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 It seems it's written but we can't read between the lines | Celie

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Message(#) Sujet: It seems it's written but we can't read between the lines | Celie Mer 2 Fév 2011 - 22:59

    Dans les films, on dirait toujours que le pardon est quelque chose de facile à accorder. Quelques larmes, un bégaiement qui vient gâcher de si touchantes excuses ou au contraire une divine arrogance posée sur un argumentaire béton, et le tour est joué! Comme quoi les films n'ont décidément rien à voir avec la réalité.
    Après un mois d'absence, elle était revenue, presque si de rien n'était. Je l'avais assez aimée pour l'épouser et vouloir passer ma vie avec elle, mais elle n'avait pas cru bon de me faire part de ses doutes, et avait préféré s'enfuir pour réfléchir au calme. Je ne savais pas ce qui était le pire: qu'elle n'ait pas eu assez confiance pour m'en parler, ou qu'elle n'ait pas trouvé de meilleure solution que le départ. Honnêtement, j'arrivais pas à déterminer. Il m'avait semblé qu'elle était heureuse avec nous, que cette vie de famille lui plaisait... mais elle n'avait pas hésité à nous abandonner, moi et ses propres enfants. Elle avait beau dire et redire qu'elle regrettait, qu'elle se rendait compte désormais que c'était une erreur, c'était trop facile. Et cette année, la Saint Valentin n'était pas vraiment à la fête.

      FLASH BACK
      (plus tôt dans la journée)

      Assis à la table de la cuisine, une tasse de café encore fumant à la main, Basil relit pour la énième fois le même passage. Tout le reste lui convient, fidèle à l'idée et à la vision qu'il pouvait en avoir en tête, mais il bloque sur ce dernier morceau de bravoure. Crayon gris à la main, il tente une nouvelle modification qu'il rature aussitôt, puis abandonne, soupir à la clé.
      - Toujours le même problème?
      Il ne prend même pas la peine de la regarder, fixant sa feuille noircie par les traits de gomme.
      - Ouais...
      Elle soupire à son tour, avance jusqu'à lui, puise se lance après une dernière hésitation.
      - Bonne Saint Valentin au fait...
      Basil lève alors enfin les yeux en dehors de son manuscrit, comme surpris.
      - C'est aujourd'hui? On est le 14?
      Elle hoche la tête avec un petit sourire triste.
      - Oui. Je sais que cette année c'est un peu spécial et j'attends rien de ta part, mais je t'ai écrit cette lettre...
      Elle la lui tend, épais paquet de plusieurs pages enfermées dans une simple enveloppe blanche, et parait soulagée de le voir l'accepter.
      - Euh... merci?
      Elle se tourne vers la cafetière afin de se préparer son petit déjeuner et de lui laisser le temps de lire tranquillement, mais des pleurs en provenance de la chambre des jumeaux viennent perturber l'ordre des choses prévu. Il referme presque machinalement l'enveloppe qu'il repose sur la table et se lève, avec un signe de tête en direction de sa direction.
      - Je la lirai plus tard, je m'en occupe.

      FIN DU FLASH BACK


    De la Saint Valentin donc, il n'y aura cette année que cette lettre, ce qui ne me perturbait pas outre mesure. Ce genre de célébration n'avait jamais été mon truc, simple fête commerciale décrétée comme telle par les fournisseurs de chocolats ou de produits en forme de coeurs, allez savoir, mais c'était aussi quelque chose que Parfaite appréciait, et on l'avait fêtée à chaque fois depuis que nous étions ensemble. Rien de bien extraordinaire, juste une petite attention de plus, histoire de marquer le coup, entre ces heures bien remplies qui composaient nos journées. Cette année par contre...

    Comme souvent, si l'appel venait de l'un des jumeaux, le second prenait le relai quelques minutes après. Autant dire que s'occuper d'eux n'était pas de tout repos, et accaparait bien plus de temps que ce que j'aurai pu le croire. Pour m'en être occupé quasiment tout seul pendant un mois, je savais de quoi je parlais! J'avais donc très vite compris en arrivant dans la chambre que cette fois c'était Hector le premier à réclamer son biberon, et Elinor avait suivi, comme à son habitude, alors que son frère commençait seulement à se calmer. A deux, ce genre de situation était amplement gérable, mais, malgré le retour de Parfaite, je continuais à essayer de me débrouiller seul. Je savais comment les choses marchaient désormais, et je n'avais plus autant peur de les pousser à patienter que leur tour arrive. De toute façon, je n'avais pas eu d'autre choix, et ils s'en étaient suffisamment bien accommodés pour que je prenne bon espoir quant à la suite. Et, l'habitude aidant... Son retour n'avait ainsi pas totalement bouleversé la douce routine de mes jours, et par moment j'avais presque l'impression que l'on évoluait l'un en parallèle de l'autre plutôt qu'ensemble. La matinée s'était ainsi déroulée sans que l'on n'échange plus que quelques phrases, et la lettre était restée posée sur un coin de table. Inutile de préciser que je n'allais pas plus la lire au moment du repas! Je l'avais donc prise avec moi en quittant la maison en début d'après-midi, laissant Parfaite recevoir son frère et s'occuper un peu des jumeaux. Il fallait que je réapprenne à lui faire confiance, et ça passait par là. Au fond de moi, je me disais que je faisais peut être une erreur, et qu'elle allait peut être s'enfuir de nouveau mais en les emportant cette fois-ci avec elle, mais je n'avais pas d'autre moyen de m'en assurer que ça... Alors il fallait que l'expérimentation se fasse...

    Mes pas me guidaient d'eux-même puisque je n'avais eu aucune idée de ma destination en partant. J'avais surtout besoin de m'aérer, de me changer les idées, et la direction m'importait vraiment peu. C'était donc presque par hasard que je m'étais trouvé aux pieds du Miami Bridge bien que, en y réfléchissant, j'y étais venu si souvent ces derniers temps que ça en était presque normal. La rénovation des lieux après l'ouragan en avait fait l'un des endroits les plus agréables du quartier, et la paisibilité ambiante en avait fait la destination privilégiée de mes sorties avec les petits. Seul cette fois, je me posai sur le premier banc venu, et sorti la lettre de la poche.
    J'hésitai. J'avais envie de la lire, de savoir ce qu'elle pouvait contenir, mais en même temps j'avais peur de ce que je pourrais y trouver. Et si elle m'avait menti sur ses premières explications? Et si elle voulait tout arrêter pour de bon cette fois, et qu'elle n'avait pas eu le courage de l'exprimer avec de véritables mots? Et, au bout d'une dizaine de minutes, j'en étais toujours au même point, froissant très légèrement le papier entre mes doigts. Bon, il fallait agir. J'inspirai alors un large coup, levant la tête pour une dernière bouffée d'air, quand mon regard s'attacha à un objet en face de moi. Un livre. Mon livre! La lettre sortit alors aussitôt de ma tête, ce que Freud aurait très facilement expliqué. Et si je ne connaissais pas le terme savant, il était évident que ce n'était qu'un phénomène de diversion plutôt efficace qui venait de s'effectuer en moi.
    Il fallait que je me calme. Déjà ça. C'était la première fois que je rencontrais quelqu'un avec mon livre entre les mains, qui plus est en train de le lire. Les séances de dédicace ça ne comptait pas vraiment après tout. Et je me focalisai sur cette lectrice. Avait-elle l'air sceptique? Enthousiaste? Passionnée? J'étais pendu au fil de ses yeux qui, d'une ligne à une autre, parcouraient ces phrases que j'avais pu écrire. Ca en était presque insoutenable, un tel suspense! Mon attention du alors manquer de discrétion puisqu'elle s'arrêta finalement, son regard se braquant sur moi. Est-ce que c'était un simple hasard ou alors s'était-elle sentie observée? Le doute parfait puisque je n'en savais rien... Je secouais alors la tête, prenant l'air aussi détaché que possible, et désignai d'un geste vague de la main le livre. Mon livre. Mon Dieu, "mon" livre!

    Il est bien?

    Question bateau par excellence, mais là je n'avais pas pu faire plus intelligent. Du moins, pas pu faire mieux sans passer pour un ignoble snob prétentieux... autant limiter les dégats comme l'on dit.
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Message(#) Sujet: Re: It seems it's written but we can't read between the lines | Celie Jeu 3 Fév 2011 - 16:48


S'il y avait bien une chose qui étonnerait toujours Celie, c'était le beau temps à Miami en plein mois de Février. A New-York, il fallait bien attendre le mois d'avril pour oser se séparer de son écharpe et son manteau. Ici non, elle ressortait même les lunettes de soleil, c'était à n'y rien comprendre. Ce beau temps relatif était le bienvenue, dans la journée bien maussade de Celie. Ça avait le mérite de la mettre de bonne humeur, un peu du moins. Elle ne travaillait pas aujourd'hui, et très franchement, elle aurait préféré. Se noyer dans le travail, ça vous faisait oublier quel journée pourrie on était. La St Valentin. Elle maudissait ce jour plus que tout au monde! Il faut dire qu'il avait une signification bien particulière, surtout cette année. St Valentin 2006, le premier qu'elle passait avec son chéri. St Valentin 2010, première St Valentin avec son mari. 2012, St valentin qu'elle passait seule, avec ses souvenirs, ses remords et ses regrets. Ce n'était pas une grande romantique, mais elle aimait bien marqué le coup quand même, un petit resto, un bouquet de fleur, elle avait toujours le droit à un petit quelque chose.

Elle devait l'avouer, il lui manquait. Il lui manquait terriblement en fait, et parfois elle regrettait. Les disputes, les chamailleries, la complicité, tout se passait à merveille pourtant. Elle regrettait surtout la façon dont ça s'était passé en fait. Ils s'étaient quitté fâchés, et elle avait tout fait pour. Elle aurait aimé revenir en arrière, ou mieux, revenir à New-York et lui dire qu'elle regrettait, qu'elle voulait ré-essayer, mais qu'elle crédibilité elle aurait hein? "Salut mon chéri, je t'ai laissé comme une merde, de la façon la plus dégueulasse qui soit, mais j'aimerai revenir. Par contre, je ne te garantit pas que je ne te refait pas le même coup dans un mois" Non, c'était hors de question, impossible, in-envisageable. Et puis elle était trop fière pour ça.

A cause de la tempête, sa maison avait été bien amochée, et était en chantier permanent. Les ouvriers faisaient un boucan indescriptible, qui lui cassait sévèrement les oreilles. Elle les aurait bien congédier pour la journée, mais le matin même, en allant faire ses courses, elle avait embarqué la poignée de la porte d'entrée en la fermant... donc les travaux n'étaient pas négligeable. Ainsi, pour échapper à ce capharnaüm, elle avait prit ses clés de voiture, un bouquin choisit au hasard, son sac, et c'était parti!

Elle ne savait pas très bien où elle allait mais après avoir déambuler un peu, elle avait fini près du Miami Bridge. Pourquoi pas s'arrêter ici après tout? Il y avait un coin de verdure, des bancs, tout flambant neuf, et il n'y avait presque personne, se serait parfait! Elle se posa donc sur un des bancs, et sortit son livre "The Ambersand". Elle ne l'avait pas encore commencé celui-là. Comme d'habitude, Celie commençait pas lire le dernier paragraphe de la dernière page. Elle aimait bien essayer de deviner le sujet du livre à partir de la conclusion. Ici, ça ne l'avançait pas beaucoup. Elle débuta alors sa lecture. Mais elle fut bien vite obligé d'arrêter. On l'observait, elle en était sure. Un mélange d'intuition féminine et de paranoïa sans doute, quelque chose comme ça. Elle releva la tête et aperçut alors le responsable. Elle avait donc raison, on l'observait. "Il est bien?" Elle afficha une moue sceptique, mais répondit tout de même. Après tout, même si rien n'égalait New York à ses yeux, les gens à Miami devaient être sympathique, eux aussi. On lui faisait la conversation, elle était polie, donc elle n'allait pas le snober.

- Ça se lit bien...

C'était un bon livre, fluide et agréable à lire, pas de la grande littérature non plus, parfait pour se détendre. Le personnage féminin l'agaçait par contre. L'auteur devait être un homme, pour imaginer une cruche aussi dénué d’intérêt, mais le livre lui, n'en manquait pas.

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Message(#) Sujet: Re: It seems it's written but we can't read between the lines | Celie Ven 4 Fév 2011 - 23:54

    Il m'avait presque semblé que la lettre dans ma poche avait une vie indépendante de la mienne, irradiant de curieuses ondes en ma direction. C'était bête à dire, mais je la sentais, là, tout comme ça avait été le cas quand, ballotée au cours de mes pas, suivant bien gentiment, elle s'impatientait toute seule de me voir lui résister avec autant d'ardeur. Et, à travers elle, c'était toute l'impatience de Parfaite que je sentais. Je l'avais bien vue me guetter ce matin, jetant régulièrement un œil pour voir ce que je pouvais être en train de faire, et si, en particulier, je n'étais en train de la lire. A chaque fois pourtant, j'avais du la décevoir, puisque je ne l'avais pas ouverte. Je me défilais, c'était évident. J'avais ainsi trouvé des trucs à faire pour ne pas me retrouver confronté à ses écrits, préférant encore m'occuper du jardin alors que je détestais ça au plus au point... L'ouragan était passé par là, ravageant les quelques plantes qui avaient survécu à mes années de mauvais soins, et j'y avais vu un signe pour enfin me salir les mains utilement. Et puis, les petits seraient évidement ravis d'avoir un endroit où jouer quand leur âge le leur permettrait, alors autant s'y mettre tout de suite. Arracher les dernières mauvaises herbes, planter un arbuste ou deux, prendre enfin un peu soin du petit cerisier qui faisait de la résistance malgré tous les mauvais traitements qui s'était vu subir... La tâche était désagréable et fatigante, mais au moins elle me donnait une contenance. Et tant pis pour mon blog que je comptais mettre à jour, il n'était plus à un jour près de toute façon...
    J'hésitais, comme à chaque fois que je sentais ma vie sur le point de changer. Je savais que, une fois cette lettre lue, beaucoup de choses changeraient à mes yeux... Enfin, c'était ce que je m'imaginais. J'avais l'impression qu'elle contenait les réponses à des questions qui me hantaient depuis bien trop longtemps pour que je puisse les oublier, et je craignais d'enfin les découvrir. Rien ne pouvait me dire si, une fois que j'en aurais eu connaissance, je me sentirais mieux ou pire. C'était précisément l'alternative qui me faisait douter, parce que je ne voulais pas que les choses ne se dégradent plus. J'avais ma part de responsabilité, quand je cherchais désespérément le sommeil c'était ce que je me disais, mais c'était plus fort que moi. Je n'arrivais pas à tirer un trait sur tout ça, et c'était ma façon de le lui faire comprendre. Quitte à nous perdre tous les deux...
    Et puis la lettre avait brusquement quitté mes pensées. J'avais trouvé mieux. Bien mieux.

    J'avais posé ma question en prenant l'air le plus innocent possible, sans trop m'avancer. Si elle comprenait que j'en étais l'auteur, probablement que sa réponse allait différer de ce qu'elle pensait réellement, ne serait-ce que pour ne pas me froisser. Elle pouvait très bien ne pas aimer, elle en était libre, mais c'était bien plus difficile à assumer que la plus simple hypocrisie. Si tant de personnes y avaient recours, ce n'était quand même pas un hasard... Mais sa réponse, malheureusement, n'était pas vraiment pour me rassurer ni rien, comme si elle n'en pensait rien. Ça se lit bien... Un bête "ça va" aurait été aussi bien, comme un haussement d'épaule associé à un "jm'en fous". Quoi que, là j'aurai pu en déduire autre chose qu'un manque d'intérêt total, plutôt du côté de la misanthropie. Mais passons.
    Je devais reconnaître que j'étais un peu vexé. Bien sûr, j'aurai aimé que ses yeux se mettent à briller et qu'elle me dise tout le bien qu'elle pouvait en penser, laissant même s'échapper une larme d'émotion au souvenir d'un passage qui lui aurait particulièrement plut. Ça aurait été bien, c'est sûr, dommage que les choses ne se passent pas comme ça entre gens sincères, ou si rarement. Sa réponse était d'une platitude désarmante, mais au moins ce n'étais pas un mensonge... Même si, dans l'immédiat, je n'aurais pas été contre une petite illusion quant à mon talent, que j'aie au moins ça à me rattacher. Dommage.
    Je fis un sourire légèrement forcé que j'accompagnai d'un petit rire, comme si je trouvais sa réponse amusante. Ce n'était pas vraiment le cas, mais autant conserver les apparences intactes.

    C'est pas très enthousiaste comme réponse ça! Il me semble qu'il a pourtant pas trop mal marché... mais bon, les best-sellers sont parfois d'horribles bouquins, c'est vrai...

    Est-ce que j'étais en train de prêcher pour ma paroisse, ou au contraire de m'enterrer vivant moi-même? Mon roman était loin d'être en tête des ventes, certes, mais il avait quand même assez bien marché pour qu'un deuxième tirage ait été lancé, et pour qu'on me propose plusieurs interviews dans divers magazines. J'avais malheureusement dû en refuser la plupart, ma situation personnelle ayant connu un crise assez importante, mais le seul fait que l'on ait pensé à moi montrait que je n'étais pas un petit rigolo complètement dénué de talent. Enfin, c'était comme ça que je l'avais pris en tout cas...
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Message(#) Sujet: Re: It seems it's written but we can't read between the lines | Celie Dim 6 Fév 2011 - 23:50


Celie resta perplexe. Elle trouvait le comportement de son interlocuteur étrange. Il était clair que son rire était forcé, et que ses propos avaient quelque chose de faux. Elle n'arrivait cependant pas à en déterminer la cause. Il avait entamé une conversation tout ce qu'il y a de plus banale et des plus anodine, pourtant il semblait se forcer. Elle fronça les sourcils, mécontente. Elle n'aimait pas ça, même si pour le moment, aucun danger n'était à présager, elle avait l'habitude d'être méfiante envers les inconnus. Après tout, le dernier inconnu avec laquelle elle s'était lâché, elle s'était marié avec, alors elle préférait ne pas faire la même erreur deux fois. Celie corna la page où elle était arrivé, et referma son livre, qu'elle posa à côté d'elle; Puis elle fouilla dans son sac, et en sortit un paquet de cigarette, en prit alors une et l'alluma. Il fallait toujours qu'elle ait les mains occupées, la clope était un remède miracle de ce point de vue là.

- J'aurais pu vous donner un avis plus développé, si vous ne m'aviez pas arrêté au bout de la trentième page... dit-elle sèchement.

Ça avait le mérite d'être direct au moins, à défaut d'être sympathique. Elle était cassante, un peu trop, même pour elle. Il faut dire que Celie fait tout dans l’extrême: elle s'emporte vite et beaucoup, réagit au quart de tour, et fait les choses passionnément. Aucune de ces idées n'est anodine ni fade, et il en est de même pour ses réactions. Le souci principal étant qu'elle se rend compte de ces abus, une fois qu'ils sont commis.
La seule exception à la règle étant son propre bonheur. C'est un concept avec laquelle elle a beaucoup de mal, parce qu'elle est persuadé que si on s'y lâche, si on s'y abandonne et qu'on s'y laisse prendre, tout s'envole dans la seconde, comme une mauvaise blague, un cauchemar sans fin. Alors non, elle vivait à fond chaque minute, mais ça, c’était quelque chose de beaucoup trop abstrait pour même y penser, de beaucoup trop surréaliste pour se prendre au jeu. C’était une défaitiste dans l’âme, elle en avait parfaitement conscience et elle vivait très bien avec, et c’est tout.

Elle fit une grimace. Non vraiment, elle n’aurait pas du l’envoyer paitre de cette manière, c’était tout sauf classe, en plus d’être grossier et mal polie. Elle s’était pourtant promit d’arrêter de prendre tout le monde pour des crétins finis, qui avaient pour unique but dans la vie que de l’emmerder, mais c’était vraiment une sale habitude. Et on sait à quel point les habitudes ont la vie dure.

- Vous l’avez lu? Dit-elle, en tirant sur sa clope.

Maintenant que son livre était fermé, Celie avait reporté toute son attention sur l’homme en face d’elle, critique littéraire à ses heures perdues. Ses traits étaient fins, et il était assez bel homme, elle devait bien l’avouer. A première vue il était plus jeune qu’elle, mais pas de beaucoup, même s’il avait les traits tirée, pour une raison inconnue. Elle avait l’impression de l’avoir déjà vu, même si elle aurait été bien incapable de dire où et dans quelle circonstance. Il habitait peut-être dans son quartier? Elle avait vu tellement de têtes défilées devant sa porte d’entrée pour lui souhaiter la bienvenue, qu’elle ne se souvenait pas de la moitié d’entre elles.

- Vous avez laissé tombé quelque chose par terre…

C’était un tas de feuilles blanches écrites manuscritement, mais de là où elle était Celie aurait été incapable d’en dire d’avantage.

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Message(#) Sujet: Re: It seems it's written but we can't read between the lines | Celie Sam 12 Fév 2011 - 0:00

    La passion de l'écriture m'avait pris relativement sur le tard, alors que j'étais au lycée, mais ne m'avait pas lâché depuis. J'écrivais pour le journal de l'école, pour moi, mon plaisir comme celui des autres, sans toutefois envisager tout de suite une possible carrière dans ce domaine. J'avais beau avoir écrit quantité d'histoires avec mon meilleur ami pendant nos années de primaires, c'était juste un passe temps. Et puis, j'avais compris que ça me plaisait vraiment. Me pencher sur une page blanche, ôter le bouchon de mon stylo-plume, et enchainer les lignes, au gré de mon inspiration, encore et encore, jusqu'à plus soif. C'était la plus grande des libertés qui s'offrait à moi à un moment où j'en avais eu le plus grand besoin... comme quoi parfois les vocations ne tiennent pas à grand chose. Quelques bonnes idées, des personnes qui croisent assez en vous pour vous encourager, et une bonne dose de travail fait le reste! C'était ainsi que je voyais les choses, et elles me le rendaient bien. A la seule différence qu'en ce moment je n'arrivais plus à rien, alors qu'auparavant c'était lorsque je me sentais le plus mal que j'arrivais à ce que j'estimais être mon meilleur. Du temps avait passé, et peut être que j'avais moi-même trop changé pour continuer sur cette voie...

    Voir une lectrice de mon roman avait aussitôt ravivé mes plus fous espoirs de gloire. Comme si, parce que le destin avait décidé de la mettre sur la route, il me faisait par la même un clin d'œil complice pour me dire que tout allait bien se passer. C'était indéniable, tout allait bien se passer. Après tout, quelle était la probabilité que je vienne ici parmi tous les lieux où je pouvais me rendre, que je trouve quelqu'un en train de lire, et que ce soit mon livre plus que n'importe quel autre? Mes cours de maths étaient bien assez loin derrière moi pour m'empêcher de répondre, mais il me semblait que la valeur ne devait pas être si élevée, un zéro, une virgule, et puis plein d'autres petits zéros avant un nombre misérable... D'une certaine façon je pouvais donc m'estimer heureux, mais ce n'était pas franchement l'extase non plus... surtout vu les réponses auxquelles je pouvais avoir droit J'aurais pu vous donner un avis plus développé, si vous ne m'aviez pas arrêté au bout de la trentième page.. Argh, touché en plein cœur. Pas faux du tout. Mais si je l'avais laissée lire, j'aurai probablement eu l'air encore plus bizarre, à attendre qu'elle ait fini, comme un pervers guettant sa proie. Non, ça aurait définitivement été trop bizarre! Mais sa remarque restait néanmoins assez pertinente pour que je me sente gêné. De l'avoir dérangée d'abord, et de ne pas avoir eu la patience de trouver une quelconque occupation pour pouvoir ensuite l'en entendre parler avec plus de conviction.
    Son ton était sec, sans appel. Fin de la discussion. Tant pis. Pourtant, ce fut elle qui reprit le flambeau la première, à mon grand étonnement. Vous l’avez lu? Elle posa sa question entre deux bouffées d'une cigarette qu'elle s'était allumée peu avant. J'avais plus ou moins arrêté de fumer durant ces derniers mois, recommençant malgré tout après le départ de Parfaite, et cette odeur avait le don de me calmer. Les raisons pour lesquelles j'avais commencé à l'âge de 17ans n'étaient pas vraiment les meilleures qui soient, mais j'avais conservé, malgré les années, cette sorte de douceur dans laquelle ma première cigarette m'avait plongé. En tout cas, tout n'était pas si perdu que ça, et un maigre sourire s'arracha de lui-même de mes lèvres.
    Et j'allais pour répondre, quand elle reprit la parole. Vous avez laissé tombé quelque chose par terre... Je baissai les yeux vers le sol et y découvrit la lettre de Parfaite, tombée du banc où je l'avais posée. Je n'avais pas réussi à me résoudre à la lire, mais pas à la ranger non plus. Je l'avais donc laissée à coté de moi, au cas où j'arriverais enfin à trouver le courage nécessaire à l'entamer. Et là, maintenant, elle était sur le sol, à moitié chiffonnée par mes trop nombreuses manipulations. Un signe supplémentaire du destin, pour que je ne la lise pas peut être? Pourtant je la ramassai, repliant ensuite l'ensemble en évitant de le regarder.

    Rien de bien important, mais merci...

    Si Parfaite m'entendait, probablement qu'elle aurait envie de m'étriper sur place. Considérer sa lettre comme n'étant pas importante, je savais que c'était lui faire un cruel affront, comme lui dire qu'elle-même n'était pas importante, mais je n'avais rien trouvé de mieux à dire. C'était sorti comme ça. Pire que la vérité, le fond d'une pensée. Je ne savais même pas si j'y croyais. La seule chose dont j'étais sûr était que je n'avais pas envie de m'étendre sur le sujet, ni d'en parler avec une parfaite inconnue. Et entre mes mains, le papier se froissa un peu plus.

    Et, euh... Pour répondre à votre question, non je l'ai pas lu. Ma femme l'a adoré, mais je suis pas sûr qu'elle soit très objective...

    Et ce ne fut qu'une fois ma phrase prononcée, que je réalisai que je m'étais grillé, tout seul et comme un grand. Merde... Trouver un truc pour rattraper le truc, vite, n'importe quoi, la première ânerie susceptible d'être une bonne raison, n'importe quoi qui l'aiguille sur une fausse piste.
    J'eus alors un petit rire idiot, indépendant de ma volonté, mais qui n'était en tout cas pas pire que ma bourde. Une chance qu'elle n'ait pas eu l'air de comprendre le sens caché de la phrase, même s'il valait mieux en rajouter une couche, au cas où.

    Je veux dire, elle connait l'auteur, donc ça brouille un peu les choses...

    Et je haussai les épaules, comme pour dire qu'effectivement ce n'était pas vraiment indiqué pour considérer une oeuvre sous sa véritable valeur, jouant jusqu'au bout mon petit cinéma.
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Message(#) Sujet: Re: It seems it's written but we can't read between the lines | Celie

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