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 [N°3986] - Le malheur des uns ; le bonheur des autres. (suite II)

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Message(#) Sujet: Re: [N°3986] - Le malheur des uns ; le bonheur des autres. (suite II) Mar 17 Mai 2011 - 12:57

Elle se perdit dans une contemplation distraite, les yeux fixes, le regard absent, alors qu’il énonçait avec sincérité une vérité qu’elle ne chercha pas à contredire. Il évoquait ces mots avec une honnêteté désarmante, une fragilité attendrissante qui s’écoula en elle et l’inonda alors que le silence les enveloppait à nouveau. Désarmée face à des mots bruts, purs et vrais, elle ne recentra son attention sur lui que pour le dévisager, encore et toujours, observant son regard pénétrant, ses traits sérieux, mystérieux, ténébreux. Derrière cette carapace, il y avait un jeune homme qui n’attendait que ça, qu’on lui prouve qu’il avait tort de se méfier mais comment pourrait-elle endosser ce rôle quand sa vie était chaotique et incertaine, et que même si elle y mettait tout son cœur, quelque chose risquait toujours de tout faire basculer et d’ébranler la certitude qu’elle aurait essayé d’instiller à leur rencontre. Elle n’était pas en mesure de lui apporter un remède, elle était aussi brisée que lui. Elle n’avait aucune stabilité, aucune idée de ce qu’elle ferait demain. Au contraire, si elle l’écoutait, si elle voulait se montrer honnête avec lui, elle ferait mieux de se redresser, se rhabiller, lui souhaiter autant de succès qu’ils le méritaient et s’en aller sans se retourner. Elle ne pensait pas pouvoir offrir quoi que ce soit de positif à qui que ce soit. Elle ne voulait pas non plus être la source d’une déception pour se musicien compliqué qui cachait bien des blessures. Mais alors que cette perspective s’inscrivait dans son esprit et qu’elle gardait son regard concentré sur Trent, elle sut qu’elle ne pourrait pas agir dans cette optique et elle ne pouvait blâmer l’alcool. Il y avait quelque chose en lui, elle n’aurait su expliquer quoi, qui lui donnait envie de rester ainsi éternellement, de ne jamais quitter ce cocon calme et paisible dans lequel ils étaient et qui, elle le savait, était principalement dû à ce qu’ils avaient bu et consommé tout au long de la soirée. Rien ne lui assurait qu’en d’autres circonstances les choses auraient été identiques.
Elle ne s’était pas attendue à une telle vision des choses. Il ne cherchait pas à s’amuser. Là où elle aurait plutôt parié sur le fait qu’il voulait tout, sauf l’amour, elle s’était bien leurrée. Et l’assurance avec laquelle il avait déclaré ces mots avait ébranlé le mode de pensée de Maya qui en vint à se demander ce qu’elle cherchait exactement, ce soir. Elle ne réfléchissait jamais comme ça. Elle fonctionnait à l’instinct, parce que c’était moins dangereux, cela faisait moins mal quand ça foirait, au bout du compte et que jusqu’ici, elle s’était retrouvée face à des gens qui partageaient ce point de vue. Confrontée à un avis opposé, elle se mura dans un silence pensif alors qu’elle reposait la tête comme au début, pressant l’oreille contre la cage thoracique pour écouter le doux tam-tam qui résonnait à l’intérieur. D’une main, Maya caressa distraitement le biceps du musicien alors qu’elle se demandait ce qu’elle était supposée faire après de telles révélations.
L’amour était complexe et douloureux. L’amour n’apportait pas grand-chose sinon un besoin croissant d’avoir l’autre à soi, et de paniquer dès qu’on avait le sentiment qu’il s’éloigne, même si cela ne se passe que dans la tête. L’amour faisait ressortir des choses que Maya ne voulait pas voir, ne voulait pas affronter. Pourtant elle savait ce que c’était d’aimer. Elle ne faisait pas partie de ce groupe de nanas qui couchent partout en clamant haut et fort que l’amour n’est pas fait pour elle. Mais elle s’en méfiait comme de la peste. Elle n’aspirerait à rien pour l’instant qu’à se retrouver et à découvrir qu’elle n’était pas aussi trash que les gens se l’imaginaient et qu’on voyait au-delà de ce qu’elle avait laissé transparaitre jusqu’ici et qui lui avait valu cet aller simple pour Miami. Mais était-elle vraiment prête à se lancer dans ce débat ? A exposer des fêlures qu’elle camouflait depuis trop longtemps ? Certainement pas. « En gros… » dit-elle doucement sans relever la tête pour capter sa réaction. « Il vaut mieux qu’on ne fasse rien. Parce qu’il n’y a pas d’amour à partir du moment où on ne connait rien l’un de l’autre. » Elle s’appuya sur ses coudes pour se soulever juste assez pour pouvoir déposer un léger baiser sur le torse du musicien, à l’endroit où le sternum formait un léger creux, un sillon qui s’élançait vers la gorge du jeune homme. « Mais jusqu’à preuve du contraire, pour qu’il y ait de l’amour, il faut aller à la découverte de l’autre et je pense que le plaisir éphémère est une façon comme une autre de débuter. Ce n’est pas parce que j’ai envie de faire l’amour avec toi maintenant que l’intérêt va soudainement disparaitre demain matin. Je suis même certaine qu’il ne va faire que croitre, et que je n’aurai pas besoin d’avoir vu tout ça pour le penser. Mais cela ne dépend pas que de moi. Si ce qui compte pour toi, c’est l’amour, il faut commencer par t’ouvrir un peu aux autres. Parce qu’à garder tout pour toi, tu ne trouveras pas quelqu’un pour s’accrocher à toi et te vouloir toi, et pas un autre. Les gens se lassent vite, surtout à notre époque. Et s’il n’y a rien de concret, ils se tournent vers quelqu’un qui accepte d’offrir quelque chose de visible. » Elle ne parlait pas pour elle, elle partait du principe que si quelque chose avait attiré son attention, c'est que cela valait la peine d'être creusé, même si cela prenait du temps. Se redressant complètement pour se retrouver à quatre pattes, Maya s’avança vers le haut du lit, vers le visage fermé du jeune homme. « Maintenant, monsieur Trent, allez-vous entrouvrir cette porte ? Allez-vous dissimuler un minimum votre scepticisme pour que je vous montre qu’il y a un début à tout ? » Pliant les bras, elle se pencha et frôla doucement le visage du jeune homme du bout des lèvres, le caressant de baisers aussi légers qu'un battement d'ailes de papillon avant de venir l’embrasser avec une douceur toute particulière, se rallongeant lentement sur lui.
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Message(#) Sujet: Re: [N°3986] - Le malheur des uns ; le bonheur des autres. (suite II) Jeu 19 Mai 2011 - 2:47

Au fur et à mesure que les doigts de Maya lui caressaient le bras, Trent se sentait sombrer dans un demi coma dangereusement instable. Tantôt raccroché à la réalité, tantôt complétement ailleurs, il avait l'impression que le temps se distendait. Les minutes auraient tout aussi bien pu courir à perdre haleine que se figer mollement, il n'aurait pas su faire la différence. « En gros … Il vaut mieux qu’on ne fasse rien. Parce qu’il n’y a pas d’amour à partir du moment où on ne connait rien l’un de l’autre. » Pensif, Marshall médita là dessus jusqu'à ce que la jeune femme se mette à gesticuler puis à embrasser la peau de son torse. Là, il rouvrit les yeux, garda le silence et la regarda faire en tirant une nouvelle latte de son joint. « Mais jusqu’à preuve du contraire, pour qu’il y ait de l’amour, il faut aller à la découverte de l’autre [...] » Au fil des mots et des phrases qui trébuchaient des lèvres de Maya, Trent prenait conscience de leurs différences. Si le bar et la plage avaient de toute évidence joué en la faveur de leurs points communs, il fallait bien reconnaître que le cadre plus intime de sa chambre apportait, lui, son lot de dissonances. Et pourtant, le fait d'apprendre qu'elle n'avait pas la même vision des choses que lui ne le contraria pas outre mesure. Certainement grâce aux effets relaxant de l'herbe, mais pas que.

S'ouvrir un peu aux autres ... Donner du concret ... Tout en la voyant se redresser pour encore se rapprocher de son visage, Trent ne put s'empêcher de penser qu'il n'était pas prêt d'arriver ce fameux jour où il s'ouvrirait de nouveau aux autres. Au contraire, fermer les portes afin de voir s'ils seraient capables de les défoncer pour entrer restait, selon lui, la manière la plus efficace et la plus fiable d'effectuer un tri sélectif dès le premier contact. Puisqu'il se savait invivable, puisqu'il préméditait souvent d'être le dernier des salauds pour s'assurer que - malgré ça - on l'aimait quand même, puisque, au final, il savait que très peu de personnes étaient capables de le supporter dans toute sa splendeur de paranoïaque des sentiments et du mensonge, il préférait ne pas s'encombrer de figurants inutiles. N'entraient en scène que ceux qui savaient se battre pour avoir leur place dans son théâtre. Dax, par exemple, l'avait longtemps considéré comme un con fini avant de comprendre que le haïr et l'aimer revenait sensiblement au même, sauf qu'en l'aimant elle s'assurer d'avoir un retour plus régulier qu'en le haïssant. Et dès lors qu'elle avait compris à quel point les bizarreries et les crasses de son ami étaient autant de tests et d'évaluations de l'affection qu'elle lui portait, elle avait su comment répondre, comment canaliser la bête, comment dompter le démon. Son parcours en tant que simple amie avait été semé d'embuches et c'était principalement grâce à l'affection que Colt lui vouait qu'elle avait su, par son intermédiaire, devenir la nouvelle sœur spirituelle de Trent. Allez donc vous imaginer, maintenant, ce qu'avait du être le parcours des femmes ayant finalement réussi à décrocher le rang de compagne ... Un enfer, un casse-tête, une guerre à plein temps. L'horreur, le cauchemar. Oui, mais tout ça pour la récompense de se savoir aimée et désirée comme une reine, ni plus ni moins. Prêt à se damner pour une femme, Trent l'était. Mais il exigeait qu'il en soi de même pour son élue. C'était d'ailleurs pour ça qu'il y avait tant de choses à lui prouver avant de pouvoir obtenir de lui un tant soi peu d'affection sincère et méritée (à comprendre par là que baiser une groupie n'avait rien de glorieux, ni pour ladite groupie, ni pour lui). Seul l'amour comptait, il n'en démordait pas. Cela dit, il n'avait jamais affirmé en être désespérément en manque. Et quand bien même, il préférait se savoir malheureux et en manque d'amour que d'accepter tout et n'importe quoi. Trent détestait perdre son temps, aller vers les autres ne l'intéressait pas outre mesure. En revanche, à ceux qui savaient venir vers lui et gaspiller leur temps pour ça, il savait accorder de l'attention. Peut-être pas mirobolante, certes, mais croissante avec le temps et plus les barrières tombaient sous les efforts produits par l'envahisseur. " Les gens qui se lassent vite à notre époque " ne l'intéressaient pas, qu'ils se lassent si ça leur chante, pour lui cela ne représentait pas une grosse perte. Chaque fille déçue, chaque conquête perdue ou refoulée n'était qu'une touche de mépris supplémentaire à toutes celles qu'il avait accumulées au fil des années. Qui désespère dans sa quête ne mérite pas d'obtenir le trésor, c'était la règle.

« Maintenant, monsieur Trent, allez-vous entrouvrir cette porte ? Allez-vous dissimuler un minimum votre scepticisme pour que je vous montre qu’il y a un début à tout ? » Se laissant faire, il ferma de nouveau les yeux et profita du baiser qui lui était offert. Il avait toujours adoré embrasser avec l'esprit embrouillé par la drogue, c'était tellement ... profond et intense. Comme si ses sens rendus hypersensibles par la fumette lui faisaient tout ressentir dix fois plus fort. Le goût de la salive de Maya, la chaleur de son souffle, la douceur de sa peau ... D'un coup - et d'un geste rendu précis par l'habitude, apparemment - il balança son mégot par la fenêtre et resserra ses deux bras autour de la jeune femme pour la presser contre lui afin de mieux sentir sa chaleur. L'embrassant à corps perdu, il revit en un éclair le début de la soirée, la mauvaise humeur qu'il se trainait en arrivant au bar et la façon dont cette dernière s'était dissipée au fil du jeu. Le jeu ... Un jeu qui les avait amenés, de fil en aiguille, à se retrouver allongés là, l'un sur l'autre, unis d'une façon tandis que leurs philosophies divergentes avaient apriori plus de chances de les éloigner ... Très lentement, l'une de ses mains entreprit de caresser le flanc de la jeune femme tandis que l'autre s'évadait l'air de rien jusqu'à la table de nuit pour récupérer la pièce jusqu'ici complétement oubliée. « Pile ... » Dit-il en mettant soudainement fin au baiser ainsi qu'à ses caresses, « Je couche avec toi. Coucher, pas faire l'amour. L'amour ça se gagne, avec ou sans porte. En l'occurence, on dira plutôt avec. Face ... » Il ramena la main qui tenait la pièce jusqu'à leurs visages encore si proches l'un de l'autre et plaça l'objet entre les lèvres de la jeune femme. « Face, le jeu continue et je change de disque. » Preuve qu'il connaissait la chanson par cœur et comme si la chaine hifi avait voulu appuyer ses propos, le son de la musique diminua jusqu'à s'éteindre complétement en annonçant la fin du morceau. Là, dans le silence académique seulement troublé par les murmures de la brise nocturne, la balle était dans le camp de Maya. La proposition était claire : avoir ce qu'elle voulait tout de suite, au même titre qu'une fille qui ne valait ni plus ni moins qu'une autre ou s'en priver pour peut-être avoir mieux plus tard.


Dernière édition par Trent J. Marshall le Lun 23 Mai 2011 - 21:50, édité 1 fois
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Message(#) Sujet: Re: [N°3986] - Le malheur des uns ; le bonheur des autres. (suite II) Jeu 19 Mai 2011 - 11:26

Si les choses devaient s’avérer sérieuses entre eux, ce qui n’était vraiment pas la perspective du moment, visiblement, vu leurs positions antagonistes sur la question de l’amour, Maya se dit que ce ne serait pas une mince affaire. Entre lui qui guettait la moindre faille, testait, revendiquait sa méfiance vis-à-vis des autres Maya qui était incapable d’exprimer à haute voix ses sentiments les plus profonds, ils étaient parti pour de beaux mois d’incompréhension totale et de malentendus. Pour l’instant, elle essayait de percer à jour sa personnalité complexe et estimait s’en sortir plus ou moins, en comprenant qu’elle n’avait pas affaire à n’importe quel personnage mais bien à un jeune homme bourré de complexes. Quel genre de trahison avait-il bien pu subir pour faire de la vie des gens qu’il côtoyait un éternel challenge ? Peu importe, finalement. Maya ne se laisserait pas démonter par cette faculté qu’il avait à assourdir la moindre tentative de le faire fléchir, à tuer dans l’œuf la moindre once d’affection à son égard. Elle n’était pas assez proche de lui pour souffrir à cause de ses mots ou de son attitude distante. Elle tâchait simplement d’emmagasiner les informations qu’il lui balançait à la figure, bon gré mal gré, entre confessions à demi-mots et affirmations imperturbables. Elle avait devant elle un spécimen rare de blessure interne et chaque fois qu’elle croisait son regard perçant, elle voyait un abime s’ouvrir sous ses pieds et l’engloutir, comme s’il y avait des fils barbelés autour de lui qui cherchaient à faire passer un message : « accroche-toi si tu veux, mais c’est à tes risques périls parce que de l’autre côté de la barrière, il y a des tremblements de terre qui te laisseront sur les genoux, pantelante, à la merci de ce garçon froid et impassible, distant et taciturne. » Ce n’est pas le challenge qui attirait Maya. Elle n’avait pas envie de prouver quoi que ce soit, d’être celle qui percerait cette carapace qu’il avait soigneusement fabriquée au fil de ses déceptions et de ses déchirures. Elle n’était certainement pas un remède mais plutôt un poison et si elle en avait parfaitement conscience en se sentant pressée contre lui, elle tâcha d’oublier cette sensation, de mettre de côté ce jeu de pensées dans lequel elle s’était invariablement laissée emporter, suite aux révélations du garçon. Elle l’embrassait tant et si bien qu’elle ne remarqua même pas les mouvements qu’il effectua pour attraper l’objet de leur dérive et ce ne fut que lorsqu’il rompit le contact qu’elle comprit qu’il avait eu beau répondre à ses avances, son esprit n’en avait pas moins été absent, déjà ailleurs, une étape en avant. Il la devançait toujours d’un pas et elle concentra son attention sur la pièce de monnaie qu’il brandissait comme bouclier, lançant le nouvel objet de leur pari, défi, peu importe quel terme définissait exactement cette activité originale dans un contexte comme celui-ci. « Pile. Je couche avec toi. Coucher, pas faire l’amour. L’amour, ça se gagne avec ou sans porte. En l’occurrence, on dira plutôt avec. Face… » Respirant calmement, Maya ne quitta pas l’arbitre des yeux, le visage impassible, attendant la suite de la proposition. « Face, le jeu continue et je change de disque. » Elle saisit maladroitement la pièce, interceptant les doigts du musicien dans la foulée et replongeant un instant son regard dans le sien, elle se redressa pour retrouver sa position assise puis se laissa glisser sur la partie libre du matelas pour s’asseoir les jambes croisées en tailleur alors qu’elle détaillait le morceau de cuivre. Il semblait frais au contact de sa paume brûlante, il semblait minuscule, comme s’il rétrécissait à chaque fois qu’ils le lançaient pour connaitre la suite de l’aventure. Sans un mot, Maya lança la pièce d’un geste malhabile et la plaqua contre le dos de sa main, ne divulguant pas immédiatement le résultat alors qu’elle jetait un regard circonspect à son compagnon de jeu. « Face » déclara-t-elle simplement avant de dissimuler l’objet entre ses doigts. Elle émit un petit rire, cynique, sans joie, sans vie alors qu’elle déclarait d’un air absent : « Mon frère m’a un jour dit que ma vie était trop simple. Qu’un jour je tomberais sur quelqu’un qui ne me mangerait pas dans la main et que je verrais les choses différemment. Que je comprendrais qu’il fallait parfois se battre pour obtenir ce qu’on voulait. » Elle releva les yeux pour les poser sur la silhouette à moitié nue du musicien. « Je ne sais pas ce que je veux exactement mais au moins je sais qu’il avait raison sur un point. » Il était vrai que jusqu’ici, on ne lui avait jamais opposé de réelle résistance et que les gens qui se montraient récalcitrants avec elle ne l’avaient jamais vraiment intéressée alors elle les avait laissé filer sans une once de regret. « Pile… » poursuivit-elle pensive en ramenant ses jambes contre elle, les enlaçant en se balançant doucement. « Tu me racontes une histoire à ton sujet. Un souvenir ou quelque chose du genre. Face. Tu te tais, tu m’enlaces et tu fermes les yeux. Et puis tu me sers un beau gros mensonge. » Elle n’avait pas l’intention de se battre avec lui. Elle ne baissait pas les bras, mais elle n’était pas en état de se lancer dans un débat sur qui a tort et qui a raison. Ils avaient chacun leurs raisons, qu’elles soient justifiées ou non et se lancer dans de telles explications ne résulterait que sur un conflit d’opinion ou ferait ressortir des choses qu’ils ne désiraient pas faire renaitre. « Dans quelques heures, je prendrai la porte et retournerai chez moi. Qu’on ait couché ensemble ou pas n’aura rien changé à nos existences respectives et comme tu cherches quelque chose que je ne peux pas te donner, on se dira au revoir, tout simplement. » Elle esquissa un sourire et posa la pièce à proximité du musicien avant d’attraper un pan de la couverture pour s’allonger dessous. La chaleur et le confort de la situation eurent tôt fait de l’enfouir dans une douce torpeur, lui faisant oublier qu’il y avait un joint qui se consumait lentement sur la table de nuit et qu’une bouteille de vodka à peine entamée trônait à côté.
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Message(#) Sujet: Re: [N°3986] - Le malheur des uns ; le bonheur des autres. (suite II) Lun 23 Mai 2011 - 23:12

Amorphe, Trent attendit que Maya le libère de sa présence pour tendre le bras et s'emparer de nouveau de la bouteille qu'il porta à ses lèvres le temps que la pièce rende son verdict. Tandis qu'il avalait l'alcool sans plus en sentir le goût tant il était défoncé, son regard accompagna l'envolée de l'objet. Au moment où la pièce retomba dans la main de la jeune femme, il prit conscience que c'était l'une ou l'autre de leurs deux volontés qui l'emporterait et que cela pouvait aussi prendre une symbolique qui incluait qu'à partir de maintenant, alors que les points de vue de chacun avaient été révélés, il y aurait assez peu de chances pour que tout ce qui fasse plaisir à l'un ne soit pas décevant pour l'autre et vis et versa. Comme si l'épanouissement n'allait plus pouvoir se faire simultanément avec des idées aussi radicalement opposées sur les rapports humains. « Face » Un sourire en coin se dessina sur le visage de Marshall tandis que la vodka coulait à flots dans sa gorge insensible. « Mon frère m’a un jour dit que ma vie était trop simple. Qu’un jour je tomberais sur quelqu’un qui ne me mangerait pas dans la main et que je verrais les choses différemment. Que je comprendrais qu’il fallait parfois se battre pour obtenir ce qu’on voulait. » « Un homme intelligent ce frangin ... » Commenta-t-il en mettant fin à sa gorgée interminable. Après avoir reposé la bouteille et tandis que Maya continuait sur sa lancée tout en renouvelant la mise, il s'arracha à grande peine du lit pour changer de disque, comme promis dans le deale précédent.




A son retour, il s'affala royalement sur le lit et reprit sa position initiale, content d'avoir pensé à mettre la chaine hifi en mode de lecture aléatoire car la tête lui tournait tellement désormais qu'il ne pensait plus parvenir à réitérer l'exploit de se relever. « Dans quelques heures, je prendrai la porte et retournerai chez moi. Qu’on ait couché ensemble ou pas n’aura rien changé à nos existences respectives et comme tu cherches quelque chose que je ne peux pas te donner, on se dira au revoir, tout simplement. » En silence, Trent récupéra la pièce et la regarda à son tour d'un air pensif. Resté au dessus des couvertures, il n'avait pas froid. L'alcool se chargeait de lui tenir chaud. « Cette perte de temps aura au moins eu le mérite d'être distrayante ... » Souligna-t-il avant de lancer la pièce et de la rattraper - par on ne sait quel miracle - au vol. « Face, » il tourna la tête dans la direction de Maya et écarta son bras pour lui faire une place contre lui, « allez, approche que je t'enlace et qu'on fasse semblant d'être amoureux. » Ironisa-t-il avant de refermer sa prise autour d'elle et de fermer les yeux, comme convenu. De nouveau, un tournis impressionnant s'empara de lui si bien qu'il eut l'impression de sombrer dans un monde de ténèbres. En silence, il tacha de se convaincre que cette spirale infernale vers laquelle son esprit semblait tanguer n'était que pure hallucination et s'aida de la musique pour garder une attache à la réalité. Là, après un moment passé à serrer Maya contre lui, il s'évertua a lui servir un mensonge qui - une fois traduit en sens inverse dans l'esprit de la jeune femme - vaudrait bien plus que n'importe quelle vérité. Sa façon à lui de la jouer fairplay malgré ses apparences de tricheur adepte des pirouettes pour ne jamais avoir à s'aventurer sur les terrains qui ne lui plaisaient pas, en quelque sorte : « Tu ne m'attires pas du tout, quand tu auras passé la porte je m'écrirai " bon débarras " et il va de soi que tu ne me manqueras pas une seule seconde dans les jours à venir. Je n'aurai aucun regret de t'avoir repoussée et, bien sûr, je ne me draperai pas d'orgueil pour me convaincre que, de toute façon, c'est moi qui ai raison et toi qui as tort ... Ah oui ! Et aussi, je ne prétendrai pas que c'est l'alcool qui m'a fait divaguer si, par hasard, tu t'en souvenais encore demain et que tu venais à me rapporter que je t'ai raconté ça. » Les yeux toujours fermés, l'air un poil suffisant d'avoir su jusqu'au bout dire le contraire de ce qu'il pensait malgré la difficulté que représentaient l'alcool et la drogue dans l'exécution de cette figure de style, Trent sourît aux anges en se laissant bercer par la torpeur contagieuse qui semblait se répandre dans toute la chambre.
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Message(#) Sujet: Re: [N°3986] - Le malheur des uns ; le bonheur des autres. (suite II) Ven 27 Mai 2011 - 10:02

Un sourire rêveur s’épanouit sur les lèvres de Maya qui soupira imperceptiblement, jouant distraitement au piano sur la peau douce de Trent tout en observant le plafond et le mur qui s’offraient à sa vue maintenant qu’elle était allongée près du musicien, enlacée par celui-ci. Ce n’était pas tant les mots qu’il prononça qui provoquèrent cet air absent et bienheureux que le souvenir qu’ils faisaient ressurgir. Le jeu du mensonge. Un jeu bien inutile que River avait instauré lorsqu’ils étaient gosses et que ce moyen d’évasion leur permettait d’oublier que leur vie n’était pas rose tous les jours et que parfois, un mensonge les préservait d’une punition, d’un coup violent, d’un flot de paroles injurieuses et insultantes. Toute petite, elle avait su se plonger dans cet univers où le mensonge représentait la seule vérité et où la vérité n’était jamais bonne à dire. Alors, le soir, quand elle se sentait seule ou apeurée, elle quittait son lit, traversait le couloir sur la pointe des pieds et allait se réfugier dans le lit de son frère qui soulevait la couverture et étendait le bras pour qu’elle vienne se blottir contre lui, à l’image de la position qu’elle avait adoptée à présent. C’était un jeu qui avait perduré jusqu’à la fin et qui n’avait été interrompu que parce que l’un des deux protagonistes était décédé en voulant escalader la grille d’une propriété privée. River avait l’art de raconter les plus beaux mensonges et Maya s’était souvent perdue dans son imaginaire, en voyant les scènes se former dans son esprit au même rythme que les mots s’échappaient des lèvres de River. La dernière fois qu’ils avaient joué à ça, River avait monté de toute pièce un film dans lequel ils se vengeaient généreusement et habilement, laissant tous les gens qu’ils connaissaient sur le cul, avant de disparaitre, fiers de leur coup et apaisés pour le restant de leurs jours, la justice ayant été faite. « Cette perte de temps aura au moins eu le mérite d’être distrayante » avait dit Trent avant de connaitre le verdict de la pièce. Elle n’aurait probablement pas utilisé le terme perte de temps, mais elle n’avait pas relevé son exclamation, se contentant d’obéir quand il avait ajouté après avoir annoncé que la pièce était tombée sur face : « Allez, approche que je t’enlace et qu’on fasse semblant d’être amoureux. » Elle ferma les yeux en constatant que la peau du musicien était toujours plus chaude, comme si la vodka infusée dans ses veines brûlait lentement pour donner à son corps une température agréable qui plongeait la jeune femme dans une torpeur bienfaitrice. « Tu ne m’attires pas du tout, quand tu auras passé la porte, je m’écrierais ‘Bon débarras’ et il va de soi que tu ne me manqueras pas une seule seconde dans les jours à venir. » Maya rouvrit les yeux, les fixa sur un poster, à l’autre bout de la chambre, et elle s’immobilisa complètement, se concentrant sur les paroles de Trent, malgré la difficulté qu’avait son cerveau à faire le point, tant il était embrumé et désorienté. « Je n’aurai aucun regret de t’avoir repoussée et, bien sûr, je ne me draperai pas d’orgueil pour me convaincre que, de toute façon, c’est moi qui ai raison et toi qui as tort… » Les lèvres de Maya s’arquèrent lentement alors que ses doigts entreprenaient le lent pianotage sur la cage thoracique du jeune homme, comme si une musique imaginaire se jouait au rythme de ses caresses. « Ah, oui ! Et aussi, je ne prétendrai pas que c’est l’alcool qui m’a fait divaguer si, par hasard, tu t’en souvenais encore demain et que tu venais à me rapporter que je t’ai raconté ça. » Maya resta un instant silencieuse, continuant à contempler le décor de la chambre puis comme elle sentait que son esprit plongeait lentement mais sûrement dans les limbes de l’inconscience et du sommeil sans rêve, elle se redressa sur un coude, juste assez pour pouvoir observer le visage du menteur avant de déclarer : « Moi aussi, je serai déçue de retourner à la réalité, mais au moins j’aurai ce petit bout de soirée pour me dire qu’il ne faut jamais dire jamais. » Une réplique mystérieuse qui faisait autant référence à des événements de ce soir qu’à des bribes de souvenirs, récents comme lointains. Elle se pencha alors vers lui et pressa simplement ses lèvres aux coins de celles de Trent, murmurant un « bonne nuit » imbibé d’alcool avant de se recoucher, ajustant sa position pour être en contact avec la chaleur rassurante et protectrice du musicien avant de fermer les yeux pour de bon, laissant l’excès de cette soirée l’envahir et l’emporter vers un autre monde, dont elle ne se souviendrait pas au réveil en sachant qu’au petit matin, elle se lèverait, enfilerait ses vêtements le plus discrètement possible et prendrait la porte, confirmant sa prophétie.
Ce qu’elle ignorait, par contre, c’est que la sensation qu’il lui avait procurée resterait ancrée en elle et ne la quitterait pas, où qu’elle aille, quoi qu’elle fasse, au point d’avoir toujours à l’esprit le souvenir d’un regard ténébreux, d’un haussement de sourcils dédaigneux ou d’une remarque piquante de vérité. En une nuit, Trent Marshall était parvenu à ébranler ses certitudes, même celles qui étaient ancrées en elle depuis sa plus tendre enfance.


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[N°3986] - Le malheur des uns ; le bonheur des autres. (suite II)

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