yeux sous la douleur mentale que ces explications lui procuraient. Elle savait que c'était sa seule chance de se montrer entièrement honnête avec lui, mais elle aurait préféré ne jamais avoir à lui dire tout ça. Et pourtant, elle ressentait le besoin vital de lui dire ce qu'elle avait vécu pour qu'il puisse, peut-être, essayer de comprendre. Elle avait toujours gardé pour elle ce passage de sa vie, esquivant les questions, détournant les réponses, préférant ramener le sujet sur lui plutôt que de s'étaler sur son passé à elle. « Je savais pas comment te raconter ça. Je voudrais tout oublier, j'ai essayé de tout oublier, mais ... C'est pas facile. » Ce fut d'un regard triste et résigné qu'elle posa de nouveau ses yeux sur lui, incertaine quant à la réaction de Jed. Elle ne voulait pas qu'il la voit autrement, mais il venait tout juste de lui dire qu'elle ne pouvait pas l'empêcher de reconsidérer la situation, maintenant qu'il était au courant. « Ça change rien, Jed. Y'a rien à reconsidérer. » murmura-t-elle, presque suppliante.
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T'aurais pas dû | Jed Vide
Message(#) Sujet: Re: T'aurais pas dû | Jed T'aurais pas dû | Jed EmptyMar 29 Mar 2011 - 21:59

Assis dans le froid, Jed n'avait pas bougé. Pas parce qu'il était le chasseur attendant que la proie innocente et naïve se rapproche pour l'attraper dès qu'elle serait à portée de main, mais bêtement et simplement parce qu'il n'avait plus la force de le faire. S'asseoir lui avait été fatal, il s'en rendait bien compte désormais, alors que ses jambes s'engourdissaient plus à cause de la fatigue qu'à cause de la brise nocturne. Par ailleurs, voir Ella se rapprocher ne lui donna aucun espoir particulier. Il avait lui-même trop souvent reculé pour mieux sauter qu'il préférait ne pas se dire que ce signe d'accalmie était une preuve que son état d'esprit tendait à se stabiliser. A vrai dire, même s'il se savait sur une corde raide et qu'il lui fallait gérer à la fois le stress de l'adolescente, la teneur de la conversation et son propre épuisement, il n'en restait pas moins majoritairement focalisé sur la nature du dialogue plutôt que sur le reste. Les choses dites et celles à dire avaient trop d'importance pour qu'il se permette de les aborder au même niveau que les choses faites et celles à faire (ou ne pas faire). Gestes, mouvements, approches ou distance de sécurité, ils n'en étaient plus là et il le savait très bien ... Le simple fait de la sentir de rétracter en position de replis à ses côtés lui suffisait à savoir que tout se jouait désormais sur les mots et les révélations, rien d'autre. Aussi ne fit-il pas l'effort de la regarder quand elle reprit la parole ; de un parce qu'il se doutait bien que les choses seraient plus facile à dire pour elle si son regard ne pesait pas sur ses épaules et, de deux, parce que - quoiqu'elle puisse en penser - l'entendre parler de ce genre de chose lui était insupportable. « J'en pouvais plus. Ça faisait longtemps ... À la mort de mon père, je n'étais encore qu'une petite fille et [...] » Les dents serrées et le regard tourné vers l'océan à leurs pieds qui se perdait dans la pénombre de l'horizon, Jed prenait sur lui pour ne pas couper court à la conversation et pour ne pas lui ordonner de se taire. Il fallait qu'elle en parle, il pouvait le comprendre, il se doutait bien que ce décharger de ce poids l'aiderait à se sentir plus écoutée et mieux comprise, mais plus elle parlait et plus les mots qu'elle prononçait lui lacéraient le cœur. S'il avait prévu que la chose soit difficile à entendre, jamais il ne s'était attendu à ce que cela fasse naître en lui de nouvelles pulsions suicidairess. Car, en plus d'avoir énormément de peine pour le calvaire de son amie, il ne pouvait s'empêcher - en cet instant précis - de repenser à Rose. Rose qui, ivre morte et droguée, ne devait - en définitive - pas avoir beaucoup plus de forces qu'une petite fille de 10 ans ... Rose qui n'avait pas demandé à ce qu'il dérape et à ce que tout se termine aussi mal, quand bien même n'avait-il plus aucun souvenir de la nuit du drame pour se dire qu'effectivement (ou pas) il avait été un monstre aussi dégueulasse et pervers que le beau-père d'Ella ... Les belles paroles qu'il avait sorti un peu plus tôt avaient beau relever de la vérité pure et simple (jamais il n'avait envisagé de faire du mal à leur amie commune), cela n'amoindrissait toutefois pas le fait qu'il ait sciemment mis la drogue dans son verre. Où était là limite ? Quelle différence y avait-il entre violer une gamine inoffensive et droguer une ado pour lui passer dessus sans même s'en rendre compte ? Il avait beau se répéter que tout était une question d'intentions et de pensées divergeantes, chaque fois la voix de la culpabilité lui rappelait que le résultat, lui, était le même. Un viol restait un viol. Et ça le tuait. Ça le tuait de savoir que, d'une manière ou d'une autre, que ce fut de loin ou de près, il ait pu un jour - ou plutôt une nuit - hypothétiquement se conduire comme le salaud qui avait fait du mal à Ella. Que n'aurait-il pas donné pour savoir ? Pour se souvenir ? Juste une image, un son, un mot qui aurait pu lui permettre de se dire que toute cette histoire n'était rien d'autre qu'une soirée qui avait un peu déparée et que Rose avait été parfaitement consentante ... Le contraste était saisissant. Saisissant au point de lui nouer l'estomac. Là où Ella - victime - rêvait de tout oublier, lui - violeur présumé - aurait tout donné pour chasser le doute de sa mémoire ... Avoir couché avec Rose ne l'aurait pas dérangé outre mesure, il se serait trouvé con et maladroit mais il aurait pu assumer sans trop de peine comparé au calvaire que représentait le doute affreux de se dire qu'il l'avait peut-être forcée ... « J'avais pas le choix. » Coup fatal. On aurait pu croire que le discours d'Ella avait été calé sur l'avancée de ses pensées pour le frapper en plein cœur au moment précis où la question du choix de Rose s'imposait à lui. Trop fatigué pour refouler encore et encore, Jed se mit à pleurer lui aussi, en silence. « Je savais pas comment te raconter ça. Je voudrais tout oublier, j'ai essayé de tout oublier, mais ... C'est pas facile. » Ce n'était pas facile, non, en effet. Lui qui ne se souvenait presque de rien avait échoué dans sa tentative d'oublier toute cette histoire, alors il ne pouvait que trop bien imaginer à quel point oublier - pour elle qui se souvenait de tout - devait être difficile ... « Ça change rien, Jed. Y'a rien à reconsidérer. »

Le plus dignement possible, parce qu'il n'avait pas le droit de craquer ou de se plaindre tandis que l'instant était entièrement consacré à Ella, à sa peine à elle et à son histoire à elle, Jed s'essuya les joues d'un revers de main et préféra faire passer ses larmes de remords et de malêtre personnel pour des larmes de compassion. D'ailleurs, il compatissait infiniment, ce n'était pas ça le problème. Mais le fait de savoir qu'Ella - bien des années après - était encore traumatisée par le souvenir du calvaire qui lui avait fait vivre son beau-père ne pouvait que lui renvoyer à la face l'idée que Rose aussi puisse souffrir durant des années et des années à cause de lui. Il se dégoutait, il se sentait sale et la crasse accumulée lors de son périple à travers la ville n'avait rien à voir avec cette impression. La saleté qu'il ressentait venait de l'intérieur, comme s'il maudissait jusqu'à en crever son subconscient qui - ce soir là, alors qu'il était défoncé et complétement ivre - n'avait pas su l'empêcher de faire le con et de faire subir les dommages collatéraux de ses propres erreurs à une fille qui - tout comme Ella - n'avait rien demandé à personne ... « Vis-à-vis de toi non. » S'efforça-t-il de répondre parce qu'il savait que c'était ce qu'elle avait besoin d'entendre. En revanche, il se garda bien de lui dire que tout était à revoir vis à vis de lui. Lui qui devait absolument trouver une solution à cette envie sinistre qu'il avait de se pendre ou de se jeter du haut du toit pour se punir d'avoir peut-être gâché une vie. Cela dit - et parce qu'il avait promis à Flynn de la retrouver - il ne s'accorda pas le temps de la réflexion tout de suite et préféra focaliser encore et toujours sur elle et sur ce qu'elle avait à dire plutôt que sur lui et sur ce besoin malsain de se faire du mal qu'il sentait grandir en lui au fil des secondes. « T'as pas a avoir honte tu sais. C'est lui qui devrait avoir honte. Lui qui devrait pleurer tous les jours et vivre dans la peur que tout le monde découvre à quel point il a été infecte, dégueulasse et lâche de s'en prendre à une gamine qui ne pouvait même pas se défendre. Ce mec là, il mérite qu'on lui crache à la gueule tous les jours jusqu'à ce qu'il ait la décence de s'achever plutôt que de commettre l'affront de continuer à vivre tout en sachant qu'il a démoli une innocente ... Ce mec là ... » Persiffla-t-il, haineux, avant de se mettre à douter en cherchant les mots qui pourraient le mieux définir le beau-père de la petite blonde. « ... C'est le dernier des connards. »

* * *
Jed Vargas a écrit:
« Et moi je suis désolé d'avoir été le dernier des connards, Ella. »
La boucle était bouclée. Ci-gisait désormais le peu d'estime que Jed Vargas avait encore de lui-même.
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T'aurais pas dû | Jed Vide
Message(#) Sujet: Re: T'aurais pas dû | Jed T'aurais pas dû | Jed EmptyMer 30 Mar 2011 - 19:02

Jed pleurait. Jed pleurait et Ella ne savait pas comment faire pour apaiser son coeur endolori et ses pensées sans doute plus torturées les unes que les autres. Ella avait bien conscience que sa propre histoire interférait avec celle de Rose puisqu'elle-même avait eu du mal à passer par-dessus et à se dire que Jed ne ferait jamais une telle chose volontairement. Elle voulait s'assurer, quoi que ça puisse lui en coûter et maintenant qu'elle était certaine que rien n'avait été réellement prémédité, que son histoire à elle ne changerait pas la perception de Jed envers elle. « Vis-à-vis de toi non. » Elle ne savait pas pourquoi c'était tellement important de s'en assurer maintenant, alors que Jed l'avait frappée la veille et qu'elle aurait dû comprendre de par ce simple geste qu'il pouvait perdre le contrôle de lui-même plutôt aisément. Non, c'était plus que ça. Ella avait l'impression que ce qui s'était passé hier n'avait plus vraiment d'importance avec tout ce qui avait été mis en place le jour même. Elle avait l'impression que les excuses de Jed effaçaient tout, même si elle savait que ça aurait tout de même ses conséquences. Et si ces conséquences s'avéraient être plus positives que négatives pour elle? Et si elle se rendait compte que c'était mieux pour eux de s'éloigner pendant un moment, de ne plus s'impliquer autant dans la vie l'un de l'autre? Même si cette certitude lui brisait le coeur, tout ne serait que pour le mieux puisque leur vie était rapidement devenue ingérable ces derniers mois. Vis-à-vis d'elle, non. Rien ne changerait. Mais vis-à-vis d'eux? Ella refusa de poser la question puisqu'elle savait qu'elle ne voulait pas entendre la réponse. C'était trop dur de se dire qu'elle ne pourrait jamais rien faire pour lui, qu'il devrait faire le pas lui-même qui le pousserait vers la guérison de l'âme blessée qu'il hébergeait. Elle avait essayé, elle avait tellement essayé, mais Jed était un peu comme elle, il affirmait n'avoir besoin de personne même si, parfois, ce pouvait être le cas. C'était d'ailleurs la raison pour laquelle la jeune fille se jetait corps et âme dans la gueule du loup pour tenter de le sauver, parce qu'elle tenait à lui et qu'elle comprenait la peine qui l'assaillait, qu'elle savait qu'il ne pourrait pas toujours tout faire tout seul. Se refermer sur soi-même ne pouvait que faire renaître des souvenirs, bons ou mauvais, tout en lui laissant le champ libre pour broyer du noir. Elle le savait parce qu'elle avait agit comme ça, elle aussi, au début. Elle s'était repliée dans un coin, refermant sur elle la coquille qui avait disparu pour la laisser s'épanouir durant les neuf premières années de sa vie, mais qui lui avait donné l'impression d'être à l'écart de sa propre vie pendant un temps. Elle avait cru que ça lui permettrait de mieux accepter, mais au final, elle ne s'enfonçait que plus profondément là où ce serait difficile d'en ressortir gagnante.

« T'as pas a avoir honte tu sais. C'est lui qui devrait avoir honte. Lui qui devrait pleurer tous les jours et vivre dans la peur que tout le monde découvre à quel point il a été infecte, dégueulasse et lâche de s'en prendre à une gamine qui ne pouvait même pas se défendre. Ce mec là, il mérite qu'on lui crache à la gueule tous les jours jusqu'à ce qu'il ait la décence de s'achever plutôt que de commettre l'affront de continuer à vivre tout en sachant qu'il a démoli une innocente ... Ce mec là ... [...] C'est le dernier des connards. » Heurtée par le sens caché des paroles qu'il venait tout juste de prononcer, alors qu'il s'était lui-même comparé au pire des connards quelques secondes avant, Ella ne put s'empêcher de saisir le visage de Jed entre ses mains, d'une délicatesse qui contrastait avec la détermination qu'il pouvait lire sur ses traits. Elle voulait qu'il la regarde, elle voulait qu'il écoute ce qu'elle avait à lui dire malgré les larmes qui coulaient toujours le long de ses joues, ravivées par les mots vénéneux qu'avait lancé Jed qui, même s'ils ne lui étaient pas adressés, avaient ce don de la faire se sentir toute petite. « T'es pas comme lui, Jed. T'as trop bon coeur pour lui ressembler. Lui, il était ... Il en avait rien à faire de personne. Et toi, tu es là. Il ... Il regrettait rien, tu vois? Jamais. Je ne pouvais pas me défendre et il aimait ça. T'es pas comme ça, toi! Et la meilleure des preuves, c'est que tu sois là. C'est de savoir que tu retournerais en arrière si tu le pouvais pour effacer cette soirée avec Rose. » Elle avait prononcé les derniers mots dans un murmure à peine soutenu, comme si elle aussi voulait tout effacer, voulait qu'ils passent à autre chose. Rose lui avait pardonné alors qu'elle aurait censé être la moins à même de faire ce pas dans la bonne direction pour oublier et passer outre. Elle l'avait fait. Elle l'avait fait parce qu'elle avait compris que Jed regrettait son geste. Elle l'avait fait parce qu'elle savait de tout son coeur que Jed n'était pas ce genre de mec. Et Ella aussi, le savait. « Je t'assure... » Ses prunelles plongées au creux de celles de Jed, la jeune fille comprenait le tourment qui les animait et aurait aimé pouvoir soulager cette peine constante qu'elle déchiffrait dans son regard depuis des mois. Mais elle ne savait pas comment. Elle aurait aimé pouvoir se dire qu'il suffisait de quelques mots pour rassurer son ami sur l'idée qu'il avait de se prendre pour le connard qu'il n'était pas, mais elle savait que ce ne serait pas suffisant. Elle ne voyait pas ce qu'elle pouvait faire de plus, ses propres émotions ayant été tellement chamboulées depuis le matin qu'elle ne savait même pas comment elle pouvait être encore là, assise à ses côtés, alors qu'elle avait voulu partir au loin et oublier.

Ses mains sur les joues de Jed ne se firent plus qu'effleurement alors qu'elle laissait retomber ses bras en essuyant rapidement ses yeux, détournant le regard. La brise vint soulever ses cheveux et s'engouffrer sous son tee-shirt, ce qui lui tira un frémissement dans un léger sursaut. Il devait la croire. Il devait la croire parce qu'elle voyait ce que lui, décidait d'ignorer. C'était tellement plus facile de se dire qu'on ne valait rien et qu'on était un con finit plutôt que de faire l'effort de montrer aux gens qu'ils se trompaient sur notre compte.

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T'aurais pas dû | Jed Vide
Message(#) Sujet: Re: T'aurais pas dû | Jed T'aurais pas dû | Jed EmptyJeu 31 Mar 2011 - 1:48

En sentant les mains de l'adolescente englober son visage et le tourner vers elle, Jed ne put réprimer un mouvement de recul et une tentative clairement destinée à le libérer de son emprise. Seulement, une fois encore, le dégoût et tout le reste ne pouvaient lutter contre la fatigue physique et mentale. Abattu, usé, il se sentait l'envie de se lever pour qu'elle ne puisse plus le toucher, mais la force n'y était pas. Alors, résigné, après avoir fuit son regard pendant de longues secondes, il finit par la regarder bien en face en faisant abstraction de ce contact physique qu'il ne pouvait s'empêcher de trouver déplacé et particulièrement désagréable compte tenu de tout ce qu'il incluait de pardon et de confiance qu'il n'estimait pas mériter. « T'es pas comme lui, Jed. T'as trop bon cœur pour lui ressembler. Lui, il était ... Il en avait rien à faire de personne. Et toi, tu es là. Il ... Il regrettait rien, tu vois ? Jamais. Je ne pouvais pas me défendre et il aimait ça. T'es pas comme ça, toi ! Et la meilleure des preuves, c'est que tu sois là. C'est de savoir que tu retournerais en arrière si tu le pouvais pour effacer cette soirée avec Rose. » Sourcils froncés en signe de souffrance et yeux plein de larmes, Jed entendait mais n'écoutait pas. Quoiqu'elle en dise et quoiqu'elle en pense, Ella n'avait pas à se mêler de ça tout comme lui s'était rendu compte qu'il n'avait pas à la forcer à quoique ce soit en terme de confidences ou de façon de penser. S'il se permettait de critiquer son beau-père, c'est parce qu'il savait qu'elle et lui avaient sensiblement le même point de vue à son égard. En revanche, jamais il ne se serait permis de la pousser dans ses retranchements et d'empiéter sur l'image qu'elle avait d'elle-même comme elle se permettait de le faire vis à vis de lui en cet instant. Et plus elle parlait, plus il souffrait. Plus elle y mettait de conviction et plus il avait envie de lui hurler d'arrêter et de se taire, parce que sa condition de fille violée, contre toute attente, le faisait se sentir encore plus mal dans sa supposée condition de violeur. Qu'elle le touche, qu'elle lui pardonne, qu'elle essaye de le convaincre ... tout ça le choquait et lui donnait envie de vomir. Comme s'il y avait eu un côté masochiste à ce qu'une victime qui n'était pas la sienne se pose en libératrice et décide de ne pas lui en vouloir à lui alors qu'il n'était au final rien d'autre qu'un beau-père avec 20 ans de moins et des circonstances différentes à son possible crime.

Rose avait tellement pleuré, Rose avait été tellement catégorique, Rose avait semblé si bouleversée que plus il y pensait et plus il se disait qu'il ne pouvait qu'être coupable. Jamais elle n'aurait pu l'attaquer aussi sauvagement si elle-même avait eu un doute tout comme lui pensait en avoir un ... Au final - et de toute façon - Ella n'avait pas à se mêler de cette histoire. Pas aussi directement du moins. Dans ce cas bien précis, ses mots à elle, ses encouragements à elle et ses regards à elle n'avaient aucun poids, aucune valeur. Elle n'était pas Rose, elle n'avait pas le pouvoir de le libérer des chaines auxquelles il était trop attaché pour qu'autre chose que la clé d'origine du problème ne puisse l'en défaire. « Je t'assure ... » « Arrête ... » Murmura-t-il pour simple réponse sans même parvenir à trouver du soulagement dans le fait qu'elle éloigne enfin ses mains de son visage. Le silence s'installa. Lourd, pesant, accablant même. Il creusait le fossé et augmentait la distance. Chaque seconde d'espoir de réponse pour Ella était une seconde de torture pour Jed qui savait qu'il devait se livrer afin de ne pas couper le lien qui lui permettrait peut-être de ramener cette sœur à son frère et à son presque père adoptif. Son cœur en lambeaux battait la mesure et le suppliait de ne pas continuer sur cette lancée afin de tenter de préserver les quelques miettes de palpitant encore récupérables, mais sa raison et la promesse qu'il avait faite l'obligeaient à choisir la voie la plus difficile, celle qui consistait à s'exprimer pour qu'Ella ne se sente pas une fois de plus rejetée par son comportement solitaire, renfermé et ô combien réfractaire dès lors qu'il s'agissait de parler de ses problèmes. La simple idée de faire un effort de communication qu'il savait vaine et qu'il méprisait, de surcroit, lui paraissait insupportable. Et pourtant il le fallait, il l'avait su dès le début, il l'avait su dès qu'il s'était retourné et qu'il avait croisé le regard de l'adolescente. A cet instant précis il devait parler ou accepter l'idée que - si elle se sentait rejetée et décidait de partir - tout serait de sa faute. Sa faute de ne pas avoir su l'amadouer et la garder auprès de Lawson et des autres.

« C'est pas avec toi que je dois parler de ça Ella, arrête. Je suis ravi que tu ne me confondes pas avec lui, mais toi ne te confonds pas avec Rose, s'il te plait. C'est déjà bien assez dur d'apprendre que vous partagez le pire des points communs, un point commun qui me concerne directement qui plus est, mais pitié sois pas maladroite au point d'entretenir la confusion en me regardant droit dans les yeux. » Céda-t-il enfin, la bouche déchirée par l'effort qu'il lui fallait faire pour mettre des mots sur ça alors qu'il avait pour habitude de régler les choses seul, sans nécessairement expliquer et demander aux autres d'y mettre du sien.
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T'aurais pas dû | Jed Vide
Message(#) Sujet: Re: T'aurais pas dû | Jed T'aurais pas dû | Jed EmptyJeu 31 Mar 2011 - 18:47

« Arrête ... » Le silence qui suivit le mot désespéré de Jed sembla durer une éternité alors qu'Ella se mordait la lèvre, consciente qu'encore une fois, elle venait de franchir le pas d'une révélation qu'elle n'aurait jamais dû faire. La jeune fille se rétracta de nouveau alors qu'elle appuyait le dos de sa tête contre le muret, muette et immobile. Au final, elle n'avait même pas envie qu'il parle puisqu'elle savait que ce serait, encore une fois, pour lui dire qu'elle ne pouvait pas comprendre, qu'elle n'avait pas à lui pardonner et que c'était trop compliqué pour en parler maintenant. Elle commençait à le connaître, lui et sa manie de toujours reculer de deux pas lorsqu'elle en faisait un vers lui. Ce n'était pas comme si cette façon de faire lui était complètement inhabituelle puisqu'elle-même l'utilisait, souvent, et agissait de la même façon que lui pour prendre ses distances. Elle se rendait compte, désormais, à quel point ce pouvait être difficile de la voir s'éloigner lorsqu'on tentait de l'approcher et elle se mordit la lèvre pour réfuter d'elle-même ses paroles; c'était difficile, mais c'était comme ça. « C'est pas avec toi que je dois parler de ça Ella, arrête. Je suis ravi que tu ne me confondes pas avec lui, mais toi ne te confonds pas avec Rose, s'il te plait. C'est déjà bien assez dur d'apprendre que vous partagez le pire des points communs, un point commun qui me concerne directement qui plus est, mais pitié sois pas maladroite au point d'entretenir la confusion en me regardant droit dans les yeux. » Redressant ses prunelles sur Jed sans comprendre, la jeune fille fronça légèrement les sourcils. « Je ne me confonds pas avec Rose. Je ... » Comment avait-il pu croire qu'elle parlait au nom de Rose? Elle ne parlait qu'en son nom, elle n'avait même pas voulu appuyer Jed en lui disant qu'elle était de son côté et qu'elle le croyait - parce que lui-même ne demandait pas sa bénédiction après tout - mais simplement tenter de lui faire comprendre la différence notable entre les deux. Elle voyait le dégoût qu'il avait de lui-même - elle l'avait vu encore plus le soir où il était tombé du pont - et si la lettre avait fait renaître des souvenirs en elle qui la terrorisaient, elle tentait de prendre sur elle pour aider Jed à y voir plus clair avec ses propres fantômes.

Si Rose lui avait avoué qu'elle ne se souvenait plus de rien, Ella n'avait pas l'intention de faire le message. C'était à Jed et à personne d'autre de faire le pas en avant qui le conduirait chez Rose et qui pourrait soulager son coeur meurtri par d'anciennes blessures trop profondes pour cicatriser en un court laps de temps. « Tu devrais aller la voir. » D'un murmure, la jeune fille se releva avec difficulté alors qu'une énorme prise de conscience pesait lourd sur ses épaules. Si l'image qu'il avait d'elle lui importait beaucoup, elle se rendait compte que la perception qu'elle avait de lui ne l'embêtait pas outre mesure. Qu'il en avait rien à faire, en gros. Qu'elle lui pardonne ou qu'elle ne lui pardonne pas, ça ne changeait rien et rien n'aurait pu lui faire plus mal que d'en prendre conscience maintenant. Peu importait ce qu'elle allait dire, il croirait toujours être le pire des salauds. Elle récupéra son sac et, alors qu'elle tentait de calmer les battements frénétiques de son coeur, en sortit une tablette de chocolat qu'elle déposa aux côtés de Jed. « Tiens ... Ça va te redonner des forces pour rentrer... » avoua-t-elle sans le regarder, faisant un pas de côté pour s'éloigner en se mordant l'intérieur de la joue pour prendre sur elle et ne pas prendre ses jambes à son coup pour déguerpir sans lui avoir dit ce qu'elle voulait qu'il sache. Incapable de poser son regard à nouveau sur lui comme elle en avait fait l'effort précédemment, Ella se rendait compte que c'était tellement plus facile par écrit. La tristesse qu'elle pouvait lire sur les traits de Jed la chamboulait, l'intonation qu'il glissait dans ses paroles la déstabilisait. Son coeur battait la chamade dès lors qu'elle posait les yeux sur lui et si elle tenait à lui plus que de raison, elle ne savait pas ce qui ne tournait pas rond chez elle. Le regard de Jed, la veille, furieux et tranchant, se ramenait à elle alors qu'elle savait qu'elle ne pourrait jamais lui dire ce qu'elle avait ressentit lorsqu'il s'était approché d'elle de la sorte. Il ne devait, d'ailleurs, jamais savoir. Bon nombre d'émotions se bousculaient en elle alors qu'elle aurait aimé pouvoir ne rien ressentir, simplement. Se dire que ce n'était pas grave, que ça ne changeait rien et que peu lui importaient les agissements de Jed à son égard, mais ce n'était malheureusement pas le cas. Heurtée par ses paroles, heurtée par le dégoût qu'elle pouvait lire sur son visage, la jeune fille posa les yeux sur la plage - celle-là même qui lui semblait être à des lieues de là alors qu'elle était tout près - en passant une main dans ses cheveux pour replacer les mèches qui lui tombaient devant les yeux.

« Si je te regardais dans les yeux, c'était simplement parce que j'avais l'impression que c'était plus facile de déceler ce que tu pensais, de cette façon. » avoua-t-elle en essuyant vivement une larme qui coulait au coin de ses yeux. Tout était toujours trop complexe. Eux qui, depuis qu'ils se connaissaient, avaient échangé beaucoup de souvenirs par écrit en étaient venus, désormais, à se dire les choses en face et à se livrer l'un à l'autre d'une façon qu'ils avaient toujours reniée. Trop dur. Trop vrai. Trop pénible. Sans un regard, elle tourna les talons pour rejoindre la porte et ce ne fut qu'une fois disparue derrière celle-ci qu'elle laissa libre cours à ses pleurs, la tête appuyée contre le métal. Si son intention première avait été de descendre en s'évanouissant dans la nuit, elle savait qu'elle ne devait pas attirer l'attention et que ses sanglots ne passeraient malheureusement pas inaperçus. Les jambes vacillantes, elle se dirigea dans le coin de la cage d'escalier pour s'y asseoir, laissant sa tête reposer contre le mur. Elle partirait. Une fois calmée, elle partirait.
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T'aurais pas dû | Jed Vide
Message(#) Sujet: Re: T'aurais pas dû | Jed T'aurais pas dû | Jed EmptyVen 1 Avr 2011 - 23:49

« Je ne me confonds pas avec Rose. Je ... » Tu ferais mieux de ne rien faire, c'est tout. Voilà ce qu'il aurait voulu lui dire. Au final, le problème n'était pas tant qu'elle se confonde d'elle-même avec Rose. Le problème venait du fait qu'en agissant de la sorte et en se comportant de cette façon avec lui elle l'incitait, consciemment ou pas, à faire le rapprochement entre elle et la jeune Lancaster. Comment ne pas le faire après tout ? Les mêmes larmes, la même blondeur, la même douleur, le même regard troublé, la même blessure ... Il était désolé, mais il ne pouvait pas supporter ce spectacle en stéréo. Il ne pouvait pas encaisser cette double détresse, ça lui était psychiquement impossible. Voir Rose pleurer de la sorte lui avait valu un saut dans le vide, il ne pouvait se résigner à voir Ella en faire de même. Et même s'il savait qu'être son ami revenait aussi à dire qu'il devait être disponible pour elle, il ne s'estimait pas assez solide pour être disponible les yeux dans les yeux et les mains sur les joues. Pas sur ce thème là en tout cas ; pas alors que chaque mot qui en parlait lui cinglait l'esprit aussi sèchement que la plus violente des paires de claques ...

Ella avait beau être la personne à laquelle il s'était le plus confié ces derniers mois, il n'en restait pas moins que Jed ne lui reconnaissait pas le droit d'exiger de tout savoir sur lui, tout comme elle avait prouvé qu'elle ne lui donnait pas non plus ce droit en lui cachant une part de son passé. Or, il n'était pas certain de vouloir lui dire que les récentes découvertes qu'avaient révélé la lettre du corbeau le mettait en équilibre instable vis à vis de son rapport à leur amitié. Et c'est précisément pour cette raison qu'il avait su qu'il lui serait difficile de lui parler et de tenter de la convaincre ce soir alors que le fantôme de Rose, stimulé par les mots acides du maître chanteur, viendrait planer au dessus du moindre geste d'Ella. Certaines choses gagnaient à ne pas être avouées. Certaines choses n'étaient pas bonnes à entendre - encore moins par une ado en pleine crise existentielle - et, enfin, certaines choses avaient le droit de rester privées. Ça - ce cas de conscience et cette torture d'être renvoyé à sa faute chaque fois qu'Ella pensait bien faire en se rapprochant de lui - en l'occurrence, lui paraissait être la chose la moins avouable de la soirée car, en plus de lui faire mal et de le détruire, cet aveux n'aurait certainement rien provoqué d'autre qu'un sentiment de désarroi et d'abandon chez Ella. Après tout, qu'y pouvait-elle, elle, si Jed n'était pas capable de faire abstraction de Rose pour pouvoir l'aider à aller mieux ? Qu'y pouvait-elle de n'être " que " la deuxième sur la liste des filles violées que Jed connaissait ? Rien, elle n'y absolument rien, et Vargas ne se voyait pas une seule seconde la blesser en lui disant qu'il était navré, mais que le fait d'être directement impliqué dans la sinistre histoire avec Rose le rendait parfaitement incapable d'avoir le recul nécessaire pour être de bon conseil ou de bon réconfort vis à vis d'elle. Jamais - que ce soit de près ou de loin - il n'aurait voulu s'entendre insinuer qu'il aurait fallu que ce soit elle qu'il ait peut-être violée pour permettre à la situation de se débloquer. Jamais. Il ne tenait absolument pas à lui faire comprendre qu'elle n'avait pas le privilège de la différence, tout comme il ne tenait absolument pas d'avoir a expliquer que la seule qui avait une différence la tenait du fait d'avoir peut-être été violée par lui. C'était trop horrible, il ne pouvait décemment pas mettre de mots là dessus. Ce n'était forcément pas le meilleur moyen de lui faire comprendre que, tant qu'il n'irait pas un peu mieux, il ne pourrait rien pour elle et que, pis, tant qu'elle n'arrêterait pas de le harceler, il ne pourrait pas aller mieux. Fallait-il en conclure que ce refus de communiquer ferait que le cercle vicieux n'aurait pas d'échappatoire ? Parfois, il la détestait de ne pas comprendre que ses silences avaient des raisons. Parfois, il se haïssait d'avoir choisi pour amie une fille qui était assez capable de la comprendre pour distancer les autres, mais pas assez pour le rattraper complétement. Perdu entre espoir, désillusions et solitude, Jed désespérait d'un jour parvenir à exister sans que quelqu'un ne souffre de cet état de fait. Sally était morte parce qu'il avait eu l'idée stupide de demander un saut à l'élastique pour son anniversaire. Meryl pleurait parce qu'il ne l'aimait pas assez. Crash souffrait parce qu'il ne souriait pas assez. Rose le haïssait parce qu'il n'avait pas su mieux se maitriser et il aurait désormais fallu qu'Ella se mette à pleurer parce qu'il n'était pas capable de prendre sur lui au point de se renier complétement le temps qu'il faudrait pour qu'elle se calme et aille mieux ? Il n'était pas certain de pouvoir faire ça. Pas certain du tout. Et même s'il avait pu le faire, il ne pouvait pas y prétendre si, en parallèle, la petite blonde s'acharnait à retourner le couteau dans la plaie en pensant bien faire ... Donner, mais pas recevoir. Il fallait se rendre à l'évidence, depuis la mort de sa sœur, Jed n'était plus le partenaire idéal pour ce qui était de l'échange humain.

« Tu devrais aller la voir. » A cet instant, tandis qu'une barre de chocolat remplaçait Ella à ses côtés, Jed sortit de ses pensées et prit conscience que l'adolescente venait de se lever. Toujours aussi abattu, il maudit le silence et ce faux espoir qu'il avait toujours placé en lui comme si ne répondre à quelqu'un que par un mutisme avait pu annuler la question précédemment posée, alors qu'il devenait de plus en plus évident au fil des jours que les silences avaient des significations fortes (et bien souvent négatives) aux yeux d'Ella. Blasé, il se rendit alors compte que, quoiqu'il fasse, ça ne serait jamais assez bien ; ça ne conviendrait jamais. Ses blocages, ses idées noires, ses perspectives obscures et sa vision des choses ne convenaient pas à Nielson, c'était d'ailleurs là la raison principale à leurs disputes devenues quotidiennes avec le temps. Si encore leurs chemins avaient été dans le même sens, mais sur deux chantiers différents, il leur aurait peut-être été possible d'avancer main dans la main. Mais que faire devant l'évidence qui s'imposait clairement et qui perçait à jour le fait qu'ils marchaient dans des sens radicalement opposés ? Jed ne pouvait pas changer du tout au tout pour Ella tout comme il savait qu'Ella ne changerait pas pour lui. Et, l'entendant lui dire la raison pour laquelle elle l'avait regardé dans les yeux, la fatalité de l'impasse dans laquelle ils se trouvaient lui parut tellement lourde qu'il ne put que soupirer en réponse. C'était son tour de s'affaler sur le muret. Son tour de ne pas bouger et de simplement relever les genoux, d'y poser ses coudes et de se prendre la tête entre les mains sans même chercher à la retenir lorsqu'elle tourna les talons et claqua la porte de service derrière elle. Son tour d'être tout seul et de faire le point ...

L'heure était au bilan et à la prise de décision, c'était évident. Et quel cadre plus inattendu que ce toit d'immeuble en cette fin de journée éreintante pour faire le résumé d'une situation qui s'enlisait depuis des mois ... A croire que le destin choisissait délibérément de le mettre à l'épreuve, allant jusqu'à l'affaiblir à l'extrême pour que l'idée même de penser et de soupeser les enjeux devienne si épuisante qu'il soit permis au doute de s'installer par la suite quant à la pertinence des ses choix. Au bout du rouleau, Jed tenta de ne pas partir complétement défaitiste et commença par se remémorer ses premiers instants à OG ainsi que l'impression de vide qu'il avait ressenti en débarquant à l'aéroport et l'espoir idiot de croire que personne ne l'empêcherait de sombrer comme il l'entendait une fois rendu loin de chez lui. Il se souvint de Crash, de ses remontrances, puis de sa première rencontre avec Ella, Rose, Lawson, Rommy, Arto, toutes ces personnes qu'il avait bien malgré lui laissé interférer dans sa vie et qui faisaient qu'il se retrouvait là, comme un con, à réfléchir sur le toit d'un cinoche après l'une des journées les plus éprouvantes de sa vie en terme de remise en question. Alors, après mûre réflexion, il lui vint à l'esprit qu'il avait mérité tout ça et que s'il ne s'était pas laisser atteindre par les gens, ces derniers n'auraient jamais pu lui apporter tout le malheur qui était venu s'ajouter à son capital déprime (pourtant déjà bien rempli quand il avait emménagé dans le quartier) ... Sa logique, épuisée et las de se battre contre du vent, lui fit intégrer l'idée que c'était à lui de rejeter l'envahisseur avant qu'il n'empiète trop sur les terres de son esprit et que se plaindre de la situation une fois celle-ci installée et enracinée ne l'aiderait pas remédier au problème. Cela dit, et parce qu'il assumait le fait d'avoir été trop faible en s'ouvrant de la sorte à des gens auxquels il n'aurait pas du, il accepta l'idée de leur devoir quelque chose. Quelque chose qui, à ses yeux, se traduisait grosso modo par " l'excuse de leur avoir fait croire qu'ils pourraient retirer de bonnes choses de lui, l'excuse de ne pas les avoir assez mis en garde et, plus globalement, l'excuse de ne pas avoir été assez honnête envers eux dès le départ ". Des excuses qui prenaient des allures de chaines à ses poignets maintenant qu'il devait payer le prix d'avoir laisser des gens l'approcher et croire en lui. Mais il n'était peut-être pas trop tard. Peut-être qu'en négociant bien son virage il arriverait à les faire s'éloigner sans les blesser et qu'il parviendrait à rétablir l'ordre qu'il avait lui-même laissé se démolir en faiblissant dans son rejet cuisant de la société. Prendre conscience qu'il n'avait pas à se plaindre d'une situation dans laquelle il s'était mis tout seul lui faisait prendre conscience qu'il était aussi - peut-être - capable d'y remédier.

Alors, puisant dans ses dernières ressources pour se relever, Jed regarda le sol en contre-bas et inspira profondément en se disant qu'il était l'heure de rentrer chez Lawson et de lui expliquer qu'il n'avait pas été à la hauteur, qu'il n'avait pas su ramener Ella. Cependant, fort de ses nouvelles convictions en terme d'anéantissement totale de son carnet d'adresses, il n'avait plus si peur que ça d'avoir à affronter le regard larmoyant et désespéré du tuteur. Il lui demanderait pardon, il serait sincère, mais il parviendrait à prendre le recul nécessaire pour se dire que - au final - les larmes de Lawson ne seraient que tourner vers Ella et sa disparition, pas vers lui et son incapacité à la retenir. Et, quand bien même elles se seraient tournées vers lui et sa façon de merder du début à la fin, il parviendrait à se dire qu'il faisait le bon choix en partant, puisqu'il ne servait de toute façon à rien ici bas et que ce départ soulagerait Lawson d'un poids. Déterminé, il ouvrit la porte de service mais fut coupé dans son élan par la vision de la silhouette d'Ella repliée dans un coin. Interdit, il la détailla et pinça les lèvres, usé d'avoir à adapter ses plans une fois de plus maintenant qu'on lui prouvait qu'elle n'était pas encore tout à fait partie. Cela dit, il avait été chercher trop loin les raisons qui le faisaient se retrouver dans cette situation ce soir là pour tirer un trait sur tout ce qu'il venait de penser au préalable et sur les résolutions sociales qu'il en avait tiré à l'instant. Ainsi, timorant son point de vue mais décidant d'y rester fermement accroché puisqu'il estimait que cette façon d'agir était la seule qui pourrait lui permettre de moins souffrir tout en faisant souffrir le moins possible les autres, il s'approcha de l'adolescente et s'accroupit à sa hauteur pour qu'elle ne perde pas un mot de ce qu'il allait dire :

« Je crois que je n'ai pas été assez honnête avec toi Ella. Je crois qu'on ne s'est pas dit assez clairement ce que l'on attend l'un de l'autre et je pense qu'il est aujourd'hui nécessaire de redéfinir clairement les notions qu'on a de l'amitié, parce qu'à ce train là on finira par en souffrir beaucoup trop, toi comme moi. Du coup, je vais te dire ce que je veux et ce que je ne veux pas : Je veux bien t'aider, mais je ne veux pas que tu m'aides. Je veux bien t'écouter quand tu te livres, mais je ne veux pas que tu me forces à en faire autant. Je veux bien te confier des secrets, mais pas tous. Et, pour finir, je veux bien que tu me fasses confiance, mais pas au point de t'obstiner tellement que la moindre découverte négative à mon sujet te fasse du mal. Tu peux espérer des choses de moi, mais tu ne peux pas exiger que je te les donne. Être mon ami c'est aussi savoir respecter mes choix. C'est ça ... ou rien du tout. Je n'attends pas de mes amis qu'ils me bombardent de conseils quand je ne leur ai rien demandé. Je n'attends pas de mes amis qu'il interviennent dans ma vie sans mon autorisation et je n'attends pas d'eux non plus qu'ils me forcent à faire quoique ce soit ; tout comme je ne te force pas à me suivre si tu n'en a pas envie. » Expliqua-t-il, fermement. « Je suis libre et, la plupart du temps, je réfléchis avant d'agir pour que ce que je fais n'ait pas de conséquences néfastes sur les personnes que j'estime. Je ne veux pas avoir de comptes à rendre et je suis prêt à ne pas t'avoir comme amie si être amis se résume, pour toi, à ce que moi je considère comme de l'engagement aliénant. Si tu ne le savais pas avant aujourd'hui, maintenant tu le sais. Je rentre chez Lawson, je te laisse y réfléchir, mon vélo est en bas, voici la clef de l'antivol. » Il sortit une clef de sa poche et la posa sur le sol avant de s'éloigner et d'entamer sa descente. Cependant, après avoir parcouru une bonne quinzaine de marches, il leva la tête vers le sommet pour ajouter. « S'il est fort probable que moi je ne vaille pas la peine de revenir, saches que Flynn, Lawson, eux, ont besoin de toi. »

Et il disparut dans les ténèbres de la cage d'escalier.


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T'aurais pas dû | Jed Vide
Message(#) Sujet: Re: T'aurais pas dû | Jed T'aurais pas dû | Jed EmptyDim 3 Avr 2011 - 18:33

Ella sursauta lorsque la porte s'ouvrit et, trahissant de ce fait sa présence, essuya brusquement ses yeux alors que Jed restait planté là à la regarder. Elle détourna le regard, consciente que c'était trop tard et que plus rien ne pourrait désormais la faire changer d'avis. Quand elle avait décidé de s'enfuir, au lieu de faire face à cette foutue lettre, jamais elle n'aurait cru que Jed essaierait de la retrouver et elle se rendait compte qu'il rendait la chose encore plus difficile. Il n'aurait jamais dû venir, il aurait dû la laisser s'enfuir sans chercher à la retenir parce qu'Ella savait qu'il n'en avait rien à faire, qu'il ne faisait pas ça pour lui. Elle aurait tellement aimé le savoir égoïste, pour une fois, savoir qu'il ne se trouvait devant elle que pour satisfaire son besoin à lui de la récupérer, elle. Elle entendit Jed se rapprocher d'elle et dut faire un effort conséquent pour relever les yeux vers lui, la tête toujours appuyée sur le mur de la cage d'escalier. Elle ne parvenait pas à comprendre ce qui avait pu le pousser à la rejoindre, à parcourir tous ces kilomètres pour lui dire qu'au final - parce que c'était bien ce qu'il avait tenté de lui faire savoir depuis des lustres - il serait bien mieux sans elle. Au diable les bonnes résolutions comme quoi Jed parlait simplement par dépit, alors qu'il ne pensait pas vraiment ce qu'il disait, au diable les bonnes valeurs qui lui hurlaient de prendre sur elle pour rentrer et que tout finirait par revenir à la normal. Ella n'avait même plus envie de croire à la normalité, elle ne savait même plus ce que cela signifiait. Elle n'avait jamais voulu que les gens soient au courant de ce qui s'était passé dans sa vie auparavant, elle aurait peut-être pu le dire, une fois, mais seulement lorsqu'elle aurait été prête à avouer. Et pas à tout le quartier. C'était trop dur de se dire que tous ceux qu'elle connaissait, que tous ses coéquipiers de lycée, que tous ses professeurs même, sauraient pour elle. Elle ne savait même pas comment elle pourrait faire pour entrer dans la classe sans paniquer; elle voyait déjà les yeux se tourner vers elle, les regards compatissants, les sourires tristes, les mots réconfortants ... Elle ne voulait rien de tout ça et c'est pourquoi elle ne voulait pas revenir. Elle avait peur. Peur que toute sa vie, qui se résumait à pas grand chose, bascule pour une révélation qu'elle n'avait pas été prête à faire d'elle-même.

Jed s'était accroupi devant elle et lorsqu'il commença à parler, Ella sentit une boule se former au creux de sa gorge. Le discours qu'il lui servait se rapprochait davantage d'un discours d'adieu que de quelques mots glissés dans l'espoir de la retenir et de la ramener en sécurité. Il était prêt à ne pas être son ami si ... Se mordant la lèvre sans le quitter des yeux sous l'orgueil qui la maintenait à sa place et l'empêchait de filer, la jeune fille comprit qu'il ne voyait pas vraiment les choses de la même façon qu'elle. Elle l'avait déjà compris, bien sûr, mais c'était on ne peut plus clair maintenant qu'il posait ses conditions, maintenant qu'elle prenait conscience qu'elle avait tenté de lui donner des conseils, qu'elle ne l'avait jamais forcé à faire quoi que ce soit - et c'était bien parce qu'elle ne pouvait pas -, mais qu'elle l'avait vivement encouragé tout de même. Toutefois, jamais Ella ne l'avait forcé à lui raconter ce qu'il ne voulait pas lui dire. Il parlerait lorsqu'il serait prêt, s'il avait envie d'en discuter avec elle, jamais elle ne pourrait le forcer à lui raconter quoi que ce soit puisqu'elle-même avait tellement détesté qu'on la force à se livrer. À la police. Aux services sociaux. Et désormais à Ocean Grove tout entier. Elle ne perdait pas un mot de ce qu'il lui disait, même si elle n'avait pas l'impression de tout pouvoir encaisser maintenant. C'était donc ce qu'il pensait d'elle? Qu'elle le brimait dans sa liberté et qu'elle lui dictait sa conduite et comment il devait agir? Ella tenta, en vain, de ressasser les dernières semaines, les derniers mois, alors qu'elle avait passé la quasi totalité de son temps au lycée ou dans sa chambre. Ils s'étaient disputés tellement souvent ces temps-ci qu'Ella ne pouvait même plus se souvenir de tout ce qu'elle lui avait dit et des mots qu'ils avaient échangés. Oui, elle avait eu l'impression qu'il ne faisait aucun effort pour aller mieux, mais était-ce vraiment à elle de le lui faire comprendre? Non, elle n'en avait pas le droit. Et elle se rendait compte que Jed n'avait pas apprécié qu'elle s'immisce ainsi dans sa vie, quand bien même elle croyait bien faire. Bercée de bonnes intentions, elle s'était disputée avec lui pour tenter de lui faire prendre conscience des gestes tous plus nocifs les uns que les autres qu'il commettait, autant pour lui que pour les autres. Si Jed lui avouait peser les pour et les contre avant d'agir, elle comprit que ces temps-ci, il s'était montré plutôt impulsif vis-à-vis d'elle, lui balançant tout ce qu'il pouvait bien trouver à lui reprocher.

Ses prunelles prirent un moment avant de saisir que Jed ne se trouvait plus devant elle, qu'il s'était mis en marche pour redescendre les escaliers. « S'il est fort probable que moi je ne vaille pas la peine de revenir, saches que Flynn, Lawson, eux, ont besoin de toi. » Les larmes aux yeux alors qu'elle attrapait la clé du vélo qu'il avait laissée à côté d'elle, la jeune fille secouait brusquement la tête même s'il ne pouvait sans doute pas la voir. Bien sûr qu'il en valait la peine! Elle aurait voulu le lui crier, mais la boule dans sa gorge l'en empêchait. Il en valait la peine, mais elle ne savait pas si c'était suffisant. Elle se rappelait tous les beaux mots qu'elle lui avait dit, toutes les belles paroles qu'elle avait voulu qu'il prenne en considération lorsqu'elle lui affirmait que tout finirait par aller mieux. Flynn ... À qui elle avait reproché pendant trop de temps d'être partit sans un mot. Ce même Flynn qui était revenu pour elle. Lawson ... Celui qui avait su lui faire une place dans sa vie et sans qui elle n'était plus grand chose désormais. Comment avait-elle pu penser partir sans leur dire? Comment avait-elle pu croire qu'ils ne puissent pas l'aider?

Ravalant ses larmes, Ella se redressa sur ses jambes, qui reprenaient peu à peu une certaine assurance. Elle avait choisit. Elle avait choisit et elle dévala les marches des escaliers jusqu'à ouvrir la porte sur l'intérieur du cinéma. La silhouette de Jed s'évanouissait déjà à travers la foule et la jeune fille courut derrière lui, la clé du vélo dans sa main. « Jed! » Laissant la porte se refermer derrière elle alors que la brise, légère, revenait fouetter ses joues, maintenant qu'elle se retrouvait de nouveau dans la rue éclairée par les innombrables lampadaires, Ella s'arrêta net lorsqu'elle le vit se retourner sous le prénom qu'elle venait de lancer et qui fendait l'air. Le coeur battant, elle rompit la distance qui les séparait pour se jeter dans ses bras, ayant tout de même la délicatesse d'éviter sa clavicule blessée et qui avait dû être malmenée. « Je vais faire des efforts, je te le promets. » murmura-t-elle en se mordant la lèvre sous ses propres mots, qui lui écorchaient les oreilles. Ella savait que les promesses étaient faites pour être tenues et si elle les avait en horreur, elle savait qu'elle saurait la tenir. Elle n'avait pas le choix, elle devrait faire l'effort de respecter les choix de Jed, quand bien même ils ne lui plaisaient pas. Elle savait qu'il lui en voulait encore de s'être rendue sur le pont ce soir-là, elle le savait et pourtant, malgré la promesse qu'elle venait de lui faire, elle était également consciente qu'elle ne pourrait sans doute pas, si ça se reproduisait, le laisser mourir. C'était trop dur. Sa main se glissa dans celle de Jed alors qu'elle s'écartait légèrement, ayant l'impression d'être réellement en sécurité, ce qui ne s'était pas produit depuis longtemps. « Je peux rentrer avec toi? » demanda-t-elle dans un murmure alors qu'elle lui tendait la clé de son vélo, délaissant finalement sa main sous l'impulsion des pensées qui se bousculaient dans son esprit, préférant de loin s'éloigner d'elle-même plutôt que ce soit lui qui le fasse.

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