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 n°4816, Apple Road ▬ knock you down.

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Message(#) Sujet: n°4816, Apple Road ▬ knock you down. n°4816, Apple Road ▬ knock you down. EmptyJeu 21 Jan 2010 - 0:28

KNOCK YOU DOWN
STARRING SAVANNAH NEWHALL AND JOE COTTON.



Une note. Une seconde plus distincte. Une troisième claquant dans l'air … C'était déjà beaucoup trop. J'avais signé pour un calme garanti sept jours sur sept, vingt-quatre heures sur vingt quatre. Je n'avais certainement pas apposé ma signature pour un vulgaire tapage sonore, même en plein jour. Le crayon que je tenais fermement entre mes doigts faillit se briser en deux lorsque je me rendis compte que je pouvais quasiment déchiffrer les paroles accolées à l'affreuse mélodie qui éreintait déjà mes oreilles. C'était agaçant, frustrant pour un cerveau aussi développé que le mien dont le besoin de silence était primordial pour la concentration. Oui après tout, j'étais un petit surdoué et j'avais donc besoin du traitement qui s'applique à chaque grand esprit – c'était ce que me rabâchais sans cesse mes enseignants durant tout le long de mon enseignement, j'ai tout simplement fini par les croire. Assit sur le divan de ma salle de séjour, le soleil illuminait entièrement l'intérieur de la maison qui était la mienne depuis une dizaine de mois à présent. Malheureusement pour moi (et sans doute heureusement pour eux), je ne connaissais guère grand chose sur le compte de mes voisins : très souvent en déplacements et franchement pas très curieux de savoir quelles tronches ils avaient exactement, je m'étais toujours contenté de les ignorer au mieux. Après tout, je n'avais pas encore ressenti le besoin de les côtoyer, à l'exception du trader résidant en bas de la rue. Pourtant aujourd'hui, j'allais de toute évidence me faire violence et ne pas tarder à me présenter à mon voisin immédiat. Je devrais peut-être passer chez un traiteur avant et lui commander quelques muffins à offrir pour paraître courtois … Ha ! Au moins cette pensée eu le don de me détendre pendant une fraction de seconde.
Me levant d'un bond, je fourrai mon crayon à papier derrière mon oreille avant d'attraper ma tasse de café refroidie et d'en boire une longue gorgée. Je la reposai ensuite sur ma table basse où un tas de croquis architecturaux prenaient petit à petit la forme de véritables bâtiments. Cependant, étant donné que je ne pouvais plus m'y consacrer à cent pour cent, je m'y défis et me dirigeai vers ma porte d'entrée. Inutile de prendre ma veste : la température extérieure était douce, même pour un début d'année et ma simple chemise en lin blanc suffirait. Nerveux et l'esprit complètement envahit par cette musique pour crétins sous amphétamine, j'ouvris ma porte et dévalai les petits marches de mon perron pour rejoindre la rue d'Apple Road. Je me dirigeai ensuite vers le portail de ce fameux voisin après avoir jeté un coup d'œil au nom inscrit sur la boîte aux lettres. « Newhall ». Ce nom, je le connaissais. M'arrêtais-je pour autant ? Certainement pas. Cette musique ne s'interrompait pas, j'allais donc bel et bien me mettre à hurler sur le couple de vieillards qui habitaient au numéro 4816. Poussant le portail, j'avançai la démarche rapide vers la grande porte blanche qui me faisait face. Sans hésiter ou ressentir une once d'appréhension quant à retrouver le vieux couple après tant d'années, j'écrasai mon doigt contre la sonnerie et tambourinai ensuite contre la porte elle-même. Après tout, avec le volume mis à fond, il y avait de très fortes chances pour que le simple tintement de la sonnette ne soit pas assez efficace. Réduit à attendre, je trépignais sur place, définitivement impatient de pouvoir expliquer à ces vieux morceaux de peau comment on règle son sonophone et épargne ainsi à de vaillants voisins de devoir supporter leurs goûts musicaux à mettre aux chiottes.

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Message(#) Sujet: Re: n°4816, Apple Road ▬ knock you down. n°4816, Apple Road ▬ knock you down. EmptyJeu 21 Jan 2010 - 13:25

La maison ne ressemblait plus en rien à ce qu’elle avait été du temps où les Newhall l’habitaient. Savannah avait effectué un boulot monstre en quelques semaines de temps, revendant les meubles bien trop anciens à son goût pour se contenter d’un mobilier temporaire, en attendant de savoir ce qu’elle ferait de l’intérieur du bâtiment. C’était étrange comme sensation. Jamais elle n’avait eu à modifier quelque chose de préexistant, quelque chose qu’elle connaissait par cœur, en plus. Elle avait connu ces murs durant des années, y évoluant, quittant l’enfance pour devenir une adolescente comme les autres, pleine d’énergie et de projets. Elle s’y était disputée avec son frère, Tobias ; elle y avait déçu ses grands-parents lorsqu’elle n’en faisait qu’à sa tête ; elle y avait aussi passé de belles années, même si elles ne pouvaient les qualifier de meilleures. Car les meilleures années de sa jeune existence, elle les avait passées ailleurs, loin d’Ocean Grove, dans d’autres villes, dans d’autres Etats, sur d’autres continents. Elle avait vu probablement davantage que la plupart des jeunes de son âge, mais elle en avait perdu toute stabilité. Ce qu’elle construisait, elle l’abandonnait sans se retourner pour aller voir ailleurs. Parfois il s’agissait d’ennui, parfois il s’agissait de fuite. Toutes les raisons étaient bonnes pour qu’elle voyage vers d’autres contrées et s’installe quelque part pour une durée indéterminée. Elle se plaisait dans ce mode de vie. C’était excitant et c’était comme si la vie se renouvelait à chaque déménagement. Mais cela signifiait aussi qu’elle était seule, sans attaches, sans soutien – que ce soit psychologique ou financier. Et s’il y avait une chose que Savannah aimait par-dessus tout, c’était la compagnie. La solitude lui pesait souvent et il était arrivé que lors d’un instant de faiblesse, elle attrape le combiné d’un téléphone local, qu’elle compose le numéro qu’elle connaissait par cœur depuis sa plus tendre enfance et qu’elle écoute les brèves sonneries avant de raccrocher avec précipitation. Elle ne pouvait céder à ce genre de manque, cela remettrait en cause des années d’ambition et surtout, cela la ferait culpabiliser davantage d’avoir tout abandonné derrière elle sans un mot d’adieu.
Il lui était souvent arrivé de penser à ses grands-parents, d’imaginer leurs visages chagrinés et la déception dans leurs regards de vieillards. Mais elle s’était évertuée à chasser cette pensée de son esprit. Si elle n’était pas partie, elle l’aurait profondément regretté et elle aurait certainement fait payer au couple cette frustration. Dès lors, cela aurait peut-être été pire qu’elle reste et qu’elle maugrée dans son coin, les maudissant en un certain sens, d’avoir été un frein, une ancre, un boulet à sa cheville, lui interdisant de réaliser ses rêves. Était-elle satisfaite à présent ? Pas certain. Qu’avait-elle réalisé, finalement, à par une accumulation d’erreurs irréparables ? Des choses qu’elle ne pourrait jamais admettre à ses ancêtres ni à son frère. Mais pour les premiers, le problème était réglé, puisqu’ils avaient tous deux rejoints un endroit où leur petite-fille bien aimée ne pourrait plus jamais leur faire de mal ou les décevoir, quant à son frère, il était évident qu’il l’avait rayée de sa vie le jour où il avait compris qu’elle ne reviendrait pas pour voir ses grands-parents mourants. Il était trop tard pour culpabiliser, à présent. Tout ce que Savannah pouvait espérer de l’avenir, c’est que Tobias daigne un jour lui pardonner son égoïsme, son manque de courage et son absence impardonnable.
Elle ne savait pas trop ce qu’elle espérait en restant à Ocean Grove. Six ans plus tôt, elle avait tout envoyé au diable pour quitter ce quartier, cette ville, cet Etat. Elle avait attendu d’avoir la majorité et avait plié bagages sans prévenir personne. Tobias aurait appris son départ comme les autres s’il n’était pas entré dans la chambre pendant qu’elle fourrait quelques affaires à la hâte dans un sac. Il avait bien évidemment tenté de la retenir, en vain. À présent, il ne décrochait plus lorsque sa cadette tentait de le joindre, il l’ignorait lorsqu’il la croisait et qu’elle essayait de lui présenter des excuses, minable mais que pouvait-elle faire d’autres, finalement ? Et lorsqu’elle lui avait annoncé qu’elle avait décidé de rester pour un temps indéterminé, seule une lueur effrayante avait trahi les sentiments de Tobias. Mais c’était sa décision. Elle restait pour ses grands-parents, mais pour elle, également. C’en était fini de commettre erreur sur erreur, c’en était fini de vagabonder dans des pays dont elle ne parlait même pas la langue. C’en était fini d’être poursuivie par des fantômes du passé, il fallait qu’elle les affronte, à présent.
La maison était un véritable chantier. Savannah avait revêtu une tenue décontractée, troquant son pyjama contre un jean élimé, une chemise tachée et un foulard enveloppant soigneusement ses cheveux blonds. Elle avait appris à marcher pieds nus à longueur de temps et préférait sentir le sol plutôt que de porter des chaussures qui lui écorcheraient la peau. Ce jour-là ne faisait pas exception tandis qu’elle se mettait en condition pour entamer une action qui allait requérir de l’énergie et de la persévérance : avant toute chose, en effet, il fallait détapisser les murs de la maison. Ceux-ci étaient décorés du même papier peint depuis sa naissance, voire même bien avant. Cela datait peut-être de l’époque où ses parents vivaient encore là. Or, si elle voulait repartir sur de toutes nouvelles bases – et de solides, cette fois – il fallait que Savannah métamorphose la maison, même si cela lui en coûtait énormément, même si elle savait que Tobias ne l’en détesterait que davantage. Émettant un soupir bref et décisif, Savannah enclencha la radio – un petit appareil qu’elle avait dégotté dans le grenier, ancestral mais toujours utile – et écouta le son qui s’en dégagea. C’était un album appartenant encore à Tobias, de son époque de musicien accompli, du moins, c’est ce dont il était convaincu. Ce n’était pas ce que Savannah préférait mais cela ferait l’affaire et puis, au moins, cela lui donnerait l’impression que Tobias la soutenait un minimum dans ce projet.
Elle avait commencé à batailler avec le premier pan de mur, grimaçant lors de la première déchirure mais un son lointain lui parvint et elle dut tendre l’oreille pour entendre les coups frappés à la porte. Elle attendit un instant, pour voir si la personne insisterait et comme les coups se renouvelaient, elle descendit de son perchoir, attrapant un bout de tissu pour se frotter les mains tandis qu’elle se dirigeait vers la porte d’entrée qu’elle ouvrit tout grand pour découvrir la haute stature qui se tenait sur le seuil.

« Bonjour, je peux vous aider ? » s’enquit la jeune femme avec l’entrain qui lui était propre, tandis qu’elle se frottait toujours machinalement les doigts.

Il se tenait légèrement à contre-jour et si Savannah l’avait reconnu immédiatement, il ne faisait aucun doute que sa réaction aurait été bien différente.
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Message(#) Sujet: Re: n°4816, Apple Road ▬ knock you down. n°4816, Apple Road ▬ knock you down. EmptyJeu 21 Jan 2010 - 18:19


Lorsque la porte s'ouvrit enfin, après une attente outrageusement longue à mon goût, je poussai une exclamation appuyée pour prouver d'avantage (si cela était réellement nécessaire) mon irritation. Me redressant et tirant sur les manches de ma chemise immaculée, je m'apprêtai à prendre la parole contre une silhouette craquelée et gâteuse mais pas du tout. Mon regard azur tomba sur une personne beaucoup plus jeune que ce à quoi je m'étais attendu et je restai quelques instants à la fixer, totalement déstabilisé. A cause du fait que je sois face à une jeune femme dynamique plutôt qu'à un vieux crouton en décomposition ? Non, plutôt parce que cette demoiselle, je l'avais connu quelques années plus tôt. Même depuis deux lustres, très exactement. Elle avait quatre ans, j'en avais huit et l'affection que je portais à la tourmenter me faisait encore vibrer quand j'y repensais. A l'époque, lorsque nos « familles » se retrouvaient pendant les vacances, c'était comme si mon existence entière n'était guidée que par un but : celui de pouvoir torturer la petite Newhall. Elle et son visage de poupon, elle et ses bouclettes dorées, elle et ses grands yeux rieurs. Sincèrement, comment un gosse de huit ans pouvait-il résister et faire autrement que vouloir lui glisser une grenouille morte dans son assiette, au déjeuner ? J'en gardais réellement un très bon souvenir – sans doute pas partagé mais peu importe, les souvenirs n'ont pas pour vocation d'être universels, bien au contraire et j'étais précisément de l'école de ceux qui ne comptent certainement pas regretter quoique ce soit auprès d'autrui pour une action faite. Ce que je faisais m'engager et j'en prenais l'entière responsabilité, certes, mais l'idée de m'en excuser ne m'étais même pas envisageable. Ainsi, lorsque je repris finalement toute ma contenance, aucune gêne ne se lisait dans mon regard. Plutôt une nostalgie, un plaisir indécent à la mémoire des moments fous que j'avais fais subir à cette jeune enfant. Cependant, n'oubliant pas la raison première de ma présence sur ce palier, je refusai d'afficher un sourire de pleine satisfaction. Après tout, la musique agressive qui m'avait détourné de mon travail retentissait toujours et plus distinctement à présent que la porte d'entrée était ouverte. La question de la jeune femme ne reçu aucune réponse : après tout, je n'étais pas venu pour lui demander un service. J'étais venu réclamer ce qu'elle m'avait chipé : le silence. Choisissant alors de tirer profit de cette situation de pré-connaissance, je décidai de pénétrer entièrement dans la maison, bousculant doucement au passage Savannah juste assez pour pouvoir passer, comme un vieil ami de la famille habitué à passer régulièrement. Ne lui jetant aucun coup d'œil pour vérifier sa réaction, je me dirigeai au son de la musique vers la pièce principale où le petit poste de radio était installé. Habituellement fin observateur, il ne me fallut pas un grand moment pour réaliser que l'intérieur de cette demeure ressemblait énormément à un chantier. Je fronçai alors les sourcils mais ne perdais pas de vue mon intention première : arrêter cette mélodie infernale. Rapidement, je détectai le poste et fit stop au CD avant de pousser un profond soupire de soulagement sur-joué. Pivotant sur moi-même, j'affichai à présent un premier vrai sourire d'auto-satisfaction et une mine beaucoup plus détendue. Je mis alors mes mains sur mes hanches et observai mon « hôte » malgré elle, dans le silence à présent rétablit. « C'est quand même franchement mieux maintenant, non ? Une cacophonie pareille en fond sonore ? Newhall, j'ai peut-être trop usé de mon sifflet dans tes oreilles quand nous étions plus jeunes ... » Haussant un sourcil, j'affichai un sourire moqueur avant de baisser mon regard sur mes pieds, ou plus exactement sur le plastique protecteur qui recouvrait le sol. Naturellement, je me mis alors à examiner plus attentivement le spectacle qui m'entourait avant de hocher la tête vaguement. « Tes grand-parents sont enfin devenus aveugles c'est ça, et tu profites de l'occasion pour pouvoir tout modifier ? T'as pas tord, j'aurai fais pareil ... » Totalement ignorant que ses aïeux puissent être décédés, je me mis à me remémorer avec une certaine exactitude cette demeure de l'époque où je venais à Miami, avec mon oncle et sa famille. Les Newhall nous avaient toujours accueillit avec joie et les quelques semaines que nous passions alors à Ocean Grove et ses environs restèrent marquées dans mon esprit. Attendri ? Bon Dieu, non ! Simplement pensif.
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Message(#) Sujet: Re: n°4816, Apple Road ▬ knock you down. n°4816, Apple Road ▬ knock you down. EmptyVen 22 Jan 2010 - 12:45

La question demeurant sans réponse, Savannah devina que cette apparition était loin d’être une visite de courtoisie. Sans que l’hostilité soit palpable, il y avait tout de même une atmosphère inquiétante qui se dégageait du grand corps qui obstruait l’entrée. Une aura qu’elle aurait reconnue entre mille si elle y avait prêté davantage d’attention. Mais quelles étaient les probabilités pour que Joe Cotton se trouve sur son perron, franchement ? Il ne restait de cet individu qu’un flot de souvenirs désagréables, à défaut d’être horribles. Elle était encore perdue dans ces pensées furtives et lointaines lorsque la silhouette s’avança, pénétrant dans la demeure familiale des Newhall. Il aurait pu s’agir d’un cambrioleur – note que, pourquoi aurait-il sonné sinon pour gâcher l’effet de surprise ? Peut-être une nouvelle tactique – ou bien d’un homme qui vendait des produits de piètre qualité, allant frapper de porte en porte pour vanter les mérites dudit produit. Étrangement, pourtant, Savannah ne se mit pas à paniquer. Elle aurait eu toutes les raisons de le faire, après tout, elle vivait seule dans une maison bien trop grande pour elle et sa solitude. N’importe qui aurait pu l’assommer et la séquestrer chez elle sans que personne ne s’en inquiète – encore moins Tobias qui avait coupé tout contact avec elle. Éberluée par ce manque de politesse, Savannah observa l’homme qui venait d’entrer chez elle comme s’il avait tous les droits et elle le suivit, perplexe, n’émettant pas un son avant de savoir s’il y avait un réel danger ou non. La jeune femme le suivit dans la pièce voisine et le vit se diriger vers la radio pour éteindre la musique de son frère. Lorsque le silence plomba soudainement l’ambiance des lieux, l’inconnu poussa un profond soupir de soulagement et pivota pour se retrouver face à Savannah.
Il s’agissait bel et bien de son bourreau. Il avait commencé jeune et n’avait jamais eu de cesse de la tourmenter. Comme tous les garçons, il y trouvait un malin plaisir mais, étrangement, cela semblait être exacerbé chez cet être qu’elle n’était jamais parvenue à complètement cerner. Encore aujourd’hui, il gardait cette attitude dangereusement nonchalante et au fond, elle savait qu’elle n’allait pas tarder à regretter son manque de réaction à son arrivée. Elle se serait peut-être évité des sarcasmes, des déclarations désobligeantes mais surtout, des remarques blessantes. Parfois, il lui était arrivé de se demander si cette attitude n’était pas due à un mal être invisible, mais elle avait rapidement abandonné cette quête d’hypothèses. Joe Cotton était comme ça de nature, inutile de lui chercher des excuses qui s’avéreraient complètement erronées, de toutes manières. Croisant les bras sur sa poitrine, une sorte de réponse à la position du jeune homme, elle le contempla d’un air impatient, ne sachant pas trop à quoi s’attendre avec lui. Cela faisait plus de six ans qu’elle n’était pas vraiment revenue à Ocean Grove, encore davantage qu’elle n’avait pas vu les traits agréables de Joe. Ah, oui, quel dommage qu’un être aussi séduisant puisse se montrer aussi odieux !
La première salve ne tarda pas à arriver et Savannah pencha la tête sur le côté, affichant une mine neutre tandis qu’il déclarait que c’était bien mieux maintenant que la musique était coupée. Elle avouait ne pas avoir un attrait particulier pour les goûts musicaux de Tobias mais elle avait besoin de ne pas se sentir seule et comme elle ne possédait quasiment rien pour l’instant, elle s’était contentée de cette trouvaille. Légèrement contrariée, Savannah n’émit pourtant aucune objection, le laissant poursuivre sur ce ton qui lui était propre. « (…) J’ai peut-être trop usé de mon sifflet dans tes oreilles quand nous étions plus jeunes… » Mmh, il savait donc parfaitement à qui il avait affaire. Elle en aurait presque douté, persuadée qu’il ne retenait que ce qui l’intéressait et que, en bon sale gamin qu’il était à l’époque, il oublierait tout une fois passé à l’âge adulte, comme si rien de ce qu’ils avaient vécu ne s’était réellement passé. Apparemment, elle s’était trompée, il devait être sacrément fier de ce qu’il lui faisait subir autrefois. Savannah soupira, espérant qu’il repartirait vite, mais il sembla s’amuser de la situation comme il commençait à observer l’intérieur de la maison. S’il se permettait une seule seconde de critiquer les projets de la jeune femme, celle-ci était certaine qu’elle peinerait à garder son sang-froid. Les souvenirs de leur enfance étaient bien trop présents pour qu’elle en fasse abstraction. Savannah s’apprêtait à soupirer lorsqu’il reprit la parole, brisant inconsciemment le cœur de la dernière Newhall. Au moins avait-il la bonne idée d’approuver – si on pouvait appeler ça une approbation – l’idée. Toutefois, cela ne suffit pas pour chasser ses premières paroles de l’esprit de la jeune femme qui préféra s’en retourner à son activité, grimpant sur l’échelle avec agilité avant d’attraper un outil dont elle ignorait l’utilité à la base mais qui lui servait bien dans sa tâche.

« La musique est coupée, je ne la remettrai pas en route alors je pense que tu peux t’en aller. Si tu pouvais fermer la porte derrière toi, ce serait gentil. » déclara-t-elle d’une voix qu’elle voulait maîtrisée mais qui manqua certainement son but. Elle entreprit de poursuivre l’activité qu’elle avait entreprise avant qu’il ne pointe le bout de son nez puis s’arrêta au bout d’un instant pour ajouter quelque chose. « Oh, et pour ta gouverne, mes grands-parents sont tous les deux décédés. Ça t’évitera peut-être de gaffer à l’avenir si c’est le genre de détail que tu peux retenir. »

Elle n’était même pas furieuse. Simplement bouleversée. À lui seul, il avait la faculté de ramener une époque qu’elle affectionnait mais qu’il assombrissait pas sa simple présence. Se mordillant la lèvre inférieure, elle revint à son occupation première, réprimant la culpabilité qui pointait le bout de son nez, torturant son cœur, son esprit et sa mémoire. Elle avait beau avoir vécu en parfaite égoïste, elle n’en était pas devenue insensible. Et la dernière chose qu’elle désirait, c’était bien ressembler à Joe Cotton ! Rien que cette pensée lui donna des frissons et elle ferma un instant les yeux pour réprimer cette sensation étrange qui la parcourait de part en part.
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Message(#) Sujet: Re: n°4816, Apple Road ▬ knock you down. n°4816, Apple Road ▬ knock you down. EmptyJeu 28 Jan 2010 - 1:43


La position de défis que prit Savannah lorsqu'elle me reconnu ne passa pas inaperçu à mon œil investigateur mais elle n'eut pas le don de m'impressionner d'une quelconque façon. Elle avait grandit, c'était indéniable et paraissait plus effrontée que lorsqu'elle se laissait cueillir à main nue, à l'époque où nous nous fréquentions encore. Elle avait probablement connu de nombreuses épreuves dans sa vie, plus difficiles les unes que les autres … comme par exemple devoir passer un vaccin sans recevoir la friandise offerte ensuite en guise de récompense. De quoi durcir n'importe quel être humain, pas de doute. Le soupire qui se dégagea des lèvres de la jeune femme me fit sensiblement grimacer : je n'aimais pas que l'on exprime si ouvertement sa lassitude en face de moi, c'était une marque de non-respect effarante et si j'avais été du genre à me froisser pour si peu (hum), j'aurais probablement sorti les griffes. Je décidai donc de laisser couler, le « plaisir » de retrouver ma petite Newhall l'emportant sur ma fierté.
Et puis, elle se décida à agir, mais pas de la manière à laquelle je me serais attendu … Elle me chassait. Brusquement, sans ménagement. Je n'étais pas idiot, je savais lire entre les lignes et grimper sur une échelle envoyait clairement le message de « je ne peux plus supporter de t'avoir sous les yeux, je préfère te présenter mes pieds – que j'ai fort jolis au passage. ». Franchement agacé à présent, je croisai mes bras contre mon torse mais ne bougeai pas de ma place. Elle allait devoir se montrer plus aimable si elle souhaitait me voir quitter ce … salon ? Je préfère encore utiliser le terme de « chantier ». A l'instant où elle se mit enfin à faire preuve de courage et à me virer comme il se devait de chez elle, j'entrouvris la bouche, sur le point de lancer une remarque alors qu'elle semblait déjà reprendre son activité comme si de rien n'était mais je fus stoppé par les nouvelles paroles qui me furent adressées. Décédés ? Vraiment ? Un instant, j'esquissai une moue, comme perplexe, soudain, sur l'âge que j'avais bien pu leur accorder. Bon d'accord ils étaient déjà vieux à l'époque mais ce genre de personne ne restent-elles pas figées dans le temps ? Apparemment, non. Je finis par lever mon regard vers le visage de Newhall que je percevais difficilement depuis mon emplacement, l'expression dénuée de la moindre compassion. D'avantage désabusé, comme si on venait de m'annoncer que les bikinis devenaient prohibés. Défaisant mes bras pour aborder une démarche plus nonchalante lorsque j'avançais vers l'échelle, je dus retenir mes mains pour les empêcher de secouer l'objet – au moins en mémoire de ses grands-parents – et me posai à quelques centimètres d'elle. Forcé de tordre le cou pour ne pas avoir à parler à ses mollets, je l'observai un instant détacher son papier peint avant de prendre la parole. Calmement certes, mais surtout affolement indifférent aux mots que je formulais. Il n'y avait qu'à espérer qu'à défaut de la sincérité, elle saluerait l'effort exécuté. « Toutes mes condoléances. C'étaient de braves gens. » Et puis, tandis que je fis demi-tour, estimant que l'excuse de décès était plus ou moins valable pour justifier ce carnage et surtout ayant grandement envie de rejoindre mon propre chez-moi, mon regard tomba sur un croquis posé sur une table poussiéreuse à cause des travaux en cours. Évidemment, je ne tardai pas à m'accaparer du papier et à l'observer – c'était juste plus fort que moi : posez n'importe quelle feuille comportant ne serait-ce qu'un angle droit et vous pouvez être sûr que je n'y détacherai pas les yeux avant un long moment. En quelques secondes, c'était comme si l'invitation à sortir de chez elle que venait de m'envoyer Newhall n'avait jamais existé et mon esprit, bouillonnant, chercha rapidement la lumière de la fenêtre pour analyser convenablement le croquis. C'était encore pire que le spectacle qui s'étendait autour de moi. Je levai les yeux au ciel, excédé par l'idée que les particuliers puissent se croire suffisamment doués pour s'aventurer dans des agencements et des décorations complètes de leurs intérieurs sans conseillers. Décrochant le crayon à papier qui était toujours placé derrière mon oreille depuis que j'avais quitté ma salle de séjour, je posai la feuille contre un mur encore recouvert de son papier peint et commençai à griffonner la feuille, avec difficulté mais efficacité, me moquant complètement de ruiner les plans de la jeune femme. Tout était largement mieux que ce à quoi elle destinait cet intérieur. Ne relâchant pas mon attention du papier, le front plissé et le regard vrillant chacun de mes coups de crayon, j'eus tout de même bien assez le loisir de m'exclamer à l'adresser de Savannah qui ne tarderait probablement pas à me tomber dessus. « Franchement ? Ce que tu comptais faire, là ? Autant garder tout dans cet état, tu ferais moins de mal à cette baraque. » Appuyé ainsi contre le mur et dans une position aussi peu propice à l'écriture, la rapidité de ma main avait de quoi surprendre mais c'était uniquement le résultat de mon expérience … et de mon cerveau sur-développé. Presque autant que mon égo.

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Message(#) Sujet: Re: n°4816, Apple Road ▬ knock you down. n°4816, Apple Road ▬ knock you down. EmptyMer 10 Fév 2010 - 22:30

Elle n’avait rien d’une tigresse et pourtant, un mot, un regard, un geste de cet effronté et elle aurait été capable de sortir les griffes. Pas à l’époque où il était le maitre de l’univers évidemment, ces temps lointains où il prenait un malin plaisir à la torturer. C’était un gamin comme les autres, finalement, ils étaient tous comme cela, taquins, parfois mauvais, jouant des tours qui pouvaient terminer mal. Savannah en savait quelque chose, elle y avait été habituée dès son plus jeune âge et avait connu ce syndrome durant toute sa scolarité. Pourtant, Joe Cotton dépassait tous les autres et pas qu’un peu. C’était un roi lorsqu’il s’agissait de la martyriser, de se moquer, de l’humilier. Enfant, déjà, il avait l’esprit vif et très certainement créatif. Les fois où elle s’était plainte auprès de sa grand-mère, celle-ci l’avait serrée dans ses bras en lui soufflant à l’oreille qu’il se lasserait. Vraiment ? Après combien de temps, mamie ? Parce que même passé le cap de la vingtaine, Joe Cotton semblait toujours maitriser cet art avec finesse. La différence, c’est qu’elle n’était plus la gamine d’antan, elle avait traversé bien des épreuves et si elle ne pouvait dire que cela l’avait renforcée, cela lui avait en tout cas permis de se forger un sacré caractère lorsqu’il s’agissait de se défendre. Elle n’avait plus huit ans et, par conséquent, Joe ne pourrait pas la faire tourner en bourrique comme autrefois. C’était ce qu’elle tentait de se convaincre, en tout cas, bien que le résultat soit peu glorifiant. Quant à l’argument tant de fois usé par son aïeule, comme quoi le fait qu’un garçon taquine une fillette signifie qu’il a le béguin pour elle, Savannah l’avait depuis longtemps éradiqué des hypothèses farfelues qu’elle avait cherchées pour expliquer le comportement insatiable du garçon. Elle n’était même pas certaine qu’il puisse ressentir quoi que ce soit du genre, avec n’importe qui, avec elle encore moins.
Alors, ignorant toujours pourquoi elle était la victime de son comportement odieux, Savannah attendit qu’il s’en aille, qu’il accède à sa prière d’être seule, parce qu’elle en avait réellement besoin. N’y avait-il personne d’autre qu’il puisse aller ennuyer ? Ah, si seulement elle n’avait pas mis la musique à un tel volume, jamais elle n’aurait attiré son attention, jamais il ne serait entré dans la demeure de ses grands-parents et jamais sa remarque ne l’aurait atteinte à ce point. Sans grande surprise, elle le vit rester là où il se tenait, visiblement peu enclin à obéir, malgré l’invitation polie qu’elle lui avait envoyée. Elle n’avait nullement voulu lui manquer de respect, mais il était bien la dernière personne dont elle aie besoin pour l’instant. À quoi bon essayer de discuter de manière civilisée lorsque le seul but du jeune homme – qui avait trop bien mûri au goût de Savannah – était de l’humilier, l’anéantir. Pour quelle raison ? Qu’avait-elle fait pour mériter cette hargne ? Savannah n’en avait aucune idée. Peut-être qu’elle s’était trouvée au mauvais endroit au mauvais moment…
Il s’approcha – trop près au goût de la jeune femme et, un instant, elle l’imagina en train d’essayer de la faire tomber de son perchoir – et elle réprima un frisson étrange, tentant d’ignorer sa présence. Peut-être qu’il s’en lasserait… Qui croyait-elle berner ? Joe Cotton était infatigable lorsqu’il s’agissait de lui mener la vie dure.

« Toutes mes condoléances. C’étaient de braves gens. »

Éberluée par l’indifférence avec laquelle il faisait référence à ses grands-parents, Savannah réprima un cri mêlant rage et impuissance. Elle ne serait jamais assez forte que pour lui clouer le bec. Jamais. Il la dominait enfant, il n’avait pas perdu de ce charisme en grandissant. Pire, il semblait l’avoir cultivé avec soin pour donner l’image d’un homme sans cœur, se riant du malheur des autres et se délectant de leurs tracas ou de leur tristesse. Elle en était encore à maudire son voisin, l’injuriant de noms d’oiseaux imprononçables, lorsqu’elle entendit le son caractéristique du papier qui se froisse, comme si quelqu’un s’était emparé d’un…. Le regard noisette de Savannah tourna, balaya la pièce, pour découvrir que son bourreau venait tout simplement de s’emparer de l’un des projets qu’elle avait laissé trainer sur une table. Elle n’en était pas encore au point où elle envisageait le changement total de l’intérieur de la maison. Elle voulait d’abord ôter cet affreux papier peint gorgé de souvenirs. Elle y verrait ainsi plus clair et pourrait se lancer dans une nouvelle direction. Soupirant de lassitude, elle posa ses poings fermés contre ses hanches, tandis qu’elle l’observait, plus avec curiosité que méfiance. Elle ne doutait pas de ses croquis, par contre, elle était surprise par le revirement de situation et, surtout, par le voile qui venait de se glisser sur les traits de Joe, comme si le fait qu’il ait attrapé l’un des plans l’avait métamorphosé, le transformant en une personne complètement différente, passionnée, ou du moins, concentrée sur quelque chose. Fronçant les sourcils, la jeune Newhall analysa l’attitude de Joe. Il semblait agacé. Pourquoi ? Elle l’ignorait. Elle n’avait rien fait de mal, cette fois – si tant est qu’elle ait fait quoi que ce soit de travers par le passé. Elle savait, au fond, que Joe n’avait besoin de rien pour être infecte. Là où elle perdit vraiment pied, ce fut lorsqu’il appuya le croquis contre l’un des pans de mur, s’attelant à une tâche tout à fait inattendue, comme il gribouillait des choses sur le papier. Cherchait-il encore à ruiner les efforts de la demoiselle ? Très probablement. Émettant un petit soupir déterminé, elle lâcha l’outil qu’elle tenait à la main et entreprit de descendre de son perchoir. Elle venait de poser le pied à terre lorsqu’il s’exclama, toujours sur ce ton arrogant qui lui était propre :

« Franchement ? Ce que tu comptais faire, là ? Autant garder tout dans cet état, tu ferais moins de mal à cette baraque. »

Vexée par cette nouvelle remarque blessante, Savannah vint se poster à côté de lui et plaqua la paume de sa main contre le papier, interrompant par la même occasion le massacre. Elle ne répondit pas à son sarcasme, se contentant de serrer les dents, et récupéra son croquis avec le peu de dignité qui devait lui rester. Elle avait les joues légèrement empourprées à cause de l’indignation qui ne cessait d’augmenter, broyant son cœur à un point qu’elle ne pensait pas imaginable. Elle pensait s’être imperméabilisée à la méchanceté gratuite de Joe, visiblement, ce n’était pas tout à fait le cas.

« Franchement ? Ce que tu comptais faire, là ? J’peux m’en passer ! » répliqua-t-elle, la voix trahissant ses émotions. « Je ne sais pas pourquoi tu t’amuses toujours à tout gâcher mais… »

Elle s’apprêtait à lui reprocher son comportement, passé comme présent, à lui renvoyer la balle. Tant pis si elle paraissait misérable et pathétique à ses yeux, elle n’avait plus peur de faire preuve de cette faiblesse. Et elle lui aurait probablement lâché ses quatre vérités si elle n’avait posé les yeux sur les traits experts qu’il avait tracés en plein milieu du croquis avec lequel elle avait bataillé durant des semaines. En quelques lignes, il était parvenu à métamorphosé le plan, et tout ça en s’appuyant contre un mur, sous une lumière peu adéquate. Qui sait ce qu’il pouvait donc faire dans un meilleur environnement.

« Ne me dis pas que tu es architecte, en plus… » dit-elle, oubliant complètement son accès de colère passager.

Elle se tourna vers lui et le dévisagea un long moment. Jamais elle ne l’avait imaginé aussi doué mais après tout, pourquoi s’étonnait-elle encore, lorsqu’il avait prouvé à maintes reprises qu’il excellait dans tout ce qu’il entreprenait.
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Message(#) Sujet: Re: n°4816, Apple Road ▬ knock you down. n°4816, Apple Road ▬ knock you down. EmptyMer 17 Fév 2010 - 18:19


Je sentis parfaitement la petite silhouette de mon hôte se rapprocher de moi mais plutôt que de mettre un terme à mon griffonnage, je l'accélérai d'avantage, comprenant qu'il ne me restait guère que quelques secondes pour finaliser mon croquis. En moins de quelques seconde alors, surgit l'instant où Savannah jugea temps de mettre un terme à mon manège et mon dernier coup de crayon se termina tristement contre la tapisserie. J'aurais pu me débattre, m'amuser à esquiver son geste et batailler pour terminer mon schéma comme je l'entendais mais je ne le fis pas : d'une, je n'avais pas envie d'encourir le risque de me casser la gueule en me prenant les pieds dans le matériel entreposé au sol et de deux, je n'allais pas lui faire l'honneur de lui soumettre un travail terminé alors qu'aucun dollar n'était en vu. On se connaissait et on avait certes eu d'incroyables moments de complicité plus jeunes mais ce n'était pas une raison pour faire de moi le Père Noël du quartier. Non, mon but était uniquement de lui démontrer qu'elle était sur une piste totalement mauvaise et que j'étais à même de corriger ses erreurs – si bien entendu elle acceptait de faire claquer le chéquier.
Toujours face au mur, je roulai des yeux avant de me tourner vers la jeune femme, ne cherchant même pas à masquer mon ennui. Voilà qu'à présent, elle m'engueulait … C'était d'un triste. En effet, j'étais persuadé qu'elle finirait par comprendre que mes intentions n'étaient pas, pour une fois, de « tout gâcher » mais bel et bien l'exact opposé. Malheureusement, elle semblait si prise par ses émotions à cet instant que j'aurais pu lui faire un câlin qu'elle croirait que je cherche à l'attaquer. Jouant avec mon crayon, mes doigts me démangeant encore de quelques coups supplémentaires, je regardai la jeune femme qui se tenait face à moi et qui ne semblait pas démordre de sa rancœur. Car il s'agissait bel et bien d'une rancœur : il n'était pas nécessaire d'être exceptionnellement brillant pour saisir qu'elle me reprochait des points qui remontaient au passé. Autant dire que ça ne pouvait vraiment pas me toucher, bien au contraire. C'était divinement plaisant de réaliser qu'on a réussi à affecter si fortement une personne. Flatteur, même. Après tout, quel est le but de l'existence si ce n'est essayer par tous les moyens de marquer les esprits, de laisser une trace sur son passage ? Mes méthodes déplaisent sans doute, ne correspondent pas aux morales en vigueur mais je défis quiconque de les qualifier d'inefficaces. Finalement, vint le moment que j'attendais le plus. Le moment où son regard ferait tilte et que ses lèvres resteraient closes de surprise. Épater autrui, quel sentiment jouissif ! Depuis tout petit, j'adorais impressionner par mon talent ou mon toupet mon entourage et en grandissant, cela n'avait pas changé d'un pouce. Cela était même devenu plus vif quand la compétition entra en jeu : études, sports et vie en société, je me devais d'être celui qui brillerait le plus, celui qui, par sa personnalité, rendrait les autres gris et fades. Savannah venait de baisser la tête vers son croquis amélioré et je pouvais à présent compter les secondes avant qu'elle ne vienne se frotter contre moi d'admiration. Amusé par cette vision complètement machiste, je l'écoutai me demander si j'étais architecte de profession et me gardai bien de répondre immédiatement. J'attendis qu'elle se retourne et me présente son visage étonné, appréciant ainsi totalement la vision qu'elle m'offrait. Savannah était une jolie jeune femme et si la colère rendait ses traits encore plus attirants, les yeux de poisson ronds lui seyaient à merveilles également. Mon égo rassasié, je penchai donc la tête, feintant l'indifférence. « Oui, pendant que certains s'occupaient à étancher la bave dégoulinant des lèvres de leurs grand-parents en attendant le jour de leurs obsèques pour foutre en l'air leur baraque, d'autres furent diplômés d'Harvard en architecture. Je fais parti des « autres ». » Lui adressant un sourire fier et diablement heureux de mon propre succès, je profitai de mon temps de parole pour rapidement ajouter, le ton léger. « Ce que tu tiens entre les mains, soit tu le déchires, soit tu me files cinq cents dollars. A ta place, je le déchirerai parce que non terminé, il te sera inutile. » Sur ce, je levai mes mains et les claquai l'une contre l'autre avant d'annoncer, la mine toujours aussi radieuse mais semblant à présent me lasser de cet accueil aussi peu chaleureux. Oui, mes sentiments pouvaient aussi se froisser ! Même si dans quatre-vingt pour-cent du temps, il s'agissait de comédie. « Bon ma chère, c'est pas tout mais je crois que tu m'as convié à quitter les lieux quelques minutes plus tôt … Et évidemment, loin de moi l'idée de te faire perdre ton … temps. » L'ellipse de l'adjectif « précieux » était tellement flagrante que je trahissais là les règles primaires de politesse. Zut, alors. Je me contentai finalement de contourner la jeune femme, ne la quittant pas des yeux avant de me diriger à reculons vers l'entrée du salon où je m'arrêtais un instant, mon regard se mettant à présent à analyser une dernière fois l'intérieur en chantier. D'une voix aussi inspirée que si on me demandait de laver la cuvette des toilettes d'un McDonald's du Kansas, je déclarai pour mieux présenter mon départ « Bon courage ou bonne chance. Ce qui fonctionnera le mieux. »
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Message(#) Sujet: Re: n°4816, Apple Road ▬ knock you down. n°4816, Apple Road ▬ knock you down. EmptySam 27 Fév 2010 - 15:04

Peut-être qu’elle aurait dû lui filer un bon coup de pied entre les jambes, si ça ne l’aurait pas rendu moins antipathique, cela aurait peut-être au moins instauré un peu de respect, il y aurait peut-être réfléchi à deux fois avant de s’en prendre à elle et elle n’aurait pas vécu des moments de véritables enfer lorsqu’elle était gamine. Mais à quoi bon regretter ses erreurs passées puisqu’il n’y avait rien pour y apporter une modification. Par contre, ce qu’elle pouvait faire, c’était changer le futur, anticiper les ennuis et surtout, ne plus se sentir aussi sensible au contact de Joe. Il ne représentait rien sinon un mauvais souvenir à ses yeux, il lui suffisait donc d’agir avec neutralité, impassibilité, il n’était rien pour elle, il n’y avait donc aucune raison qu’elle se sente blessée à chaque fois qu’il avait le malheur de lui lancer une réplique assassine – ce qui voulait dire constamment. Il devait certainement y avoir une raison à ce comportement mais elle n’était pas psychologue et n’avait vraiment pas envie d’analyser le comportement odieux de ce personnage. Manifestement, c’était une habitude chez lui de se montrer aussi cassant et brutal dans ses paroles. Qu’à cela ne tienne, elle n’en aurait plus rien à faire. Il suffisait qu’elle trouve un moyen d’être imperméable aux remarques de Joe, il fallait que celles-ci ricochent sur elle jusqu’à ce qu’il comprenne que c’était peine perdue, qu’il était inutile de s’acharner puisqu’elle n’en avait tout simplement plus rien à faire. Oui, mais c’était quelque chose de plus facile à dire qu’à faire. Il avait un don particulier pour se mettre les gens à dos et le pire, c’était que les victimes finissaient toujours pas se sentir plus mal après l’affrontement. Quoi qu’elles puissent dire, cela ne touchait pas Joe – du moins, en apparence – et il ressortait toujours vainqueur d’un échange houleux. Cela, Savannah le savait parfaitement et doutait que cela ait changé depuis toutes ces années où elle le côtoyait parfois. Finalement, son absence, sa décision de quitter Ocean Grove avait eu cela de positif : elle n’avait pas eu à le croiser. Maintenant ils étaient voisins et elle devrait bien trouver un moyen de s’en accommoder. Et cette fois, elle n’avait pas ses amis chez qui se réfugier. Elle était bel et bien seule. Par sa faute, uniquement, mais tout de même, ce n’était pas très réjouissant de réaliser sa solitude lorsqu’on avait l’habitude d’avoir été mêlé aux autres. Elle ne réalisait qu’à présent son désarroi, alors qu’elle était revenue dans sa ville natale pour découvrir qu’elle n’appartenait à aucun groupe, à aucun quartier. Elle avait reçu la maison en héritage et après ? Cela ne comblait pas le manque évident de réseau social. Elle n’avait jamais été une part de quelque chose, malgré les endroits qu’elle avait visités, les gens qu’elle avait rencontrés. Tout était finalement bien abstrait. Il n’y avait rien de réel dans sa vie sinon cette maison. Et Joe, invité malvenu, toujours présent dans la pièce.
Il ne répondit pas à son interrogation, évidemment. Elle venait d’être impolie avec lui, or, elle savait combien il pouvait être susceptible, parfois. Cela faisait partie du personnage, pas une once de qualité à l’horizon mais un solide bagage de défauts. Finalement, son seul mérite résidait dans sa force. Oui, ça, Savannah voulait bien l’admirer. Pour le reste, elle préférait garder ses distances. Lorsqu’elle se tourna vers lui, finalement, pour le dévisager, elle tomba sans surprise sur un masque d’indifférence totale. À quoi aurait-elle pu s’attendre d’autre, après tout ? Il s’agissait de Joe, monstre d’égoïsme et d’impétuosité. Elle laissa sa remarque couler, ne laissant apparaitre pour unique signe d’agacement que le froissement de ses joues, comme elle serrait les mâchoires, préférant l’ignorer plutôt que d’entrer dans ce piège. Harvard. Le nom avait une consonance presque sexy dans sa bouche mais Savannah maitrisa suffisamment ses traits que pour ne rien laisser apparaitre à ce sujet. Elle le jaugea d’un air méfiant, se demandant s’il ne s’agissait pas d’une ruse pour qu’elle baisse sa garde. Un mensonge ne serait pas étonnant venant de sa part, puisqu’il était aussi doué avec les mots qu’avec tout le reste. Dès lors, elle ne préféra pas répondre à la provocation, le laissant jouer tant qu’il le désirait. Elle tenait toujours le croquis entre ses mains légèrement moites et elle replia soigneusement le plan, ignorant volontairement le sourire qui venait d’éclairer le visage de son bourreau. Il lui fit remarquer qu’il valait mieux déchirer le croquis car il lui serait inutile dans cet état-là. C’était ça ou débourser cinq cents dollars. Toujours muette, Savannah releva les yeux vers Joe alors qu’il semblait vouloir prendre congé d’elle. Tiraillée entre l’envie de le voir quitter les lieux, lui et son insupportable insolence, et celle d’en savoir davantage sur les idées qu’il avait en tête, elle l’observa, maintenant cette air méfiant. Elle le suivit des yeux alors qu’il la contournait, se dirigeant vers l’entrée en marchant en arrière, comme pour ne pas la quitter du regard. Il était évident qu’il savourait cette supériorité qu’il avait sur elle, ce qui donnait encore plus envie à Savannah de lui claquer la porte au nez. Oh, cela lui ferait un bien fou mais elle devait réfléchir avant d’agir. Réfléchir dans son intérêt. Mais il fallait faire vite car il allait bientôt disparaitre, comme l’indiquait sa dernière réplique, ironique, comme d’habitude.
Il finit par s’envoler de son champ de vision et, se maudissant déjà pour ce qu’elle allait faire, elle posa le plan retravaillé sur la table, où il était placé en premier lieu, puis elle s’empressa de rejoindre l’entrée avant que Joe ne quitte définitivement la maison. Il était déjà sur le porche lorsqu’elle parvint sur le seuil de la porte. Elle hésita une seconde puis finit par l’interpeller, regrettant déjà sa faiblesse :

« Qu’est-ce qui te dit que je possède une telle somme ? J’ai hérité d’une maison, ça ne fait pas de moi une milliardaire, à ce que je sache. »
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Message(#) Sujet: Re: n°4816, Apple Road ▬ knock you down. n°4816, Apple Road ▬ knock you down. EmptyJeu 4 Mar 2010 - 11:33


Aussi simplement y étais-je entré, aussi simplement en sortais-je. Moins de dix minutes s'étaient écoulées pendant ma présence chez Savannah mais il n'y avait pas le moindre doute qu'il s'agissait très probablement de dix minutes de trop pour la jeune femme. Est-ce que cela m'affectait ? Est-ce cela me donnait envie de m'excuser ? Non. C'était elle qui avait commencé après tout, c'était elle qui m'avait attiré comme un papillon vers la lumière et c'était elle qui m'avait exhibé sous les yeux tous les prétextes pour mieux l'attaquer. Alors non, je ne regrettais rien de cette rencontre, si ce n'est de n'avoir pas réussi à lui soutirer un peu d'oseille ou même quelques larmes, en souvenir du bon vieux temps. Ce fut donc d'une manière indifférente que j'actionnai la poignée de la porte d'entrée et franchis le seuil en sens inverse. Le soleil accueillit ma sortie en grande pompe et je dus plisser les yeux pour ne pas m'aveugler. Mes yeux bleus étaient un « don du ciel » comme le disait mon oncle puisque ni lui ni aucun autre membre de ma famille, pas même ma mère, n'avaient les yeux clairs. Malheureusement, ce « don » me causait aussi pas mal d'ennui car la clarté de mes yeux les rendaient extrêmement sensibles aux rayons solaires. Je plaçai donc une main en visière sur mon front, regrettant déjà de ne pas avoir pris mes lunettes noires dont je ne me séparais, en temps normal, qu'à titre exclusif. Et cette visite n'avait visiblement rien d'exclusif si ce n'est la promptitude et la vacuité de son déroulement. Ayant stationné moins de cinq secondes sur le perron du numéro 4816, mes jambes étaient sur le point de se remettre en marche lorsqu'une voix s'éleva derrière mon dos. En un instant, mon visage s'illumina de satisfaction et un fin sourire de victoire se peignit sur mes lèvres fines. Finalement, je n'avais peut-être pas perdu mon temps … Savannah était soit complètement stupide soit complètement masochiste; quoiqu'il en soit, les mots qu'elle m'adressa m'ouvrèrent tout un champs de possibles et d'interrogations à son égard. Elle devenait finement intéressante tout à coup en utilisant les trois mots magiques : « somme », « héritage » et « milliardaire ». Un héritage immobilier, voilà qui était palpitant. Ne perdant rien de mon air malicieux, je me retournai vers elle et laissai retomber ma main à présent que le soleil ne menaçait plus mon regard. Sans dire un mot mais mon visage signifiant clairement que quelque chose se tramait dans mon esprit, mon expression se mouva doucement jusqu'à devenir presque similaire à celle d'un enquêteur avide de réponses mais en dosant juste assez bien la chose en la noyant dans un air de séduction imparable. Je me rapprochai donc de la jeune femme et une fois que je me retrouvai auprès d'elle, je posai une main contre l'encadrement de la porte, me penchant très légèrement au dessus d'elle. Je semblais la bloquer mais ce n'était pas tout à fait ça puisqu'elle pouvait encore parfaitement me claquer la porte au nez. Néanmoins, quelque chose me suggérais fort qu'elle ne le ferait pas : elle n'aurait pas tenté de me rattraper si ce qu'elle désirait était de me voir décamper. « Qui est-ce qui a parlé d'héritage et de milliards ? » Mon ton mielleux et mon œil brillant semblaient se plaire à la voir s'être ainsi grillée d'elle-même. Je me doutais bien cependant que ses grands-parents ne lui avaient pas cédé une somme supérieur à un milliard de dollars mais j'étais à présent quasiment certain que la petite Savannah possédait un joli et attractif montant dans son compte en banque. Gardant ma position mais levant les yeux autour de nous, je finis par ajouter avec un sérieux plus grand mais pas moins sur-joué. Je voulais la mettre en confiance, essayer de lui faire voir que je n'étais pas uniquement intéressé par ses sous … Bien que je l'étais absolument et irrémédiablement. « Donc tu as hérité de cette maison ? Ça doit être quelque chose d'assez étourdissant pour une jeune femme de ton âge, non ? » Je baissai les yeux à nouveau sur elle et feignis le soutien. « Je comprend mieux alors le bazar à l'intérieur … Tu sais, j'ai très souvent travaillé avec des jeunes héritiers ... » Information complètement fausse. « Et je comprends le dilemme qui peut vous bouleverser. Profiter de cette chance pour en faire un nouveau départ ou respecter la mémoire des parents défunts ... » Je retirai ma main et croisai les bras contre mon torse, voulant à présent afficher une impression de force et de professionnalisme. « Bien entendu je suis d'avantage pour l'argent mérité que concédé mais je suis un homme très ouvert d'esprit ... » Nouveau mensonge. « Je peux t'aider si tu le souhaites. Ça ne serait pas honnête de ma part de te priver de mes services. Nous sommes voisins après tout et qui plus est, amis d'enfance ! » La fausse note sur « amis d'enfance » risquait de la faire se rétracter mais je gardais bon espoir : Savannah était une jeune femme intelligente mais elle semblait aussi assez submergée par cette nouvelle vie qui s'offrait à elle. A moi de savoir être là pour profiter avec elle de cette « héritage », même si ce n'est qu'en une infime proportion.
Étrangement, le sourire joyeux que j'affichai ne sonnait pas faux. J'étais véritablement heureux et je le serais très probablement encore plus si elle tombait dans mes filets comme une biche orpheline dans ceux d'un chasseur.
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Message(#) Sujet: Re: n°4816, Apple Road ▬ knock you down. n°4816, Apple Road ▬ knock you down. EmptyLun 22 Mar 2010 - 21:18

Elle aurait voulu pouvoir faire preuve de cette force de caractère qu’avait sa grand-mère autrefois, claquer la porte une bonne fois pour toute à ce garçon qui n’avait eu de cesse de la martyriser depuis sa plus tendre enfance. Il n’avait même pas besoin de faire preuve de violence, il jouait avec les mots comme d’un instrument maudit. Les notes venaient siffler aux oreilles de Savannah et elle était tout simplement incapable de contenir cette frustration qu’il faisait naitre au plus profond d’elle. Oh, il pouvait être sacrément fier de lui parce que personne n’arriverait jamais à autant la chambouler que lui. Lui claquer la porte au nez, quelle douce délivrance, à cette simple image, Savannah sentit une certaine jouissance. Mais elle n’aurait pas le culot d’agir ainsi. Il avait un ascendant certain sur elle, en avait parfaitement conscience et cette simple donnée tétanisait tout simplement la jeune femme. Pourquoi ? Elle n’aurait su l’expliquer. C’était ainsi, voilà tout. Il avait beau créer cette sorte d’éruption d’agacement, de colère, de semi-haine à son égard, elle n’en éprouvait pas moins un profond respect pour lui et c’était ce sentiment là qui l’empêchait d’agir comme bon lui semblait. S’il n’avait été qu’odieux, ça aurait été beaucoup plus simple mais il était évident qu’il possédait quelque chose de plus. Il avait beau ne l’avoir côtoyée que dans certaines circonstances, il l’avait connue gamine, elle ne pouvait pas prétendre avoir affaire à un autre de ces goujats, ceux qu’on essaie d’oublier le plus rapidement possible, vu qu’ils n’ont aucun intérêt et ne mérite pas une once de rancœur à leur égard. Lui, il méritait la moindre goutte de ressentiment qu’il faisait bouillir en elle. Elle aurait voulu pouvoir cacher cette amertume, sachant combien il devait apprécier qu’elle nourrisse une telle chose à son égard, mais elle était tout simplement incapable de dissimuler quoi que ce soit en sa présence, et c’était bien dommage.
On aurait pu penser que ses voyages intempestifs, ses déménagements successifs auraient pu la blinder contre ce genre d’énergumène, mais il était le roi de l’univers. Personne ne pouvait le détrôner. Elle ignorait où il avait appris à agir ainsi, quel malin plaisir trouvait-il à désarçonner les autres ? Pour prouver sa supériorité ? Très bien, Savannah lui laissait la victoire sans même chercher à la contester. Il avait réussi dans la vie alors qu’elle n’était nulle part, elle l’admettait, qu’il jouisse donc de cette maigre victoire, si cela lui faisait tant plaisir, elle, tout ce qu’elle désirait, c’était qu’il l’oublie un peu, qu’il aille chercher quelqu’un d’autre à humilier. Elle le contempla alors qu’il lui faisait face. Il était à contre-jour et, immédiatement, son charisme augmenta encore, si c’était possible, évidemment. Elle n’avait plus que la silhouette de Joe en face d’elle, une ombre malfaisante mais terriblement attirante. Dommage qu’il ne soit pas devenu gras comme un cochon ou que les cheveux n’aient pas commencé à tomber, un à un, dégarnissant son crâne pour le vieillir d’une bonne dizaine d’années. Rien ne semblait pouvoir l’atteindre, même la laideur. C’en était vraiment frustrant. Savannah calfeutra cependant ce genre de pensées dans un recoin de sa tête. Hors de question qu’elle commence à voir Joe sous cet angle-là, il avait déjà un air suffisant en permanence, pas besoin que son cou n’enfle en plus du reste. Elle le dévisagea tant bien que mal alors qu’il arborait une mine triomphante. Instinctivement, elle fronça les sourcils, méfiante. Elle n’aimait vraiment pas se trouver dans cette position de faiblesse, suspendue au bon vouloir du jeune homme. Pourquoi avait-il fallu qu’ils évoluent de cette manière ? Ils auraient pu être amis, qui sait. Cette pensée semblait bien ridicule mais elle se surprit à l’imaginer avec un air moins railleur, dominateur. Quelle idiote ! Les choses auraient certes pu être tout à fait différentes mais ce n’était pas le cas alors mieux ne valait pas s’attarder.
Joe s’approcha lentement et elle, instinctivement, comme pour se protéger de l’aura malfaisante de son bourreau, recula d’un pas, retrouvant le semblant de sécurité de sa demeure. Il s’appuya de manière nonchalante au chambranle de la porte et elle attendit, ignorant ce qu’il essayait de faire exactement. Il ne pouvait pas avoir entraperçu la lueur furtivement séduite dans ses yeux, c’était tout à fait impossible alors à quoi jouait-il ? Encore une chose qu’elle ne comprendrait jamais chez lui. Elle serra les dents en l’entendant reprendre la parole. Elle aurait bien serré les poings mais c’aurait été lui montrer qu’il venait de viser un point sensiblement juste. Elle tenta toutefois de garder ce semblant d’assurance, haussant les épaules d’un air presque désinvolte. Presque. Mais elle manquait encore de professionnalisme à ce niveau-là, contrairement à Joe qui était passé maitre en la matière. Visiblement, manipuler était tout un art pour lui, et il en jouait avec finesse et une facilité déconcertante. Elle avait l’impression d’être un insecte secoué par les fils que l’araignée avait tendus tout autour d’elle. Inutile de préciser qui jouait parfaitement le rôle de l’araignée dans ce cas-ci. Le seul mécanisme de défense qu’elle put adopter, bien qu’il fût illusoire, fut de croiser les bras sur sa poitrine, se protégeant de façon abstraite du pouvoir qu’il avait sur elle. Elle l’écouta en silence, ne cherchant même pas à lui ôter cette idée de la tête. Effectivement, elle avait hérité d’une jolie somme de ses grands-parents, au grand damne de son frère qui avait bien plus mérité un tel patrimoine. Elle ignorait pourquoi ils avaient fait ça, elle n’avait été que déception tout au long de son existence. Quelle folie avait donc pu les prendre ? Y avaient-ils vu un moyen de la sauver de son propre naufrage ? Jamais elle ne le saurait car ils n’étaient plus là pour répondre à ses questions. Elle ignora ses sous-entendus, le laissant poursuivre tant qu’il le voulait, elle n’en était plus à ça près, après tout.
Elle bascula son poids sur son autre jambe, témoignant une certaine impatience. Où voulait-il en venir, au juste ? Contrairement à ce qu’il avait l’air de penser, l’écouter parler n’était pas une de ses passions, elle se lassait même plutôt vite de ce ton supérieur qu’il pouvait prendre avec une telle aisance, lui conférant cette aura encore plus malhonnête. Et quand il insinua clairement que cet argent lui avait été concédé (et que, par conséquent, il n’était pas mérité), elle eut envie de le frapper. N’importe où, à un endroit qui lui fasse bien mal, à lui et son ego, de préférence. Mais elle captura sa fureur pour la maintenir emprisonnée. Viendrait peut-être un jour où elle serait la bienvenue mais elle ne la gaspillerait certainement pas maintenant. Elle avait su tenir, elle en était presque satisfaite mais voilà, il avait été trop loin dans la prétention et lorsqu’il exagéra au point de se prétendre son ami d’enfance, le visage de la jeune femme s’enflamma. C’était bon pour aujourd’hui, elle avait eu sa dose de Joe Cotton.

« Non merci, Cotton, je me passerai de tes services. Je m’en sortirai de toute manière bien mieux sans toi » répliqua-t-elle, regrettant déjà son geste avant même de l’avoir exécuté. Les joues en feu, elle le regarda encore une poignée de secondes rageusement avant de faire un pas en arrière et de fermer la porte d’un coup sec.

Elle fit volte-face, voulut amorcer un pas pour retourner à son chantier mais les larmes vinrent d’elles-mêmes rouler sur ses joues et elle plaqua ses paumes sur ses joues, ne voulant pas céder à cette réaction. C’était tout ce qu’il désirait et elle savait déjà qu’elle aurait besoin de lui, tôt ou tard. Elle devrait s’asseoir sur sa fierté pour l’aborder à nouveau mais là, c’était tout simplement au-dessus de ses forces et elle se laissa aller en arrière, son dos glissant doucement le long de la porte jusqu’à ce qu’elle se retrouve accroupie, secouée de sanglots. Ce n’était pas tant les mots qu’il avait employés qui l’avaient tant abattue mais bien le fait qu’elle réalise qu’elle était seule, que plus jamais elle ne pourrait compter sur ses grands-parents pour la réconforter. Elle serait seule face à Joe Cotton, seule face à sa conscience et c’en était bien trop pour ses frêles épaules.


the end
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