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 “ Oh, yes, I confess! ” (Adriel)

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Message(#) Sujet: “ Oh, yes, I confess! ” (Adriel) Jeu 19 Jan 2012 - 16:40


“ Oh, yes, I confess! ”



“ There – I’m revealing the secret to a successful escape. The police searched for me in darkness: but I hid myself in light. ”
– Aravind Adiga, The White Tiger

« Are you out of your fucking mind? », s’époumona la voix scandalisée d’un homme à l’autre bout du fil. Mais le combiné s’égosillait contre une sourde oreille. Plus précisément, il gisait, abandonné, sur la table de la cuisine, alors que les haut-parleurs de l’appareil grésillaient désespérément sous la cadence des protestations.
« I can’t believe you just noticed », railla distraitement une voix sombre et mélodieuse. De fins doigts d’albâtre déposèrent une coupe de vin sur le comptoir d’où la voix s’essoufflait. Un sourire froid fut balayé par la lumière diffuse de l’abat-jour, puis se déroba de nouveau à l’éclairage.
« You weren’t supposed to set foot anywhere near American borders until things quieted down. Now if you allow me to reiterate, have you reached a new level of madness? Going back to Miami, Faith, are you fucking serious? What the hell were you … » L’élusive silhouette se mouvait nonchalamment à travers la pièce tamisée, paraissant ignorer complètement le discours sonore qui l’accablait d’injures. Une bouteille poussiéreuse apparut entre ses mains froides (un heureux oubli de la part de l’ancien locataire). Elle en extirpa le bouchon en liège.
« It’s not like I have anything to fear. We both know I’m innocent », plaida-t-elle avec un sourire sanguinaire, alors que le liquide pourpre se répandait contre les parois de la coupe.

Ce jour-là, Faith Harding venait de s’établir à Ocean Grove, et, par la même occasion, remettait les pieds aux États-Unis suite à une désertion inexpliquée. Comme à l’habitude, ses déplacements ne faisaient pas le bonheur de tout le monde; or, question de respecter la tradition jusqu’au bout, la jeune femme n’en avait pas grand-chose à faire.
La plaidoirie de Faith ne sembla pas satisfaire son interlocuteur, dont le ton moralisateur monta aussitôt d’un cran. « I can’t believe it! », renchérit-il, « Returning to the US is one thing, but of all the fifty fucking states, did you really have to settle for Florida? Why not go directly to the cops and beg them to catch you… »
« … If they can », trancha soudain la voix féminine. « I dare them to catch me if they can. » La beauté scandinave souleva délicatement la coupe de vin rouge: son expression s’affubla d’un sourire absent alors qu’elle en avalait distraitement une gorgée. Lorsqu’elle eut reposé la coupe sur le comptoir, le liquide noirâtre avait maculé ses lèvres exsangues.

***

« Whatever you do, Faith… At least don’t get noticed doing it. »
Telle avait été la conclusion de cette conversation, échangée quatre mois auparavant. La voix agitée avait proféré ce conseil à contrecœur : en théorie, il était bien sûr irréprochable, mais s’attendre à ce que Faith le mette en pratique tenait d’une naïveté dangereuse. Sans même compter les murmures innocents qui talonnaient ses pas lorsqu’elle traversait des lieux communs (cette attention-là n’était qu’un effet collatéral de sa plastique remarquable), le commissariat local ne manquait jamais de lui accorder un intérêt soutenu, quoique tout aussi bénin. Une fois sur deux, les plaintes qui alimentaient son dossier traitaient de la manœuvre discutable (autrement dit, démente) de son véhicule. Mais, faute de prendre l’infraction sur le fait ou d’avoir un accident à recenser, on laissait souvent ces accusations à l’état de rumeurs inoffensives. Ses nombreux dossiers compilaient également des notes qui, à vrai dire, étaient loin d’être rares chez les gens de son espèce – jeunes, fortunés et excessifs. Lorsque, de passage dans une ville quelconque, elle choisissait de séjourner dans un appartement luxueux ou une chambre d’hôtel ostentatoire, les voisins s’indignaient de ses fêtes turbulentes. À d’autres reprises, ses habitudes instables et ses invités suspects mettaient soi-disant en péril la sécurité de son entourage, qui harcelait le 9-1-1 avec une série de commérages risibles. Ainsi, les comptes rendus de ce genre – nombreux mais peu incriminants – figuraient pêle-mêle dans une centaine de dossiers à son nom, un pour chacune des municipalités que Faith avait honorées de sa visite. Était-il réellement possible qu’une banlieue comme Ocean Grove, quartier familial de prédilection, fasse exception à la règle?
Ainsi, lorsqu’elle trouva dans sa boîte aux lettres une enveloppe adressée à son nom, portant le fier emblème du Miami Police Department, Faith Harding n’en fut pas secouée le moins du monde. Il était temps, en fait – voilà quatre mois qu’elle avait élu domicile dans ce quartier, et elle n’avait pas encore reçu d’invitation à faire connaissance de la part des autorités locales. Ses entrevues au commissariat pour outrage aux bonnes mœurs étaient routinières depuis bien longtemps; quant aux questions un peu plus délicates, il n’existait rien qu’un peu de « persuasion » ne pouvait régler. Vraiment, pensez-vous que ce n’est que dans les pays du Tiers Monde que les autorités, en parfaite connaissance de cause, serraient la main des scélérats? Pour Faith, la police n’était pas à craindre, et ses employés, dotés d’un entraînement physique exemplaire mais cruellement dépourvus d’esprit, n’étaient pas non plus de très dangereux antagonistes. Disons seulement que ses adversaires les plus pernicieux, au contraire de ces partisans de la justice, ne vouaient pas de respect aux protocoles et n’accordaient jamais le bénéfice du doute.
Faith jeta calmement un œil à ce qui se trouvait à l’intérieur de l’enveloppe: une missive plutôt concise, qui priait « Mlle Harding » (la contraignait, en fait – mais Faith faisait sa lecture de façon volatile) de se rendre au commissariat du voisinage, au sujet d’une « affaire la concernant ». La lettre spécifiait la date et l’heure exactes où la jeune femme pouvait être reçue (dans trois jours près, à neuf heures tapantes). Et l’en-tête du courrier révélait le nom de l’inspecteur avec lequel elle avait rendez-vous : « Lieutenant Lamontagne », déclarait pompeusement la police pourtant austère.

Moins de trente minutes plus tard, Faith Harding arrêtait sa voiture devant l’entrée du commissariat. On ne l’attendait peut-être que dans soixante-douze heures, mais la jeune femme estimait n’avoir aucun temps à perdre avec des accusations de rage au volant, ou tout autre formalité équivalente. Comme pour souligner son indifférence, elle laissa sa sublime voiture dans un emplacement plus qu’illégal, et franchit les portes coulissantes du poste de police avec un air blasé.
Faith vint immédiatement à la rencontre du réceptionniste, qui toisait déjà la nouvelle venue avec curiosité, et lui exposa sèchement la raison de sa présence. L’homme parut légèrement embarrassé. Il pianota le nom de la demoiselle sur son clavier, et consulta quelques fenêtres pour confirmer son intuition : « I believe that the Lieutenant will be taking your statement on Wednesday. You must have confused the dates. Would you come back in three days? He will be ready to talk to you then. »
« Criminals don’t usually wait around », rétorqua Faith d’un ton glacial. « I may be gone in three days. I may also be dead in three days. Who knows? Tell the Lieutenant that it’s now or never. »

Au moment même où le secrétaire affichait un air extrêmement confus, un homme émergea du couloir que gardait la réception. Une expression préoccupée ternissait son visage, et sa main gauche agrippait une série de dossiers qu’il s’apprêtait de toute évidence à confier au bureau d’accueil. L’habillement plus digne de cet homme et l’air gêné de l’employé à son approche indiquèrent à Faith qu’il s’agissait précisément là de l’homme qu’elle cherchait – qui la cherchait, plus exactement. Elle en oublia aussitôt le réceptionniste hésitant qui, ayant entrouvert les lèvres, se contentait de dévisager tour à tour la mannequin puis le lieutenant. La jeune femme s’avança prestement vers ce dernier, et se chargea elle-même des présentations.
« Lieutenant Lamontagne? So pleasant to meet you… My name is Faith. » Ses doigts de porcelaine serrèrent la main tout aussi pâle de l’officier, et les yeux clairs de l’homme se heurtèrent contre son regard malicieux. « I understand you have some issues with my behaviour? », le devança-t-elle avec un sourire courtois.
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Message(#) Sujet: Re: “ Oh, yes, I confess! ” (Adriel) Jeu 19 Jan 2012 - 17:21

L'affaire sur laquelle travaillait Adriel n'était pas des plus aisées. Le meurtre avait eu lieu deux ans auparavant, et pourtant, les enquêteurs continuaient de piétiner. Ce qui agaçait le plus Adriel, dans cette histoire, était le fait qu'il n'avait aucune piste à poursuivre si ce n'était celle de Faith Harding. La jeune femme avait été vu plusieurs fois en compagnie de cet important homme d'affaires par un de ses proches, et naturellement, elle était une personne à interroger. Ce n'était qu'une mince piste, puisqu'elle n'avait été aperçue qu'une ou deux fois en compagnie de Christopher W Lenheart. Mais une photo venait appuyer le témoignage de ce proche, ainsi que le concierge qui affirmait reconnaître la jeune femme. Cela pouvait donc être une personne intéressante pour les suites de l'enquête.
Mais Adriel souhaitait attendre un maximum de temps avant de la convoquer. Il n'avait rien de plus que cet interrogatoire, si l'on considérait cela comme une piste, et le jeune homme avait tenu personnellement à revoir tout le dossier dans son intégralité, à l’affût du moindre indice, sachant qu'un seul et unique détail pouvait être la clé. C'était un travail foncièrement différent de celui qu'il faisait aux stups, naturellement. Mais les techniques d'investigation restaient les mêmes, sur le principe en tout cas. Les quelques différences entre les deux sections du commissariat pouvaient ici se révéler un atout. Il avait donc fallu un mois à Adriel pour tout mettre en place. Il avait pris le parti de modifier totalement l'équipe qui travaillait sur l'affaire, temporairement tout du moins. Il avait besoin d'un oeil nouveau sur l'affaire, et avait donc demandé à de très jeunes inspecteurs, qui n'auraient jamais eu normalement le droit de se trouver sur une telle affaire, d'examiner le dossier dans ces détails. Pour contrebalancer ce choix, et ne pas se mettre les anciens à dos, il leur avait donné plus de responsabilités, et des enquêtes d'importance moyenne à leur entière charge. Si ils connaissaient plutôt bien son collègue, il ne pouvait en dire de même de ses manières de travailler. Se faire accepter dans l'équipe pouvait sembler être un détail, mais l'expérience avait bien appris au jeune homme que si il n'y avait aucune cohésion dans l'équipe, cela pouvait se révéler fatal. Chacun voudrait travailler pour soi, et au final, l'équipe n'avancerait pas. Cela avait donc été la priorité du jeune homme ces derniers temps, et ce, sur quoi il s'était concentré. L'équipe semblait être un minimum soudée, et éplucher chaque témoignage, chaque preuve n'avait mené à rien. Le Lieutenant Lamontagne avait donc demandé à ce que soit convoquée cette fameuse Faith Harding, et avait décidé de se renseigner un peu plus sur la jeune femme en attendant : son emploi, sa famille, sa vie en général.

Il s'avérait que celle-ci était une jeune femme plus que discrète, et que personne n'était réellement capable d'obtenir quelque chose de concret sur elle. Il n'avait pas réellement souhaité interroger son voisinage, ni même son colocataire – puisqu'ils avaient tout de même réussi à dénicher un minimum d'information dont le fait qu'elle vivait dans une maison avec un certain Nate Hepburn sur Lemon Street, dans le quartier d'Ocean Grove. Il avait évidemment tout intérêt à ne pas le perdre de vue, et à s'assurer que celui-ci n'était pas lié de près ou de loin à l'affaire,. Mais pour le moment, Adriel devait également s'occuper des autres dossiers. Il prit donc le parti de récupérer son retard pendant les trois jours qui l'éloignait de son rendez-vous avec la jeune femme, et de vérifier que toutes les procédures avaient été suivies, et que les dossiers étaient complets avant de pouvoir être envoyés aux archives, ou soumis à l'avis du procureur. Il avait à peine pris le temps de se servir un café, et s'était enfermé dans son bureau depuis six heures environ pour se concentrer sur ses dossiers. Il se décida à en ressortir qu'environ quatre heures plus tard, alors qu'il venait de terminer une première pile de dossier. Le premier débriefing de la journée aurait lieu d'ici une heure, et il devait encore passer au laboratoire pour obtenir les résultats d'une analyse qu'il avait commandé la semaine précédente sur l'affaire la plus importante de l'année, si il devait reprendre les termes de son supérieur. Il n'y aurait probablement rien de concluant, mais il ne perdait rien à essayer et Adriel commençait à se trouver à court d'idées. Cette analyse, et l'interrogatoire de Faith Harding restaient donc ces seules chances de faire avancer l'affaire. Il n'était certes pas responsable du manque de preuve pour résoudre l'affaire, mais le jeune homme était quelqu'un de passionné, et qui ne manquait jamais de s'impliquer dans ses affaires. Probablement un peu trop d'ailleurs. Ses traits tirés ne laissaient aucun doute sur son manque de sommeil, et il avait perdu quelques kilos à force de sauter des repas pour avancer dans ses rapports, tout en gardant un oeil sur les affaires qu'il avait laissé en plan aux stups. C'était épuisant, et sa vie personnelle en pâtissait un minimum mais cela ne posait pas de problème particulier, par chance, puisque Max occupait à temps partiel Maya et Knox, qui avaient apparemment décider de laisser Adriel en dehors de tout cela. Après tout, être père et mère du jour au lendemain n'était pas quelque chose aisé, et l'absence d'Adriel devait bien les arranger d'une certaine manière.
Alors qu'il arrivait devant l’accueil pour demander au stagiaire de classer les dossiers et de les envoyer dans les services requis, une jeune femme aux yeux d'un bleu glacial parfaitement assorti au froid de sa blondeur se présenta devant lui. Il en fut l'espace d'une seconde intrigué, mais lorsqu'il entendit le ton déterminé et le prénom de la jeune femme s'échappait de ses lèvres fines, il n'eut plus aucun doute sur son identité. Elle était d'une intrigante beauté, il devait l'avouer. Mais il en fallait plus pour déstabiliser Adriel, du moins pas lorsqu'il s'agissait de sa vie professionnelle et l'assurance qui émanait de la jeune femme ne jouait pas nécessairement en sa faveur. Il ne s'était pas réellement fait d'avis sur l'innocence ou la culpabilité de la jeune femme. Il préférait la considérer pour le moment comme un simple témoin – cela exigeait qu'elle reste un minimum à sa disposition, et cela était suffisant pour le moment. Après tout, rien n'indiquait qu'elle soit la coupable. Mais son rôle dans la vie de cet homme d'affaires, Christopher Lenhart, restait des plus intrigantes, et Adriel espérait que cette interview se révélerait concluante. « Mrs Harding, nice to meet you too. » Il lui fit signe de s'éloigner quelque peu de l'acceuil. « Actually, I don't. I just have some questions for you if you'll follow me in my office.. » Il l'invita à passer devant lui jusque son bureau, et poursuivit à ses cotés, balançant le jardon habituel. En l'occurrence, il n'y avait aucun mensonge, ne serait-ce que par omission. « Believe me when I say you have nothing to worry about. » Il lui ouvrir cordialement la porte et l'invita à s’asseoir sur son bureau. « Would you like something to drink before we start ? Tea ? Coffee ? Water ? » Il attendit qu'elle décline son invitation pour s'installer en face d'elle dans son confortable fauteuil. « So Mrs Harding, I asked you to come over here to talk about Mr Lenhart. I believe you knew him quite well... » Un fin sourire éclairait les traits fatigués du Lieutenant Lamontagne. Il était ici dans son élément, en parfaite osmose avec lui-même. Il était sûr de lui, et savait pertinement ce qu'il faisait. Au final, une interview, ce n'était rien d'autre qu'un rôle à jouer. D'ailleurs, si elle pensait qu'en arrivant plus tôt elle créait l'effet surprise, c'était un relatif échec. Le jeune homme ne s'était certes pas attendu à la voir arriver si tôt, mais il avait préparé son interview à l'avance, et savait pertinemment ce qu'il avait à lui demander. Alors, la question du pourquoi était-elle arrivée si tôt au lieu du moment de sa convocation, il ne la lui poserait pas, comme il s'y attendait. Il préférait attendre la fin de l'entretien, là où il serait sûrement le plus pertinent de la poser.
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