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 1527 | On pardonne aisément un tort que l'on partage - JED

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Message(#) Sujet: 1527 | On pardonne aisément un tort que l'on partage - JED Mar 5 Avr 2011 - 13:48



On pardonne

aisément un tort

que l'on partage.


    JED VARGAS & ROSE LANCASTER


    © moi









Votre véritable ami
est celui qui ne vous passe rien
et qui vous pardonne tout.







Seule dans la maison, Rose était assise sur le rebord du canapé du salon. Elle tournait, tournait et retournait son portable dans ses mains. Parfois, elle s'arrêtait pour relire le message d'Ella, qui datait d'il y avait trois jours maintenant. Son amie lui avait annoncée que Jed était retourné vivre chez lui. Et brutalement, ça avait fait comme un déclic dans l'esprit de la blondinette. Elle devait aller le voir. Depuis qu'il s'était réveillé, Rose n'avait pas osé l'approcher. Après tout, c'était en partie de sa faute s'il avait sauté de ce maudit pont... Comment pourrait-elle lui imposer sa présence ? Elle lui rappellerait certainement trop de souvenirs douloureux. Et s'il y avait bien une chose qu'elle ne voulait pas, c'était lui faire du mal encore une fois. Elle en avait suffisamment fait comme ça. Sur le coup, elle avait donc décidé de ne rien faire. Mais plus les jours passaient, plus ça l'obsédait. Elle n'allait pas pouvoir passer le restant de ses jours à essayer de l'éviter comme ça... Elle devait au moins aller lui présenter ses excuses. Qu'il les accepte ou non, elle ne lui en voudrait pas. Mais au moins, il saurait qu'elle regrettait ce qu'elle avait dit, qu'elle ne ne le pensait pas vraiment et même, qu'elle partageait avec lui la responsabilité de ce qu'il c'était passé le soir de la fête. Elle voulait qu'il le sache oui, c'était important. Pour elle, comme pour lui. Surtout pour lui. Elle avait songé à lui écrire une lettre et à la lui donner. Mais elle trouvait ça un peu trop... lâche. Elle pensait que Jed méritait de l'entendre de vive voix. Mais en même temps, elle se disait que Jed n'avait peut-être pas envie de l'entendre tout court. Bref, un véritable dilemme dont elle ne trouvait pas de solutions. Elle aurait pu demander l'avis d'Ella, mais elle ne le fit pas. Sa pauvre amie avait suffisamment de malheurs dernièrement... Elle ne voulait pas l'embêter avec ça. Et puis d'une certaine façon, ça ne la concernait pas. C'était à Rose de prendre la décision, toute seule comme une grande. Afin qu'une fois encore, elle ne puisse pas se décharger de sa culpabilité sur quelqu'un d'autre. Elle ne voulait plus jamais faire ça. Jamais. Quand on voyait le résultat, ça coupait vraiment l'envie. D'accord là, la situation avait été poussée à l'extrême et elle ne pensait pas que tous tenteraient de mettre fin à leurs jours à chaque fois. Mais à présent, la simple idée de pouvoir donner du fil à retordre ou du chagrin à quelqu'un par sa faute lui était devenu insupportable. Elle n'était pas ce genre de filles là, non.

Se prenant la tête entre deux mains, elle ferma les yeux pour se calmer et se concentrer. Il fallait qu'elle prenne une décision, et maintenant. Elle n'allait pas passer trois mois à se torturer l'esprit pour faire un choix. Elle resta presque une dizaine de minutes ainsi, immobile et silencieuse. Et finalement, elle se redressa et se leva. Elle allait aller avoir Jed. Elle lui dirai tout ce qu'elle avait sur le cœur, et elle allait lui demander pardon, et plutôt mille fois qu'une. Et s'il ne voulait plus d'elle, elle s'en irait. Et elle ne pourrait que le comprendre sans pouvoir lui en vouloir. Elle attrapa ses clés et quitta la maison, se rendant à pied chez le jeune homme. Elle remonta la rue, lentement. L'appréhension et le stress la gagnait de plus en plus, la rendant fébrile et hésitante. Mais ce n'était pas le moment de faire demi-tour et d'abandonner. Se donnant un coup de pied aux fesses psychique, elle continua sa remontée de façon déterminée. Elle devait le faire, pour lui. Au bout de plusieurs minutes, elle se retrouvait déjà devant chez lui. Elle avait l'impression que c'était allé trop vite. Elle aurait voulu marcher encore, encore et encore ! Elle ne savait même pas ce qu'elle allait bien pouvoir lui dire... Elle fixait la porte d'entrée, toute pâlotte et le regard inquiet. Son cœur tambourinait dans sa poitrine, si bien qu'elle avait l'impression qu'il allait la lui arracher. Elle restait plantée là, bête, ne parvenant pas à franchir le pas et à sonner. Elle ferma les yeux et se mit à respirer à fond, pour se calmer et trouver le courage de se lancer. Après une dernière profonde inspiration, elle souffla tout l'air qu'elle avait dans les poumons et leva sa main nerveuse, déposant son index sur la sonnette. Elle retira aussitôt sa main et se pétrifia presque sur place, attendant que quelqu'un vienne lui ouvrir. Elle espérait de toutes ses forces qu'il soit là. Car elle n'était pas sûre de retrouver le courage de revenir un jour. Se mordant l'intérieur de la joue, un long frisson lui parcourut le dos. Faite qu'il ne lui claque pas la porte au nez, pitié...

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Message(#) Sujet: Re: 1527 | On pardonne aisément un tort que l'on partage - JED Mer 6 Avr 2011 - 0:34

Cela faisait maintenant trois jours que Jed avait réélu domicile chez Crash. Doucement mais sûrement, il réapprenait la vie en presque solitaire et le bien être de se savoir libre d'agir comme bon lui semblait sans que plus personne ne soit là pour l'épier, le coller, le contredire où lui faire la morale. Car, même s'il était reconnaissant envers Lawson et Ella de l'avoir accueilli et hébergé durant tout ce temps, il n'en restait pas moins ravi et soulagé de retrouver ce qui était son véritable chez lui depuis qu'il avait débarqué à OG. Un chez lui tout beau, tout neuf après que les ouvriers soient parvenus à restaurer les dommages causés par l'ouragan de décembre. Oui, il avait beau avoir sincèrement et chaleureusement remercié Lawson pour son hospitalité, la discrétion de Crash et sa capacité innée à deviner les moments où il ne fallait surtout pas le déranger n'avait pas d'égale. Ce mec avait un don pour la colocation que McArthur et Nielson XX (par opposition à Nielson XY, aka Flynn) n'avaient pas. Peut-être parce que leur histoire commune n'était pas la même, peut-être aussi parce que les enjeux de leur relation n'étaient pas les mêmes et que les inquiétudes étaient bien moindre entre eux, mais toujours est-il que retourner vivre chez Crash s'avérait être un retour aux sources inespéré et insoupçonné. D'ailleurs, depuis qu'il avait de quoi comparer sa vie sous le toit de Cooper à celle, infernale, qu'il avait été condamné à vivre ces deux derniers mois en compagnie d'Ella sous celui de Lawson, Jed s'avérait être un bien meilleur locataire qu'auparavant. Plus respectueux de son hôte, plus à l'écoute aussi et parfois même plus enthousiaste alors que la noirceur des derniers mois ne s'était toujours pas dissipée ; on dénotait une sensible amélioration dans le comportement de l'adolescent. Une amélioration qui, pourtant, cachait des pensées bien plus sombres qu'il n'y paraissait ...

La presque tentative de fugue d'Ella et les déductions que tout le quartier avait pu faire vis à vis d'elle ou de lui suite à la parution de la lettre du corbeau l'avaient fait réfléchir. Il avait fini par se rendre compte qu'il était en grande partie responsable de la façon dont s'étaient déroulées les choses et, même si ses sourires un peu forcés laissaient croire à une rémission inespérée, en vérité, sa vision des relations s'était toujours plus endurcie. Un endurcissement qui s'était directement traduit par un repli stratégique sur lui-même et qui avait évincé bon nombre de prétendants éventuels à la création de nouveaux liens sociaux. Ne restait plus, en fait, que les quelques personnes qu'il avait été trop faible pour repousser et envers lesquelles il se devait désormais de tenir ses engagements faute de pouvoir les exclure de sa vie comme il l'avait fait avec les autres, celles qui n'y étaient pas encore assez solidement implantées pour faire partie des survivants de sa liste de contacts volontairement réduite. Parmi ces survivants il y avait bien évidemment Crash. Crash qui avait été effondré d'apprendre pour sa tentative de suicide mais qui - avec tout le tact qu'on lui connaissait - avait su ne pas s'en mêler outre mesure pour ne pas faire se braquer Jed. Crash qui ne s'était pas non plus attardé sur les révélations du corbeau, bien que Vargas le savait assez futé et intuitif pour deviner que les sous-entendus du maître chanteur n'étaient pas du tout en phase avec la réalité et qu'il fallait y voir quelque chose de plus complexe en plus d'une éventuelle réponse au comportement refermé et auto-destructeur qui avait animé son ami depuis début décembre. Crash qui avait beaucoup pris sur lui pour que la cohabitation puisse reprendre sur des bases un peu plus saines que celles qu'ils avaient quitté avant l'ouragan et pour lequel Jed faisait donc ce jour là l'effort de ranger le salon qu'il avait retourné de fond en comble la veille, en étant un peu trop ivre pour se rendre compte que le fait de percuter un meuble le faisait bouger et non pas rester sur place ; car s'il y avait bien une chose qui n'avait pas tant changé que cela avec son retour sous le toit de Cooper c'était le fait de boire, fumer et se droguer, toujours à l'excès, toujours à outrance. S'il était prêt à faire l'effort d'assumer un peu plus le résultat de ses propres faiblesses et de la façon dont il avait bêtement laissé des gens s'attacher à lui, Jed n'en était pas pour autant prêt à faire une croix sur l'entreprise de démolition de sa personne qui avait commencé presque un an au auparavant, avec la mort de sa sœur. Conscient que les deux choses (relations à autrui et autodestruction) étaient intimement liées, mais pas au point que prendre de bonnes résolutions vis à vis de l'une aurait nécessairement des effets positifs sur l'autre, il avait décidé de garder ses objectifs tout en acceptant de peut-être les retarder ou de les étaler sur un plus long terme. De toute façon, son humeur et ses envies variaient beaucoup trop en fonction des jours, des hauts et des bas de son quotidien pour qu'il puisse clairement définir une date limite de consommation à son être et à sa vie qui - même allégé du calvaire de la vie avec Ella - restait à ses yeux une merde repoussante et bonne pour la casse. Cela dit (et sans toutefois entretenir l'espoir d'aller mieux un jour), il était le premier à s'étonner de se sentir moins dépressif certains jours que d'autres. Et c'était certainement le cas de ce jour là en particulier, alors qu'il rangeait le salon l'esprit ailleurs en fredonnant un air de grunge sans avoir conscience que cette humeur relativement neutre serait amenée à changer du tout au tout dans les secondes à venir ...



Soudain, la sonnette de la porte d'entrée retentit. Intrigué, Vargas se redressa silencieusement et se fit la réflexion que s'il avait s'agit de Crash ce dernier n'aurait pas sonné et se serait contenté d'ouvrir à l'aide de sa clé personnelle. Cependant, ne soupçonnant pas une seule seconde la nature plus que déstabilisante du visiteur, il se dirigea vers le hall et ouvrit le porte avant de littéralement se figer sur place, assommé par la violence incommensurable de la claque qu'il venait de se prendre en identifiant Rose de l'autre côté du battant. Son regard, mi vide mi brillant d'une lueur très proche de celle du désespoir inopiné, s'accrocha à celui anxieux et de toute évidence mal à l'aise de la jeune femme. Et le silence ce fit. Opaque, poignant, bouleversant d'émotions contradictoires et de souvenirs douloureux. Un vent sibérien n'aurait pas pu paraître aussi mordant que ce silence bourré de tristesse ... Sans un mot, sans un geste, juste avec son visage décomposé et les larmes qui lui montaient aux yeux sans qu'il ne parvienne à les contenir, Jed la toisa de haut en bas comme un peintre toiserait l'une de ses œuvres dont il aurait honte. La date de leur dernière entre vue remontait à une période qui pouvait se compter en mois et - pourtant - la douleur était toujours aussi poignante, voire même d'autant plus cuisante qu'elle venait de le prendre par surprise dans l'un des rares moments où il n'y pensait pas. D'ailleurs, cette honte et cette douleur lui firent baisser les yeux en se sentant parfaitement indigne de la regarder et de la détailler de la sorte après ce qu'il lui avait fait. Alors, s'adressant aux marches du perron plutôt que de la regarder bien en face, Jed tenta de prendre la parole malgré l'étroitesse de sa gorge qui, bizarrement, s'était contractée et asséchée en un clin d'œil dès lors qu'il avait reconnue l'invitée comme étant la personne de sa liste de contacts volontairement réduite à laquelle il devait très certainement le plus de choses et envers laquelle il éprouvait aussi le plus de remords. Rose, à elle seule, était la preuve par A + B que s'il s'en était tenu à son plan de départ (qui avait consisté à fuguer de Paris pour aller se détruire sous de nouvelles latitudes), rien de tout cela ne serait arrivé. La preuve que, au final, s'il avait été plus à cheval avec lui-même, jamais ils ne seraient devenus amis, jamais elle ne lui aurait fait confiance, jamais ils ne se seraient rendus à cette fête et jamais il ne l'aurait déçue comme elle avait été déçue à juste titre par son comportement que lui-même qualifiait d'impardonnable.

« Je peux faire quelque chose pour toi ? » Mourir ? Il avait déjà essayé ... Sans grand succès.

Pardon Rose.
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Message(#) Sujet: Re: 1527 | On pardonne aisément un tort que l'on partage - JED Jeu 7 Avr 2011 - 22:20



On pardonne

aisément un tort

que l'on partage.


    JED VARGAS & ROSE LANCASTER


    © moi







Un silence écrasant était venu s'installer entre les deux protagonistes, alors qu'ils se fixaient dans le blanc des yeux. Au moment même où il avait ouvert la porte, la jeune fille avait eut l'impression de perdre pied. Comme si le sol c'était ouvert sous elle, la plongeant dans l'obscurité et n'ayant plus rien d'autre à faire durant sa chute que de faire face à ses doutes et à la réalité angoissante. Rose aurait voulu dire quelque chose pour briser la glace, mais rien ne venait. Complètement muette, aucun mot ne semblait pouvoir franchir ses lèvres. Pire même, elle avait l'impression que son esprit était totalement vide, comme si elle ne savait plus parler, comme si elle n'avait jamais su. Les mots ne venaient pas, c'était le vide total. Elle le regardait. Juste ça. Combien de temps étaient-ils restés à ce regarder ainsi ? Elle n'aurait pas su dire. Peut-être quelques secondes, peut-être quelques minutes. Elle n'en savait rien. Le voir là, debout devant elle la chamboulait complètement. Ses sentiments se mélangeaient et s'embrouillaient, la laissant confuse et immobile. Elle se sentait à la fois tellement soulagée de le savoir en vie et bien portant. Mais en même temps, elle culpabilisait encore terriblement de ce qu'il s'était passé. De ce qu'elle avait dit, de ce qu'elle avait pensé de lui, de ce dont elle l'avait sévèrement accablé alors qu'elle était tout autant responsable que lui de tout ce qui avait pu arriver. Elle culpabilisait également de ne pas avoir réussit à anticiper ce geste terrible qu'il avait eut et pour finir, elle culpabilisait de n'être pas venue le voir avant ça. Pas fière, elle finit par abaisser son regard, se détachant de son emprise. Elle ressentait toute la peine et la honte qui émanait du jeune homme, et elle aurait voulu se jeter dans ses bras pour lui dire que tout ceci était terminé. Mais elle en était incapable. Tant mieux d'ailleurs, elle doutait de l'idée d'avoir un simple contact physique avec lui... Elle aurait bien trop peur de le braquer ou quelque chose dans le genre. Elle resta donc sur place, ne cachant pas sa détresse. Mais une détresse qui avait aujourd'hui une toute autre signification. Ce n'était plus "tu m'as violé alors que j'avais confiance en toi, je me sens trahie". Mais plutôt "tu as sauté à cause de moi et je suis si pitoyable que je ne sais même pas comment je peux te venir en aide".

Et finalement, ce fut Jed qui se lança le premier. Si la situation n'avait pas été aussi sérieuse et tendue, Rose aurait presque eut envie de l'applaudir pour le féliciter d'avoir réussit à prendre la parole, alors qu'elle, en était totalement incapable. « Je peux faire quelque chose pour toi ? » La blondinette releva la tête vers son ami, troublée. Elle ouvrit la bouche pour dire quelque chose, mais finalement la referma, ne trouvant toujours pas les bons mots. Elle serra ses mains l'une contre l'autre, de plus en plus stressée alors qu'elle se trouvait conne à rester plantée comme ça sans rien dire. « Je... » Finit-elle par articuler. Elle toussota discrètement, cherchant à se libérer la gorge afin de réussir à dire quelque chose qui tenait vraiment la route. De toute façon, ce n'était pas le moment pour prendre 50 mille détours avant d'en venir au véritable but de sa visite. Plus elle irait vite, plus elle abrégerait leurs douleurs, plus vite ce serait terminé et plus vite elle saurait ce que Jed compte faire de ses excuses. Puisant dans le peu de courage qui lui restait, elle commença : « J'aurais voulu venir te voir plus tôt mais... Mais je n'étais pas sûre que tu es très envie de me revoir. » Rose, ou l'art de retourner la situation pour soudainement assumer tout le mal et devenir la seule coupable. Il fallait dire que pour le coup, Rose ne connaissait pas la demi-mesure. Elle avait commencée par faire de lui le plus horrible des coupables et elle une pauvre petite victime trahie. Et aujourd'hui, c'était elle la vilaine amie indigne et Jed le pauvre garçon qui n'avait rien fait de mal. Alors qu'en réalité, ils étaient tout les deux responsables. Tout les deux autant victimes que coupables. Mais ça, Rose n'arrivait pas à le voir. Elle avait eut tellement peur, tellement mal et tellement honte quand elle avait apprit pour Jed, qu'aussitôt tout s'était brutalement inversé dans son esprit. Elle vivait ça avec son cœur, l'empêchant de raisonner et de faire la part des choses. Incapable de prendre du recul, elle avait l'impression qu'elle serait prête à tout pour qu'il la pardonne de son comportement abjecte.

Mettant fin au nouveau léger silence qui c'était installé entre eux, elle reprit : « J'ai eu tellement peur pour toi Jed ! » La phrase était partie toute seule, ses yeux se gonflant aussitôt de larmes alors qu'elle ressentait à nouveau la peur écrasante qu'elle avait trainée avec elle durant des jours, alors qu'il était dans le coma. Elle eut un mouvement dans sa direction, levant légèrement ses bras, comme si elle allait l'entourer avec et le serrer de toutes ses forces contre elle. Mais elle se mordit la lèvre inférieur et se coupa dans son élan, restant à une distance raisonnable du garçon. Ne sachant plus quoi faire de ses bras, de ses jambes, de ses mains, elle finit par venir essuyer ses yeux humides avant de croiser ses bras sur sa poitrine, gênée. Baissant doucement les yeux, elle murmura alors : « J'ai tellement de choses à te dire, que je ne sais même pas par où commencer... » Elle s'approcha alors encore un peu plus de lui, comme pour lui montrer qu'elle n'avait pas "peur" de lui, qu'elle ne le craignait pas, qu'il ne la dégoutait pas. Il était difficile d'expliquer vraiment ce que cela représentait pour elle le fait d'être aussi proche de lui, mais c'était véritablement lourd de sens à ses yeux. Elle releva la tête pour reposer ses prunelles délicates et timides dans les siennes, comme une caresse réconfortante. « Je suis tellement désolée Jed... Désolée de t'avoir accusé ainsi alors que ça n'avait pas lieu d'être. Désolée de t'avoir dit toute ces méchancetés... » Honteuse en se souvenant de ses paroles dures, elle détourna tristement le regard avant de souffler : « Je n'en pensais pas un mot... » Non, elle ne l'avait jamais pensé, et elle ne le pensait toujours pas.

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Message(#) Sujet: Re: 1527 | On pardonne aisément un tort que l'on partage - JED Sam 9 Avr 2011 - 18:30

« J'aurais voulu venir te voir plus tôt mais ... Mais je n'étais pas sûre que tu es très envie de me revoir. » Et comment ! Une fois de plus Rose avait fait preuve d'une intuition rare, car il n'avait en effet jamais aussi peu eu envie de la voir que durant ces deux derniers mois. Non pas parce qu'il lui reprochait quoique ce soit, vous vous en doutez bien, mais plutôt parce qu'il n'était pas certain de pouvoir encaisser une nouvelle confrontation alors que son corps et son esprit se remettaient à peine de l'épisode du pont. D'ailleurs, même en ce jour, alors que les derniers vestiges de l'évènement résidaient dans les grimaces qu'il faisait parfois en réponse la douleur de sa clavicule encore fragile, il n'était toujours pas certain d'y parvenir. La voir là, sur le perron, l'air angoissé et triste ... rien que ça représentait déjà une terrible épreuve et, plus il la regardait, plus il déplorait de constater à quel point ses propre remords allaient crescendo. Bizarrement, il ne se sentait plus la force de se blinder. Il avait beau se douter qu'elle venait enfoncer le clou et réussir là où lui-même avait échoué en survivant à sa chute, il ne parvenait pas pour autant à avoir le mouvement de recul ou l'instant de survie nécessaire afin de fermer la porte et de se barricader. En définitive, tout ce qu'il fallait bien reconnaître, c'est que Jed était irrévocablement à la merci de Rose et que sa propre honte, ses propres regrets le clouaient sur place. Plus pathétique que n'importe laquelle des pucelles offertes en sacrifice aux dieux païens, il était prêt à ce qu'elle le tue si ça avait pu lui garantir que tout rentrerait dans l'ordre par la suite et qu'elle s'en sentirait libérée ...

« J'ai eu tellement peur pour toi Jed ! » Silence.
Silence et très léger froncement de sourcils dut à l'incompréhension. Cette fois-ci Jed fit l'effort de la regarder en face pour mieux tenter de saisir l'épisode qu'il pensait avoir raté. Interdit, il sentit sa poigne se resserrer autour de la poignée de porte, comme si cette phrase était le prémisse d'un nouveau raz de marée émotif et qu'il tentait, l'air de rien, de s'accrocher à quelque chose pour ne pas se laisser complétement submerger. Il n'était pas certain d'avoir bien entendu. Il n'était pas certain de bien comprendre ... Avait-il tellement espéré qu'elle lui pardonne qu'il était en train de fabuler ces propos ? Perdu, il préféra ne pas répondre, de peur que la réalité cruelle et sournoise ne le frappe une fois de plus et ne le fasse se réveiller de ce qu'il soupçonnait être une sorte de rêve éveillé. Un rêve éveillé qui, pourtant, ne lui parut jamais aussi réel que lorsqu'il vit Rose marcher dans sa direction avec l'attitude plus ou moins marquée d'une amie à la recherche d'une accolade réconfortante. Intérieurement paniqué malgré son immobilité apparente, Vargas sentit son cœur s'emballer au fur et à mesure que les mains de la jeune fille se rapprochaient de lui. Si elle le touchait - il en était sûr - il allait mourir d'un arrêt cardiaque ou exploser, au choix. Cela dit, la question ne se posa pas puisqu'elle stoppa son avancée juste à temps. La respiration bloquée en signe d'attente angoissée, Jed la regarda baisser la tête et se sentit de plus en plus perdu lorsqu'elle lui avoua avoir beaucoup de choses à lui dire sans savoir par où commencer. Pour être exact, l'adolescent ne savait plus du tout où se situer. Paumé à mi chemin entre son intime conviction qu'elle était là pour l'assassiné moralement (faute de pouvoir légalement le faire physiquement) et le démenti que lui fournissait son attitude tendue et ô combien mal à l'aise, il n'arrivait plus du tout à sonder l'enjeu de la conversation ... Alors il fit ce qu'il savait faire de mieux : se taire. Se taire même lorsqu'elle se rapprocha encore un peu plus et qu'elle intensifia ses doutes à propos d'une claque dans la gueule à prévoir ou d'une approche plus douce et qui aurait été - à ses yeux - totalement insensée après tout ce qu'elle avait à lui reprocher.

« Je suis tellement désolée Jed ... Désolée de t'avoir accusé ainsi alors que ça n'avait pas lieu d'être. Désolée de t'avoir dit toute ces méchancetés ... » Interloqué, Jed entrouvrit la bouche et laissa enfin s'échapper tout cet air qu'il gardait enfermé dans ses poumons depuis l'instant où il avait ouvert la porte. « Je n'en pensais pas un mot ... ». Suite à cette révélation, le monde sembla chavirer sous les pieds de Vargas. Chamboulé dans sa perception des choses et profondément secoué par ce virage à 180°, il eut tout d'abord l'impression de frôler l'évanouissement avant que son esprit ne parvienne à accuser le coup et à repartir sur une lancée plus raisonnable, plus sensée. Et là, contre toute attente, le premier des ressentis émotionnel qui s'imposa à lui fut la colère froide, comme si Rose n'avait pas le droit de dire ça, comme si ces excuses et ses remords étaient une insulte à elle-même et à ce qu'il lui avait fait vivre bien malgré lui. Sur l'instant - trop habitué à se haïr d'avoir été un violeur - il sentit sa haine se retourner contre elle, parce que ce pardon remettait en cause tellement de choses qu'il lui était impossible de réagir autrement. Cependant, et parce qu'il avait toujours souffert de sa capacité d'empathie, un autre sentiment vint bien vite adoucir la violence du premier et il fut le premier surpris de voir cohabiter colère et soulagement au sein de son propre corps. S'il estimait avoir mérité " toutes ces méchancetés ", il ne pouvait en revanche pas lutter contre le sentiment étrange (et tellement rare chez lui) d'apaisement qu'apportaient avec elles les excuses de l'adolescente. En d'autres termes, s'il savait qu'il était lui-même son pire ennemi et qu'il se maudirait toute sa vie pour ce geste, cela ne l'empêchait pas de se sentir soulagé d'apprendre qu'il était le seul à se punir. Comme si les remords étaient inévitables, mais que le fait que Rose ne l'en accable plus était tout de même un plus. Le seul plus qu'il pourrait jamais avoir au final, parce qu'il savait qu'il ne se pardonnerait jamais à lui-même ce que son amie était apparemment en train de faire en cet instant ...

« T'as pas a être désolée. » Répondit-il d'une voix rauque en se souvenant de la façon dont il avait accepté d'entrer dans son jeu et de se comporter en salopard fini le jour de leur dernière confrontation dans l'espoir qu'elle le regretterait moins s'il parvenait à la convaincre qu'il n'en valait strictement pas la peine ... « Moi non plus je pensais pas ce que j'ai dis. » Trouva-t-il judicieux d'ajouter en ne prenant conscience que maintenant à quel point ça avait du être dur pour elle de s'entendre dire qu'elle avait été bonne et qu'elle n'avait même pas crié. Putain, ce qu'il se sentait con ! Avoir parlé avec Ella - même juste un peu - de ce qu'elle avait vécu vis à vis de son beau-père lui avait fait perdre, sans qu'il s'en aperçoive, son point de vue uniquement masculin à propos du viol. Et même s'il avait cru bien faire en tendant le bâton pour se faire battre le jour de sa dernière entre-vue avec Rose, il comprenait aujourd'hui à quel point il aurait mieux fait de pleurer et de la supplier de le pardonner plutôt que de jouer le faux orgueil du mâle qui n'en a rien à foutre ... Poignante, cette prise de conscience lui fit lâcher la poignée de porte et se cacher le visage tandis qu'il se rendait compte du point auquel il avait pu merdé à propos de cette histoire. Mauvaise idée de mettre la drogue dans son verre lors de la Skins ; mauvaise idée d'être tout aussi défoncé qu'elle ; mauvaise idée de passer à l'acte sans même s'en rendre compte ; mauvaise idée de croire qu'elle avait besoin qu'il joue au salaud pour moins le regretter et mauvaise idée d'avoir sauté du pont puisqu'il était plus qu'évident aujourd'hui qu'elle avait eu peur et qu'elle s'en serait surement voulue toute sa vie s'il était vraiment mort ... Mon dieu qu'il avait pu être con, ça le dégoutait de lui-même. D'autant plus qu'en sachant qu'il ne se pardonnerait jamais la nuit du 10 décembre 2011, il aurait du savoir qu'elle serait affectée par son suicide, même en le considérant comme le dernier des salauds qu'il avait voulu lui montrer au parc ... « C'est moi qui suis désolé Rose. Vraiment, vraiment désolé ... » Souffla-t-il entre ses doigts tremblant, excédé et rattrapé par 2 mois de peine refoulée qui refaisait surface en même temps qu'il se choquait de constater que c'était la première fois qu'il le lui avouait. Tellement acide et renfermé sur lui-même, il n'avait jamais mis de mots sur ses regrets et n'aurait jamais cru que le fait d'en mettre comme il venait de le faire à l'instant lui collerait une telle claque émotionnelle. Voilà, il pleurait de nouveau ... de fatigue, de honte, de peur, de désespoir, de soulagement, de colère, de rage, de tristesse, de douleur, il ne savait même plus pourquoi les larmes coulaient en silence, mais elles coulaient. Elles coulaient comme elle coulaient depuis presque un an. Il n'en pouvait plus d'être tous les jours malheureux. Il ne comprenait même pas comment il pouvait encore avoir matière à pleurer tellement il avait l'impression d'avoir chialé des litres et des litres de larmes ces derniers mois.


Dernière édition par Jed Vargas le Jeu 14 Avr 2011 - 2:49, édité 1 fois
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Message(#) Sujet: Re: 1527 | On pardonne aisément un tort que l'on partage - JED Mer 13 Avr 2011 - 16:37



On pardonne

aisément un tort

que l'on partage.


    JED VARGAS & ROSE LANCASTER


    © moi







Intimidée par le silence poignant de Jed, la jeune fille avait tenté de parler franchement et directement, histoire d'orienter rapidement la conversation sur le but véritable de sa visite. Mais Jed ne réagissait pas, ou presque. Elle décela quelques froncements de sourcils, visiblement signe d'incompréhension. Ce qui elle-même la poussa à ne pas comprendre. C'était vrai après tout, pourquoi semblait-il surprit qu'elle vienne lui faire des excuses ? Il savait aussi bien qu'elle qu'il n'était pas le seul responsable dans l'histoire, et que Rose avait été extrêmement dure avec lui, l'accablant de mille maux alors qu'il était encore fragile et honteux de ce qu'il avait fait -enfin, de ce qu'ils avaient fait. Si bien qu'il avait attenté à sa vie en se jetant d'un pont ! Mon dieu, s'il pouvait seulement ressentir une infime partie de la peur qu'elle avait eut en l'apprenant. La peur qu'il ne se réveille jamais, la peur de le perdre, la peur de ne pas pouvoir lui dire qu'elle lui pardonnait avant qu'il ne s'en aille, la peur de l'avoir tué. Ça avait été horrible. Chaque jour elle était venue lui rendre visite, restant tout au plus une ou deux heures à lui tenir la main en silence, et à pleurer son état dont elle se pensait l'unique responsable. Même si Ella avait tenté de lui expliquer qu'il allait mal bien avant cela. Oui peut-être, mais avant ça il n'avait pas tenté de mettre fin à ses jours. Et c'était la seule chose que Rose retenait. Le jour ou Ella l'avait appelée, lui annonçant qu'il s'était réveillé avait certainement été le plus beau de sa courte vie. Oui, ce fut merveilleux. Un soulagement inimaginable c'était emparé d'elle, tout comme une joie incontrôlable. Elle avait pleurée à nouveau, mais de bonheur cette fois. Et depuis, elle ne l'avait plus approché. Craignant qu'il ne la rejette, qu'il ne la tienne pour responsable de ce qu'il avait fait et qu'il lui en veuille. Oui, qu'il la déteste pour l'avoir accusé de tout ça, pour l'avoir poussé à sauter. Alors, patiente et compréhensive, elle l'avait épargnée d'une confrontation. Et finalement, elle avait craquée. Parce qu'elle avait besoin qu'il sache qu'elle était désolée, tellement désolée.

Et d'ailleurs, l'expression de colère qui venait de tirer les traits du visage de son ami ne fit qu'augmenter ses craintes. Il la détestait. Elle en était quasiment persuadée. Et tout d'un coup, elle avait envie de disparaitre. De se jeter dans un trou de souris et d'y rester pour l'éternité. Rose était bien loin de deviner la véritable raison de cette rage apparente. Et si elle l'avait sût, elle n'y aurait certainement pas cru. Ou du moins, aurait eut beaucoup de difficultés pour. Elle se trouvait tellement affreuse, qu'elle s'était persuadée que Jed ne pouvait plus l'aimer comme avant. Qu'il ne pouvait plus ressentir à son égard que de la haine et du dégoût. Elle ne savait pas exactement pourquoi elle pensait ça, peut-être pour se punir d'avoir été égoïste. Oui, sûrement même. Rose cessa alors de parler, voulant laisser Jed l'achever s'il le désirait, voir même lui claquer la porte au nez. Et elle ne lui en voudrait pas, au contraire même, elle comprendrait et estimerait l'avoir amplement mérité. Et ça n'aurait plus trop d'importance, parce qu'à présent il savait qu'elle n'avait pas pensé ce qu'elle lui avait craché à la figure et qu'elle s'en voulait. C'était tout ce qui importait à ses yeux à cet instant. Mais non, Jed restait parfaitement immobile, la fixant enfin alors qu'il n'avait fait que fuir son regard depuis qu'il lui avait ouvert la porte. Nerveuse, Rose déglutit, attendant que la sentence ne tombe. Mais à vrai dire, elle ne s'attendait pas vraiment à ça.. « T'as pas a être désolée. » Pardon ? Pas à être désolée ? Alors qu'elle l'avait laissé porter le chapeau et qu'elle lui avait dit qu'il était ignoble, qu'il n'existait plus à ses yeux et d'autres choses dans le même genre encore ? Non alors là, c'était trop. Elle cligna des yeux, le fixant avec surprise. Elle baissa le regard, fixant alors un point imaginaire, les lèvres légèrement entrouvertes. Elle passa sa main droite sur sa joue en fronçant les sourcils, comme si elle cherchait à comprendre. Elle s'était tellement imaginée le pire, que là, elle tombait de haut. De très haut. Tant et si bien qu'elle n'arrivait même pas à se réjouir de ça. Relevant son regard pour le poser sur le jeune homme, elle pencha la tête sur le côté, attendant des explications.

« Moi non plus je pensais pas ce que j'ai dis. » Un sourire imperceptible fit trembler les lèvres de la blondinette, soulagée d'entendre ça. Cela ne faisait que confirmer ses espoirs : Jed n'y était vraiment pour rien. Mais cela ne l'aidait pas vraiment à apaiser sa conscience à elle néanmoins, alors qu'elle réalisait avec effroi à quel point elle avait fait de lui un monstre, jusqu'à le pousser à lui dire des choses qu'il ne pensait pas, juste pour satisfaire sa colère et son dégoût, comme pour justifier tout ça pour elle. Affreux, c'était affreux et elle avait envie de se cogner la tête contre les murs jusqu'à perdre connaissance. Et le trouble de la jeune fille ne fit qu'empirer lorsqu'il cacha son visage entre ses mains, masquant les larmes qui coulaient sur ses joues. Désappointée par cette réaction qu'elle n'avait absolument pas anticipée, Rose sentit ses yeux se gonfler de larmes à leur tour, émue par la peine de son ami. Elle resta néanmoins plantée là, ne sachant comment réagir. Oui, elle mourrait d'envie de se précipiter contre lui et de le serrer contre lui, pour l'apaiser, pour chasser de lui toute la culpabilité qu'il restait encore. Mais elle se contentait de le fixer, les yeux brillants, la bouche entrouverte, les bras ballants et la mine décomposée. La voix de Jed s'éleva alors, étouffée par ses mains : « C'est moi qui suis désolé Rose. Vraiment, vraiment désolé ... » Rose se mordit violemment les lèvres, écrasée par une honte sans fin. L'innocence de son ami n'était plus à prouver à présent. Seule Ella avait toujours cru en lui, malgré les dires. Et Rose s'en voulait de ne pas avoir réagit comme elle. Elle s'en voulait terriblement. Et finalement, cédant à ses pulsions, digne de celles d'une mère pour son enfant, Rose combla la maigre distance qui les séparait encore et vint déposer ses petites mains délicates sur celles de Jed, cherchant à les attraper pour y entrelacer ses doigts, espérant seulement qu'il ne la repousse pas. Le cœur battant, sa gorge avait comme diminuée, la privant presque d'air alors que les mots restaient coincés au travers, la faisant sangloter discrètement. Rose parvint à glisser ses doigts autour de ceux de Jed et à retirer ses mains de son visage, découvrant avec un haut le cœur les nombreuses larmes qui étaient venue assaillir ses pauvres joues. Le visage tordu par la peine, Rose s'en voulait de plus en plus. Après lui avoir donné envie de se jeter d'un pont, voilà qu'elle le faisait pleurer. Qu'elle amie pitoyable elle faisait ! Mais réalisant alors qu'elle s'était trompée sur le compte de Jed et sur ce qu'il ressentait à son égard, elle comprit alors ce qu'elle devait faire, ou plutôt dire, pour le libérer d'un poids qu'il n'aurait jamais dû porter tout seul. Cherchant désespérément son regard, Rose murmura alors doucement, presque tendrement : « Jed. Ne sois plus désolé. Il a longtemps déjà que je t'ai pardonné... » Relâchant doucement ses mains masculines, c'est en tremblant légèrement, comme si elle appréhendait ce contact, craignant de le faire fuir, qu'elle déposa à nouveau ses mains sur ses joues, pour saisir son visage et l'obliger à la regarder, chassant ses larmes avec son pouce -alors qu'elle-même avait de plus en plus de mal à retenir les siennes- et qu'elle ajouta dans un soupire : « Je n'aurais jamais dû avoir à te dire ça d'ailleurs... Je sais que tu ignores autant que moi ce qu'il s'est passé cette nuit là. Et il se peut très bien que je sois la seule responsable. » Craquant alors, les premières larmes s'échappèrent de ses prunelles claires, alors que dans un sanglot elle ajoutait d'une voix suppliante : « Ne refait plus jamais ça Jed, je t'en prie... Plus jamais. » Parlant évidemment de sa tentative de suicide, Rose finit par baisser les yeux, soulagée que tout soit enfin terminé.


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Message(#) Sujet: Re: 1527 | On pardonne aisément un tort que l'on partage - JED Jeu 14 Avr 2011 - 3:54

Accablé par le poids de son chagrin et sentant bien malgré lui la déprime le rattraper alors que l'aide des antidépresseur et des antidouleur abrutissants l'en avait plus ou moins préservé ces deux derniers mois, Jed ne prit pas tout de suite conscience du fait que les mains de Rose venaient de se poser sur les siennes. Tremblant comme une feuille sur le point de se décrocher de son arbre, il sanglota en silence sans parvenir à retenir une seconde de plus toutes les larmes refoulées au cours des semaines ... Et puis ses doigts s'écartèrent et la lumière vint éclairer le spectacle de son visage fatigué, émacié et blême, ce qui eut pour effet de lui faire rouvrir les yeux et de se heurter à la vision en gros plan d'une Rose dans un quasi état similaire au sien. Là, devant elle, même avec quinze bons centimètres de taille en plus, il se sentait aussi faible et vulnérable que le jour de leurs explications dans le parc. « Jed. Ne sois plus désolé. Il a longtemps déjà que je t'ai pardonné ... » Heurté par l'utilisation du mot " pardon ", Jed sentit les larmes couler de plus belle et ses efforts pour tenter de rester digne voler en éclat quand un sanglot plus gros que les autres le fit pleurer bruyamment au lieu de garder le silence. Soulagement, joie, décompression, les raisons étaient nombreuses pour justifier les cascades salées qui lui mouillaient les joues, mais aucune tentative de régulation ne sembla fonctionner pour le faire se reprendre. Finalement il baissa les bras lorsqu'elle lui lâcha les mains et les garda ballant le long de son corps, les épaules basses et secouées par le chagrin. D'ailleurs, en le voyant tressauter de plus en plus, il aurait été facile de croire que - sans l'intervention de Rose et le fait qu'elle lui prenne le visage entre les mains - il se soit écroulé d'une minute à l'autre, trop faible et trop épuisé mentalement pour encaisser un choc émotionnel aussi fort debout sur ses deux jambes. « Je n'aurais jamais dû avoir à te dire ça d'ailleurs ... Je sais que tu ignores autant que moi ce qu'il s'est passé cette nuit là. Et il se peut très bien que je sois la seule responsable. » Poignant, le regard humide de Jed sonda celui de la jeune femme de manière désespérée, comme s'il cherchait à savoir si elle lui mentait et qu'elle lui disait ça pour lui faire plaisir tout comme lui-même lui avait menti et lui avait dit des horreurs pour justifier sa colère ou si, au contraire, elle était sincère ...

S'il avait eu un doute en cherchant au fond de ses iris une preuve de son honnêteté, le fait de la voir se mettre à pleurer pour de bon elle aussi termina de dissiper les craintes de fumisterie. « Ne refait plus jamais ça Jed, je t'en prie ... Plus jamais. » " Ça ". Ce geste égoïste dont il n'avait compris la portée des dommages collatéraux qu'en voyant à quel point le lendemain de cette tentative tragique avait à la fois transformé son amitié avec Ella en véritable rapport de force, mais aussi, et surtout, semblait avoir traumatisée Rose autant que Crash. " Ça " qui, à ses yeux, avait des airs de libération lorsqu'il se sentait vraiment trop mal mais qui - il désespérait de s'en rendre compte - se payait au prix d'un malêtre provoqué chez autres, comme si la douleur éradiquée par le suicide était un héritage qui ne pouvait jamais disparaitre, une dette transmise de mort à vivants et qui prenait des allures de cercles vicieux quand on savait que la peur et la douleur qu'il avait provoqué chez les autres en sautant du pont étaient exactement les mêmes que celles qu'il avait ressenti à la mort de Sally ... Plus il regardait Rose et plus il intégrait l'idée que mourir ne reviendrait qu'à passer le relai. Or, s'il estimait n'avoir rien demandé à personne et ne pas avoir mérité que sa sœur lui soit si sauvagement retirée, il devait aussi parvenir à se dire que ses proches ne méritaient pas non plus qu'il disparaisse dans des conditions similaires et d'autant plus violentes qu'il en aurait fait le choix, contrairement à Sally qui, elle, n'avait pas su que l'élastique lâcherait avant de se jeter dans le vide ...

Sally > le pont, le pont > Rose, Rose > le viol, le viol > Ella ... Les connexions se faisaient dans son cerveau à la vitesse de l'éclaire, profitant que certains points communs rallient les femmes de sa vie entre elles pour lui faire complétement perdre pieds. Alors, épuisé et bien incapable de se débattre avec lui-même plus longtemps, il se jeta en avant, attrapa Rose par la taille et la serra contre lui avec la force du désespoir. Son menton ruisselant de larmes se nicha dans le creux du cou de son amie pour qu'il puisse y pleurer à son aise et, même si ses bras tremblaient comme du bois mort, le fait de pouvoir la serrer contre lui le faisait se sentir propre pour la première fois depuis des mois. Exorcisant le démon, il lui caressa le dos comme pour demander une fois de plus pardon et calmer ses sanglots à elle alors que les siens ne semblaient pas non plus disposés à s'apaiser. « J'le f'rai plus ... » bafouilla-t-il entre deux reniflements douloureux. « J'voulais pas te faire de mal Rose, j'voulais pas te faire peur ... J'voulais pas ... J'te jure ! » bégaya-t-il de surcroit en profitant de l'avoir dans ses bras pour la bercer doucement de gauche à droite dans un geste parfaitement inconscient qui les faisait danser d'un pied à l'autre la valse de la réconciliation.
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Message(#) Sujet: Re: 1527 | On pardonne aisément un tort que l'on partage - JED Lun 18 Avr 2011 - 13:20



On pardonne

aisément un tort

que l'on partage.


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Rose se sentait totalement démunie et impuissante face aux larmes de son ami. Elle aurait aimé trouver les bons mots pour l'apaiser et le réconforter, mais incapable de comprendre véritablement son malêtre, elle resta muette sans même savoir qu'elle venait de dire les bons mots, et que les sanglots qui allaient suivre étaient bénéfiques pour Jed qui se libérait enfin d'un poids qu'il avait porté tout seul et ce de façon injuste. Tenant toujours le visage du jeune homme entre ses deux petites mains, le regard levé pour essayer de capter le sien -tâche qui s'avérait assez difficile au vu du nombre de larmes qui venaient aveugler Jed- Rose lui caressait doucement les joues avec ses pouces alors que ses mains étaient inondées par le chagrin du garçon. Douce et patiente, elle finit par le supplier de ne jamais refaire ça, alors qu'elle aussi cédait, incapable de contenir toute l'émotion qui la tiraillait. Pleurant tout les deux à chaudes larmes -quoi que cela soit plus virulent chez Jed- ce dernier semblait néanmoins de plus pleurer pour les mêmes raisons qu'au départ. Et pour cause. Il finit par se jeter contre elle, entourant sa taille de ses bras pour venir la blottir contre lui. Aussitôt, Rose relâcha ses joues pour passer ses bras autour de son cou et le serrer avec autant de force, les paupières closes et lâchant un long soupire de soulagement, remplissant ses poumons d'un air nouveau qui marquait la fin d'une longue période douloureuse et dévastatrice. Chatouilleuse, c'est un mince sourire amusé que l'on put distinguer à travers ses larmes alors que celles de Jed glissaient sur son cou dénudé. Bien plus qu'une simple accolade, se retrouver ainsi dans les bras de son ami lui faisait un bien fou, soulageant enfin sa conscience et son cœur. Heureuse également de le retrouver et de le libérer, elle comprit alors que leur amitié ne serait plus jamais comme avant. Avant, ils étaient de simples bons amis, dont l'un faisait découvrir à l'autre un univers totalement inconnu mais également hostile. Tout ce qu'ils partageaient se rapportait à quelques soirées folles et au franchissement de l'interdit. Mais voilà, depuis quelques mois ils avaient partagés la honte, la culpabilité, la douleur, le chagrin, l'incompréhension et le doute. Et même si c'est triste à dire, ce genre d'épreuve rapproche les âmes. Liés d'une toute autre façon, il était déjà certain que Rose ne remettrait plus jamais les pieds dans une soirée Skin.

« J'le f'rai plus ... » Murmura-t-il avec difficulté au creux de son oreille, alors qu'il était encore secoué par de violents sanglots. Rose déposa l'une de ses mains sur l'arrière de son crâne et se mit à le lui caresser tendrement. Comme une mère console le terrible chagrin de son petit garçon. Elle, restait malgré tout plus calme que lui, pleurant en silence. C'était comme si elle avait le devoir de prendre soin de lui subitement, comme si c'était le seul moyen de se racheter auprès de lui -bien qu'il ne la tienne visiblement responsable de rien du tout, au contraire même. « J'voulais pas te faire de mal Rose, j'voulais pas te faire peur ... J'voulais pas ... J'te jure ! » Ajouta-t-il alors que sa main faisait de douces va et vient dans son dos en signe de réconfort, avant d'enchainer dans un calme mouvement de bercement qui eut le don de les apaiser progressivement. Rose rouvrit légèrement les yeux, la vision troublée par toutes les larmes encore stockées sous ses paupières. D'une voix fluette et rassurante elle répondit : « Ça va aller Jed, ça va aller... Je sais que tu ne voulais pas, je sais bien. » Et puis doucement, Rose desserra son étreinte, Jed faisait alors de même. Plaçant son visage face au sien, elle lui offrit un petit sourire réconfortant et puis, extirpa de sa poche un paquet de mouchoirs et le lui en tendit un en soufflant d'une petite voix presque amusée : « Tiens. J'avais anticipé, au cas ou tu me claques la porte au nez. » S'en prenant un pour elle aussi elle haussa les épaules dans un petit rictus mi-blasé mi-soulagé. Le visage sec -ou presque- elle attendit qu'il en soit de même pour Jed avant de venir s'emparer de ses deux mains, ayant -sans pouvoir l'expliquer- besoin d'établir un contact physique avec lui. Comme si ça l'aidait à être plus forte et à continuer cette conversation riches en émotions. Retrouvant une voix honteuse, elle abaissa les yeux, les portants sur leurs mains enlacées. « J'ai vraiment été la plus nulle des amies, je n'aurais jamais du douter de toi. Ella a été la seule à savoir que jamais tu n'aurais fait ça, j'aurais dû avoir la même réaction qu'elle. » Elle soupira discrètement, réalisant enfin que si Ella n'avait pas été là... Jed serait mort à l'heure actuelle. Ils lui devaient tellement.


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Message(#) Sujet: Re: 1527 | On pardonne aisément un tort que l'on partage - JED Mar 19 Avr 2011 - 18:51

Il avait beau dire et penser que l'amour, l'amitié et l'affection n'étaient plus des luxes qu'il pouvait se permettre depuis la mort de sa sœur et la mise en route de sa propre autodestruction, il n'en restait pas moins que chaque larme que Jed laissait couler le long de ses joues avait un goût de soulagement indéniable. Les caresses de Rose sur sa nuque, même si elles signifiaient une affection qu'il aurait du blâmer et refuser pour leur bien à tout les deux, avaient le pouvoir magique de le faire se sentir plus léger et moins torturé. Et même si cet état de fait ne devait pas s'éterniser et ne durerait probablement pas puisque d'autres problèmes et d'autres regrets se chargeraient fatalement de prendre le relai dans les heures ou les jours à venir, il n'avait pas la force - en cet instant - de se priver de ce bien être intense et pour tout dire inespéré. L'évidence était là : le mal était fait et la possibilité de revenir en arrière ne s'offrait plus à lui depuis longtemps. Ainsi, se sachant dans l'incapacité de remonter le temps et d'empêcher toute cette histoire en faisant le choix de ne jamais devenir l'ami de Rose, il acceptait mieux l'idée de se laisser submerger par la sérénité du pardon et le bienêtre de l'amitié retrouvée. Tant pis si la promesse de ne plus jamais recommencer serait difficile à tenir et tant pis s'il s'engageait à être disponible pour elle en s'effondrant de la sorte dans ses bras. Sa reconnaissance et son sentiment culpabilité étaient plus forts que sa raison qui lui disait que la consolidation de liens affectifs avec autrui n'était pas compatible avec les objectifs qu'il s'était fixé sur le long terme. Pour elle, pour Rose, il sentait prêt à revoir ses ambitions macabres. Peut-être pas dans leur globalité, certes, mais assez en tout cas pour ne plus jamais lui faire mal comme il le lui avait fait jusqu'alors. Prisonnier de ses principes et beaucoup moins maître de ses sentiments qu'il ne voulait bien le laisser croire, Vargas dut accepter l'idée qu'avoir envie de mourir n'était pas une chose aussi radicale que ce à quoi il avait pensé au départ. Plus surprenant encore, il découvrait que l'on pouvait avoir des penchants suicidaires et, en parallèle, bruler du désir infini de se racheter aux yeux d'une personne, même si cela incluait du temps et des efforts à faire pour rester en vie. Tous ces paradoxes ajoutés à la demande de Rose laissaient deviner que les semaines à venir ne seraient pas simples et que bon nombre de remises en questions et de questions existentielles risquaient encore de se poser, mais il préférait ne pas y penser pour le moment. Ne comptaient que l'oubli et la libération de se savoir excusé par la personne envers laquelle il s'était senti si coupable que n'importe quelle folie avait été envisageable pour ne plus vivre avec le poids insoutenable du regret. « Ça va aller Jed, ça va aller... Je sais que tu ne voulais pas, je sais bien. » Soupirant lourdement comme pour retrouver son calme, Jed lui décocha un baiser mouillé derrière l'oreille, preuve du pouvoir miraculeux du pardon puisque ce geste aurait encore été impensable quelques minutes à peine auparavant.

Finalement, après avoir fait le plein de réconfort, chacun desserra son étreinte et tout deux purent admirer le visage humide et les yeux rouge de l'autre. « Tiens. J'avais anticipé, au cas ou tu me claques la porte au nez. » Lui dit-elle en sortant un paquet de mouchoirs de sa poche, ce qui eut pour effet de le faire rire. Oui, rire. Décidément, Ocean Grove n'avait rien à envier au Vatican en terme de miracles. « T'es con ... » Murmura-t-il en s'emparant d'un mouchoir après avoir essuyé le plus gros de ses larmes sur le revers de son avant bras. Là, il s'essuya en même temps qu'elle et une nouvelle impression de propreté retrouvée le fit se sentir plus fort, plus solide. Il parvint même à se tenir droit, ce qu'il n'avait plus fait depuis les mois. Une fois les mouchoirs usagés bien sagement rangés au creux de leurs poches (sait-on jamais, ils auraient pu encore servir en cas de rechute émotionnelle ...), Jed laissa à Rose le droit de lui prendre les mains sans plus ressentir le besoin de s'écarter ni même sans un mouvement de recul instinctif. « J'ai vraiment été la plus nulle des amies, je n'aurais jamais du douter de toi. Ella a été la seule à savoir que jamais tu n'aurais fait ça, j'aurais dû avoir la même réaction qu'elle. »

Silencieux, Jed se para d'un air grave et fixa lui aussi leurs mains entrelacées. Finalement, les problèmes revenaient plus vite que prévus pensa-t-il sombrement tandis que l'image d'Ella s'imposait à son esprit en écho aux propos de Rose. C'était vrai, Ella avait été la seule à ne pas douter de lui. Et même s'il lui était reconnaissant pour ça, il n'arrivait pas en vouloir à Rose de ne pas avoir eu le même comportement qu'elle, pour la simple et bonne raison que le comportement d'Ella vis à vis de lui lui paraissait à la fois dangereux et déplacé. Dangereux parce qu'elle se voulait proche, beaucoup trop proche de lui. Tellement proche qu'en plus de la soupçonner d'être amoureuse, il avait peur de n'être qu'une déception de plus pour elle. Or, avec les récentes révélations du corbeau, il devenait plus qu'évident que décevoir Ella était la dernière des choses à faire s'il voulait évider de la fâcher à tout jamais avec la gent masculine. D'ailleurs, de là venait aussi le fait qu'il trouve son comportement déplacé car, si Rose lui pardonnait ses travers, lui ne se les pardonnerait jamais totalement et cela faisait qu'il ne comprenait pas qu'Ella puisse à ce point s'investir pour le violeur qu'il était. Il ne comprenait pas qu'elle puisse ne pas voir en lui le monstre qu'elle avait vu en son beau-père tout comme il ne comprenait pas non plus qu'elle puisse s'acharner à ce point à le contredire en permanence. L'un n'ayant pas nécessairement de rapport avec l'autre, il en avait conscience, mais être reconnaissant envers Ella de l'avoir sauvé alors qu'il refusait plus que tout au monde qu'elle - ou quiconque - interfère dans ses choix relevait du contre-sens pur et simple. Même si tout ce que Rose venait de lui avouer lui faisait prendre conscience que le fait qu'il ne soit pas mort était une bonne chose pour elle, comment aurait-il pu remercier Ella de l'avoir sauver alors que la chose qui importait le plus à ses yeux était bien évidemment sa liberté d'agir et de choisir sa vie comme il l'entendait ? Pour le sauver, elle n'avait pas respecté ses choix. Pour le sauver, elle avait passé des mois à le harceler de pensées positives. Pour le sauver elle avait donné tellement d'elle-même. Comment lui dire merci sans l'encourager à continuer ? Comment ne pas se montrer ingrat tout en restant clair sur le fait qu'il ne voulait pas de son aide et de ses conseils ? Il la savait si fragile parfois, et tellement à fleur de peau. Leurs différences jouaient contre eux. Il s'en était rendu compte dès lors qu'il était venu habiter chez elle en constatant que ce qui, pour lui, n'était rien d'autre qu'une réserve personnelle et légitime, représentait, aux yeux d'Ella, un refus de communiquer basé sur des conneries comme un manque de confiance, un manque d'estime ou un manque d'affection. La part qu'ils se faisaient des choses n'était pas la même, les attentes qu'ils avaient vis à vis de leurs proches n'étaient pas les mêmes. Comment, alors, la remercier tout en étant certain que le sens de son merci serait interprété par l'adolescente de la même façon que celle dont il le pensait ? Elle en demande constante et lui en rejet perpétuel, tout était toujours si difficile ... Ce casse-tête sans nom le fit soupirer.

« Je crois que ma nullité rattrape largement la tienne. On ira plus jamais dans ce genre de fêtes glauques, promis. Si tu veux sortir je t'emmènerai dans des endroits plus sains. » Reprit-il s'aidant de leurs mains toujours unies pour lui redresser le menton et l'inciter à ne plus baiser les yeux. « Quant à Ella ... » Nouveau soupire. « Je tâcherai de la remercier au mieux. » Finit-il par conclure sombrement sans faire l'effort de se livrer ici non plus, fidèle à lui-même et à son désir de toujours tout régler seul, en accord avec lui-même. « Tu veux un cookie ? » Enchaina-t-il en jetant un coup d'œil au hall d'entrée comme pour l'inviter si elle le voulait.


Dernière édition par Jed Vargas le Jeu 28 Avr 2011 - 16:13, édité 1 fois
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Message(#) Sujet: Re: 1527 | On pardonne aisément un tort que l'on partage - JED Mer 27 Avr 2011 - 19:25



On pardonne

aisément un tort

que l'on partage.


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Finalement, on pouvait clairement dire que c’était une bonne chose de faite ! Rose était si soulagée qu’elle se disait même qu’elle aurait dû venir plus tôt. Car si elle se retirait un poids du cœur, il était évident qu’elle soulageait Jed bien plus encore. Et elle n’aurait jamais imaginé que le simple fait de lui « pardonner » pourrait lui faire un tel effet. Non vraiment, si elle avait su, il y a bien longtemps qu’elle se serait jetée dans ses bras en lui répétant qu’il n’était pas responsable et que jamais il n’aurait dû s’infliger ça. Certes Rose respectait tout à fait que les gens, assaillit par le malheur, décident de mettre fin à leurs jours. Mais elle ne pouvait accepter d’en être responsable. Et puis, Jed ne méritait pas de mourir pour ça. Il n’avait pas voulu, elle non plus, point. Ce n’était qu’une erreur de jeunesse et Rose en avait fait toute une histoire prenant la mouche de façon démesurée. Bien qu’avec le recul elle en ait honte et que si elle pouvait revenir en arrière elle ne le ferait pas en sachant toute la misère que ça allait engendrer, elle ne pouvait nier les évènements antérieurs qui l’avaient poussés à agir ainsi. C’était bien simple, cela se résumait en un seul mot : Esteban. A peine une semaine auparavant elle s’était faite piégée lamentablement par cet homme bien plus âgé qu’elle, perdant son innocence dans ses draps alors que l’alcool et la drogue avaient embrumés son esprit naïf et enfantin. Alors l’accident avec Jed avait pris des tournures de déjà-vu qui lui avaient été insupportable à cette époque. Maintenant, l’eau avait coulé sous les ponts et même si le souvenir de sa nuit avec Esteban restait douloureux, tabou, totalement secret et qu’elle était marquée, elle essayait de passer au-dessus et de dédramatiser. A vrai dire, elle n’avait pas vraiment d’autres options pour essayer de tourner la page… En parler ? A qui ? Et pourquoi faire ? Non, ça ne changerait rien à part lui attirer des problèmes à elle et à Esteban par la même occasion. Et même s’il le méritait peut-être, Rose savait qu’elle avait une part de responsabilité dedans. De toute façon, elle détestait attirer des ennuis aux gens et ne voulait créer de problèmes à personne. Et peut-être qu’Esteban l’impressionnait un peu aussi…

Rose esquissa un tendre sourire à son baiser derrière l’oreille, absolument pas réfractaire à ce genre de contact. Bien qu’auparavant ils n’en aient jamais vraiment eu de tels et que quelques temps auparavant un tel geste aurait été impensable. C’était peut-être pour ça qu’elle l’appréciait tant ce baiser d’ailleurs, voyant ça comme la marque véritable d’un nouvel épisode, laissant derrière eux le pire. Ils se détachèrent et échangèrent un long regard, calmes et visiblement sereins. Rose enchaina alors, sortant un paquet de mouchoir et lui en tendant un en spécifiant qu’elle avait tout prévu avant de venir et avançant l’hypothèse du claquage de porte au nez. Jed se mit alors à rire doucement, ce qui eut le don de faire sourire Rose. Mais vraiment sourire, pas une espèce de rictus forcé comme elle en faisait depuis la tentative de suicide de Jed. Son regard pétillait d’amusement alors que son ami lâchait dans un soupire de bien-être : « T'es con ... » Leurs visages essuyés, propres pour de bon la blondinette reprit la parole se sentant plus légère que jamais et dieu que ça faisait du bien ! Elle s’était emparée de ses mains et il n’avait rien fait pour lui échapper, l’écoutant paisiblement. Mais à l’énonciation d’Ella, son regard sembla s’assombrir et se mit à fixer lui aussi leurs mains liées. Rose fronça les sourcils, interloquée par sa réaction. Avait-elle dit quelque chose qui ne fallait pas ? Réfléchissant sur ses paroles, elle ne voyait pas. Elle n’avait rien dit de mal, au contraire même. Elle se rabaissait, avouant qu’elle avait été une amie bien pitoyable, et portait sous les projecteurs Ella qui avait été bien la seule à garder la tête froide dans cette histoire, soutenant autant l’un et l’autre et elle avait eu raison. Mais Rose réalisait aujourd’hui le poids que devait porter sur les épaules son amie, tiraillée entre eux deux sans savoir qui croire, qui réconforter et qui blâmer. Et selon Rose, elle avait parfaitement agit. Elle était à présent impatiente d’aller la voir pour lui raconter ce qu’il venait de se passer. Pour lui dire que tout était finit à présent et que lentement, les choses rentraient dans l’ordre. Et même si toute cette période n’allait pas laisser place au paradis sur terre en un claquement de doigts, on pouvait clairement dire que le meilleur était à venir. Alors non, elle ne comprenait pas l’attitude soudainement si fermée de Jed. Mais Rose resta silencieuse, ne voulant pas le bousculer ou l’interroger. Après tout, il ne fallait pas crier victoire trop vite, il restait encore des séquelles. Surtout pour lui. Un léger silence s’installa alors, Jed semblant perdu dans des pensées sinueuses. Il finit par soupirer et lâcha sur un ton las : « Je crois que ma nullité rattrape largement la tienne. On ira plus jamais dans ce genre de fêtes glauques, promis. Si tu veux sortir je t'emmènerai dans des endroits plus sains. » De nouveau, Rose se mit à sourire. Oh ça oui, elle ne remettrait plus jamais les pieds dans un tel endroit. C’était finit tout ça, elle avait voulu découvrir l’univers de Jed c’était chose faite et elle savait avec assurance que ce n’était pas fait pour elle. Resserrant doucement son étreinte sur les mains du garçon pour lui faire relever la tête afin de croiser son regard, elle répondit d’une voix légère, presque joviale : « Je crois qu’on se contentera du cinéma et des starbucks dorénavant, ça suffira bien. Et… » Elle marqua une petite pause et roula des yeux, mi- gênée mi- amusée et reprit : « Je sais que ça ne me regarde pas et je ne te dis qu’à titre de… de soucis de ton bien-être si j’puis dire, mais tu ferais bien d’arrêter ce genre de fêtes toi aussi. Ça n’apporte rien de bon et puis… Et puis c’est pas ça la vie Jed. » La vision des choses de Rose était peut-être un peu fleur bleue, elle était si nature qu’elle ne comprenait pas comment on pouvait prendre plaisir à participer à ce genre de fêtes. Elle effectua une petite moue avant d’ajouter prestement : « Mais je n’en dis pas plus, ça ne me regarde pas. » Elle lui offrit un petit sourire doux, tout à fait sérieuse quand elle disait que ça ne la regardait pas. Ça ne l’empêchait pas de s’inquiéter pour lui, mais Jed était un grand garçon et elle refusait d’intervenir dans sa vie. Ses choix ne regardaient que lui, comme les siens ne regardaient qu’elle.

« Quant à Ella ... » Nouveau soupire. Visiblement, Ella était un sujet délicat pour Jed. Restait à savoir pourquoi. Elle posa sur lui un regard curieux, attendant non pas sans impatience la suite. « Je tâcherai de la remercier au mieux. » Hmm. C’était une évidence, quelque chose clochait mais elle n’aurait su dire quoi. Aux dernières nouvelles, ils ne s’étaient pas disputés, rien. Certes Ella était plutôt secrète et ne lui racontait pas vraiment sa vie dans les moindres détails, mais il lui semblait que les deux étaient trop proches pour ne plus s’entendre. Pas maintenant en tout cas ! Rose resta tout d’abord silencieuse, le fixant, l’air songeuse. Comme si elle était en train de le sonder pour découvrir les dessous de l’affaire. Mais qu’elle affaire en fait ? Non, c’était grotesque. Néanmoins, elle ne pouvait nier que son attitude avait piqué sa curiosité. « Tu veux un cookie ? » Et d’un regard, il l’invita à rentrer. Rose revint sur terre et lui sourit à pleines dents, après ce trop plein d’émotions oui, elle avait faim ! Hochant la tête pour confirmer, elle relâcha ses mains et pénétra à l’intérieur de sa maison, réalisant que c’était la première fois qu’elle y venait. Son regard s’attarda légèrement sur la décoration, mais toujours sans indiscrétion. Rose dans toute sa splendeur en somme. Marchant jusque dans la cuisine, Jed lui tendit alors l’assiette de cookies et Rose en prit un, sans choisir. Le croquant rapidement, elle lâcha un petit soupire de délice et déclara : « C’est du fait maison ? En tout cas, ils sont trop bons ! » Terminant sa bouchée, elle attendit d’avoir avalé avant de reprendre d’une petite voix, se doutant bien qu’elle mettait les pieds sur un terrain miné : « Et euhh… Tu.. Ça fait longtemps que tu n’as pas vu Ella ? » Elle s’empressa alors d’ajouter, essayant de faire genre, j’aborde le sujet Ella, mais c’est tout à fait au hasard ! « Moi ça commence à faire, je crois que la dernière fois c’était… Et bien c’était quand tu étais... Hmm, quand tu étais encore dans le coma. On s’est rejointes plusieurs fois pour venir te voir. » C’était plus supportable à deux, manqua-t-elle d’ajouter. Mais finalement, elle n’en fit rien. Il était préférable qu’il n’entende pas tous les détails de l’histoire. Il devait suffisamment culpabiliser comme ça, pas la peine d’en rajouter.



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Message(#) Sujet: Re: 1527 | On pardonne aisément un tort que l'on partage - JED Jeu 28 Avr 2011 - 17:19

Lorsqu'elle lui conseilla, soucieuse de son bien être comme le souligna par la suite, de ne plus fréquenter le genre de soirées qui les avait amenés à s'enfoncer dans les méandres de la dépression tel qu'ils l'avaient fait, Jed ne put s'empêcher d'avoir un infime froncement de sourcils. Sans pouvoir en vouloir à Rose d'avoir un avis aussi tranché et négatif vis à vis de ce genre de festivités (il fallait bien reconnaître que c'était parfaitement légitime vu l'état dans lequel elle en était revenue), il restait tout de même persuadé que sa vie nocturne et que ses travers volontairement choisis pour leur dangerosité et leur côté malsain ne regardaient que lui. C'est pourquoi il se détendit aussi rapidement qu'il s'était crispé en l'entendant ajouter que cela ne la regardait pas et qu'elle ne s'étendrait pas plus sur le sujet. Silencieusement, d'un regard emprunt d'une reconnaissance profonde, il la détailla comme pour lui faire comprendre qu'elle ne lui apprenait rien, qu'il avait conscience de tous les risques (et encore plus depuis ce soir tragique où tout avait dérapé), mais que le fait qu'il choisisse d'encore si tenir était justifiable par des besoins qui lui étaient propres et qu'il n'avait pas envie d'exposer pour la simple et bonne raison qu'il ne pouvait pas lui parler de ses penchants suicidaires maintenant qu'il lui avait promis de faire des efforts.

Plus sereinement, ils entrèrent dans la maison et Jed se dirigea sans plus attendre vers la cuisine. Bizarrement, il avait l'impression que le manque d'appétit qui lui avait fait perdre plus de six kilos en trois mois venait d'être réduit à néant et une faim de loup semblait s'être emparée de lui dès lors que la page s'était tournée avec Rose. Louchant sur les cookies, il tendit l'assiette à la jolie blonde et s'en colla un tout entier dans la bouche là où Rose préférait savourer le gâteau en ronronnant d'aise. « Made by Crash et inspirés de la recette secrète de sa mère ! » Baragouina-t-il d'une voix étouffée par les miettes. « Une tuerie ! » Glouton, il en goba un deuxième avant même d'avoir avalé le premier. Là, réalisant qu'il manquait à tous ses devoirs d'hôte, il montra une chaise à Rose comme pour l'inviter à s'asseoir et s'avança vers le frigo pour en sortir jus de fruits, sodas et autres boissons de jeun's qu'il ramena sur la table. Il en était à son deuxième aller / retour pour rapporter les verres lorsque l'adolescente lui sortit un « Et euhh… Tu.. Ça fait longtemps que tu n’as pas vu Ella ? » qui le figea sur place. « Moi ça commence à faire, je crois que la dernière fois c’était ... Et bien c’était quand tu étais... Hmm, quand tu étais encore dans le coma. On s’est rejointes plusieurs fois pour venir te voir. » En silence, Jed posa les verres sur la table et laissa à Rose le soin de se servir ce qui lui plaisait tandis que lui-même prenait place face à elle.

S'il n'était pas enchanté à l'idée de parler du passé et des évènements douloureux qu'il contenait, il ne pouvait se résigner à envoyer bouler son amie. Pas après des réconciliations aussi récentes et pas après qu'elle l'ait soulagé d'un poids si lourd qu'il lui en resterait éternellement reconnaissant. Alors, bon gré mal gré, il se força à mettre des mots sur des évènements auxquels il n'avait jusqu'alors pas prit la peine de repenser. Non pas par flemme, mais plutôt par refus de remise en question. « Ya trois jours. La dernière fois que je l'ai vu c'est le jour où la lettre est arrivée ... D'ailleurs faudra m'excuser pour Flynn, il a du te réveiller en débarquant chez toi si tôt et c'est moi qui lui ait demandé de ne rien te dire si elle n'était pas chez toi. Il fallait agir vite, on avait peur de ne pas la retrouver, j'ai pas ... je ... j'ai pas osé venir te voir de moi-même. » Baissant les yeux sur les cookies qui - de nouveau - ne lui faisaient plus envie du tout, il s'humecta les lèvres comme pour aider les mots à glisser de ses lèvres. « Si c'est des nouvelles que tu veux, je pense qu'elle va aussi bien qu'on peut aller après un coup pareil. Lawson l'a recueillie, je suis parti et je pense que ça n'a pu que lui faire du bien de se retrouver seule avec lui. A trois c'était plus possible. » Plus possible parce que le temps avait joué contre eux. Plus possible parce qu'il ne s'était pas senti la force de lui imposer sa présence dans la maison voisine alors que ce qu'il avait fait à Rose - même involontairement - ne pouvait que rappeler à Ella ce qu'elle-même avait vécu étant enfant et lui rappeler à lui à quel point il se sentait mal d'avoir un jour dérapé à ce point. Plus possible parce que, tout simplement, il y avait eu trop de choses de dites et d'ultimatums posés sur le toit du cinéma où il avait fini par la retrouver pour que la vie puisse reprendre comme avant et comme si de rien n'était sous le toit de Lawson. Du temps, de la distance et bien évidemment de la réflexion, voilà ce qu'il fallait pour qu'un " possible " puisse de nouveau voir le jour.
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Message(#) Sujet: Re: 1527 | On pardonne aisément un tort que l'on partage - JED Ven 6 Mai 2011 - 12:43



On pardonne

aisément un tort

que l'on partage.


    JED VARGAS & ROSE LANCASTER


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Il suffisait de le regarder pour voir qu'il n'appréciait guère le fait qu'elle lui dise que fréquenter ce genre de soirées n'étaient pas une bonne idée. Mais il se détendit à nouveau lorsqu'elle lui fit remarquer qu'elle n'en dirait pas plus sur le sujet. Là par exemple, Rose aurait aimé être plus proche de lui, comme l'était Ella par exemple, car elle se serait peut-être plus permise de lui faire des remarques. Mais leur relation ne le lui permettait pas. Et puis, ils ne venaient pas de ce réconcilier pour finalement se reprendre la tête encore une fois. Rose n'en avait pas la moindre envie. Elle était heureuse que tout ceci se termine enfin, alors hors de question de tout gâcher juste parce qu'elle était un peu trop soucieuse et méfiante. Rentrant dans la maison aux côtés de son ami, ils se dirigèrent aussitôt vers la cuisine ou il lui tendit l'assiette de cookies. Elle échappa un petit rire, plissant ses yeux, alors qu'elle voyait Jed se jeter dessus à son tour et les dévorer d'une bouchée, visiblement affamé. A croire qu'on l'avait privé de nourriture pendant des jours. Quoi que, il était possible qu'après les derniers évènements il est largement perdu l'appétit. Ce qu'elle comprenait parfaitement, étant donné qu'elle-même ne s'était pas montrée sous son meilleur jour de ce côté-là. Mais contrairement à Jed, la blondinette avait elle quelqu'un qui veillait sur elle : Aiden. Et, soucieux de son bien-être, il l'avait en quelque sorte obligé à venir dîner avec eux chaque jour, refusant qu'elle saute le moindre repas. Et si sur le coup ça l'avait agacée, elle lui était finalement reconnaissante. Mais le sujet n'était pas là. « Made by Crash et inspirés de la recette secrète de sa mère ! Une tuerie ! » Rose éclata de rire à nouveau. Il semblait réellement conquis par ces gâteaux, si bien qu'il ne prenait même pas la peine de terminer ce qu'il avait dans la bouche pour lui répondre. Et à peine avait-il finit de lui répondre que déjà il s'en fourrait un autre dans la bouche. Le rire cristallin, Rose le regardait, les yeux pétillants. De son côté elle, elle mangeait le sien doucement, bouchée par bouchée, calme. Crash... Le prénom de son ami l'avait toujours interloquée. C'était assez peu courant à vrai dire... Et d'ailleurs, elle ne l'avait jamais rencontré. Aperçut une ou deux fois oui, mais sans plus. En tout cas, Jed semblait bien l'apprécier. « Les recettes de grand-mère, y a que ça de vrai ! » Ajouta-t-elle finalement, se souvenant avec délice des bons plats que préparait sa grand-mère quand elle vivait chez eux, en France. Un sourire nostalgique glissa sur ses lèvres. Ses grands-parents lui manquaient affreusement. Et bizarrement, sa mère aussi. Elle baissa les yeux quelques instants, submergée par une vague de souvenirs, bons comme moins bons. Peinée, elle secoua la tête discrètement pour se chasser toutes ces images de la tête et se reporter son attention sur Jed.

Prenant place à la table, Rose regarda son ami s'affairer pour sortir des verres et des boissons. Cette vision l'enchantait. Personne n'aurait pu prédire jusqu'à maintenant qu'ils goûteraient ensemble, l'air de rien. Même elle, au moment où il lui avait ouvert la porte n'avait imaginé ça. Souriante et apaisée, elle resta d'abord silencieuse. Et finalement, elle se lança à nouveau, abordant le sujet apparemment délicat d'Ella. Et à peine eut-elle prononcé son prénom, que Jed s'interrompit un instant dans son élan, comme si on venait de découvrir quelque chose de terrible sur lui. Rose fronça les sourcils, posant sur lui un regard insistant. Maintenant, elle en était vraiment sûre, quelque chose lui échappait entre ses deux amis. Mais quoi ? Préférant ne pas se la jouer indiscrète -de toute façon, ça ne lui ressemblait pas de faire ça- elle préférait tendre quelques perches par-ci par-là, à Jed de les saisir s'il en avait envie. Il revint s'asseoir, déposant les dernières bouteilles sur la table. Rose avait posé sur lui un regard interrogatif et sérieux, étonné par la tête de six pieds de long qu'il tirait à présent. Alors qu'il y avait quelques secondes encore il souriait comme un petit garçon et dévorait les cookies. Rose attrapa la bouteille de jus de fruit multivitaminé et s'en servit un bon verre. Elle porta ce dernier à ses lèvres, attendant que Jed ne lui réponde. « Ya trois jours. La dernière fois que je l'ai vu c'est le jour où la lettre est arrivée ... D'ailleurs faudra m'excuser pour Flynn, il a du te réveiller en débarquant chez toi si tôt et c'est moi qui lui ait demandé de ne rien te dire si elle n'était pas chez toi. Il fallait agir vite, on avait peur de ne pas la retrouver, j'ai pas ... je ... j'ai pas osé venir te voir de moi-même. » Ah oui, la lettre. Rose n'avait pas osée en parler à Ella. Elle ne voulait pas lui imposer une telle discussion, c'était trop gênant et trop personnel aussi. Si elle appréciait beaucoup Ella et qu'être allées ensemble voir Jed à l'hôpital les avait incontestablement rapprochées, elles n'étaient pas non plus les meilleures amies du monde. De toute façon, elle se mettait à la place d'Ella et très franchement... Ce n'était pas le genre de sujet qu'elle aurait aimé abordé. Au contraire, elle aurait préféré qu'on lui fiche la paix avec ça. En tout cas, elle avait trouvé cette lettre affreuse. Qui osait donc s'immiscer ainsi dans la vie des gens et dévoiler aux yeux de tous leurs secrets ? C'était la deuxième lettre déjà, qui serait le suivant ? Mais Rose était tombée de haut, jamais elle n'aurait imaginé qu'Ella ait pu vivre une telle tragédie. C'était tout simplement... horrible. Et quand elle avait découvert cette lettre, elle avait tété d'autant plus étonnée du comportement qu'elle avait eut vis-à-vis de Jed. Rose soupira. « Ne t'en fais pas pour Flynn. J'ai rapidement comprit quand j'ai lu la lettre.. C'est affreux. Et je comprend parfaitement que tu n'aies pas osé venir toi-même, ne te prend pas la tête pour ça. » Elle lui offrit un petit sourire réconfortant pour appuyer ses dernières paroles. Non vraiment, il n'y avait pas de quoi se prendre la tête pour ce genre de détails. Jed baissa les yeux et poursuivit sous le regard attention de son amie : « Si c'est des nouvelles que tu veux, je pense qu'elle va aussi bien qu'on peut aller après un coup pareil. Lawson l'a recueillie, je suis parti et je pense que ça n'a pu que lui faire du bien de se retrouver seule avec lui. A trois c'était plus possible. » Silencieuse, la blondinette hocha lentement la tête. C'est sûr qu'Ella devait être dans un sale état après ça. Néanmoins, elle porta surtout son intérêt sur ses dernières paroles. Ce n'était plus possible à trois ? Pourquoi ? A cause de ce qu'il s'était passé entre lui et Rose, ou autre chose... ? Rose but plusieurs gorgées de son jus, avant de prendre un deuxième cookie qu'elle mangea tout aussi lentement que le premier, songeuse. Finalement, elle répondit : « Oui, c'est peut-être mieux pour elle de se retrouver un peu seule avec Lawson. Après de telles révélations, je pense que j'aurais également apprécié un peu d'isolement. »

Elle marqua une pause, soupirant prestement. Visiblement, elle n'apprendrait rien de plus. Et ce n'était peut-être pas un mal, après tout ce n'était pas vraiment ses affaires. Elle déposa sa main gauche sur la sienne, la serrant tendrement alors qu'elle était peinée de le voir aussi dépité sans comprendre vraiment pourquoi. « Jed... » Elle aurait aimé lui dire qu'il pouvait tout lui confier, mais elle se ravisa, jugeant que ce n'était pas une bonne idée finalement. Il savait déjà qu'il pouvait venir la trouver s'il avait besoin de parler. Et s'il ne le faisait pas, c'était simplement qu'il n'en avait pas envie. Elle baissa les yeux, laissant quelques secondes de réflexions intensives s'écouler. Finalement elle releva la tête et lui offrit un petit sourire, changeant à la dernière seconde ce qu'elle avait l'intention de lui dire : « C'est juste que... Je suis contente que ce se soit arrangé pour nous. » Elle exerça une petite pression sur sa main avant de la relâcher lentement, terminant son cookie.

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Message(#) Sujet: Re: 1527 | On pardonne aisément un tort que l'on partage - JED Sam 7 Mai 2011 - 2:37

Plus pour s'occuper les mains que par soif réelle, Jed se servit un grand verre de coca qu'il avala d'une traite si bien que les bulles lui montèrent au nez en lui meurtrissant la gorge et en lui donnant envie d'éternuer. Réprimant une toux révélatrice de cette ingurgitation trop hâtive, il fut soulagé d'apprendre que Rose ne lui en voulait pas pour le matin où la lettre avait été publiée, mais lorsqu'elle estima qu'elle aussi aurait apprécié un peu de solitude si elle avait été dans le cas de la voisine, il en vint à se dire une fois de plus qu'il n'avait décidément pas envie d'en parler et que - même s'il était du genre à trouver exaspérantes les personnes qui prônaient le " une chose à la fois ! " - il devait bien reconnaître avoir encaissé déjà trop d'émotions avec leurs réconciliations pour en plus s'embourber dans l'affaire Ella. Une affaire à laquelle il aurait préféré ne plus penser s'il avait pu, s'étonnant lui-même d'être attiré par la politique de l'autruche là où, d'habitude, il était plutôt du genre à mettre les deux pieds dans le plat. Il était fatigué, sincèrement fatigué. Réfléchir à quoi faire tout en ayant à tenir la conversation avec Rose ne lui permettait pas d'y voir clair, or il refusait tout net de se perdre dans ses pensées au détriment de son amie à peine retrouvée. Tant pis pour le reste, cet instant ne leur appartenait qu'à eux. De toute façon, après 2 mois de guerre froide - et même avec toute la compassion qu'il pouvait ressentir envers Ella et son horrible secret - il ne doutait pas que cette histoire de voisinage puisse encore attendre une paire de jours ; le temps qu'il réunisse les tenants et les aboutissants qui lui permettraient de trancher et de prendre une décision.

« Jed ... » Battant des cils en sentant la main de Rose se poser par dessus la sienne, Vargas cessa de fixer le verre vide qu'il avait devant lui pour reporter son attention sur la jeune femme. « Hum ? » Plus il la détaillait, plus il ressentait le besoin de ne surtout pas se laisser aller à la comparaison entre elle et celle dont parlait leur conversation. Ayant déjà été troublé sur le toit du cinéma lorsqu'il avait retrouvé Ella le soir du jour ou la lettre était parue, il savait reconnaitre en lui les prémices du malaise qui le faisait s'emmêler les pédales et tout mélanger entre son histoire avec Rose et celle avec Nielson. Quelque part, le fait que les choses se soient arrangées avec l'une aurait du représenter un bon espoir qu'elles s'arrangent aussi avec l'autre, mais il ne parvenait toujours pas à savoir s'il avait réellement envie de voir des améliorations se produire autour de lui et plus particulièrement dans ce genre de relation tellement divergente qu'elle avait fini par le pousser à bout de nerfs. Parfois, il se souvenait s'être déjà dis que ce n'était pas plus mal et que ne plus donner d'occasions à Ella de le gonfler était certainement ce qu'il y avait de mieux, autant pour elle que pour lui. « C'est juste que ... Je suis contente que ce se soit arrangé pour nous. » Attendri par la remarque de Rose, Jed chassa doutes et remises en question de son esprit pour tenter de ne focaliser que sur une chose, à savoir le fait magique et quasi irrationnel de partager un gouter en sa compagnie alors que moins d'une heure auparavant rien ni personne n'aurait pu croire à pareil miracle. Et ce qu'il savourait par dessus tout résidait principalement dans le fait qu'aucune gêne d'aucune sorte ne soit là pour tenir ce moment de pardon et de retrouvailles inespérées. « Moi aussi Rose. Moi aussi. » Répliqua-t-il d'une voix rendue faiblarde par la sincérité et par le sourire timide qui accompagna l'aveu. Qu'elle se rassure, il saisissait parfaitement le message écris entre les lignes. Elle était contente que la situation s'arrange entre eux, elle aurait bien voulu qu'il en soit de même avec Ella. Comme il le lui avait promis, il y réfléchirait et ferait très certainement un effort de sociabilité, ne serait-ce que pour ne pas blesser la biche déjà bien amochée à laquelle il associée Nielson, mais elle avait prouvé - en ne s'étalant pas plus que ça sur le sujet des Skins Party, par exemple - qu'elle savait également que son rôle ne dépassait pas certaines limites et que c'était à lui plus que quiconque de décider ce qui devait aller droit ou non dans sa vie pour le moins tortueuse et ô combien compliquée.

Distraitement, il attrapa un autre cookie qu'il entreprit de mâchouiller plus calmement que les précédents. « Ca s'passe bien pour toi en ce moment ? J'ai l'impression que ça remonte à tellement loin décembre ... » Questionna-t-il en sachant qu'elle aurait certainement plus de chose à lui raconter que lui dont la vie durant cette période s'était résumé à déprime, suicide, hôpital, coma et dépression.
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Message(#) Sujet: Re: 1527 | On pardonne aisément un tort que l'on partage - JED Dim 15 Mai 2011 - 20:25



On pardonne

aisément un tort

que l'on partage.


    JED VARGAS & ROSE LANCASTER


    © moi







« Hum ? » Si seulement Jed avait pu imaginer ne serait qu'un quart de toutes les choses qui passèrent par la tête de Rose à cet instant. Il n'en avait même pas idée... L'envie de se confier sur tout et n'importe quoi, juste parce qu'elle était dans un instant assez émotif et qu'elle se sentait en confiance, mais aussi l'envie de lui dire tout ce qu'elle avait ressentit depuis qu'il avait sauté du pont, sans parler de sa culpabilité, ou même d'Ella. Bref, si elle s'était écoutée elle se serait lancée pour se perdre dans les méandres d'un discours sans queue ni tête qui aurait certainement donné la nausée à Jed et l'envie de ressauter aussitôt du pont. Ou de façon plus soft, de foutre Rose dehors. Ce fut pourquoi elle se ravisa au dernier moment, se contentant d'une étreinte amicale, mains contre main et d'un aveux, qui malgré qu'il n'était pas prévu restait d'une sincérité indiscutable. Oui, elle était heureuse que tout ce soit arrangé. Le regard que posa Jed sur elle à cet instant lui fit oublier toutes les pensées qui lui martelaient l'esprit, la rendant à nouveau légère et insouciante. Juste profiter, pour une fois... Lui rendant son sourire, plus tendre que timide néanmoins, la réponse de son ami, bien qu'on ne peut plus simple, lui fit chaud au cœur. « Moi aussi Rose. Moi aussi. » Comme quoi, les choses les plus simples étaient bien souvent les plus importantes au quotidien. Et le bonheur tenait à peu de choses. Si on lui avait donné le choix entre de l'argent à ne plus savoir quoi en faire et des réconciliations avec son ami, la jeune fille n'aurait pas hésité une seconde. La deuxième option lui semblant la plus merveilleuse des deux. On peut vivre sans argent, mais pas sans amis. Oh certes, Rose n'était pas naïve au point de croire que toutes les personnes sur cette terre aurait fait le même choix qu'elle, mais ça n'avait pas d'importance. Et puis de toute façon, la question ne se posait pas, alors !

Leurs mains se séparèrent et Jed s'empara au passage d'un cookie, retrouvant visiblement l'appétit, mais de façon plus pondérée cette fois-ci. Rose ne put contenir un petit sourire amusé, le revoyant quelques secondes auparavant en train de s'empiffrer des délicieux gâteaux. Rose quant à elle avait déjà trouvé satisfaction et se rabattait sur son jus de fruit qu'elle descendait rapidement, la gorge asséchée. Mais les rôles semblèrent alors s'inverser, tandis que Jed reprenait la parole : « Ça s'passe bien pour toi en ce moment ? J'ai l'impression que ça remonte à tellement loin décembre ... » Le visage de Rose se ferma immédiatement, sans qu'elle ne puisse l'anticiper. L'évocation du mois de Décembre la rendait toujours aussi fébrile et honteuse. Non pas à cause de ce qu'il s'était passé avec Jed, non. A cause d'Esteban. Elle n'en avait parlé à personne encore et pour cause, elle se sentait tellement idiote ! Humiliée et abusée aussi, mais d'abord idiote. Pourquoi était-elle naïve au point de croire qu'elle pouvait faire rager son frère avec un homme tel qu'Esteban sans en payer les conséquences ? Elle avait encore tant de choses à apprendre, tant de leçons à tirer de ses erreurs. Si seulement la vie l'avait faite plus méfiante... Elle déglutit, ses doigts se resserrant autour de son verre. Le regard posé dans le vide. Et là, elle sentit comme une pression folle l'envahir, lui provoquant une bouffée de chaleur et des frissons comme s'il faisait -50° dans la cuisine. Ses yeux s'embuant de larmes, elle réalisa alors combien ça lui pesait de garder ça pour elle. Mais elle ne voulait rien dire, elle avait trop peur qu'on la blâme, qu'on lui dise que c'était bien fait pour elle, qu'elle l'avait cherché ! Elle se mordit l'intérieur de la lèvre, se forçant à se reprendre. Qu'importe qu'elle ressente le besoin d'en parler, ce n'était pas le moment ni la personne. Jed avait déjà suffisamment de soucis comme ça, pas la peine de l'embêter avec ses conneries d'adolescente irresponsable ! Reniflant discrètement, elle porta son verre à ses lèvres et le termina rapidement, essayant au passage d'oublier le fait qu'elle était orpheline, qu'elle avait perdu ses grands-parents il y avait seulement quelques mois, qu'elle se retrouvait obligé à vivre dans la même maison que son frère alors qu'il était partit il y avait 5 ans de cela et qu'en plus d'avoir refait sa vie, Rose devait supporter celle qui l'avait remplacée -en tout cas, Rose le voyait comme ça- et qui en plus, était atteinte d'un cancer et donc accaparait toute l'attention dans la maison. Rose qui avait toujours été sensible et émotive avait l'impression de vivre un cauchemar tous les jours. Certainement pour ça qu'elle s'était doucement laissée tenter par les soirées de Jed. Embarrassée alors qu'elle venait de passer à deux doigts de se remettre à pleurer, elle tenta tant bien que mal de mentir, la voix légèrement malmenée par quelques sanglots rebelles : « Oui, ça va... Les cours se passent bien.. Et... enfin, à l'école tout va bien. » Oui, à l'école tout va bien, mais ailleurs pas vraiment. Rose baissa les yeux, presque honteuse. De toute façon, comment pourrait-elle oser se plaindre à Jed alors qu'il avait faillit mettre fin à ses jours ? LUI, il avait des raisons d'aller mal, de se plaindre etc. Elle non. Rose était certainement trop dur avec elle, mais elle ne pouvait pas s'en empêcher. Elle avait toujours eu la fâcheuse tendance à toujours vouloir assumer tout, comme si tout était de sa faute. Elle se passa rapidement la main droite sur les yeux, chassant toutes traces éventuelles de larmes. Mais ses yeux restaient rouges, trahissant son malêtre. Silencieuse, Rose fut incapable de relancer la conversation ou d'ajouter quoi que ce soit d'autre.


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Message(#) Sujet: Re: 1527 | On pardonne aisément un tort que l'on partage - JED Mer 18 Mai 2011 - 1:34

* Buuuuuuzzz * Mauvaise question !

En voyant le visage de Rose s'assombrir, en l'entendant déglutir et en constatant que son regard se détournait du sien, Jed percuta qu'il avait de toute évidence misé sur le mauvais cheval en posant cette question présumée anodine. D'abord intrigué, il détailla l'expression fermée et distante de la jeune femme jusqu'à se rendre compte - inquiet - que ses yeux semblaient retrouver l'humidité de tout à l'heure, lorsqu'ils n'avaient pas su lutter contre leurs sanglots. Quoi, que fallait-il comprendre ? Qu'il venait de réveiller en elle de mauvais souvenirs directement reliés à lui et à ce soir tragique qu'aucun d'entre eux n'aurait voulu vivre si on les avait prévenu par avance des conséquences de la Skins ? Le temps d'un instant, une brique sembla lui tomber dans l'estomac et sa respiration ainsi que sa mastication se figèrent. S'il s'agissait bel et bien de ça, il n'en revenait pas de s'être cru assez en confiance et assez pardonné pour commettre la bourde de la ramener plusieurs mois en arrière sans penser au fait qu'elle puisse encore être chamboulée par l'évènement. Automatiquement, son propre malêtre ressurgît, comme si les larmes refoulées de Rose avaient désormais un pouvoir mystique sur les siennes. Il s'en serait donné des gifles s'il n'avait pas eu peur de la faire sursauter tandis qu'elle semblait préméditer sa réponse afin de s'assurer un timbre de voix convainquant. « Oui, ça va ... Les cours se passent bien .. Et ... enfin, à l'école tout va bien. »

Pas dupe, mais trop indécis quant au fait d'être le responsable direct de cette vague de tristesse impromptue, Jed pencha la tête et lui adressa ce regard perplexe qui donnait toujours l'impression qu'il regardait les autres par dessus une paire de lunettes imaginaires posées sur son nez. Ce regard là était sa façon de dire " Et tu penses que je vais te croire ? " sans avoir à formuler sa pensée à haute voix. Non désireux de la forcer à avouer quoique ce soit là où elle avait fait l'effort de ne le forcer à rien en acceptant de retirer ses billes de la partie à propos d'Ella, il ne put se résigner à insister, même s'il la sentait en détresse et qu'il reconnaissait dans ses yeux mouillés la solitude qu'il avait vu pendant de si long moins lorsqu'il se regardait dans le miroir. Que faire, que dire ? Le doute lui était insupportable, il ne voulait pas la voir partir de chez lui en se laissant l'occasion de penser que ces larmes cachées étaient des larmes qui trouvaient leur source dans un problème se référant à lui. Alors, comme pour exorciser le démon tout en respectant le vœu de non argumentation de son amie, il se contenta de soupirer et de murmurer à voix basse ce qu'il estimait nécessaire de dire, juste au cas où, juste pour demander pardon une fois de plus si cette régression dans son attitude positive était aussi de sa faute : « Excuse-moi, je voulais pas te rappeler de mauvais souvenirs. Oublie ce que je viens de dire, c'est idiot ... »

Il y avait dans cette réplique un goût de culpabilité palpable qui laissait clairement sous-entendre qu'il prenait pour lui le malaise de la jeune femme. Les plaies trop fraiches, la sensibilité encore trop écorchée vive et la peur que ces réconciliations ne soient qu'un rêve influaient fatalement sur sa perception des choses. Lui qui brillait par son pessimisme se voyait déjà retomber dans le remord et le malêtre au fil des secondes qui s'égrainaient sans vouloir le contredire dans sa culpabilité. Empathique, il se mit à imaginer ce qu'avaient dû être les semaines et les mois qui avaient suivi le drame et, plus il y pensait, plus il prenait conscience du point auquel sa question avait pu être stupide et déplacée. C'était comme demander à quelqu'un qui s'était vu amputé d'une jambe si le fait de ne pas pouvoir courir ne l'avait pas trop affecté après l'opération ... Évidemment que ça n'allait pas, quoi d'autre ? Cela faisait à peine quelques minutes qu'ils s'étaient réconciliés, elle ne pouvait pas avoir grand chose de joyeux à lui raconter en si peu de temps (partant du principe qu'elle lui avait avoué s'être sentie aussi mal que lui durant tout le temps qu'avait duré leur éloignement). Démuni, con et de nouveau accablé, il n'en fallu pas plus à Jed pour retomber dans la mauvaise estime qu'il avait de lui-même dès qu'il s'agissait de Rose. Preuve qu'il ne se pardonnerait jamais ce qu'elle avait pourtant fait l'effort de lui pardonner, à aucun moment l'idée que le problème puisse venir de quelqu'un ou de quelque chose d'autre ne lui traversa l'esprit. C'était forcément sa faute. Rose allait mal, n'osait pas le lui dire pour ne pas l'accabler, mais c'était forcément sa faute.

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Message(#) Sujet: Re: 1527 | On pardonne aisément un tort que l'on partage - JED Lun 23 Mai 2011 - 13:29



On pardonne

aisément un tort

que l'on partage.


    JED VARGAS & ROSE LANCASTER


    © moi







Pas une seconde Rose n'avait imaginé que Jed prendrait sa réaction de façon personnelle. Pour elle, il était clair qu'elle lui avait pardonnée, qu'elle était même désolée d'ailleurs et que c'était bon, ils tiraient un trait ensemble dessus. Certes cela restait des souvenirs peu agréables et assez angoissants même, mais elle n'avait rien contre Jed. Du moins, elle n'avait plus rien. Désireuse de passer à autre chose, elle avait pensé qu'il en était de même pour son ami. Mais visiblement celui-ci avait plus de mal à se débarrasser de sa culpabilité qu'il ne voulait bien le faire croire. Elle avait tout d'abord baissé les yeux, ne voyant pas le visage de Jed se décomposé face à sa mine triste et malmenée. Elle resta un moment silencieuse, l'esprit envahit de choses et d'autres qu'elle aurait préféré enfouir au fond d'elle et oublier de façon définitive. Mais ça ne se passait jamais comme ça, n'est-ce pas ? Bien malheureusement d'ailleurs. Elle soupira discrètement avant de reprendre la parole, lui annonçant qu'à l'école tout allait bien. Autrement dit, ailleurs, ça ne va pas, mais je ne veux pas en parler. Et encore une fois, ce n'était pas parce qu'elle ne l'appréciait pas assez pour ne pas se confier à lui ou que sais-je encore, mais simplement parce que Rose était tout d'abord toujours du genre à garder les choses pour elle et à essayer de se démerder toute seule, et ensuite parce qu'elle ne voulait vraiment pas emmerder Jed. De toute façon, comment réagirait-il en apprenant que peu de temps avant leur soirée, Rose avait déjà perdue son innocence avec Esteban ? Sans qu'elle le veuille, évidemment. Non, elle redoutait trop de refaire naître les remords de son ami, sans même se douter que ceux-ci n'avaient en vérité jamais disparu. Rose était définitivement trop naïve et optimiste. Ce dernier n'étant pas toujours une qualité, la preuve. Après coup, elle releva la tête et aussi son regard se planta dans celui de son ami. Pas la peine d'être devin pour voir que Jed n'en croyait pas un mot et qu'il avait largement ressentit sa détresse. Elle déglutit, gênée. Elle n'aimait pas être aussi vulnérable et déchiffrable, mais elle n'avait jamais pu contrer cette nature. Trop émotive et fragile, elle n'était pas le genre de personne capable de camoufler ce qu'elle ressentait. Chose que parfois, elle apprécierait néanmoins. Tentant un sourire maladroit alors qu'elle ravalait tant bien que mal ses larmes qui forçaient de plus en plus la sortie, elle resta cependant silencieuse face à l'anxiété de Jed.

« Excuse-moi, je voulais pas te rappeler de mauvais souvenirs. Oublie ce que je viens de dire, c'est idiot ... » Rose fronça brusquement les sourcils, le détaillant avec incompréhension. De mauvais souvenirs ? Il lui fallut quelques secondes avant de saisir qu'il parlait certainement d'eux. Mais Rose n'en était pas entièrement convaincue. Se retrouvant alors dans une situation délicate -bah oui, si elle se trompait, elle ne voulait pas qu'il puisse croire qu'elle pensait encore à cette fameuse nuit et qu'elle avait du mal à passer outre, mais si c'était bien ça elle ne voulait pas le laisser croire pareille chose ! enfin, vous voyez le dilemme ?- Rose ne sut tout d'abord quoi répondre. Les yeux dans le vague, elle resta songeuse un moment. Puis, doucement elle se leva et emporta sa chaise avec elle, venant s'installer à côté de lui. « Tu pouvais pas savoir... » Autrement dit, si tu ne pouvais pas savoir, c'est que ça n'a aucun rapport avec toi. Elle leva doucement sa main et la déposa sur la joue de son ami, la lui caressant avec le pouce, dans un geste lent et tendre. Puis elle laissa retomber sa main sur son bras, son regard suivant le mouvement. Une larme un peu trop féroce parvint à franchir ses paupières et commença à rouler. Mais Rose ne lui laissa pas le temps d'aller bien loin. Elle l'effaça d'un doigt et passa sa main sur ses yeux pour les sécher. Dans un sourire triste elle reprit : « On a tous nos petits soucis, ça arrive. » Résolue à ne pas s'étendre sur le sujet, Rose prit une grande inspiration pour chasser cette sensation écrasante qui l'avait envahit. Elle porta son regard sur l'horloge de la cuisine et tiqua. Reposant son regard dans celui de son ami elle déclara : « Je vais y aller, mon frère voulait que je sois là quand il rentrerait. » Oui, Aiden était assez inquiet pour elle ces derniers temps, ressentant sans mal les appels au secours silencieux de sa petite sœur. Soucieux, il avait largement fait comprendre qu'il aimait la savoir à la maison, connaissant sa facilité à s'isoler quand elle allait mal. Et Rose n'avait pas eu le courage de le contrer. Elle se leva de sa chaise et se pencha en avant, enlaçant son ami avant de lui déposer un baiser sur la joue en ajoutant : « Si tu n'as rien de prévu ce weekend, on pourrait faire quelque chose ? » .. Avec Ella ? Faillait-elle demandé. Mais elle se souvint de sa promesse de ne plus se mêler de ça et de le laisser gérer. Alors, elle se ravisa, désireuse malgré tout de le voir dans le weekend. Ça leur changerait les idées et marquerait encore plus la page qu'ils venaient de tourner ensemble. Et Rose en avait besoin. Enfin quelque chose qui s'arrangeait, enfin un poids enlevé.




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1527 | On pardonne aisément un tort que l'on partage - JED

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