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 [1885] you touch these tired eyes of mine (pv)

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[1885] you touch these tired eyes of mine (pv) Vide
Message(#) Sujet: [1885] you touch these tired eyes of mine (pv) [1885] you touch these tired eyes of mine (pv) EmptyDim 19 Déc 2010 - 0:06







you touch these tired eyes of mine.

[1885] you touch these tired eyes of mine (pv) Nmdzqe
BLADE KENNEDY, AUBREE DEHZKEL





she is back!
La nouvelle n’avait peut-être pas atteint le JT de 20 heures, mais elle allait bon train dans le quartier chic et bien propre sur lui d’Ocean Grove – bien que ce dernier qualificatif ne fût certainement pas des plus appropriés, étant donnés les récents événements qui l’avaient saccagé dans tous les sens du terme. Que ce soit pour le double homicide le soir d’Halloween, ou parce que le quartier avait été détruit jusqu’aux fondations de ses maisons luxueuses par l’ouragan qui avait frappé Miami, il y a de cela seulement quelques semaines. Le quartier vivait une pénible reconstruction, mais bizarrement, celle-ci n’égalait en rien celle qui attendait Aubree Dehzkel. La jeune femme était bel et bien de retour, traînant ses bagages derrière elle dans les rues sombres et en travaux du quartier. Elle avait à peine sourcillé en voyant l’état de celui-ci – d’ailleurs, qu’est-ce qui pourrait encore la faire sourciller, après ce qu’elle venait de vivre ? Aubree doutait que quoi que ce soit puisse encore l’atteindre. Ce n’étaient pourtant pas les sentiments et les émotions qui manquaient – contrairement à la longue période qu’elle venait de vivre, et qui s’était étalée entre la mort de ses parents et sa récente overdose. À cette époque-là, rien ne pouvait l’atteindre, tout simplement parce que son cœur semblait enfoui trop profondément sous une épaisse couche de glace – peut-être même de béton armé. Ne pouvant plus se torturer parce qu’elle ne parvenait pas à éprouver quoi que ce soit, Aubree s’était donc défoulée sur tous les autres, leur infligeant douleurs, humiliations et autres coups bas. Jamais elle n’avait ressenti une quelconque satisfaction en agissant de la sorte, bien que de temps en temps, elle ait eu l’impression de revivre l’espace de quelques secondes. Comme si voir la souffrance sur le visage de l’autre éveillait quelque chose d’engourdi en elle. Aubree avait été un monstre de cruauté et d’indifférence au courant des derniers mois, pour la seule raison qu’elle s’était empressée d’enfouir ses propres sentiments dès le jour où elle avait fait ses adieux à ses parents. Craignant de souffrir davantage, de s’effondrer sous le poids du deuil qu’elle avait à faire, elle avait tourné le dos à tout et opté pour la facilité – du moins, pour ce qu’elle estimait être le plus simple. Il va de soi que les conséquences de son comportement n’allaient pas être une partie de plaisir. Aubree le savait, et bien qu’elle ne fût aucunement réjouie par cette perspective, elle était enfin prête à faire face à tout ce qu’elle avait fui au cours des derniers mois. La perspective de ce qui l’attendait à Miami la terrorisait, et elle aurait volontiers prolongé son séjour en cure de désintoxication rien que pour postposer ce douloureux retour à la réalité. Étrangement, cet établissement qui semblait être le cauchemar de tous les toxicomanes et autres adeptes de l’excès avait été comme un foyer pour Aubree, un endroit où elle avait pu, peu à peu, redevenir elle-même – c’est-à-dire la personne qu’elle avait été pendant près de vingt-deux ans, avant de voir sa vie détruite par la perte de ses parents. Mais ce retour à la réalité signifiait également qu’elle allait devoir faire son deuil, et convenablement, cette fois-ci. Elle savait que ce serait cent fois plus douloureux que si elle l’avait fait tout de suite, il y a déjà un an et demi de cela, mais Aubree n’avait plus le choix. Et surtout, elle était fatiguée de fuir, fatiguée de tenter de trouver un échappatoire à chacun de ses problèmes parce qu’elle n’avait pas le courage de leur faire face. Aubree voulait, enfin, prendre un nouveau départ. Mais elle n’était pas sûre d’en avoir la force, ni la volonté. À vrai dire, elle ne savait même pas pourquoi elle était encore là, pourquoi elle se battait et s’était forcée à retourner ici, à Miami, la ville qui avait assisté aux pires de ses coups bas et qui l’avait pourrie jusqu’à la moelle. Elle ne pouvait pas citer une seule bonne raison qui valut la peine de continuer à vivre, car elle ne savait pas si, au fond, elle avait encore quelque chose pour laquelle se battre. Les personnes dont elle s’était entourée au cours des derniers mois n’étaient en aucun cas celles qu’elle voulait continuer à fréquenter. Et celles qu’elle fréquentait avant de devenir la plus horrible des garces des Etats-Unis ne voudraient sans doute plus jamais entendre parler d’elle – et Aubree ne pouvait que leur donner entièrement raison. Après tout, elle avait été abjecte avec chacune des personnes qui l’avaient aimée, et qu’elle avait aimées.

Et pourtant, Aubree Dehzkel arpentait les rues d’Ocean Grove. Elle ne regardait même pas autour d’elle, se contentait de fixer la pointe de ses chaussures. Où étaient passés son attitude hautaine, son regard arrogant et son allure insupportable, tant elle était méprisante ? Aubree Dehzkel n’était plus qu’une ombre, sans ses Louboutin à talons de quinze centimètres et sa crinière de cheveux blond platine, qui lui donnaient autrefois, à tort, des airs d’ange. Elle avait troqué sa couleur de glace contre celle, brune, qu’elle avait toujours portée avec fierté. Mais aujourd’hui, la fierté n’avait plus sa place chez Aubree Dehzkel. Ces cheveux sombres n’étaient rien d’autre qu’un moyen de se détourner de son passé – ce passé dont elle avait honte tant elle le savait scandaleux, et, par dessus tout, indélébile. Aubree arriva à hauteur de sa maison, et ne sourcilla pas en voyant celle-ci partiellement ravagée par l’ouragan. Si le bâtiment semblait avoir bien résisté aux assauts de la catastrophe, son jardin était sens dessus-dessous, jonché de débris en tous genres. Elle put apercevoir des baies vitrées qui avaient explosé, ainsi que ce qu’il restait du porche et des barrières qui l’entouraient, et qui avaient presque toutes étaient arrachées. Aubree ne s’en émut pas, et s’engouffra à l’intérieur de la maison, qui était aussi sombre et froide que sa propriétaire. Elle ne prit ni la peine de fermer la porte, ni celle d’allumer la lumière. Elle laissa tomber ses valises sur le sol dans un fracas qui brisa le silence de mort qui avait habité l’endroit pendant de longues semaines. Aubree traversa le hall, s’apprêtant à monter à l’étage, mais elle s’effondra contre le mur opposé à l’entrée. Elle n’avait pas le courage de monter, de revenir sur les lieux qui l’avaient vue frôler la mort. Si Pride n’était pas venu, elle serait sans doute en train de se décomposer, six pieds sous terre. Sans doute cette solution n’aurait-elle pas été plus mal : après tout, à qui aurait-elle manqué ? Elle n’inspirait que dégoût, mépris et haine aux personnes de Miami. Celles-ci se seraient précipitées sur sa tombe pour y cracher, peut-être même pour la saccager, comme Aubree avait saccagé leur vie. Malgré leur hypocrisie, les gens d’ici n’oubliaient rien, et c’était sans doute cela qui désespérait autant la jeune femme : bien qu’elle n’eût pas le moindre intérêt à connaître toutes les personnes qui vivaient ici et qui avaient passé les derniers mois à dire du mal à son sujet, elle savait que tant que son passé la poursuivrait, elle ne pourrait jamais se remettre de ce qu’elle avait traversé. Et il n’était pas question de partir, de tenter une énième fois de construire une nouvelle vie – une nouvelle vie sans but ni espoir.

Cet amas de pensées noires avait hanté Aubree depuis le jour où elle était sobre, et capable de réfléchir convenablement. Lorsqu’elle tentait d’arrêter de penser à un problème, un autre venait l’assaillir impitoyablement et sans lui donner une seconde de répit. Aubree savait qu’elle le méritait, qu’elle ne pouvait blâmer personne de ce qui lui arrivait, mis à part elle-même : elle était la seule fautive dans l’histoire, elle avait causé tous les malheurs qui lui tombaient dessus, et désormais, elle était seule pour affronter les conséquences qui se dressaient devant elle, sombres et menaçantes. Recroquevillée sur elle-même, dos à ce mur froid, Aubree avait remonté ses genoux contre sa poitrine et croisé ses bras dessus. Le menton posé sur ses bras, elle fixait le sol, d’un regard étonnamment sec. Elle n’avait plus de larmes à verser, elles l’avaient toutes quittée pendant son séjour en cure. Malgré l’immense tristesse et l’infini désespoir qui l’habitaient tout entière, Aubree ne pouvait plus pleurer. Elle restait là, la gorge nouée, exténuée, incapable d’esquisser le moindre mouvement. Elle ne voulait qu’une chose : rester là, fixer les dalles noires et blanches du sol, et ne plus jamais sortir d’ici. Elle n’avait même plus la force de penser, de ressasser ses méditations noires et déprimantes, mais si vraies.

Et pourtant, elle ne parvenait pas à leur échapper.
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Message(#) Sujet: Re: [1885] you touch these tired eyes of mine (pv) [1885] you touch these tired eyes of mine (pv) EmptyDim 19 Déc 2010 - 1:41




TAKE THE PIECES AND BUILD THEM UP TO THE SKY

Officiellement, j’avais oublié Aubree Dehzkel. Officiellement, j’étais passé à autre chose. Officiellement donc, ma vie aurait dû reprendre son cours normal. Installé à Miami pour ce qui ne devait être que des vacances prolongées en quelque sorte, je me retrouvais toujours installé dans cette ville, six mois plus tard. Je m’y étais habitué, aussi étrange que cela puisse paraître, mon organisme de britannique pur souche s’était adapté au fil du temps à la Floride, réagissant mieux qu’il ne l’avait fait lorsque j’habitais en Californie. Croiser Aubree quelques semaines seulement après mon installation m’avait déstabilisé, bouleversant mes repères, me forçant même à me demander si je n’étais pas victime d’un complot pour que nos chemins se croisent encore, alors même que j’avais quitté la Californie, alors même que j’étais retournée au Royaume-Uni, alors même qu’un an s’était écoulé, que j’avais visité d’autres pays, sans jamais la croiser, et elle était là, à Miami, au Parkwest Nightclub, quand j’y étais aussi, bien évidemment. Moment aussi douloureux qu’étrange, qui s’était soldé par un au revoir définitif de ma part. Mais je savais pertinemment qu’oublier Aubree Dehzkel ne serait pas si facile.
Ma vie avait poursuivi son cours: quelques allers-retours vers Londres (des passages chez Domino Records pour discuter nouvel album et marketing) et Oslo (pour voir cet irremplaçable Jeff), quelques américaines dans mon lit (Sarah, Robin, Lisa, Rachel, Victoria...), quelques ébauches de nouvelles chansons (« it’s like the odds are against us, maybe it’s fate, maybe it’s luck, we keep on meeting, you keep on hating, i’ll keep on loving » le loving avait été barré rageusement, remplacé par un going qui semblait définitivement hors contexte). Je n’avais aucune idée d’où était Aubree Dehzkel. Je m’en fichais.

Les ragots allant bon train à Ocean Grove, je n’avais pas tardé à apprendre la nouvelle. Inévitablement, que je l’ai voulu ou non, il en était ainsi. Elle était donc partie en rehab. Ou plutôt, elle avait frôlé la mort et avait été envoyée en rehab. Sur le coup, je ne ressentis rien. Craignant alors que je ne me sois transformé en une créature sans cœur du même acabit que Dehzkel la reine des glaces, je forçais mon esprit à se focaliser sur la nouvelle, essayant tant bien que mal de m’arracher quelque chose du cœur. Un mot, un cri, une parole, une larme, un soupir, un rire, n’importe quoi aurait pu faire l’affaire. Mais rien ne vint, et je dus me rendre à une évidence, non sans être étonné: j’avais peut-être fini par l’oublier pour de bon pour qu’une nouvelle de cette envergure à son sujet ne me fasse aucun effet. C’est là que j’eus la réaction la plus stupide de mon existence. Je me sentais limite mal de ne rien ressentir, ni même de la colère, ni même un soulagement (elle serait mieux en rehab qu’ici, à commettre je ne sais quelles frasques outrageuses), je voulais ressentir quelque chose. Je voulais cultiver le souvenir d’Aubree dans ma mémoire (une dernière fois?) alors que je m’étais tant appliqué à éviter de le faire ces derniers mois. Peut-être bien que je ressentais quelque chose, dans le fond. Quelque chose de si intense, de si complexe, que le propre de ma réaction était de vouloir raviver le souvenir de Dehzkel coûte que coûte. C’était, dans tous les cas, une situation tordue.

Je me retrouvai donc chez moi ce soir-là, incapable de trouver le sommeil, essayant tant bien que mal de résoudre la situation. Je n’avais plus aucun souvenir de Dehzkel, j’avais tout jeté, tout brûlé, tout effacé consciencieusement. À moins que... J’ouvris la porte de ma penderie en trombe, remuant mes affaires sans dessus-dessous, jusqu’à trouver ce que je cherchai si fiévreusement. Le t-shirt était roulé en boule, il avait passé les six derniers mois coincé au fond de la penderie, caché derrière une pile de pull-overs en laine qui ne m’étaient d’aucun usage en Floride. Je me mordis la lèvre inférieure, dépliant le t-shirt. « DENNEDY » était imprimé en lettres capitales noires sur le devant, et dans le dos, une photo d’Aubree et moi été imprimée, entourée d’un cœur rouge. Presque imperceptiblement, mon cœur se noua lorsque je repensai au moment où j’avais récupéré ce t-shirt, en Californie, quand nous avions été assailli par des fans de notre ‘couple’, alors que nous traversions une période confuse dans notre relation (pour changer). Ce simple tshirt blanc confectionné par des fans écervelées me fit l’effet d’un électrochoc, comme l’avait fait la présence de Dehzkel quelques mois auparavant. Il suffisait à chaque fois d’un infime détail, d’une seule et unique milli-seconde pour que tout ce que j’avais mis de côté avec soin ne revienne au galop. Preuve que je ne l’avais définitivement pas oubliée; elle ne s’oubliait pas comme ça, un point c’est tout. Dire au revoir à Aubree Dehzkel n’était pas quelque chose qui se faisait. Vous ne lui disiez pas au revoir, encore moins adieu. Si vous aviez croisé sa route un jour, vous étiez lié avec elle par je ne sais quelle force magnétique qu’elle possédait dans son génome et ce jusqu’à la fin de vos jours. J’avais croisé sa route. Je n’étais sûrement qu’une insignifiante victime d’Aubree parmi toutes. Mais pourtant, à chaque fois que nos souvenirs communs me revenaient en mémoire, je ne pouvais pas m’empêcher de me dire qu’à un moment, j’avais compté pour elle.
Ce devait bien être vrai, non?
Non? J’avais dû compter pour elle, c’était sûr et certain. Nous n’avions pas passé un an à nous côtoyer, à nous chamailler, à nous tourner autour, sans que je ne compte pour elle. J’étais sûr qu’elle avait compté pour moi, elle.
Nous y étions donc, c’était donc ça, que j’avais voulu ressentir lorsqu’on m’avait annoncé qu’elle était partie en rehab. Cet éternel questionnement: avais-je compté pour elle alors qu’après une fabuleuse année d’amitié, elle m’avait traité comme moins que rien? Si je me penchais sur la question, il était évident qu’elle occupait toujours autant mes pensées.

Je ne dormis pas cette nuit-là, ni la nuit qui suivit.


Je tenais donc encore à elle, après tout ce temps. Je m’inquiétais encore de son sort, alors que je n’avais franchement aucune raison valable de le faire, vu le comportement qu’elle avait eu envers moi, et pourtant, je le faisais. Éternelle forme de masochisme, ou simple preuve de .... De je ne sais quoi, le mot ne voulait définitivement pas se dessiner convenablement dans mon esprit. Toujours est-il qu’alors que j’étais, une fois de plus, (rien ne changerait donc, damn you Aubree Dehzkel!) dans un état de totale perdition sentimentale, essayant désespérément de me perdre dans une quelconque activité pour oublier (la musique n’était pas une option, des idées de textes me venaient toujours en tête, inspirés par une certaine AD), un nouveau ragot parvint à mes oreilles. “Elle est revenue.”
Just what I needed. Si j’avais été perplexe au début, hésitant même à mettre les voiles au plus vite pour aller m’installer définitivement en Norvège avec Jeff, j’avais réfléchi. Je m’étais inquiété pour elle pendant des jours et des nuits, j’étais retombé dans cet état de totale confusion que je détestais au plus haut point; je ne pouvais pas partir comme ça. Nos deux dernières rencontres n’avaient été que brèves. Il fallait une confrontation, quelque chose, n’importe quoi. Je ne savais pas ce que je voulais, je ne savais pas à quoi m’attendre; certainement pas de retour à la normale, ni de nouveaux adieux, j’avais bien compris que j’aurais beau faire, elle ferait toujours partie intégrante de ma vie.


J’étais là, devant chez Dehzkel, les décombres de l’ouragan m’entourant, ne sachant pas quoi faire. Sur un coup de tête, une ultime impulsion, comme si c’était ma dernière chance, comme si c’était le moment d’y aller, de foncer, de mettre un terme à toute cette confusion, d’y comprendre enfin quelque chose, j’entrais. Je n’eus pas beaucoup de chemin à faire. Elle était là, assise contre le mur face à l’entrée. Genoux remontés contre son corps, fixant le sol d’un regard vague. Elle n’était plus blonde, elle était brune. Comme avant. Comme avant. Ce simple détail me serra le cœur. Tout était donc possible, il y avait encore de l’espoir. Je m’avançai doucement vers elle. Je ne savais même pas si elle avait remarqué ma présence ou non. Je m’agenouillai devant elle, et je plongeai mon regard dans le sien. Comme avant. Comme je l’avais déjà fait des centaines, des milliers de fois. Je ne décelai rien dans son regard, il était dénué d’émotion, sans aucune larme. Mais surtout, je n’y décelai aucune haine, aucune froideur. C’était un regard triste et vide. Mais la reine des glaces avait quitté ce corps. Aubree, mon Aubree, était de retour.

Je posais mes mains de chaque côté de ses genoux, tremblant de tout mon corps (de peur de la toucher de nouveau, de peur de ce qui allait se passer ensuite, de peur de l’avoir là en face de moi, de peur qu’elle ne disparaisse à nouveau, car si elle était capable de me faire sentir aussi mal à cet instant, elle ne pouvait plus jamais partir). Me forçant à respirer calmement, j’appuyai mon front contre le sien, tremblant de plus belle.

« Ca va aller, Bree... »


'cause i've started falling apart,
i'm not savouring life,
i've forgotten how good it could be to feel alive.

crazy as it seems you won't feel as low as you feel right now,
at least that's what i've been told by everyone.

i whisper empty signs in your ear,
and hope that you won't let go,
take the pieces and build them skywards.
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Message(#) Sujet: Re: [1885] you touch these tired eyes of mine (pv) [1885] you touch these tired eyes of mine (pv) EmptyDim 19 Déc 2010 - 14:33





Les pensées se bousculèrent dans l’esprit d’Aubree, sans jamais le pénétrer totalement. Et pourtant, elle n’avait plus eu l’esprit aussi clair depuis bien longtemps – pendant de longs mois, Aubree n’avait plus été capable de réfléchir convenablement, étant donné qu’elle était en permanence sous l’influence d’une quelconque substance. Aujourd’hui, ce n’étaient pas les capacités qui manquaient – il y avait tout simplement bien trop de choses auxquelles penser, des sujets tous aussi douloureux les uns que les autres, et si Aubree avait trouvé l’énergie pour le faire, elle aurait fondu en larmes afin d’évacuer ne serait-ce qu’une infime partie de son désespoir. Jamais la jeune femme ne s’était sentie aussi perdue. Elle avait l’impression d’être arrivée au terminus, au point d’arrivée, et qu’aucune route à suivre ne se dessinait devant elle. Non seulement elle devait s’avancer à tâtons sur un terrain inconnu, mais en plus, elle n’avait personne pour l’accompagner dans cette nouvelle étape. Pour la première fois de sa vie, Aubree prenait pleinement conscience de sa solitude. Elle n’avait plus personne pour la réconforter, la rassurer, la guider. Ses parents n’étaient plus là pour veiller sur elle, et elle avait envoyé balader tous ses amis les plus chers. Alors, que lui restait-il à faire ? Elle n’avait rien trouvé de mieux que de fixer le sol, encore et toujours, inlassablement, comme si elle tirait une incompréhensible satisfaction de sa contemplation. Elle eut conscience que quelque chose se passait autour d’elle, elle perçut un mouvement, une silhouette. Aubree ne leva pas les yeux, ne tenta pas d’en savoir plus. En ce moment, rien n’aurait pu attirer son attention, Aubree était bien trop absorbée par les songes sombres et déprimants qui la tourmentaient. Quelque part, au fond d’elle, elle savait déjà qui était la personne qui s’avançait dans la pénombre et qui s’approchait d’elle, lentement mais sûrement. Cependant, cette information ne la poussa pas plus à manifester le moindre signe à l’égard du nouvel arrivant. Et lorsque celui-ci s’agenouilla face à elle, bien que le souffle d’Aubree se coupât, elle le fixa sans le voir. Elle ne vit ni ses traits, ni son regard aussi turquoise qu’avant, ni sa mine sincèrement soucieuse. Au lieu de cela, elle voyait les cadavres de ses parents, allongés sur les tables de la morgue d’un hôpital londonien. Des corps dénudés et mutilés, amochés par l’accident qui leur avait coûté la vie. Elle les voyait, eux, mais elle voyait aussi la bouteille de peroxyde qui avait marqué le début de sa blondeur. Elle voyait les shots qu’elle avalait par dizaines, les piqûres de cocaïne et d’héroïne qui lui avaient valu des hématomes dont il persistait toujours des traces. Elle voyait les vingt mois de destruction qu’elle avait traversés sans jamais rien ressentir. Elle voyait tous les regrets, toute la culpabilité qui l’accablait. Et pourtant, le contact de Blade sembla la réveiller – bien malgré elle. Elle ne cilla pas lorsqu’il posa ses mains sur ses genoux et qu’il s’approcha doucement d’elle pour appuyer son front contre le sien. Elle avait envie de hurler, car elle se rendit alors compte de la monstruosité dont elle avait fait preuve envers lui pendant tant de temps.

Car Blade n’était pas n’importe laquelle des personnes qu’Aubree avait blessées et humiliées. Il était bien plus que ça. Il était celui qui, pendant un an, lui avait ouvert son cœur et à qui elle avait ouvert le sien. Celui qui avait toujours été à ses côtés, prêt à endurer les crises de la demoiselle sans trop broncher. Le seul qui, malgré la réputation peu glorieuse de Bree, l’avait toujours toisée avec tendresse et admiration, sans jamais rien demander de plus qu’une amitié forte et des plus particulières. Aucun d’eux ne voulait, en réalité, en rester là. Tous deux s’étaient voulus, et ce, depuis le tout premier jour. Mais les seules fois où ils s’étaient laissés aller à leurs envies, c’est-à-dire le soir de leur rencontre et celui qui avait précédé le départ d’Aubree, le lendemain de l’annonce de la mort de ses parents, n’avaient en aucun cas suffi à combler la gêne qui avait régulièrement ressurgi au cours des mois qu’avait duré leur amitié. Aubree se haïssait lorsqu’elle repensa à tout ce qu’il avait pour elle, et combien elle avait été égoïste – pas seulement après son retour en tant que reine des glaces, mais aussi au cours des mois qui avaient marqué leur amitié. Il avait toujours été impeccable, généreux, attentif et loyal envers elle. Elle lui avait servi coup bas sur coup bas, et agi de façon odieuse à plusieurs reprises. Le respect qu’il lui avait toujours témoigné, bien qu’elle-même ne fût pas sûre d’en mériter ne serait-ce qu’une once, elle n’avait jamais été capable de le lui rendre correctement. Au lieu de quoi elle l’avait blessé, chaque fois un peu plus, jusqu’à détruire définitivement leur relation. Et pourtant, aujourd’hui, il était là, face à elle, appuyant son front contre le sien. Comme avant.

Comme avant, lorsque tout était plus simple… Lorsqu’Aubree vivait une vie insouciante, à défaut d’être paisible, et pouvait quotidiennement goûter au bonheur tel qu’elle l’avait défini pour elle-même. C’est là qu’elle avait rencontré Blade, appris à le connaître, forgé leur amitié. Et, au final, elle avait tout jeté impitoyablement à la poubelle, tout ce qui concernait leur amitié, et donc, lui avec. Blade avait toujours été présent pour elle, il l’avait toujours soutenue et encouragée. Il avait été le meilleur ami dont elle ait pu rêver… Et pourtant, il avait fallu qu’elle anéantisse tout, qu’elle agisse comme la plus insensible et la plus égoïste des garces. Jamais elle n’avait éprouvée une once de regret en y repensant, et pourtant, aujourd’hui, maintenant qu’il était de nouveau là, face à elle, plongeant son regard dans le sien comme il savait si bien le faire… son cœur saignait. Malgré tout ce qu’elle avait pu lui faire, il était encore là. Aubree savait très bien que ce n’était pas de gaieté de cœur, elle le sentait trembler contre elle, et elle prit alors conscience de la cruauté de chacun des coups qu’elle lui avait administrés ces derniers mois. Elle n’avait jamais été aussi honteuse, elle n’avait jamais éprouvé un tel degré de haine envers sa propre personne. Elle entendit alors la voix de Blade s’élever dans le silence de mort, semblable à une bulle d’oxygène – un vague écho de la vie heureuse qu’elle avait menée avant que tout ait basculé. « Ca va aller, Bree... » Aubree savait que ces paroles étaient creuses et dénuées de sens. Elle savait que ces paroles, censées apporter le réconfort, ne faisaient, en réalité, qu’agacer. Et pourtant, elles la touchèrent au plus profond de son âme. Combien de temps cela faisait-il depuis la dernière fois où on lui avait murmuré des paroles rassurantes ? Il était le premier à prendre soin d’elle de cette manière, sans obligation ni arrière-pensées, depuis bien longtemps. Le regard vide d’Aubree se posa alors sur les yeux turquoise de Blade, et sembla s’éveiller, désormais empreint d’une infinie tristesse. Jamais la détresse ne s’était aussi bien logée dans le regard de quiconque qu’en ce moment. Ce regard était un appel silencieux au secours, une tentative désespérée de se raccrocher à quelque chose pour éviter de sombrer une nouvelle fois. Au fond, elle savait qu’elle était encore plus égoïste d’agir de la sorte : combien de fois n’avait-elle pas appelée Blade au réconfort ? À chaque fois qu’elle avait dû encaisser une nouvelle difficile, il avait été là pour lui prêter son épaule et son soutien. Désormais, Aubree avait l’impression que, malgré les bons sentiments qui l’avaient possédée à l’époque, elle s’était servie de lui. Elle ne méritait pas la gentillesse de Blade, elle ne l’avait jamais méritée. Ses yeux s’emplirent de larmes, qui commencèrent à couler silencieusement le long de ses joues diaphanes. Elle ne sanglota pas, ne renifla pas. Elle se contenta de laisser couler ces larmes dont elle avait ignoré qu’elles étaient encore capables d’émerger, après toutes ces semaines passées à pleurer sans pouvoir s’arrêter. Aubree rompit le contact entre son front et celui de Blade, et nicha son visage au creux de ses bras toujours croisés. Un sanglot silencieux la secoua tout entière. Puis, elle murmura d’une voix enrouée et presque inaudible : « Je suis désolée… tellement désolée… » Mais toutes les excuses au monde ne suffiraient jamais à effacer ce qu’elle avait fait. Rien ne pourrait jamais lui assurer une rédemption totale et lui permettre de tourner la page. Elle savait qu’il y aurait toujours quelqu’un, quelque chose pour lui rappeler les atrocités qu’elle avait infligées aux autres. Quand bien même les autres lui pardonneraient, elle ne pourrait jamais se pardonner elle-même, se défaire de la culpabilité et de la honte qui la tenaillaient impitoyablement. Même si Blade était prêt à accepter ses excuses, comment pourrait-elle oser croiser son regard, en sachant qu’il avait, une fois de plus, élargi la frontière entre sa bonté et l’égoïsme d’Aubree ?
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[1885] you touch these tired eyes of mine (pv) Vide
Message(#) Sujet: Re: [1885] you touch these tired eyes of mine (pv) [1885] you touch these tired eyes of mine (pv) EmptyDim 19 Déc 2010 - 17:55





Son regard croisa le mien, l’espace de quelques secondes. Son regard sembla se réveiller, une lueur triste s’y affichant. Même dans les pires moments, je ne l’avais jamais vue aussi triste, je n’avais jamais vu quelqu’un d’aussi triste. Mon cœur se serra pour la vingtième fois depuis que j’étais entré chez Aubree. Je me demandai toujours ce que j’étais venu faire ici, ce que je venais chercher, ce que j’espérais obtenir. Elle m’apparaissait comme abattue, brisée, perdue, plus fragile et vulnérable que jamais- je voulais la protéger, alors même qu’elle m’avait humilié publiquement, qu’elle avait rejeté toute existence d’une quelconque relation entre nous deux, qu’elle avait prononcé ce “mon pauvre blade” qui m’avait brisé le cœur pour la toute première fois de ma vie. C’était sans doute à cet instant que j’avais compris, (ou plutôt, que j’avais voulu enfin admettre) qu’elle comptait beaucoup plus qu’une simple amie, qu’il y avait quelque chose de plus, quelque chose de nouveau pour moi derrière tout ça. Mais il avait fallu que je m’en rende compte le jour où elle avait décidé que je n’avais jamais fait partie de sa vie et que je ne comptais en rien pour elle.

Elle décolla son front du mien, et je pris peur, allait-elle partir? Peut-être qu’elle ne voulait pas me voir, après tout, je lui avais bien dit au revoir, et elle n’avait jamais montré l’envie de reprendre contact avec moi. Si nous étions là, tous les deux, à cet instant, c’était purement et simplement la faute du destin et de notre inconscient. En y réfléchissant bien, nous n’aurions jamais dû nous recroiser, et si ç’avait été le cas, nous aurions dû nous éviter poliment. C’était fini, j’en avais fini, je croyais en avoir fini avec Aubree. Mais dès la seconde où j’étais entrée chez elle, j’avais compris que ce n’était pas fini, que si j’étais venu jusqu’ici, ce n’était pas pour lui dire au revoir, encore moins pour être traité d’une façon odieuse. C’était pour faire quelque chose de concret, pour mettre les choses au clair. Mais à la vue de l’état d’Aubree, je me doutais bien que j’allais du mal à accomplir ces grands projets. Peut-être devrais-je m’en tenir à être là, tout simplement, à être là pour elle, comme je l’avais déjà été des centaines de fois, dans les rires ou dans les larmes. C’était sûrement la meilleure solution. Elle avait donc rompu le contact, mais elle ne partit pas. Elle posa son visage contre ses bras croisés et... Elle sanglota. C’était la première émotion que je la voyais afficher ouvertement depuis désormais deux ans. J’entendis à peine ce qu’elle dit ensuite. « Je suis désolée... Tellement désolée... » Ces mots étaient aussi insignifiants que ceux que j’avais prononcés quelques minutes plus tôt. Ils ne pouvaient englober pleinement toute la symbolique de ce moment. Mon “ça va aller, bree” n’exprimait en rien tout ce que j’avais ressenti en apprenant son retour, il ne disait rien de ce que cela signifiait pour moi d’être là, pour elle, avec elle, il ne montrait pas mon cœur brisé par Dehzkel, il n’expliquait pas pourquoi je m’acharnais à revenir vers elle. Ses excuses ne montraient en rien combien elle avait dû souffrir, elles ne disaient rien de toute la force de cet instant, de tout ce que ce moment signifiait pour elle, et pour moi, elles n’excusaient pas non plus tout ce qu’elle avait fait, ce qu’elle avait fait subir à moi, aux autres.

Elle pleurait sans relâche. Celle que j’avais vue pour la dernière fois en reine des glaces intraitable, cachant avec application chacune de ses émotions, s’exposait désormais à nu devant moi. La dernière fois, j’avais dû m’empêcher d’avancer jusqu’à elle et de la serrer dans mes bras; cette fois-ci, plus rien ne m’empêchait de le faire, rien ne me retenait de le faire maintenant. Elle était peut-être dans une position d’infériorité, certes, elle était peut-être faible, elle n’était peut-être même pas consciente de ce qui se passait à cet instant; mais n’avait-elle pas elle même profité de moi la veille de son départ de Californie? Alors que j’avais au début cru profiter d’elle dans le but de faire ce que je rêvais de faire depuis des mois, les rôles s’étaient inversés. J’avais ressenti beaucoup plus de sentiments que prévu lorsque nous avions de nouveau couché ensemble, et j’avais découvert, à mon réveil et non sans surprise, qu’elle avait disparu sans laisser de traces; me laissant donc seul et perdu, comme si j’étais celui dont elle avait profité, et non pas l’inverse. Les larmes coulaient toujours sur ses joues pâles. Je m’installai à côté d’elle, dos contre le mur, épaule contre épaule. Je tournai la tête, elle n’avait pas bougé d’un pouce. Tremblant toujours comme une feuille, j’écartai une mèche brune de son visage, la replaçant derrière son oreille, laissant ma main glisser le long de sa mâchoire, jusqu’à son menton. Doucement, je tournai son visage trempé par les larmes vers le mien. Ses yeux étaient embués et déjà rouges, ses lèvres tremblaient. Ma main tenait toujours son visage, et lentement, mon pouce caressa sa joue droite, essuyant une larme qui y coulait à cet instant-là. C’était le contact le plus intime entre nous deux depuis plusieurs années, il m’apparaissait comme une délivrance, comme la première page d’un nouveau chapitre, comme le début d’une ère nouvelle.

you touched these tired eyes of mine,
and map my face out line by line,
and somehow growing old feels fine.


Je voulais faire quelque chose d’autre, je ne voulais pas en rester là; caresser sa joue n’était qu’une étape. Elle s’était excusée, mais je ne lui en voulais pas. Je ne lui en avais jamais voulu, alors que j’aurais dû. N’importe quel mec sensé aurait dû être furieux. N’importe quel mec sensé aurait dû la traiter de tous les noms. Pas moi. Je n’avais jamais été en colère contre elle, j’avais toujours été triste, j’avais toujours eu la sensation d’avoir loupé quelque chose, de ne pas avoir compris quelque chose pour qu’elle parte ainsi, sans un mot. Je pouvais donc la pardonner sans peine. Même si techniquement, j’aurais dû la haïr, j’aurais dû la détester, j’aurais dû avoir envie de lui pourrir l’existence, de ne plus jamais la voir -je n’aurais pas dû être là, pouce contre sa joue, regard planté dans le sien. Mais avais-je agi ne serait-ce qu’une seule fois normalement depuis ma rencontre avec Dehzkel? Ma vie n’avait été que confusion, problèmes d’un genre nouveau (comprendre, problèmes de cœur) et autres réjouissances du genre depuis que j’avais croisé ce chemin. Je n’avais jamais connu de situation aussi intense, aussi intime, avec une fille. Je n’y connaissais rien. Je ne savais pas quoi faire, j’étais tout sauf dans la situation de l’anglais frais et pimpant ici. J’étais dans la situation de l’autiste ignorant en matière de sentiments. Mais Aubree, mon Aubree (mon Aubree, mon Aubree, je ne pouvais m’empêcher de me le répéter, comme si je n’arrivais pas à croire que c’était elle, ou plutôt ce qui restait d’elle) était là, à côté de moi, et je devais agir, intelligemment, de surcroît. Sans me lancer dans un discours grandiloquent, because god knows how it’s not my thing.

« C’est pas grave... »

Les mots sortirent sans trop de peine, puisqu’après tout, je ne lui en voulais pas. Mais je sentais que j’avais autre chose à dire, que je n’avais pas fini. Je sentais les mots coincés dans ma gorge, qui voulaient sortir mais qui ne pouvaient pas, qui n’y arrivaient pas. Pourtant, il fallait bien qu’ils finissent par sortir un jour ou l’autre. Et enfin, enfin, je serais fixé sur le véritable sens de ma relation avec Aubree Dehzkel, entamant alors une toute nouvelle phase dans ma vie.
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Message(#) Sujet: Re: [1885] you touch these tired eyes of mine (pv) [1885] you touch these tired eyes of mine (pv) EmptyLun 20 Déc 2010 - 13:26





Sans pouvoir expliquer pourquoi, Aubree ne put s’empêcher de se sentir humiliée. Après tant de mois passés à masquer chacune de ses émotions, laisser celles-ci déferler sans les retenir n’était pas aisé, et elle avait l’impression que le peu de fierté qu’il lui restait s’évanouissait en même temps que les larmes qui perlaient aux coins de ses yeux pour tracer leur trajectoire sur son visage pâle. Même si c’était Blade qui se tenait en face d’elle, soucieux de son état et visiblement prêt à lui pardonner toutes les horreurs qu’elle lui avait fait subir, Aubree n’avait qu’une envie : se faire toute petite et partir se cacher dans le premier trou de souris à sa disposition. À défaut de pouvoir agir de la sorte, elle se contentait de rester là, recroquevillée, son aura autrefois si glaciale et imposante ne reflétant plus qu’une infinie fragilité. Elle avait l’air de pouvoir se briser au moindre toucher, au moindre mot tranchant. Aubree Dehzkel n’était plus qu’une ombre, reculée autant que possible dans cette maison sombre, face à la preuve qu’elle avait été la plus inhumaine des garces. Elle ne pouvait pas supporter le regard de Blade, ni le soutenir. Elle ne pouvait pas concevoir qu’il puisse encore être prêt à tourner la page, à lui accorder une nouvelle chance. Alors que tout ce qu’elle avait fait au cours de ces derniers mois, c’était tout mettre en œuvre pour lui faire comprendre qu’il ne faisait plus partie de sa vie et qu’il ferait mieux de l’oublier définitivement. Pas pour son propre bien, seulement pour ne pas faire perdre son précieux temps à Aubree. Pendant vingt mois, elle avait pensé comme ça sans jamais se remettre en question, sans jamais ne serait-ce qu’imaginer qu’elle pourrait avoir tort – car au fond, elle l’avait toujours su. Pas une seule fois au courant de l’année passée, elle s’était dit qu’elle faisait bien d’agir ainsi, qu’elle avait raison et que c’était la bonne solution de détruire la vie des autres à défaut de pouvoir réparer la sienne. Elle avait toujours su qu’en enfonçant les autres, elle ne faisait que s’enfoncer elle-même dans un gouffre sans fond, aussi noir et froid que son cœur. Aujourd’hui, alors qu’elle avait repris ses esprits, elle n’était pas sûre de pouvoir un jour ressortir de ce gouffre, de pouvoir laisser tout ce chapitre de sa vie derrière elle. Elle avait infligé bien trop de dégâts, que ce soit à elle-même ou aux autres. Et pourtant… pourtant, Blade était toujours là. Il était là pour elle, il le montrait, sans un mot. En appuyant son front contre le sien, en lui caressant les genoux avec douceur. En s’asseyant à ses côtés, alors qu’il aurait tout aussi bien pu s’en aller, maintenant qu’il avait eu droit aux excuses qu’il méritait depuis le tout début mais qu’Aubree n’avait jamais pu formuler, trop aveuglée par sa haine et sa tristesse. Aubree détourna le regard, fuyant celui de Blade. Elle haïssait son intensité autant qu’elle l’adorait. Elle avait toujours été folle du regard de Blade, avait passé des heures à le contempler… mais tout ça, c’était du passé. Et qui dit passé, dit douleur. Aubree ne voulait plus y penser. Elle savait qu’elle l’avait perdu, peu importent les illusions qui la berçaient avec douceur en ce moment de tranquillité toute relative. Elle ne savait pas ce qu’il était venu faire ici, quelles pensées l’avaient guidé ici, dans cette maison, auprès d’elle. Et elle ne voulait pas le savoir : elle savait pertinemment que, par sa faute, dès que Blade serait sorti d’ici, ce serait terminé. Elle serait à nouveau seule. Elle avait conscience de l’avoir perdu, et s’était faite à cette idée, si douloureuse fût-elle. Mais le sentir si près d’elle, après tout ce temps, après tout ce qu’ils avaient vécu… C’était trop douloureux. Elle ne savait pas si elle aurait la force de le laisser partir une nouvelle fois. Mais il était impossible que Blade veuille encore d’elle, peu importe dans quel but ou quel type de relation. Elle l’avait tant blessé. Elle lui avait dit les pires atrocités du monde. Elle lui avait recommandé de ne plus jamais lui adresser la parole. Alors, pourquoi au monde revenait-il ici ? Aubree n’ y comprenait plus rien. Et, surtout, elle ne savait pas quand ce moment, semblable à un rêve bien trop parfait pour être réel, prendrait faim et la laisserait seule avec sa douleur, ses remords, sa honte et ses regrets.

Elle le sentit replacer une mèche de cheveux et caresser son visage avec une infinie doucuer. Des doigts calleux mais doux frôlèrent son menton, et Aubree ne résista pas lorsque Blade tourna son visage vers lui. Elle n’eut d’abord pas le courage de le regarder en face, mais finit par plonger son regard dans celui de Blade. Des sanglots silencieux la parcouraient toujours avec violence, son visage n’était plus que tristesse et affliction. Elle sentait toujours des larmes salées couler par dizaines, et ne faisait plus rien pour les retenir. Elle était exposée, plus nue que jamais, à Blade. Dans toute sa fragilité, toute sa vulnérabilité. Il pouvait lire en elle comme dans un livre ouvert, maintenant qu’elle avait jeté aux oubliettes sa carapace de glace et d’acier. Le rêve se prolongea, se perfectionna, alors qu’il lui caressait la joue pour essuyer une larme. Presque involontairement, Aubree s’appuya légèrement contre la main de Blade à ce contact, logeant son visage au creux de sa paume. Les mots qui accompagnèrent ce contact pansèrent une infime partie des blessures sanguinolentes d’Aubree : « C’est pas grave… » Si, ça l’était. C’était même plus que ça. Et pourtant, Blade semblait sincère. Voulait-il la bercer de douces illusions pour la faire tomber encore plus douloureusement lorsqu’elle se sentirait rassurée et en confiance ? Était-ce l’ultime étape d’une vengeance bien méritée, pour tout ce qu’elle lui avait fait alors qu’il n’avait mérité qu’affection et respect de sa part ? Aubree ne pouvait pas imaginer pareille chose. Blade était tout ce qu’elle n’était pas, malgré leurs similitude qui semblaient crever les yeux bien plus que leurs différences. Elle n’était qu’égoïsme, témérité et mensonges, alors que lui était sincérité, générosité et altruisme. Elle était toujours celle qui avait fait les gaffes, et lui celui qui les réparait. Elle blessait pour deux, alors qu’il s’appliquait à panser les blessures. Comment pouvait-il encore rester auprès d’elle, après tout cela ? Pourquoi s’acharnait-il à rester auprès d’elle, alors qu’elle était de loin la pire chose qui lui était arrivée ? Si Blade avait été un apport bénéfique à sa vie, malgré le lot de questions et d’ambiguïtés qu’il apportait avec lui, Aubree doutait avoir apporté quoi que ce soit de positif à celui qui avait été son meilleur ami – et bien plus que ça. Aubree ne semait que discorde et destruction partout où elle allait, que ce soit volontaire ou non. Elle ne pouvait pas faire autrement, même parée des meilleures intentions, elle faisait toujours l’erreur de dire la mauvaise phrase, d’effectuer le mauvais geste et de blesser ceux qu’elle aimait. Alors, pourquoi était-il là, à essuyer ses larmes ? Aubree aurait voulu lui dire de partir, mais plus parce que c’était ce qu’elle voulait : au contraire, elle se sentait bien mieux, malgré sa culpabilité et sa honte, qu’elle ne s’était sentie ces dernières semaines, voire ces derniers mois. Comme toujours, Blade l’apaisait, la rassurait, la réconfortait. Mais il perdait son temps : elle ne changerait jamais. Même si toutes les mauvaises intentions l’avaient enfin quittée, elle savait que ce ne serait plus qu’une question avant qu’elle ne fasse une autre erreur, un autre faux pas qui plongerait Blade dans la douleur. Il était mieux sans elle, et elle le savait, bien que cela lui coûtât de l’admettre, maintenant qu’elle acceptait à nouveau le fait qu’ils aient été si proches pendant un an.

Incapable de prononcer quoi que ce soit, d’émettre le moindre son, Aubree se contenta de fixer Blade, sans savoir comment elle parvenait à soutenir encore son regard. Alors qu’une nouvelle salve de larmes l’assaillait, elle plongea son visage dans le creux du cou de Blade, les épaules secouées de sanglots. La respiration heurtée, elle inspirait l’odeur si familière du jeune homme, qu’elle n’avait plus eu l’occasion de sentir depuis bien longtemps. Elle émit alors un premier vrai sanglot accompagné d’une plainte presque inaudible. La douleur lui crevait le cœur, et pourtant, elle se sentait soulagée. Blade était là.
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