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 Don't go and sell your soul for self-esteem | Callum

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Don't go and sell your soul for self-esteem | Callum Vide
Message(#) Sujet: Don't go and sell your soul for self-esteem | Callum Don't go and sell your soul for self-esteem | Callum EmptyDim 15 Mai 2011 - 0:07

    Après m'être regardé un nombre incalculable de fois dans la glace, j'avais finalement capitulé, cédant aux dictats en gardant cette chemise blanche qui me semblait complètement ridicule une fois sur moi. Je n'avais pas l'habitude d'en porter, mais elle m'avait paru faire partie de la tenue la plus appropriée pour un rendez-vous professionnel, et c'était bien ce à quoi j'allais avoir droit. Jetant un dernier regard désolé à mon reflet, j'avais quitté la chambre sans être plus convaincu que je ne l'étais quelques minutes auparavant, et avais retrouvé Parfaite en train de faire manger sa bouillie à Hector. Bien que concentrée par sa tâche, elle s'était tournée vers moi en entendant la porte s'ouvrir, esquissant un fin sourire appréciateur .
    - Dis donc, t'es élégant...
    La grimace que je ne pus réprimer lui arracha un éclat de rire, et je me sentis vraiment pitoyable. Ce n'était pas la première fois que je portais un costume, ou du moins une tenue un minimum habillée, mais là j'avais l'impression d'étouffer, comme si mon col était trop serré, et c'était loin d'être agréable. A choisir, un jean et un tee-shirt quelconque auraient suffit, mais puisque je rencontrais de manière semi officielle le gérant d'une grande maison d'édition que j'intéressais, j'étais comme un peu obligé de faire un effort vestimentaire. D'ailleurs, en étant invité par ses soins pour un repas dans un assez bon restaurant de la ville, c'était la moindre des choses que je pouvais faire. Ça et signer un contrat peut être, mais on verrait plus tard pour les détails...
    J'avais donc quitté femme et enfants, me répétant mentalement que tout ne pouvait que bien se passer. Je ne connaissais pas assez bien mon futur interlocuteur pour savoir si le courant allait passer entre nous ou si j'allais le quitter avec la ferme conviction que jamais je ne serais édité par un abruti pareil, mais pour le peu de discussion que nous avions eu, j'étais confiant. Peut être pas très objectif, ça j'étais prêt à le concéder, mais confiant quand même. Après tout, ce n'était pas tous les jours que l'on m'abordait à la terrasse d'un café, qui plus est pour me proposer un très joli contrat avec assez de chiffres pour au moins attirer la curiosité. Je n'étais pas vraiment vénal, et ce que nous avions suffisait amplement à nos besoins actuels et futurs, mais le fait de me voir proposer une somme pareille m'avait quand même fait tilter: étais-je devenu si bankable aussi vite ou me prédisait-on un avenir de superstar littéraire au point que l'on se dispute mes talents à l'avance? Dans tous les cas, l'envie de savoir avait été la plus forte et j'avais rappelé cet homme qui m'avait laissé sa carte. J'avais bien sûr hésité, mais comme Parfaite me l'avait très justement fait remarquer, un coup de fil ou un rendez-vous n'engageait à rien. Monsieur MacKinnon en tout cas avait eu l'air enchanté d'avoir de mes nouvelles, et en l'espace de quelques minutes nous nous étions mis d'accord pour nous retrouver en fin de semaine à la table du Ulysses, afin de discuter des projets qu'il avait pour ma carrière autour d'un bon repas. Dit comme ça, c'était vraiment agréable, je devais bien le reconnaître. Une fois arrivé devant le restaurant, en revanche... Garé sur le parking attenant, j'avais repassé une dernière fois tous les points qu'il me faudrait penser à évoquer. Je savais pertinemment que j'en oublierai la moitié, et que le reste était sans intérêt, mais c'était la seule façon pour moi de faire taire de vieilles angoisses qui menaçaient de refaire leur apparition. De fait, puisque je connaissais déjà les lieux, ça m'enlevait aussi une autre épine du pied. A m'écouter, on aurait pu croire que j'étais le pire des névrosés, incapable de faire un pas à l'extérieur sans succomber à une crise quelconque déclenchée par l'une de ses nombreuses peurs irrationnelles, mais je n'en étais quand même pas là: je me connaissais juste assez pour savoir que tout ce qui avait vraiment de l'importance à les yeux était aussi ce qui pouvait me faire flancher. En entrant pourtant, j'essayai de mettre tout ça à distance. Ce n'était pas le moment de me prendre la tête avec ce genre de problèmes, il ne me restait qu'à gérer au mieux mes intérêts et tout irait tout seul. Après tout, j'étais l'écrivain que l'on était sur le point de se disputer, c'était à moi de mener le jeu... Pour être honnête d'ailleurs, je n'étais pas peu fier de savoir que mes écrits suscitaient autant de passion. Après avoir été refusés par une première maison d'édition, pour des raisons qui ne me semblaient pas si condamnables finalement, voilà qu'un monstre de l'édition se penchait sur mon cas, prêt à m'arracher aux griffes de Ramble. J'étais bien chez eux, mais rien ne m'empêchait de me renseigner, surtout avec le contrat que j'avais signé et qui me plaçait dans une situation intermédiaire. En gros, j'avais la main, et il me suffisait de bien jouer.

    Bonjour. Une table a été réservée par monsieur MacKinnon, je suis son invité, Basil Lane.

    Le maître d'hôtel consulta son registre puis me fit un signe de tête pour m'inviter à le suivre dans le dédale des tables du restaurant. Si j'y étais venu à plusieurs reprises, il ne faisait pas pour autant partie de mes lieux de prédilections, ou alors pour les grandes occasions. Peut être que ce jour allait en faire partie, qui sait? Mais, quoi qu'il en soit, ce n'était pas moi qui l'avait choisi. Non pas que ça me déplaise, ça donnait juste une bonne idée de ce à quoi la soirée allait servir: à parler de choses et d'autres très sérieuses et très professionnelles.
    Arrivé à la bonne table, le maître d'hôtel s'éclipsa sans un mot, me laissant continuer le dernier mètre qui me séparait de mon hôte tout seul. J'inspirais une large bouffée d'air et sourit, sûr de moi, et me lançai.

    Bonjour. Ravi de vous revoir.

    Une seconde, j'avais dit "bonjour"? Oui, c'était bon. Le repas étant un déjeuner, c'était le mot à utiliser. Bien, comme quoi j'étais capable de briller en société quand je le voulais, je n'avais pas totalement perdu...
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Message(#) Sujet: Re: Don't go and sell your soul for self-esteem | Callum Don't go and sell your soul for self-esteem | Callum EmptyMer 18 Mai 2011 - 21:47

L'édition était un monde difficile où les grandes maisons n'hésitaient pas à se tirer dans les pattes à la moindre occasion, à se voler leurs auteurs vedettes par des coups bas et des traîtrises ou encore à ouvertement dénigrer les politiques de sélection de leurs concurrents. L'édition, comme le monde des finances, était un monde de requins où les faibles n'avaient pas leur place et où la lutte pour la première place était la préoccupation majeure des grands pontes, bien avant le respect du livre ou de l'auteur. L'édition, comme l'avait remarqué Callum MacKinnon, était un monde sans pitié, cruel et surtout de faux semblants. Et dans sa position, l'Ecossais n'avait d'autre choix que de se plier à la seule règle qui prévalait dans ce milieu : la loi de la jungle. Il était devenu un requin parmi les autres, et si cette pensée l'avait souvent privé de sommeil, elle n'occupait plus son esprit qu'un quart de seconde chaque matin, alors qu'il tournait la clé dans le contact de sa voiture.

Directeur de la branche de Miami de l'éditeur Macmillan, Callum avait aujourd'hui de quoi flatter son égo. Il était responsable de l'édition de nouveaux bestsellers qui avaient fait grimper les ventes de son groupe de manière prodigieuse et avait maintenant carte blanche sur la plupart de ses choix. Dans les premiers temps, il avait été contraint et forcé de se plier aux règles de Macmillan, la maison mère avait une politique de sélection assez sévère et élitiste. Ne pas accorder trop d'attention aux auteurs de telle catégorie, publier tel type de romans, passer tel autre à la trappe... Callum avait fait ses preuves et, après avoir dû rendre des comptes pendant un moment, qui lui parut naturellement beaucoup trop long, il obtint enfin la confiance de ses supérieurs par des choix aux limites des règles de la maison qui s'étaient montrés payants. Jeune, sûr de lui, et surtout étranger, il avait su apposer sa marque et repérer les tendances de la société. Callum MacKinnon avait développé un sens des affaires qui l'étonnait encore lui-même, à tel point qu'il commençait à croire que son père avait probablement raison lorsqu'il disait qu'il était fait pour diriger l'entreprise familiale. A l'époque, loin d'être intéressé par les ruses et tactiques du monde des affaires, et aussi beaucoup trop jeune, Callum avait tourné le dos à ce milieu, préférant de loin les livres et le pouvoir magique qu'ils exerçaient sur la majorité de la population. Littéraire dans l'âme, il avait toujours eu un intérêt particulier pour les romans et les auteurs marginaux, délaissant les bestsellers surfaits pour des livres qu'on ne publiait qu'à deux ou trois mille exemplaires « au cas où ». C'était pour défendre ces auteurs méconnus qu'il était entré dans l'édition, pour cela, et pour avoir le plaisir innommable de repérer de futurs grands talents. Ces préoccupations étaient maintenant bien derrière lui, à son plus grand malheur. Il n'avait plus le plaisir de découvrir autant de manuscrits qu'auparavant, bien qu'il mettait un point d'honneur à lire les romans sélectionnés par ses employés avant de donner son aval à la publication. Son rôle aujourd'hui, en tant que directeur, c'était de gérer le bon fonctionnement de sa branche. Et pour cela, il employait plusieurs tactiques. Celle du jour était d'aller débaucher un auteur chez Ramble, une maison concurrente. Sa cible ? Basil Lane, un jeune homme qui venait de publier son second roman. Agé d'une petite vingtaine d'années, cet auteur était fort prometteur et avait un style tout particulier qui révélait un talent encore mal exploité. Il avait été publié chez Ramble et n'aurait pas forcément été voir ailleurs si Callum n'avait pas été mettre son grain de sel. Les jeunes auteurs satisfaits ne cherchaient pas forcément à savoir si l'herbe était plus verte chez le voisin et se contentaient de ce qu'ils avaient. Or MacKinnon voulait Lane dans sa liste. Il le voulait pour Macmillan, mais aussi et surtout pour lui, car le style du jeune homme et ses romans bien trempés plaisaient tout particulièrement à l'Ecossais. C'était d'une pierre deux coups, et pourtant, rien n'était gagné d'avance...

Sur son trente et un mais pas trop, Callum attendait, assis à une table du restaurant Ulysses. Il était arrivé à l'avance et avait pris place en attendant son invité. L'Ecossais tenait à faire bonne impression sur Basil Lane, car il savait qu'une première prise de contact était toujours déterminante. Mais ce rendez-vous n'était pas leur première rencontre. Alors qu'il se baladait, Callum avait repéré Basil assis à une table de terrasse, griffonnant sur un calepin. Ce simple geste avait attiré l'attention du chasseur de tête, et il avait rapidement identifié le jeune homme. Il était passé plusieurs fois dans les journaux et son visage atypique avait marqué l'esprit de Callum. Il l'avait donc abordé, posant de simples questions « avait-il un nouveau projet », « comment se passaient les ventes », des banalités. Il lui avait mentionné, juste avant de partir, qu'il était lui-même éditeur, et qu'il serait fort intéressé par ses prochains livres. Lui faisant une proposition alléchante, il avait déposé sa carte de visite sur la table avant de laisser le jeune homme à ses réflexions. Il savait l'importance de laisser planer un vent de mystère et de ne pas abattre son jeu à la première occasion. Il savait également que Basil l'appellerait. Et c'est ce qu'il avait fait. C'était la raison de leur présence dans ce restaurant. D'ailleurs, le jeune homme se détacha au milieu des tables et vint rejoindre son hôte. Il le salua poliment et d'un air sûr, mais au fond, Callum avait bien remarqué qu'il était nerveux. Il lui serra la main, un large sourire gravé sur le visage.

« Tout le plaisir est pour moi, Mr Lane. Appelez-moi Callum, au diable les formalités. »

D'un geste sûr, l'éditeur appela la serveuse la plus proche.

« Vous prendrez bien un apéritif ? Pour moi ce sera un martini blanc, mademoiselle. » dit-il en haussant un sourcil à l'intention de Basil. A vrai dire, il n'était pas réellement sûr de l'approche à avoir par rapport au jeune homme, et il comptait se faire son idée au cours des premières minutes en testant plusieurs techniques...


Dernière édition par Callum MacKinnon le Mar 31 Mai 2011 - 20:19, édité 1 fois
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Message(#) Sujet: Re: Don't go and sell your soul for self-esteem | Callum Don't go and sell your soul for self-esteem | Callum EmptyLun 23 Mai 2011 - 0:10

    Si l'écriture était mon truc, on ne pouvait pas dire qu'il en était de même pour la gestion de ma carrière, bien au contraire. Ce n'était pas que j'y mettais de la mauvaise volonté puisque j'avais essayé de me débrouiller tout seul dans un premier temps, lisant attentivement le moindre papier pour savoir dans quoi je me lançais, mais j'étais forcé de reconnaître que ce n'était pas mon truc. Il me fallait lire et relire je ne sais combien de fois la moindre phrase pour être certain de comprendre son sens entre les termes techniques et les petites astérisques en bas de page, et évidement il n'y avait rien de tel pour décourager n'importe quelle personne normale. Mon premier agent m'avait alors sauvé la mise, prenant le relais en m'assurant que désormais je n'aurais désormais plus rien d'autre à faire qu'exercer mes talents, et le tenir au courant de l'avancement de mes travaux. Deux mois plus tard, je résiliais notre contrat après avoir réalisé que nous avions deux visions des choses trop différentes pour que cela puisse marcher. Second agent, mais cette fois c'était lui qui avait tout abandonné, et ce suite à une crise de vocation après le passage de l'ouragan. Je ne savais les détails que de manière indirecte, mais apparemment, pris sous les décombres de sa maison, il avait été gagné par la certitude que ce qu'il faisait n'était pas ce pour quoi il était fait... Comment répondre à un argument pareil? J'étais donc revenu à la case départ, une fois encore, signant avec un troisième en espérant que ça serait le bon. J'avais d'ailleurs hésité à le prévenir de mon entretien avec Callum, mais la curiosité avait été plus forte que la raison sur le coup, et j'avais abandonné l'idée. Après tout, c'était quand même moi le patron dans l'histoire, non?

    Même si le maître d'hôtel m'avait laissé me débrouiller seul dans le restaurant, j'aurais été capable de reconnaître mon hôte sans la moindre hésitation. Lors de notre rencontre, ni son nom, ni son visage ne m'étaient familiers, mais je m'étais entre temps renseigné et avais comblé mes lacunes. Je connaissais bien évidement Macmillan et les titres phares qu'elle publiait, mais ses actionnaires ou employés... J'avais d'ailleurs été surpris de me voir ainsi abordé par l'un d'entre eux, qui plus est pour ce type de proposition. Il était encore très rare que des gens me reconnaissent dans la rue, et plus encore pour me proposer de travailler pour eux. A la réflexion, c'était même la première fois. Dans tous les cas, j'avais fait ma petite enquête au sujet de M. MacKinnon, découvrant sa volonté de défendre des œuvres et pas seulement des investissement à travers une certaine prise de risque dans ses choix. J'avais depuis longtemps cessé de me faire des illusions sur les métiers d'écrivain et d'éditeur bien que je n'aie pas vraiment eu de mal à me faire une place dans le milieu, mais, l'espace d'un instant, je m'étais rappelé tous ses espoirs que j'avais placé dans mon premier manuscrit au moment de le glisser dans la boite aux lettres du centre-ville. J'étais alors persuadé d'avoir écrit un petit chef-d'œuvre, fier de moi comme ça n'était pas permis, et que le moment qui me séparait de la réception de la lettre, bien évidement élogieuse, de la maison d'édition m'annonçant ma future publication n'était qu'une question de jours... Aujourd'hui, je me rendais compte à quel point j'étais naïf. Mon manuscrit était imparfait, aussi brouillon que je pouvais l'être à l'époque, et la meilleure chose qui pouvait m'arriver était précisément ce refus. Je l'avais alors mal vécu, ressenti comme une atteinte personnelle plutôt que comme un jugement objectif, mais le travail que j'avais pu effectuer dessus m'avait alors permis d'atteindre le but que je visais: après tout, j'étais désormais édité.
    Tout le plaisir est pour moi, Mr Lane. Appelez-moi Callum, au diable les formalités. Sa poignée de main était à l'image de son sourire, ferme et décidée, et l'idée qu'il était en représentation devant moi me vint à l'idée. Après tout, son boulot était de démarcher des auteurs et de les convaincre de travailler avec lui, aussi il devait bien avoir tous les vieux trucs du commercial. Je n'avais pas une grande expérience de ce type d'activité, mais en quelques secondes il était parvenu à me mettre à l'aise plus que certaines personnes n'y étaient arrivées après des heures de discussion. Peut être était-ce parce qu'il s'intéressait à moi que mon jugement était faussé, mais j'aurai néanmoins mis ma main à couper qu'il y avait quelque chose de sincère chez lui, et c'était très intriguant. Vous prendrez bien un apéritif ? Pour moi ce sera un martini blanc, mademoiselle. La serveuse qu'il avait appelée prit sa commande et se tourna vers moi, attendant visiblement une réponse. Achevant de m'assoir en me redressant de manière plus confortable, je fis dans la simplicité.

    La même chose pour moi, merci.

    Le martini ne faisait pas tout à fait partie de mes habitudes en matière de boissons alcoolisées, mais au moment de répondre une petite voix dans ma tête m'avait susurré l'idée de troquer mon quasi traditionnel whisky pour quelque chose de plus neutre. Je n'étais pas un gros buveur, ou plutôt je ne l'étais plus, et il m'avait semblé préférable de ne pas me la jouer à la Hemingway dès le début. Après tout, ça restait un entretient professionnel, et il me fallait jouer au mieux ma partition.
    La commande enregistrés, la jeune fille disparut en direction de ce qu'il me semblait être le bar, nous laissant seul, moi et ma curiosité. Car oui, c'était la curiosité qui était présentement la plus forte en moi, attendant avec impatience de savoir ce que Callum me voulait ou plutôt ce qu'il envisageait pour moi. J'avais penché le pour et le contre de cette entrevue, et le pour et le contre de l'éventualité de changer de maison d'édition à ne nombreuses reprises, mais seule la seconde interrogation n'avait pas aboutie. En l'état actuel des choses, je ne voyais pas l'intérêt de tout bousculer, surtout sans savoir ce qui pouvait bien m'attendre à la suite. Je n'étais pas vraiment de ces personnes prêtes à tout pour la gloire et la fortune, et si je n'avais pas pu résister à l'envie de savoir pour quelles raisons j'intriguais au si haut point Macmillan, c'était en me promettant à moi même de ne pas céder aux sirènes qu'ils pourraient me faire voir...

    Et bien, si je ne vous cache pas que votre proposition l'autre jour m'a étonné, je ne pensais pas que vous tiendriez à me rencontrer si vite non plus.

    J'avais volontairement gardé une certaine distance, n'autorisant pas Callum à m'appeler par mon prénom, comme il m'avait pourtant invité à le faire de son côté. Peut être que cela viendrait par la suite, mais il me semblait qu'il était encore trop tôt pour ce genre de choses...
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Message(#) Sujet: Re: Don't go and sell your soul for self-esteem | Callum Don't go and sell your soul for self-esteem | Callum EmptyMar 31 Mai 2011 - 20:48

Si appâter les auteurs était devenu le nouveau talent de Callum, cela n’en restait pas moins quelque chose qu’il n’appréciait pas. Il ne se sentait pas très à l’aise avec cet aspect manipulateur de lui-même et pourtant, il devait bien l’avouer, il était particulièrement doué à ce petit jeu. Lui qui avait commencé dans l’édition avec un amour inconditionnel pour le livre et le respect des auteurs, il avait parcouru un long chemin. Aujourd’hui, il ne se retournait plus sur son passé d’amoureux de la littérature et préférait le mettre au placard, surtout pendant des rendez-vous comme celui qu’il avait en ce moment avec Basil Lane. Jamais il n’avait pensé pouvoir devenir un de ces requins qu’il avait tant méprisé en démarrant dans ce milieu. Comme quoi, le métier l’avait rattrapé. Il devait faire avec. Cependant, s’il n’appréciait pas jouer les rusés renards pour attirer les auteurs à succès dans ses filets, il prenait un certain plaisir à bavarder avec eux et à s’intéresser à leurs projets. Le métier d’éditeur avait au moins cela de bien qu’il était au courant avant tout le monde des ébauches des auteurs et de ce qui en ressortirait. Il se passionnait pour le processus de création des œuvres, tant littéraires que picturales ou musicales. C’était l’étape la plus importante pour lui, celle où l’idée commençait à prendre forme et déployait ses ailes petit à petit. Et il comptait bien mettre sur le tapis le prochain livre de Basil. Les auteurs n’étaient pas tous prolifiques à propos de leurs projets, cela, Callum l’avait bien compris, et il n’insistait pas lorsqu’il constatait que son interlocuteur était mal à l’aise ou n’avait tout simplement pas envie de s’étendre sur le sujet. Avec Basil, il n’avait pas encore eu le temps de creuser la question, mais cela ne saurait tarder.

MacKinnon remarqua la subtilité avec laquelle son invité ne l’avait pas autorisé à l’appeler par son prénom. Il retint un sourire, mais ne montra rien de la réflexion qui s’installait dans son esprit. C’était à présent une mécanique bien huilée, si bien qu’il ne faisait plus d’efforts pour remarquer ce genre de détails. C’était comme si tout cela lui venait naturellement Basil voulait laisser une certaine distance entre eux, ce qui était parfaitement compréhensible. Pour tout dire, il était plus à l’aise également lorsqu’il n’était pas trop proche de ses futurs clients. La proximité avait toujours le don d’embrouiller les relations, surtout les relations d’affaires. Et pourtant, il l’avait déjà constaté maintes fois, l’illusion d’amitié, de proximité facilitait parfois la prise de décisions. C’était un art que son père cultivait à la tête de MacKinnon Finances et qu’il avait tenté vainement de lui inculquer, à l’époque. Mais la pomme n’était finalement pas tombée bien loin de l’arbre, car Callum singeait son père à merveille lorsqu’il endossait son costume d’homme d’affaires et de négociateur. Il se surprit à se demander ce que son paternel penserait de sa carrière, si tant est que le vieil homme y accorde un semblant d’importance. Il savait qu’il l’avait profondément blessé en refusant de reprendre la tête de la société familiale. Et pourtant, il ne pouvait s’empêcher de s’imaginer son père lorgner les articles de presse qui parlaient de lui avec un sourire fier, mais discret. Mais pour le bien de ce rendez-vous, il fallait chasser cette idée de sa tête.

Lane n’avait pas fait preuve d’une grande originalité dans son choix de boisson, soit par retenue, soit simplement parce qu’il avait envie de se laisser entraîner. Ce qui était peut-être un bon signe. Callum était persuadé qu’il ne ferait rien signer à l’auteur aujourd’hui. D’ailleurs, il n’avait même pas pris la peine d’emporter un contrat type. Cette rencontre n’était pas là pour officialiser les choses et il n’avait aucune intention de matraquer Basil avec des tonnes d’informations. Bien sûr, il voulait Lane dans la liste des auteurs publiés par MacMillan. Mais il voulait avant tout apprendre à le connaître. S’il était prêt à donner la meilleure image possible de sa maison d’éditions à l’écrivain, il voulait surtout être certain qu’il obtiendrait quelque chose en retour. Le simple fait qu’il ait répondu à son invitation signifiait déjà beaucoup pour Callum : Basil n’était pas entièrement satisfait de Ramble et il envisageait de continuer à écrire. Sinon, il n’aurait probablement jamais composé le numéro de l’éditeur. Mais ce dernier était également conscient que le mystère qu’il avait fait planer lors de leur première rencontre à l’improviste avait fait son œuvre. Basil était intrigué. Et il en jouerait inévitablement. Il ferait durer le plaisir.

« Vous savez ce qu’on dit, M. Lane, mieux vaut battre le fer pendant qu’il est encore chaud. »

Un petit sourire en coin s’était involontairement glissé sur le visage de Callum.

« Mais je dois avouer qu’il me tardait de rencontrer l’auteur de The Ambersand. Vous êtes parvenu à me tenir éveiller une nuit entière pour terminer votre livre. Et c’est quelque chose qui n’est pas donné à tout le monde, je dois vous le dire. »

Ce n’était absolument pas un mensonge. Les livres avaient le don de transporter Callum, et s’il veillait plus souvent que de rigueur pour terminer la lecture de manuscrit, il ne le faisait souvent pas par plaisir. Il aimait prendre son temps lorsqu’il entamait un livre, prendre le temps de le savourer et d’y réfléchir. Et pourtant, The Ambersand l’avait tenu éveillé toute une nuit. Il l’avait trouvé passionnant et n’avait pu se résoudre à le lâcher. Et c’était un compliment de taille que de l’avouer à Lane, car par-dessus tout, l’Ecossais n’appréciait pas les histoires d’amour. Seulement cela, il se garderait bien de le lui dire.



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Message(#) Sujet: Re: Don't go and sell your soul for self-esteem | Callum Don't go and sell your soul for self-esteem | Callum EmptyVen 17 Juin 2011 - 0:10

    Lors de rencontres avec mes lecteurs, il y en avait généralement toujours un pour me demander si la solitude que requerrait mon activité ne me gênait pas, et à chaque fois la réponse était la même : pas le moins du monde. Je n'étais pas un grand amateur des soirées mondaines et autres sorties au cœur de la foule, préférant me retrouver seul dans une pièce qu'entouré d'inconnus dont les yeux ne me quitteraient pas. Je ne savais pas d'où je tenais cette névrose, mais elle était tenace. Si je parvenais à sortir en ville sans mal, à m'assoir dans une salle de cinéma ou à assister à un concert sans même me demander pourquoi j'avais autant de mal à respirer tout à coup, il y avait des moments où les situations de promiscuité me devenaient insupportables. Être écrivain conciliait ainsi deux aspects majeurs de ma personnalité : l'envie d'écrire et l'envie de ne pas avoir trop de monde autour de moi. Je tolérais bien évidement Parfaite, ma femme étant d'ailleurs parmi mes plus fervents admirateurs, et les gens qui ne faisaient que passer sans s'attarder, mais les curieux se faisaient vite remballer. J'essayais de ne pas me montrer trop désagréable, après tout ils ne faisaient rien de mal, mais c'était parfois difficile vu les commentaires que certaines pouvaient faire. Le problème se posait cependant beaucoup moins depuis quelques mois, mon habitude d'écrire à l'extérieur s'étant perdue en cours de route. Une chose en entrainant une autre, l'effondrement qu'avait pu connaître ma vie privée avait remis en cause un certain nombre de choses, et mes pratiques littéraires avaient été les premières à sauter. Avec le retour du beau temps et de Parfaite, je m'y remettais progressivement, mais ce n'étais plus tout à fait pareil. Et puis les gens commençaient à me reconnaître, à s'habituer à ma présence et à m'aborder. Ce n'était pas désagréable, mais pas très pratique non plus... Depuis ma rencontre avec Callum, je n'y étais d'ailleurs pas retourné. Non pas que je craigne de voir débarquer tous les éditeurs de l'état à ma table, mais les faits étaient là.

    Le Ulysses n'avait pas vraiment changé depuis la première fois où j'étais venu y manger, et cette simple constatation avait quelque chose de rassurant. J'avais de bons souvenirs rattachés aux lieux, et ça achevait presque de me mettre en confiance. L'attitude de Callum la première avait joué en ce sens, le jeune homme étant de ceux qui parviennent à instaurer une atmosphère agréable dès le moment où ils vous tendent la main. Du moins, c'était ainsi que je le ressentais. Je restais néanmoins en partie sur ma garde, attendant de voir ce qu'il pouvait avoir en tête avant de me lancer à corps perdu dans un quelconque monologue. Vous savez ce qu’on dit, M. Lane, mieux vaut battre le fer pendant qu’il est encore chaud. Sa remarque m'arracha un sourire que j'essayai sans grande réussite de dissimuler. S'il me prenait par les sentiments... Ainsi donc, je l'intéressais vraiment. Bon, je me doutais bien que, s'il m'avait laissé sa carte, ce n'était innocent. J'avais aussi très bien compris que sa proposition de déjeuner ensemble n'était pas uniquement basée sur l'envie d'être sympa avec les gens du quartier. Non, tout ça je ne savais très bien, mais avoir la confirmation de son intérêt était quelque chose de très plaisant. Ce n'était même pas un compliment qu'il m'avait fait, mais une petite phrase toute faite qui s'avérait extrêmement lourde de sens. Ça revenait à dire que j'en étais encore au stade de tous les possibles, et qu'il envisageait très sérieusement de me voir réaliser de grandes choses. Pour les mauvaises langues, ça pouvait aussi vouloir dire qu'il m'imaginait comme une vache à lait, encore assez productive pour qu'on puisse en retirer un minimum de profit, mais je préférais la première explication.
    Le sourire qui apparut sur le visage de Callum, en parallèle du mien, me confirma en tout cas qu'il attendait effectivement beaucoup de moi. Ne restait plus qu'à savoir dans quel but. Mais je dois avouer qu’il me tardait de rencontrer l’auteur de The Ambersand. Vous êtes parvenu à me tenir éveiller une nuit entière pour terminer votre livre. Et c’est quelque chose qui n’est pas donné à tout le monde, je dois vous le dire. Cette fois-ci, le compliment était plus évident, et j'en aurais facilement rougi comme un adolescent si je n'avais pas réussi à me maîtriser. Malgré tout, il avait réussi à me déstabiliser. Je me retenais de sourire, de montrer qu'il avait toucher un point sensible, mais intérieurement je jubilais. C'était idiot, mais ça me faisait extrêmement plaisir. Venant du premier lecteur venu, le moindre compliment me faisait l'effet d'une petite épiphanie, alors venant d'un éditeur... Mais je savais qu'il me fallait me méfier des sirènes, on a trop vite fait de sombrer à trop vouloir les écouter.

    C'était pourtant pas le but, rendre mes lecteurs insomniaques... Mais ravi de savoir qu'il vous a fait autant d'effet.

    Malgré mes efforts, je ne parvenais pas à réellement dissimuler ce petit sourire fier qui faisait de la résistance sur mes lèvres. Ce n'était pas bien grave, mais je ne tenais pas à ce que Callum pense avoir gagné la partie, et un contrat, même pas cinq minutes après le début de notre entrevue.
    La jeune fille qui était passée prendre notre commande revint alors, et posa un verre devant chacun de nous avant de repartir comme elle était venue, avec discrétion. Jugeant que, en tant qu'hôte, il aurait été malpoli de boire le premier, j'attendis le départ de Callum. J'avais entre temps retrouvé tout contrôle de moi même, et pu achever de lui répondre sans passer pour le ravi de la crèche.

    Vous savez, ce n'est la première fois que l'on me fait ce type de remarque sur mon roman, mais d'habitude j'ai l'impression que ça vient d'illuminés, ou de dangereux fanatiques. Pour une fois, c'est non seulement flatteur, mais aussi très agréable à entendre.

    Il est vrai que, parmi mes lecteurs, certains avaient un côté addictif qui me mettait parfois mal à l'aise. L'une d'entre eux en particulier, mais, jusqu'à présent, cela n'avait pas eu de réelles conséquences. Il ne me restait plus qu'à espérer que cela dure.
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Don't go and sell your soul for self-esteem | Callum Vide
Message(#) Sujet: Re: Don't go and sell your soul for self-esteem | Callum Don't go and sell your soul for self-esteem | Callum EmptyDim 17 Juil 2011 - 14:59

Se trouver là dans ce restaurant chic avec un des auteurs en vogue, c’était une récompense. Ou du moins c’était ainsi qu’il le voyait. Il avait travaillé dur pour en arriver où il était, être à la tête de sa propre filiale de Macmillan. Tout le monde ne pouvait pas se vanter d’avoir réussi à charmer la maison mère aussi rapidement. Car il fallait bien l’avouer, Callum n’était pas dans l’édition depuis longtemps. En conséquence, et il en était pleinement conscient, il avait encore énormément de choses à apprendre. S’il s’était fait une réputation de chasseur de têtes dans la maison, il n’était pas entièrement convaincu de ses talents. Et ce n’était pas non plus l’image qu’il voulait donner. Il était avant tout un amoureux des livres et il « traquait » les auteurs célèbres uniquement pour le prestige de sa maison d’éditions. Il aurait aimé pouvoir débaucher Dan Brown, Patricia Cornwell ou des auteurs aussi prestigieux, mais il n’y portait aucun intérêt. Ces auteurs étaient hors de portée et si quelqu’un de leur ampleur s’adressait un jour à Macmillan, il était clair que l’image de marque de la société s’en verrait pleinement améliorée. Cependant, et il tenait souvent à le préciser, Callum ne s’intéressait pas à la célébrité des auteurs qui grossissaient les rangs de leurs édités. Il cherchait avant tout des auteurs dont le talent ne se limitait pas à écrire des bestsellers. Il recherchait la qualité de l’écriture, un style à part, des histoires captivantes et souvent originales. Les romans policiers, les fictions historiques et autres genres à la mode faisaient, certes, le chiffre d’affaires de Macmillan, mais ce n’était pas pour la plus grande fierté des éditeurs. Et c’était en cela que Callum voulait se démarquer : il voulait des auteurs percutants et pas le premier idiot venu capable d’aligner trois mots et de vendre huit millions d’exemplaires. Basil Lane était de la première catégorie. Jeune et inspiré, il avait captivé des millions de lecteurs avec son premier livre et s’apprêtait à en faire de même avec le second, sans aucun doute. Et c’était pour cela, en plus du prestige d’avoir débauché un des futurs grands auteurs de son temps, que Callum le voulait chez Macmillan. Il n’était pas persuadé qu’il ferait des miracles pour la carrière de ce pauvre Lane, mais ce n’était pas son problème. Il n’était pas là pour lui fournir l’inspiration, ce n’était pas son boulot. Son boulot, c’était de vendre les futurs écrits de Basil et de l’aider à améliorer son style – qui, bien que fluide et entraînant, était encore perfectible.

En sirotant son apéritif, Callum se surprit à penser qu’il était probablement devenu l’homme d’affaires que son père avait voulu faire de lui. A la différence près que son business n’était pas de faire grossir les fortunes de milliardaires, mais bien de vendre des bouquins, sujet qui l’avait toujours intéressé de près ou de loin. Gamin, lorsqu’il s’enfermait dans le bureau de son père pour lire clandestinement un roman expressément interdit par sa mère, il n’aurait jamais imaginé qu’il deviendrait un de ceux qui découvrent les talents et les font découvrir au monde entier. Il s’était plutôt imaginé écrire des livres, faire des séances de dédicaces et des tournées de promo. Il était loin de tout cela, mais dans son travail, il avait l’avantage de pouvoir lire autant de livres qu’il voulait – et souvent plus que de raison, et rarement parce qu’il avait choisi. Ici, pas d’interdits. Pas de mégère qui venait le sortir de sa cachette et lui arrachait l’ouvrage des mains. C’était une revanche comme une autre.

Basil ne semblait pas indifférent au compliment de Callum, ce qui fit tinter en lui la petite cloche de la victoire. Certes, il savait très bien qu’il était encore loin de faire signer quoi que ce soit à Lane, mais l’éditeur se sentait déjà fier d’avoir touché la corde sensible. Ce n’était pas un miracle en soi : tous les auteurs adoraient se faire complimenter sur leurs livres et leur talent, mais certains étaient plus réticents aux compliments. Il avait d’ailleurs rencontré un jeune homme qui préférait les critiques aux compliments, qu’il ne pouvait pas gérer. Ce garçon détestait toute remarque positive, soit par complexe d’infériorité, soit par fausse modestie. Toujours était-il que Callum avait dû user de la psychologie inversée pour le faire signer. Ce petit défi l’avait beaucoup amusé, et ses collègues le félicitaient encore d’avoir réussi à ferrer ce poisson, qu’aucun d’eux n’était parvenu à attirer dans leurs filets.

« Que cela vous rassure, vous n’avez pas fait de moi un insomniaque. J’ai récupéré le sommeil, depuis. »

Quand Basil mentionna les fanatiques et les illuminés, Callum eut un sourire. Il avait eu plusieurs fois à faire avec des lecteurs passionnés qui, faute d’avoir pu contacter l’auteur de leur livre favori, s’était mis à harceler l’équipe d’édition. Ces histoires l’amusaient beaucoup, avec du recul, mais parfois, il était bien compliqué de les faire sortir des bureaux où ils s’étaient infiltrés d’une façon ou d’une autre.

« J’espère que je n’appartiens à aucune de ces catégories. En tout cas, ce n’est pas mon intention. »

Il ne se souvenait pas avoir déjà agi de façon embarrassante à l’égard d’un auteur. D’ailleurs, il ne se rendait jamais aux séances de dédicaces. Il se fichait bien pas mal d’avoir un exemplaire vierge ou signé de la main de l’auteur.
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Don't go and sell your soul for self-esteem | Callum Vide
Message(#) Sujet: Re: Don't go and sell your soul for self-esteem | Callum Don't go and sell your soul for self-esteem | Callum EmptyLun 25 Juil 2011 - 23:14

    L'ambition avait toujours été mon point faible, et le resterait probablement jusqu'à la fin de mes jours. Dès l'instant où j'avais pris mon stylo avec l'intention d'écrire à destination du monde extérieur, je m'étais pris à rêver au moment où je serai un grand écrivain, apprécié et lu de par le monde. Je n'étais alors qu'un simple membre du journal du lycée, mais les quelques articles que j'avais pu rédiger pour eux avaient achevé de me convaincre que tel était mon destin. Je leur avais alors proposé d'arrêter d'écrire un énième reportage sur l'un des clubs de l'école, avançant que les élèves en savaient assez sur le sujet pour avoir envie de lire quelque chose de plus innovant, mais je m'étais gentiment fait remballer. En dehors de ma place au journal, je n'existais quasiment pas au sein du lycée, alors m'avancer à ce point en proposant d'écrire tout spécialement des nouvelles pour eux leur avait parut risible. Évidement, je l'avais mal pris. J'étais jeune, naïf et solitaire, trois tares qui faisaient de moi une cible privilégiée, et qui m'y rendaient d'autant plus sensible. J'avais cependant fait comme si de rien n'était, rédigeant mes 2 000 caractères sur l'actualité du club de chant et me promettant à moi même qu'un jour, ils le regretteraient. Allez savoir si c'était vraiment le cas aujourd'hui, ou s'ils m'avaient tout simplement oublié. Les connaissant, et me connaissant, je penchais pour la seconde hypothèse.
    Mais cette ambition furieuse et déraisonnée continuait à m'habiter. Le temps avait passé, mais je continuais à croire qu'un jour je serais un grand auteur, apprécié au même titre que Fitzgerald, Wilde, Musset... Évidement, je visais le haut du panier, mais, ces trois là étant mes préférés, c'était un peu mon Graal personnel. Je n'allais pas soulever ciel et terre, guetter les signes que Dieu voudrait bien m'envoyer ou faire vœux d'abstinence pour y parvenir, mais quand même. Et puis, je savais qu'un jour j'y arriverais. J'en était intimement convaincu. Malgré les difficultés que j'avais pu rencontrer avant que mon premier roman ne soit publié, désormais je savais que je n'avais plus trop à m'en faire. J'avais un agent à priori compétent, un cercle de lecteurs qui m'avait suivi au point d'acheter mon second roman et de se déplacer lors des quelques séances de dédicace qui avaient été organisées pour en faire la promotion, une maison d'édition qui avait l'air satisfaite, une autre qui me faisait les yeux doux, et suffisamment d'idées en tête pour continuer à écrire pendant quelques années. Le seul frein à tout cela était le facteur temps, et malheureusement je ne pouvais pas faire grand chose pour y remédier. A moins de sacrifier sur mes quelques rares heures de sommeil quotidiennes, ou sur ces moments passés avec mes enfants, je ne voyais pas. Mes relations avec ma femmes se limitaient au minimum, et si je voyais que ça ne lui convenait pas vraiment, je n'étais pas en état de lui donner plus. Temporellement je ne pouvais pas, et émotionnellement encore moins. Ne lui restait que l'espoir de jours meilleurs, et parfois je venais à espérer avec elle. Mais l'ambition, toujours l'ambition...

    Voyant Callum attaquer son verre, je fis de même, et constatai avec surprise que le martini me plaisait bien plus que par le passé. La dernière fois que j'en avais bu remontait facilement à l'époque où j'étais encore à Londres, autant dire une éternité ! Tant de choses s'étaient passées dans ma vie depuis, et mes goûts en avaient bien entendu profité pour changer. De manière générale, j'avais mis un frein sur tout ce qui était alcool, et n'en buvait plus très souvent. Encore que je m'y étais plus ou moins remis depuis peu, mais c'était une autre histoire.
    Suivant les personnes en face de moi, je pouvais me montrer extrêmement froid et distant, ou au contraire me sentir très rapidement à l'aise. Avec Callum, c'était plutôt la seconde catégorie, et j'en étais le premier étonné. Dire qu'à notre rencontre j'avais faillis jeter sa carte de visite, persuadé que ce n'était qu'un requin comme les autres qui n'aurait d'autre idée en tête que de me forcer la main à signer un contrat lui octroyant tous les droits me concernant... Si c'était vraiment le cas, il le cachait bien en tout cas! Mais je me connaissais assez pour savoir que j'avais tendance à me tromper sur les gens, alors je restais sur mes gardes. J'avais vu juste concernant Parfaite, allant jusqu'à l'épouser alors que tout le monde me garantissait qu'elle n'était qu'une garce qui me larguerait pour le premier venu, mais avec Callum l'enjeu était peut être plus gros : ce n'était pas un simple rendez-vous que l'on prévoyait, mais le niveau supérieur de la collaboration professionnelle. Et, à ce niveau là, il en savait plus que moi comme me le prouvaient ses réponses. Là où je tentais de me protéger derrière des mots hasardeux, lui donnait l'impression de savoir avec précision ce qu'il faisait. L'habitude du métier probablement. Que cela vous rassure, vous n’avez pas fait de moi un insomniaque. J’ai récupéré le sommeil, depuis. Je souris discrètement, remarquant le trait d'humour dans sa réponse, et sachant que c'était l'effet qu'il attendait de ma part. Il était doué, c'était indéniable. J’espère que je n’appartiens à aucune de ces catégories. En tout cas, ce n’est pas mon intention. Je souris une seconde fois, secouant la tête pour le rassurer.

    Il ne me semble pas avoir reçu de votre part une lettre relevant et classant par ordre d'importance croissant tous les pseudos-signes annonciateurs de l'Apocalypse que j'avais subtilement, et à mon insu, dissimulé dans mon roman, ni déclaration d'amour... Ou alors ma femme m'a caché cette dernière, ce qui ne m'étonnerait pas de sa part.

    Les deux étaient vrais, tout comme l'éventuel comportement de Parfaite. J'avais effectivement reçu un courrier d'un personne m'affirmant avoir compris le sens caché de mon roman, et me félicitant d'avoir si bien ordonné les signes de la fin du monde pour les rendre visibles au plus grand nombre. Autant dire qu'après un bon fou rire, j'avais classé cette lettre sans y donner suite, et, même des mois plus tard, son souvenir me mettait toujours de bonne humeur. C'était flippant, bien sûr, mais je n'allais pas m'angoisser pour ça, j'avais déjà bien assez de problèmes. Quant aux lettres d'amour, j'en avais effectivement reçu quelques unes, et si j'avais trouvé ça très drôle, mon épouse n'était pas vraiment du même avis. Je la soupçonnais d'ailleurs de faire un tri préliminaire dans mon courrier depuis quelques temps...

    Ne vous inquiétez pas, je n'en suis pas au point de confondre compliments et propositions indécentes.

    La dernière expression était peut être un peu forte, mais elle rendait bien compte de l'attitude de certaines personnes à mon égard. Oh il y en avait peu, et j'espérais que le nombre n'augmenterait pas, mais il y avait parmi mes lecteurs un infime pourcentage de personnes quelques peu inquiétantes, et que je n'espérais pas croiser de sitôt...
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