AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 Clowns to the left of me, jokers to the right, here I am | Amy-Rose

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : Précédent  1, 2
AuteurMessage
Invité
Invité




Message(#) Sujet: Re: Clowns to the left of me, jokers to the right, here I am | Amy-Rose Jeu 27 Oct 2011 - 12:34

    C’est avec une grande attention qu’elle se concentra sur les propos de Basil afin de connaitre son point de vue. Amy-Rose adorait échanger avec les auteurs, il lui arrivait même de voir l’œuvre sous un tout autre aspect après quelques minutes de conversation. Il était important pour elle de ne pas rester figée sur les écrits mais de comprendre ce qui se cachait derrière. C’est en ça qu’on la disait extrêmement méticuleuse et pointue dans son travail. Parfois, certaines subtilités lui échappaient et il suffisait de quelques explications pour que tout devienne extrêmement limpide. En l’occurrence, elle ne tarda pas à comprendre que le second roman de Basil lui était extrêmement personnel, ce qui l’éclaira quant à sa réaction vis-à-vis des critiques. C’était toujours extrêmement délicat de s’engager dans la publication d’un roman touchant l’auteur d’aussi près. A vrai dire, elle n’était pas totalement certaine d’accepter qu’on la critique elle-même de la sorte si elle venait un jour à publier un roman lui étant personnel. C’était bien plus que de l’écriture, c’était une sorte de thérapie dans laquelle l’auteur tentait tant bien que mal de transmettre ses propres émotions, son vécu, ses joies et ses peines. Personne n’est en droit de critiquer ça. Qui sommes-nous pour décréter que tel vécu vaut mieux qu’un autre ? Pour juger de la valeur de ce qui a été ressenti par l’auteur à un instant T ? Naturellement, cela expliquait aussi pourquoi Basil ne pouvait émettre un jugement objectif quant à la valeur du roman puisqu’il avait pour lui une dimension que personne en dehors de lui-même n’était susceptible de comprendre ou de percevoir. Sans l’interrompre un seul instant, elle le laissa aller jusqu’au bout de sa réflexion tout en acquiesçant légèrement. Effectivement, cela justifiait bien des choses. Amy-Rose esquissa un sourire tendre et reprit :

    « C’est pour cette raison que vous avez du mal à accepter qu’on critique votre ouvrage, n’est-ce pas ? Critiquer ce roman revient à vous critiquer, critiquer votre histoire, votre vécu et vos propres émotions, non celles du personnage. Je comprends que ce soit difficile. »

    Elle comprenait sincèrement. Mais malheureusement, d’un point de vue professionnel, elle était dans l’obligation de se baser sur des faits concrets, sur la valeur de l’ouvrage en tant qu’œuvre littéraire et non en tant que témoignage de la vie de l’auteur. Le plus délicat allait sans doute être de lui faire part de son point de vue. Il le connaissait déjà mais quelques explications étaient de rigueur :

    « Si je n’ai pas accroché, c’est sans doute parce-que les solutions qu’il a pour s’en sortir nous semble évidentes à nous lecteur et Garrett ne semble pas les voir ce qui enlève beaucoup de crédibilité à l’histoire. Pour ma part, j’ai trouvé ce roman beaucoup trop prévisible et sans vouloir vous offenser, je n’ai pas été touchée d’une quelconque manière par le désarroi de votre personnage. Au contraire, j’avais tendance à vouloir le secouer au lieu de quoi, nous sommes simples spectateurs d’un homme qui s’enlise dans sa propre détresse et qui ne semble pas vouloir en sortir. Ce n’est peut-être pas le message que vous avez voulu transmettre mais c’est ainsi que moi je l’ai perçu. Ensuite … certains personnages secondaires sont totalement insipides mais là, je pense que c’est encore un pur effet de comparaison avec votre premier roman dans lequel chaque personnage était finement travaillé et avait une véritable utilité. »

    Amy-Rose savait qu’elle pouvait se montrer dure et en réalité, ça lui faisait beaucoup de peine de se montrer aussi incisive avec Basil. Encore une fois, cela n’avait strictement rien de personnel et elle savait que son jugement était fondé et partagé par bon nombre de lecteurs. Se redressant légèrement, elle s’empressa d’ajouter :

    « Oh, qualitativement parlant, il est aussi bien écrit que le premier. Vous avez un style d’écriture merveilleux, un vrai don. Mais … l’intrigue me pose un vrai problème sans compter qu’il n’y a rien d’innovant là-dedans. Quand on lit votre premier roman, c’est une explosion de nouveauté, de fraîcheur, on sait immédiatement que ce sera un best-seller. Quand on lit le second … on ne ressent pas tout ça. Il est bon, oui mais incontestablement n’a pas sa place au rang des ouvrages hors du commun. Après, je ne remets pas en doute la valeur sentimentale et personnelle que semble avoir ce roman à vos yeux. Je comprends que ce soit difficile. Accepter la critique n’est pas toujours évident et ça l’est encore moins quand on se sent réellement impliqué. En tout cas, je ne peux que vous encourager à continuer. Je sais ce dont vous êtes capable et même si nos points de vue divergent sur votre second roman, je n’en reste pas moins extrêmement sensible à votre talent. »

    Objectivement, ce second roman était loin d’être mauvais. Sauf si on s’amusait à le comparer au premier. C’est ce qui fondamentalement lui posait problème. Basil avait du talent. N’importe qui aurait pu s’en apercevoir en lisant ce second roman. Mais si on s’amusait à le comparer au premier, alors le second semblait immédiatement sans intérêt.

    « Si vous voulez parler de vous dans votre roman, même si c’est à travers un personnage, allez-y à fond !! Ne le faites pas à demi-mot. Le lecteur n’est pas dupe et ne se laissera pas tromper aussi facilement. Vos joies, vos peines, vos peurs, laissez-vous aller. Quand les émotions sont sincères, pures, ça marche à tous les coups. Ce que je vous reproche dans ce roman, c’est de l’avoir fait trop discrètement. Je sais que ce n’est pas facile de se dévoiler quand on écrit mais … c’est tout ou rien. Le lecteur ne sait pas ce que vous avez vécu, ce que vous ressentez ni pourquoi vous le ressentez. Vous n’avez pas assez parlé de vous à travers Garrett. Du coup, on ne vous comprend ni l’un, ni l’autre. »

    Son ton de voix était toujours aussi doux. Elle ne voulait pas que Basil pense qu’elle était en train de le critiquer gratuitement. Elle ne faisait que lui donner quelques conseils, après, il était libre d’en faire ce qu’il désirait.

    « Nous ne sommes pas que les grands-méchants loups des maisons d’édition. Le monde de la critique est assez étroit et fermé, nous nous connaissons tous et je peux vous dire qu’aucun de mes collègues n’est prêt à remettre en question votre don pour l’écriture. Nous savons tous que vous irez loin. Très loin. Alors, qu’importe ce que nous en pensons. L’important, c’est que votre roman touche le large public, les lecteurs sont les seuls juges capables de dire si oui ou non votre second roman est bon. Attendez d’avoir un retour. »
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité




Message(#) Sujet: Re: Clowns to the left of me, jokers to the right, here I am | Amy-Rose Sam 29 Oct 2011 - 22:53

    Avoir de nouveau à me justifier sur le contenu de This is how the world ends m'avait brutalement ramené quelques mois en arrière, quand j'avais dû céder au petit jeu de la promotion, et m'étais magistralement planté. Pour la sortie du premier déjà, je n'avais pas fait preuve d'habiletés particulières, et avait du y couper court suite à divers problèmes personnels. Ma maison d'édition avait cependant compris et ne m'en avait pas tenu rigueur, m'envoyant même un petit mot de condoléances qui avait été très apprécié. Je m'étais pourtant préparé à l'exercice, Parfaite jouant les répétiteurs tandis je m'entrainais à être clair, fin et spirituel ; mais je n'avais pas eu le temps de mettre mon apprentissage en pratique au delà de la première lecture publique. La sortie de mon second roman aurait alors du me permettre de me rattraper, mais je n'avais pas le cœur à le défendre. Je voulais qu'on le lise, qu'on l'apprécie, que les gens le conseillent à leurs amis et en discutent pendant des heures, mais, si d'un point de vue stylistique j'en étais très fier, c'était en son contenu que je ne croyais plus. Comment est-ce que je pouvais justifier l'égarement de mon personnage alors que je ne comprenais pas le mien ? Comment est-ce que je pouvais le soutenir alors que j'en étais à me demander si je n'avais pas fait la plus belle connerie de ma vie en prenant toute cette période de ma vie trop à cœur ? J'avais donc fait le strict minimum, contournant les questions qui me gênaient, et parlé d'autre chose autant que possible. Mon meilleur souvenir de promotion était d'ailleurs celui d'une radio où je n'avais fait que parler de musique, même s'il était plus que probable que m'entendre disserter sur mon amour des Doors en avait gonflé plus d'un.
    Et aujourd'hui, je me retrouvais presque au même point. Le roman était toujours le même, et le regard que je lui posais, ainsi qu'aux événements qui avaient motivé son écriture, toujours aussi lucide. Pourtant, je ne regrettais plus de l'avoir écrit, comme cela avait parfois été le cas. De mon propre aveu, je le trouvais moins bon que mon premier, mais j'avais dépassé ce stade de rejet qui m'avait saisi juste avant d'entamer sa promotion, et qui ne m'avait pas empêché de très mal vivre les critiques dont il avait été la cible. Mais le temps avait guéri l'ensemble des blessures, celles de l'histoire que je racontais et celles de sa réception. Après tout, j'étais en train d'en parler avec l'une des plus virulentes critiques du pays, et je le vivais très bien si l'on mettait de côté le fait que mon coeur tambourinait à tout rompre dans ma poitrine. C'est ainsi que je me sentis rougir en l'entendant m'expliquer qu'elle comprenait que j'aie mal vécu les critiques. En réalité c'était bien plus compliqué que ce qu'elle le disait, mais ça l'était suffisamment pour moi pour que je ne m'amuse pas à pinailler là dessus.
    Je l'écoutai ensuite me rappeler ce qui était son point de vue sur mon roman, et même si j'en connaissais le contenu, je l'écoutai attentivement. J'écoutai ses critiques, ses reproches et ses compliments de la même façon, essayant d'enregistrer tout ce qu'elle disait. Pour quelqu'un comme moi qui n'était pas un grand bavard, ça faisait beaucoup d'un coup, et je savais pertinemment que mes réponses seraient bien plus courtes, même en me forçant.

    Je reconnais tout à fait que Garrett n'est pas à proprement parler un personne charismatique, ou même sympathique, mais c'était aussi ce que je cherchais. J'ai basé toute la narration sur lui en tant que personnage central, qui raconte les choses telles qu'il les conçoit, et de manière totalement sincère. Alors, bien sûr, on peut lui reprocher ce laisser-aller auquel il succombe, mais c'est le parti que j'ai pris de le laisser aller au fond de sa détresse. J'estime que l'en tirer avant de l'y replonger de plus belle aurait été prendre les lecteurs pour des imbéciles. Tout le monde aime les histoires qui se finissent bien, avec des personnages dotés de qualités qui leur permettent de s'en tirer avec honneur, mais ça ne me parait pas réaliste. Je ne prône pas pour un naturalisme absolu, j'en serais même incapable, mais ça m'aurait gêné...

    Ma tirade achevée, je repris mon souffle. Évidement, une fois lancé, je ne m'arrêtais plus. Et encore, je n'avais pas encore commencé à parler de Fitzgerald...

    Quant aux personnages secondaires, c'est parce qu'ils paraissent insipides aux yeux de Garrett qu'ils le sont pour nous aussi. Comme on dit, "un être vous manque et tout est dépeuplé"... Pour lui c'est exactement ça, et plus rien n'a d'importance...

    Je ponctuai cette dernière phrase par un sourire en coin, preuve que je n'étais pas dupe. J'avais beau parler de moi à travers Garrett, je n'étais pas tout à fait lui. Et inversement, il n'était pas tout à fait moi non plus. Dieu merci d'ailleurs !

    Et je ne suis pas d'accord sur le fait d'avoir à se dévoiler complètement. C'est un choix que certains auteurs font, et que je respecte, mais je trouve pas que ce soit nécessaire. Du moment que l'émotion est sincère, ou transcrite de manière à faire croire qu'elle l'est, c'est l'essentiel. J'imagine que vous connaissez assez vos classiques pour que je n'aie pas à vous dresser une liste d'exemple...

    Et je souris une nouvelle fois, avec ce qui pouvait passer pour de l'ironie mais n'en était pas vraiment. Bien sûr, je pouvais lui faire une liste pour étayer ma thèse si elle le voulait, mais ce genre de discussion n'était pas forcément des plus appropriées pour une soirée de gala, aussi littéraire soit-il. A moins que la donne ait changée à ce sujet-ci aussi...
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité




Message(#) Sujet: Re: Clowns to the left of me, jokers to the right, here I am | Amy-Rose Mer 2 Nov 2011 - 23:17

    Non sans difficulté, elle tâcha de rester concentrée sur les propos de Basil, essayant tant bien que mal de déchiffrer tout ce qu’il était en train de lui dire. Autant dire que ce n’était pas chose aisée car depuis l’extérieur, la lumière se faisait beaucoup plus faible sans compter que son interlocuteur ne la regardait pas toujours ou bougeait légèrement ce qui l’empêchait parfois de lire convenablement sur ses lèvres. Amy-Rose manquait parfois un début ou une fin de phrase mais dans l’ensemble, elle ne s’en sortait pas trop mal et parvint à saisir l’essentiel de son discours. Du moins, elle l’espérait. Naturellement, elle aurait pu se lancer une fois encore dans un plaidoyer visant à lui prouver qu’il n’avait pas entièrement raison mais ne le fit pas. Elle n’avait pas envie de contredire Basil une nouvelle fois. Passer pour la critique littéraire intolérante et tenant impérativement à avoir le dernier mot ne l’intéressait pas. Elle voulait simplement avoir une discussion constructive et tenter de comprendre le point de vue de ce jeune auteur. Quand il eut terminé, Amy-Rose esquissa un sourire en coin tout en acquiesçant légèrement.

    « Et bien … je vais tâcher de faire une relecture attentive de votre ouvrage tout en gardant à l’esprit tout ce que vous venez de me dire. »

    Elle ne voulait passer à côté d’aucune subtilité et l’idée que certaines d’entre elles aient pu lui échapper lui déplaisait fortement. Peut-être qu’elle aurait dû choisir ce moment de la soirée pour s’éclipser et remercier Basil pour cette intéressante conversation mais pourtant, quelque chose la retenait encore à ses côtés. Quelque chose qu’elle avait du mal à dire. Elle resta silencieuse quelques secondes et peu à peu, la terrible critique littéraire redevint cette jeune femme douce et timide qu’elle était en temps normal. Le contraste entre les deux était surprenant. Amy-Rose fixa son verre, l’air sérieux et se décida enfin à reprendre la parole :

    « Monsieur Lane est-ce que … puis-je me permettre de vous demander un service ? »

    Elle n’eut pas le temps de poser sa question, qu’elle regrettait déjà d’avoir franchi ce pas. Basil allait sans doute la trouvait ridicule, voire même lui rire au nez. Comment diable une critique littéraire de son envergure pouvait-elle poser des questions comme celles qui allaient suivre ?

    « Vous allez sans doute trouver ça ridicule venant d’une critique littéraire mais … j’ai besoin de votre avis. Je suis en train d’écrire mon premier roman et honnêtement, j’ai du mal à me faire une idée quant à sa valeur. Je n’ai écrit que les six premiers chapitres et j’aimerais beaucoup avoir un point de vue externe. Je voudrais que vous lisiez ce que j'ai écrit. J'aimerais vraiment connaitre votre point de vue.»

    Un comble n’est-ce pas ? Amy-Rose était sans doute la meilleure dans son domaine lorsqu’il s’agissait de fournir un point de vue objectif sur les œuvres des autres mais dès qu’il s’agissait de ses propres écrits, elle était incapable de faire preuve d’un jugement correct. Elle était trop exigeante envers elle-même, ne savait pas si les sujets qu’elle abordait étaient ou non intéressants, ni même si ses personnages tenaient la route. En fait, elle ne prenait même pas le temps de se relire. Si elle le faisait, elle risquait fort d’appuyer sur la touche « delete » de son ordinateur et de tout laisser tomber. Ecrire était une sorte d’exutoire et si elle n’avait osé franchir le pas plus tôt, c’est tout simplement parce qu’elle ne s’en sentait pas prête. Ne sachant trop si Basil était ou non en train de lui parler, elle se décida à le regarder de nouveau :

    « Je comprendrais si vous refusiez, disons juste que … je n’ai pas envie de faire lire ça à une autre personne que vous. »

    Pourquoi lui ? Sans doute parce qu’elle estimait que son point de vue était bien plus précieux que ceux des autres spécialistes de la littérature. D’une part, elle était véritablement convaincue que Basil était l’un des meilleurs dans son domaine et elle savait que ses conseils ne pourraient être qu’extrêmement précieux. Ensuite, il était anglais tout comme elle. C’était un aspect non négligeable car Amy-Rose écrivait dans le pur style de la littérature anglaise classique. Basil était familier de la même culture qu’elle, il serait certainement mieux placé que quiconque pour comprendre certains passages. Sur un ton plus pressé, elle enchaîna :

    « Oh je … je ne me prétends pas écrivain, loin de là !! Je crois même que j’ai encore toutes mes preuves à faire dans ce domaine mais je … j’ai envie d’écrire depuis très longtemps déjà … je ne peux pas me l’expliquer.

    C’est amusant de voir la façon dont les rôles étaient soudainement inversés. Amy-Rose se mettait en posture d’auteure maladroite tandis qu’elle demandait à Basil de devenir critique de son semblant d’ouvrage. C’était un exercice intéressant mais aussi relativement angoissant. La jeune femme plongea ses yeux turquoises dans ceux de Basil, espérant qu’il accepterait d’accéder à sa requête.

    « En revanche, si vous acceptez de m’aider, je vous demanderai de ne parler à personne de tout ça. Je ne pense pas faire publier ce que j’écris un jour. C’est assez … personnel. Une manière de chasser mes vieux démons ou du moins, tenter de les éloigner. J’ai besoin d’un avis concernant la qualité littéraire de ce que j’écris simplement car je suis une perfectionniste dans l’âme et que même si ce livre ne sera jamais lu par quiconque, je tiens à ce qu’il soit parfaitement bien rédigé et cohérent. »
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité




Message(#) Sujet: Re: Clowns to the left of me, jokers to the right, here I am | Amy-Rose Sam 12 Nov 2011 - 23:53

    Même si j'avais essayé de faire au plus court, il me semblait que je n'avais pas oublié de point essentiel de mon argumentaire, et que l'ensemble tenait à peu près la route. Je savais très bien que, le temps que je rentre chez moi, j'en aurai trouvé un certain nombre d'autres, pour la plupart plus pertinents que ce que j'avais développés devant Amy-Rose, mais je n'étais pas peu fier de moi. De manière générale, je n'étais pas un bon orateur, trop mal à l'aise ou trop impliqué par ce que je disais pour rendre compte de ma pensée de manière claire et logique. Cette fois, pourtant, il me semblait que je m'en étais bien tiré. J'avais du avaler quelques mots en cours de route, mais elle ne m'avait pas donné l'impression d'avoir du mal à me comprendre, et c'était l'essentiel. L'entendre me dire qu'elle avait l'intention de relire mon roman avait d'ailleurs sonné comme une petite victoire. Je n'étais pas venu la voir pour cela, pour la "forcer" à s'y remettre jusqu'à ce qu'elle craque et me dise qu'elle le trouvait bien meilleur que ce qu'elle avait pu le laisser entendre dans sa critique, mais ça faisait plaisir à entendre. Tomber sur quelqu'un d'assez ouvert pour accepter de revoir son jugement était assez rare pour qu'on le souligne, et elle faisait parti des rares élus.
    Profitant de son silence, persuadé qu'elle n'allait pas tarder à me quitter pour rejoindre des gens plus importants que moi qui n'attendaient que son retour à l'intérieur, je me lançai.

    J'espère que ça vous a éclairé, et si...

    Ma phrase était lancée, et pourtant elle se coupa en rencontrant celle d'Amy-Rose. Je m'arrêtai, suffisamment surpris de la voir m'interrompre de la sorte, et plus encore en comprenant qu'elle était sur le point de me demander un service. J'en oubliai son impolitesse, trop intrigué pour faire des histoires ou râler.
    Si elle avait aussitôt continué, je m'en serais peut être plus formalisé, mais là c'était ma curiosité qui était titillait, et son silence, bien que relativement court, me laissa imaginer toutes sortes de choses. Que l'on ne s'imagine rien de compromettant pour autant ! J'avais beau inventer toutes sortes d'hypothèses, son embarras me troublait plus qu'il ne m'aiguillait. Pour qu'elle hésite autant, il devait s'agir d'un service délicat, et j'en avais aussitôt déduit que ce n'était pas d'aller lui chercher un verre au bar ou de la reconduire chez elle à la fin de la soirée. Alors quoi d'autre ? Que je m'inspire d'elle pour l'un de mes personnages ? Que je l'accompagne à un mariage auquel elle était invité et pour lequel elle n'avait trouvé aucun cavalier ? Soyons honnêtes, je venais d'atteindre le point critique m'informant que j'avais regardé un peu trop de films romantiques avec Parfaite, et au prochain DVD comportant Hugh Grant ou Sandra Bullock au générique j'avais plus qu'intérêt à changer de pièce...
    Mais revenons aux choses sérieuses. J'avais beau m'être creusé la tête, la demande d'Amy-Rose ne manqua pas de me surprendre, et je ne sus pas quoi répondre. Que je lise ce qu'elle écrivait ? Elle dû se rendre compte de mon malaise puisqu'elle enchaîna, sortant deux arguments qui ne pouvaient que me convaincre : la possibilité que j'avais de refuser, et le fait qu'elle voulait que ce soit précisément moi qui le fasse. Si elle avait compris, ne serait-ce qu'un minimum, ma manière de fonctionner, elle avait du se rendre compte que la flatterie avait de très bons résultats sur moi. Alors oui, "tout flatteur vit aux dépends de celui qui l'écoute", je connaissais la chanson, mais n'y était pas insensible, loin de là... Quant au reste, elle aurait aussi bien pu ne pas le dire, ma décision étant de toute façon prise.

    Oh ça sera avec plaisir ! Et je suis flatté de savoir que vous avez confiance en mon jugement à ce point !

    Je n'étais pas sûr de comprendre les raisons qui l'avaient poussée à me choisir moi plutôt qu'un autre, mais je n'allais pas faire le difficile. Peut être était-ce à cause de l'aspect personnel de ses écrits, ce que je pouvais tout à fait comprendre. Pour moi aussi, le choix de mes premiers lecteurs n'avait pas été évident. Pour "The Ambersand", ça avait été une ancienne prof de fac, dont le jugement me paraissait pertinent. Depuis, c'était Parfaite. On pouvait douter de l'objectivité de mon épouse vis à vis de mon œuvre, surtout lorsque j'y parlais d'elle, mais je savais que je faisais le bon choix : toutes les critiques qu'elle pouvait me faire seraient les mêmes que l'on me ferait par la suite, ma méchanceté gratuite en moins. Elle avait beau avoir joué à la petite blonde sans cervelle par le passé, elle valait beaucoup mieux que ça, je le savais et elle me l'avait bien assez prouvé. Pour Amy-Rose, je comprenais en tout cas. Selon ce qu'elle racontait, cela pouvait être délicat de le faire lire à ses amis ou à d'autres critiques, tandis qu'avoir moi elle n'avait pas grand chose à perdre. Au pire je serais choqué par son passé, et changerait complètement d'avis à son sujet, mais étant donné ce que j'avais pu faire en étant plus jeune je me voyais mal m'amuser à juger les autres. Quoi qu'il en soit, ses petites secrets seraient bien gardés.

    Ne vous inquiétez pas, je ne montrerai rien à personne. Et puis j'ai deux enfants en bas âge à la maison, alors j'évite de laisser trainer quoi que ce soit à leur portée ; ça ne tombera donc pas dans de mauvaises mains.

    Je lui souris, voulant me montrer confiant et lui prouver qu'elle avait pris la bonne décision. Son choix était pris, et je la voyais mal revenir en arrière pour dire qu'elle avait changé d'avis, mais on ne savait jamais.

    Je lirai ça très attentivement. Je risque de mettre un peu de temps mais je ferai au mieux pour ne pas trop vous faire attendre non plus. Je sais à quel point c'est angoissant d'attendre un verdict, je vais faire au mieux pour ne pas vous infliger pareil supplice... Et puis je vous dois peut être bien ça, après ma si brillante entrée en matière ce soir.

    J'esquissai un semblant de sourire, tenant autant de la grimace que du reste d'ailleurs, pas tout à fait réconcilié avec moi-même au sujet de ce mauvais tour que je lui avais joué. Elle n'avais pas l'air de trop m'en vouloir, mais c'était maintenant à moi-même de m'en vouloir, et je n'en avais pas encore fini avec mes crises de conscience...


Dernière édition par Basil Lane le Sam 26 Nov 2011 - 17:35, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité




Message(#) Sujet: Re: Clowns to the left of me, jokers to the right, here I am | Amy-Rose Sam 26 Nov 2011 - 16:12

    Amy-Rose se serait probablement sentie réellement confuse si Basil avait refusé de lui venir en aide. Il faut dire qu’elle tenait réellement à avoir son opinion, elle savait que son jugement serait juste et pertinent et qu’en aucun cas il ne se permettrait de dénigrer le contenu de ses écrits. Naturellement, elle ne connaissait pas Basil personnellement mais pour être honnête, elle avait l’impression d’être liée à lui d’une façon quelconque. Peut-être était-ce dû à son engouement pour son premier roman ? Quoi qu’il en soit, elle n’aurait confié son ébauche de roman à personne d’autre. C’était difficile de lui expliquer tout cela et gênant aussi. Amy-Rose ne savait jamais comment s’y prendre pour faire part de ses sentiments les plus profonds. En matière de communication, elle était extrêmement maladroite et se connaissant, elle savait qu’il y avait de fortes chances pour qu’elle finisse par dire quelque chose de stupide ou d’embarrassant. Elle était réellement douée pour mettre les pieds dans le plat. C’était tout de même paradoxal de se sentir aussi à l’aise dans le cadre professionnel et de devenir aussi maladroite dès qu’il s’agissait d’aborder une dimension plus personnelle. Avec la plus grande attention possible, elle déchiffra les mots de Basil, un à un. Autant dire que le voir accepter fut un véritable soulagement pour la jeune femme.

    « J’ai effectivement confiance en votre jugement. A mon sens, c’est même le plus pertinent que je puisse obtenir. Je vous remercie sincèrement pour votre aide. Votre avis m’est extrêmement important. J’ai besoin d’un œil à la fois jeune et expert. L’écriture c’est votre domaine après tout. Je suis une excellente lectrice et je l’espère une bonne critique, mais je ne sais pas trop ce que je vaux en tant qu’auteur. Et puis, je ne vous cache pas que le fait que je sois totalement éblouie par vos talents d’écrivain y joue pour beaucoup également. »

    Un rire doux et cristallin s’échappa de ses lèvres tandis qu’elle lançait un rapide coup d’œil par-dessus son épaule. C’était déstabilisant de ne pas savoir où en était cette fameuse remise des prix. Amy-Rose savait que tôt ou tard, une horde d’écrivains et de journalistes pompeux à souhait allait lui sauter dessus afin d’obtenir son avis sur la cérémonie. Quand elle observa de nouveau Basil, ce fut pour mieux esquisser un léger sourire.

    « Ne vous tracassez plus avec cette histoire de rencontre laborieuse. Pour ma part, c’est déjà oublié. Et puis, vous pouvez être certain qu’à l’avenir, je me souviendrai de vous sans aucun problème. Ce fut une entrée en matière originale, je dois reconnaitre que vous avez une imagination débordante. Si votre prochain roman ne rencontre pas le succès escompté, vous pourrez toujours vous reconvertir dans une carrière de comédien. »

    Elle était en train de le taquiner, rien de plus. Sincèrement, elle n’avait pas envie qu’il s’en veuille éternellement pour ce qui s’était passé. Certes, elle s’était sentie dupée et elle avait horreur de cela, mais Basil était un jeune homme charmant et elle n’avait pas envie de ressasser éternellement cette rencontre inattendue.

    « Je vous ferai parvenir les premières pages de mon manuscrit dans les plus brefs délais et je compte sur vous pour ne pas y aller par quatre chemins. Si c’est vraiment médiocre, je tiens à le savoir. Ecrire est beaucoup plus compliqué qu’il n’y parait. Pour moi en tout cas. Ca ne vous arrive jamais d’être effrayé par la page blanche ? »

    Après tout, c’était lui le spécialiste !! Amy-Rose n’écrivait que depuis peu et elle s’était surprise plus d’une fois à angoisser face à son écran d’ordinateur. Elle avait peur que les mots ne lui viennent pas, peur de ne pas être cohérente mais aussi que ses écrits soient fades et sans grand intérêt. Ecrire était sa manière d’extérioriser un bon nombre de choses qu’elle avait sur le cœur mais qui cela pouvait-il intéresser ? Songeuse, elle réalisa ce que Basil avait dit quelques instants plus tôt : il avait une famille, des enfants. C’était ça qui lui manquait. Avoir des êtres sur qui s’appuyer, sur qui compter, des personnes à aimer. Elle était nostalgique de cette famille à laquelle elle n’avait pas eu droit étant enfant et de cette famille qu’elle n’aurait jamais, la sienne. Car devenir maman un jour était totalement inenvisageable pour tout un tas de raisons. Elle n’avait personne à qui confier ses craintes, ses angoisses, ses rêves aussi … alors elle écrivait. Elle écrivait pour laisser une trace, pour exprimer ce qu’elle ressentait sans avoir peur d’être jugée. Du moins, jusqu’à ce que Basil ne lise tout ça. Nerveusement, elle joua avec les plis de sa robe avant de reprendre la parole :

    « Vous risquez de lire des choses qui vont vous surprendre. Notamment sur moi. En fait, j’ai parfois l’impression que ces écrits sont une vraie thérapie. J’explore mes souvenirs, mon enfance, mon passé … ça remet tout un tas de choses en question et j’ai parfois du mal à saisir où je veux en venir. C’est une manière que j’ai d’essayer de me comprendre, de comprendre le monde qui m’entoure également. J’ai une approche du monde assez … singulière. »

    Bon puisqu’il était sur le point de le lire dans son ébauche de roman, autant le lui dire clairement.

    « Je préfère vous prévenir avant afin que vous ne soyez pas surpris. Voilà je … je n’entends pas. Et si notre conversation se déroule à peu près normalement depuis tout à l’heure, c’est parce-que je lis sur vos lèvres. C’est à cause de « ça » que j’ai vécu une enfance assez différente de celle des autres enfants. Lire était la seule chose que je pouvais faire sans risquer de subir des moqueries ou des critiques. Alors je m’enfermais durant des heures dans les bibliothèques de Londres pour passer le temps. J’ai fini par me laisser prendre au jeu et les livres sont devenus de véritables trésors à mes yeux. C’est pour ça que j’ai choisi ce métier, pour ne jamais avoir à m’en détacher. Ce livre est une sorte d’autobiographie en fait. Vous verrez que l’image de l’affreuse critique littéraire prête à dévorer le vilain petit auteur n’est qu’un masque. C’est pour ça que je tiens à ce que tout ceci reste entre nous. Personne n’est au courant et personne ne doit jamais le savoir. Je n’y tiens pas. »
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité




Message(#) Sujet: Re: Clowns to the left of me, jokers to the right, here I am | Amy-Rose Mer 7 Déc 2011 - 0:30

    Une fois la surprise de la proposition passée, je m'étais empressé de l'accepter, certain de la réponse que je voulais donner à Amy-Rose. Il y avait des question qui demandaient des heures, voire des jours, de réflexion, mais là c'était quasi-instantané. Ce ne fut qu'après avoir dit "oui" que je réalisai que je m'étais peut être un peu trop avancé, et que je risquais de me retrouver dans une situation très délicate. Après tout, qui me disait qu'elle savait effectivement écrire, et que je n'allais pas être obligé de lui expliquer qu'elle ferait mieux de faire une croix sur cette reconversion si elle ne voulait pas être ridicule aux yeux de tout le pays ? Elle avait beau être critique, et d'un goût certain (ou presque) quand il s'agissait de parler des autres, elle pouvait tout aussi bien s'avérer une écrivain pitoyable quand c'était à elle de tenir la plume. Pourtant, je n'avais pas l'impression que ce serait le cas. Rien ne me le disait, mais c'était une intuition, comme ça, et j'avais envie de la suivre. J'étais aussi curieux de voir ce qu'elle avait de si important, et si personnel à lire, et je savais que ce serait peut être ma seule chance de pouvoir y jeter un œil. Je ne voulais pas jouer au voyeur, mais la curiosité était forte. Quant à l'expression de soulagement d'Amy-Rose une fois ma décision prononcée, elle me conforta dans l'idée que j'avais fait le bon choix. Au pire, qu'est-ce que je risquais à être sincère avec elle ? Une critique assassine à la sortie de mon prochain roman ? Soit, j'acceptais de courir le risque. De toute façon, ça ne pourrait pas être pire que ce qu'elle avait écrit concernant mon second...
    J'avais ainsi accepté l'honneur qui m'était fait, vaillant petit soldat prêt à lire tout ce qu'Amy-Rose voudrait bien me confier. Elle venait de me confirmer, une fois de plus, qu'elle était disposée à tirer un trait sur ce petit malentendu que j'avais causé lors de notre rencontre, et ce n'était pas pour me déplaire. Et, promis, j'allais arrêter d'en parler. A moins que je me recycle dans un one-man show, comme elle semblait me le proposer, où cela pourrait constituer une très bonne base de sketch. Je fis un geste de la main pour faire mine que je notais l'idée, accompagné d'un léger rire. Même si ça ne faisait pas partie de mes projets en matière de reconversion, pourquoi pas. Je devais bien reconnaître que j'avais fait fort dans le genre, et qu'elle n'allait probablement pas m'oublier... Non seulement mon premier roman l'avait marqué, mais notre rencontre allait faire de même ! Sans aucune vanterie de ma part, je trouvais quand même ça pas trop mal, surtout de la part de quelqu'un qui n'aimait pas spécialement les échanges sociaux. Car c'était bien là l'intérêt d'écrire : même si l'inspiration ne venait pas, ce qui avait ses inconvénients, il n'y avait jamais personne d'autre que soi pour souligner nos échecs. Mon agent ne se mêlait pas trop de ce genre de détails, se contentant de m'appeler de temps en temps pour savoir où j'en étais et me donner quelques nouvelles concernant les ventes ou les contrats qu'il avait fait signer. Parfaite ne s'en mêlait pas vraiment non plus, et avait compris dans quels cas il valait mieux se pas trop me parler lorsque mon travail n'avançait pas aussi vite que je pouvais le vouloir.

    Ah la fameuse page blanche ! En général j'évite de trop rester au dessus-d'elle quand elle se présente, ça ne sert à rien de s'entêter à moins d'avoir quelque chose à rendre pour le lendemain, et que l'on n'a toujours pas commencé.... Je vous avoue que c'est un conseil que je ne suis pas toujours, surtout depuis quelques temps ! C'est très difficile d'être satisfait de sa propre production, surtout sans prendre le temps de la laisser reposer.

    Cela n'était un secret pour personne, mais se l'entendre dire ne pouvait pas faire de mal. Pour ma part, j'avais pendant longtemps écrit à l'instinct, laissant les mots et les idées venir à moi, en leur laissant le temps qu'elle voulait. Évidement, j'avais du revoir ma pratique à partir du moment où j'avais été engagé pour écrire des articles et chroniques dans divers magasines, aux thèmes et longueurs parfois aussi précises que la date limite à laquelle je devais les rendre. C'était un bon exercice, bien sûr, mais aussi la cause de certaines de mes nuits blanches, où mon taux de caféine et de nicotine avait prodigieusement explosé. Mais il ne fallait pas exagérer, toutes mes insomnies n'étaient pas nécessairement causées par mon "travail". Les jumeaux étaient responsable de bon nombre d'entre elles, de même que les crises existentielles que j'avais pu successivement traverser au cours de ma vie. Dis comme ça, c'était presque pathétique, mais il y avait ainsi eu des périodes où je n'avais rien fait d'autre que remettre en question l'ensemble de mes acquis, de ma présence à Miami plutôt qu'ailleurs au choix de vie maritale que j'avais pu faire quelques années plus tôt. Autant dire que les paroles d'Amy-Rose trouvèrent un certain écho en moi, attisant plus encore ma curiosité. A force, je n'allais pas tarder à lui demander de me donner un avant-goût de ses textes, mais pour l'instant je n'osais pas. Une chance qu'elle fit le premier pas en ce sens.
    Je l'écoutai comme je l'avais fait jusqu'à présent, à la seule différence que mon sourire s'effaça au fur et à mesure qu'elle avançait dans son raisonnement. Ce n'était pas que la savoir sourde change quoi que ce soit à la situation, mais je ne m'y étais pas attendu, et il me semblait que je ne devait pas être le seul si cet aveu était tout l'enjeu de son récit.

    Vous êtes... sourde ?

    J'avais dit le dernier mot à voix basse, presque en le chuchotant, comme si c'était un secret entre nous. Il y avait d'ailleurs un côté ironique à chuchoter quelque chose à quelqu'un qui n'entendait pas, mais sur le moment je ne le réalisai pas.

    Wah... Je peux vous assurer que vous faites parfaitement illusion. Quand on voit le nombre de personnes qui n'écoutent pas quand on leur parle et qui répondent ensuite à côté, je dois dire que c'est assez impressionnant. Je... Je comprends d'autant plus votre amour des livres ! Et bien sûr, cela restera entre nous, ne vous inquiétez pas...

    Que pouvais-je ajouter d'autre ? Elle m'avait pris au dépourvu, et comme à chaque fois que quelque chose d'imprévu m'arrivait, j'avais du mal à trouver les mots adéquats. Dans le genre écrivain qui se rêve prix Nobel, on pouvait s'attendre à mieux, mais tant pis. Personne n'avais dit que tous les grands auteurs étaient loquaces : n'est pas Oscar Wilde qui peut.
    Et puis, petit à petit, un mécanisme se mit en route dans ma tête, reliant chacune des informations qu'elle avait bien voulu me donner depuis le début de notre discussion. Londres. Limehouse. Bibliothèque. Surdité... Il me semblait que je tenais quelque chose, et quelque chose d'important, mais je n'arrivais pas à dire quoi. Quelque chose d'ancien, d'enfoui dans ma mémoire, mais presque capital.

    Excusez-moi, je ne m'attendais vraiment pas à ça. Et c'est très bizarre, j'ai une sorte d'impression de déjà-vu sortie de je ne sais où... Bref, je ne vais pas embêter avec ce genre de choses. Je serais ravi de lire ce que vous avez écrit, je comprends vraiment que ça vous tienne à cœur. Et, qui sait, peut être y retrouverais-je une part de mon enfance aussi ?

    Je souris, essayant de dissimuler le fond de gêne qui pointait tout doucement son nez. Depuis que j'avais pris connaissance de son handicap, j'avais pris le soin de parler plus lentement, détachant les mots les uns des autres, mais sans être sûr de faire ce qu'il fallait, et encore moins de dire ce qu'il fallait...
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité




Message(#) Sujet: Re: Clowns to the left of me, jokers to the right, here I am | Amy-Rose Lun 19 Déc 2011 - 21:32

    Finalement, c’était plutôt rassurant d’apprendre que quelqu’un d’aussi professionnel et expérimenté que Basil puisse également se trouver confronté à la fameuse page blanche, ennemie jurée de tous les auteurs. Amy-Rose avait vécu cette expérience désagréable à plusieurs reprises et chaque phrase qu’elle écrivait alors lui semblait totalement dénuée d’intérêt. Elle trouvait son style médiocre et la fluidité de ses mots proprement affligeante. Il suffisait parfois d’un rien pour que l’étincelle revienne, parfois c’était beaucoup plus long. Disons que ce n’était pas tant le fait d’écrire qui l’effrayait, mais le contenu de ce qu’elle avait à dévoiler. Cette longue épopée fatigante qu’avait été son destin, comme si la vie prenait plaisir à pointer un doigt sarcastique dans sa direction. Elle serait celle qui ne serait jamais heureuse, celle qui aurait toujours peur des autres, celle qui préfèrerait rêver plutôt que de s’accorder le droit de vivre. Faire un pas en direction du monde réel, c’était accepter l’idée d’être déçue une fois encore et elle n’en avait plus la force. Elle était une petite fille perdue, sans repère, prisonnière dans le corps d’une femme intelligente et influente dans le monde de l’édition. Mais derrière le masque se cachaient bien des peurs et des blessures. Ecrire, c’était tenter de tirer un trait sur tout ça, tenter d’affronter de vieux démons qui la hantaient depuis toujours. C’était tout ça qu’elle cherchait à faire en rédigeant ce premier roman. Comme elle était perfectionniste jusqu’au bout des ongles, elle avait besoin d’un avis professionnel et qui mieux que Basil pourrait poser un œil averti sur ses écrits ? Ceci dit, elle savait qu’en lisant les premiers chapitres de son œuvre, le jeune écrivain risquait d’être surpris et c’est pourquoi elle préféra le tenir au courant de certains détails...

    Au lieu de la mettre mal à l’aise comme c’était généralement le cas, la réaction de Basil la fit au contraire sourire de bon cœur. Pour répondre à sa question, elle se contenta d’hocher la tête, lui signifiant ainsi qu’il avait parfaitement compris ce qu’elle essayait de lui dire. Elle n’entendait pas. Cela n’avait rien d’exceptionnel en soi, ni même de honteux mais Amy-Rose n’aimait pas trop s’étendre sur le sujet. Elle pouvait parfaitement duper son entourage et tant que son petit manège fonctionnait, il n’y avait aucune raison de dévoiler la supercherie. Naturellement, elle espérait que Basil sache tenir sa langue car elle n’avait pas la moindre envie que quiconque l’apprenne dans son entourage professionnel. Allez savoir pourquoi mais elle trouvait que ça la décrédibilisait totalement. Et puis de toute façon, cela ne regardait personne à partir du moment où cela n’interférait en rien dans son travail. Seul le grand patron de Ramble était au courant. Il faut dire qu’à force de lui passer des coups de fil sans réponse, il avait fini par s’interroger. Amy-Rose n’avait pas eu le choix : c’était soit lui dire la vérité, soit perdre son emploi. Toutefois, en dehors de lui, personne ne savait rien et c’était parfait ainsi. La remarque suivante la fit rire de bon cœur : il trouvait qu’elle faisait parfaitement illusion. « J’espère bien, j’ai des années de pratique derrière moi vous savez. En fait, j’essaie de faire de mon mieux même si j’imagine que je passe à côté de bon nombre de propos qui me sont adressés. » Elle afficha un sourire malicieux avant de jeter un regard autour d’eux, s’assurant que personne n’était en train d’écouter leur conversation. C’était sans doute ridicule de sa part de vouloir se cacher ainsi, mais elle n’y pouvait rien, c’était plus fort qu’elle. Une vilaine manie qu’elle tenait de son enfance. « Finalement, vous et moi sommes tout deux d’excellents comédiens. On devrait nous décerner un prix rien que pour ça. » Amy-Rose avait beau plaisanter afin de détendre l’atmosphère, elle se rendait bien compte que Basil n’en revenait toujours pas. Il y avait également autre chose. Basil lui parlait d’une impression de déjà-vu. Exactement ce qu’elle ressentait depuis le début de leur conversation. A croire qu’elle le connaissait depuis toujours. Naturellement, elle savait que c’était parfaitement absurde et elle était bel et bien certaine de ne jamais l’avoir rencontré auparavant. Il faut dire que niveau rencontre, Amy-Rose était loin d’avoir un carnet de contact surchargé. « Vous ne m’embêtez absolument pas. Au contraire. Je suis assez surprise que vous en parliez car c’est exactement ce que je ressens depuis le début de la soirée. Vous avez employé les bons mots : c’est une impression de déjà-vu. Qui sait ? Peut-être nous connaissions-nous dans une autre vie ? » Elle afficha un léger sourire puis détourna le regard. Elle ne croyait pas si bien dire car effectivement, elle avait connu Basil. Dans une autre vie. Une vie qui semblait datait d’une éternité et qu’elle tentait d’oublier depuis de nombreuses années. Quand elle observa de nouveau Basil, son regard se remit à pétiller avec enthousiasme. « En tout cas, je vous remercie du fond du cœur. Ca me touche beaucoup que vous acceptiez de me donner votre avis. » Bien, elle n’allait peut-être pas le retenir toute la soirée, il avait probablement mieux à faire que de discuter avec le grand méchant loup de la critique. Amy-Rose lança donc un rapide coup d’œil en direction de la salle de réception et reprit avec douceur : « J’imagine que tous ces gens sont impatients de discuter avec vous, je ne voudrais pas monopoliser votre précieux temps.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité




Message(#) Sujet: Re: Clowns to the left of me, jokers to the right, here I am | Amy-Rose Jeu 5 Jan 2012 - 0:17

    Discuter avec Amy-Rose de mes pratiques d'écriture me rappela que je n'avais toujours pas commencé une chronique que j'étais censé rendre d'ici la fin de la semaine, preuve qu'il ne fallait pas toujours prendre tous mes conseils au pied de la lettre. J'avais beau connaître la date limite suffisamment longtemps à l'avance pour pouvoir m'organiser, une fois sur deux je me retrouvais à l'écrire à la va-vite, un oeil sur ma feuille et l'autre sur le vieux réveil bien en évidence sur mon bureau. Ça en étonnait beaucoup, mais j'écrivais encore à l'ancienne, avec du papier, de l'encre, et l'attente qu'une Muse daigne bien se pencher sur moi. J'avais beau être très bien équipé au niveau informatique, je n'avais pas l'habitude de travailler directement à l'ordinateur ; au contraire, ça me bloquait plus qu'autre chose. Une fois le premier jet terminé, je le tapais, et faisais toutes les retouches coincé entre le clavier et l'écran, mais tant que je n'avais pas terminé, c'était du papier. Et j'avais beau avoir une écriture de chat particulièrement peu doué, ayant moi-même parfois du mal à me relire, ça ne changeait rien au problème. Peut être qu'un jour tout ça changerait, mais pour l'instant je me raccrochais à mes méthodes quasi archaïques, trouvant en elles un charme supplémentaire au fait de pouvoir me présenter comme écrivain.

    Le fait d'apprendre qu'Amy-Rose était sourde me mettait bien plus mal à l'aise que je n'aurais pu le prévoir. Enfin non, je n'aurais absolument pas pu le prévoir, et cette réaction était tout à fait logique venant de moi. J'essayais néanmoins de ne pas trop le montrer. Après tout, elle venait de me faire confiance en me demandant de lire ce qu'elle écrivait, puis en me révélant un secret qu'elle avait du longtemps hésiter à m'avouer. Ne serait-ce que pour ces deux raisons, je lui devais bien de faire un petit effort. Je prenais donc sur moi, souriant en l'entendant m'expliquer qu'elle avait des années de pratiques. Ça n'en restait pas moins admirable à mes yeux. Comme je le lui avais dit, je ne comptais pas le nombre de personnes qui faisaient semble d'écouter, ou qui ne faisaient même pas l'effort de faire semblant. Elle, au contraire, faisait complètement illusion en plus d'un savoir-vivre que beaucoup auraient pu lui envier. Le pire étant qu'elle avait en plus le sens de l'humour, et avait l'air de -malgré tout- relativement bien vivre son handicap. Je ne pouvais pas me mettre à sa place, et me demander comment j'aurais réagi si ça m'était arrivé à moi, mais je n'aurais pas parié sur une si belle réussite. Et comme elle le dit si bien, on méritait peut être un prix pour nos si belles prestations, moi en tant que clown triste et elle en tant qu'excellente comédienne.
    Alors que j'avais complètement oublié ce qui se passait à l'intérieur du bâtiment, concentré sur ma discussion avec Amy-Rose, j'y fus pourtant rappelé en entendant crépiter des applaudissements. Je tournai la tête en direction de la salle, constant que le grand patron de Ramble saluait la foule en quittant l'estrade sur laquelle il était monté. Puisque l'on gardait généralement les meilleurs invités pour la fin, j'en déduisis que le temps des discours devait être fini, et qu'il me faudrait refaire acte de présence. Comprenant ce qui était en train de se passer, Amy-Rose me remercia une nouvelle fois, ce à quoi je répondis par un sourire. Et même si je ne croyais pas à l'idée que l'on ait pu se connaître dans une autre vie, le principe de réincarnation me paraissant trop fantasque pour être vrai, il me semblait quand même nécessaire de creuser ce sentiment de déjà-vu qui commençait à faire son trou en moi. Mais j'aurais tout le temps d'y penser plus tard... Pour être honnête, si je pouvais m'éclipser maintenant je le ferais très volontiers... Malheureusement, comme vous le dites, je suis sûr que certains vont avoir envie de discuter. Un des inconvénients du métier : du moment que vous écrivez, tout le monde s'imagine que vous êtes un as en matière de conversation et que vous adorez ça. Hélas, ce n'est pas mon cas... Je fis une petite moue embêté, me préparant mentalement à retourner dans l'arène. Même si ça serait probablement loin d'être une torture, la plupart des gens ici présents étant déjà acquis à ma cause, le fait de devoir serrer la main de dizaines d'inconnus, en train de me répéter le même petit discours qu'ils répétaient à tous les auteurs, je m'apprêtais à ne pas vivre une partie de plaisir. Mais voilà, ça faisait partie du jeu. Je pris alors une carte de visite dans le revers de ma veste, vérifiant qu'il s'agissait bien de la mienne et non pas d'une de celles que l'on avait pu me donner au cours de la soirée, et la tendis à Amy-Rose. Ce sont mes coordonnées personnelles. J'attends de vos nouvelles alors, et au plaisir de vous lire.
    Voilà, c'était le moment des adieux, le moment de retourner à la réalité. Je lui souhaitai une bonne soirée et elle fit de même avant que l'on ne se sépare. Au fond, venir ici n'était pas une si mauvaise idée que ça, Parfaite avait bien fait de m'encourager à ne pas trouver une excuse pour ne pas m'y rendre. Et même si la suite des événements s'annonçait moins intéressante, cette seule rencontre valait amplement le fait d'avoir fait le déplacement. Quant au reste, on verrait bien de quoi l'avenir serait fait...
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé





Message(#) Sujet: Re: Clowns to the left of me, jokers to the right, here I am | Amy-Rose

Revenir en haut Aller en bas
 

Clowns to the left of me, jokers to the right, here I am | Amy-Rose

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 2 sur 2Aller à la page : Précédent  1, 2

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
F I L T H Y S E C R E T :: Lieux divers-