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 ~ i don't like rabbits. they always look like they're about to say something, but they never do.

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Message(#) Sujet: Re: ~ i don't like rabbits. they always look like they're about to say something, but they never do. Lun 25 Avr 2011 - 9:14

Qu’il s’appelle Oscar, Flynn ou Logan, pour la première fois de sa vie… Il avait la sensation d’être libre. Véritablement libre. Ce n’était pas une illusion qu’un livre ou un film pouvait lui apporter, c’était la réalité. Sans doute que l’alcool aidait un peu, mais il était persuadé qu’il devait tout cela à Jack. Sa Jack. Il ne savait pas son véritable prénom et au fond, il s’en moquait. Il savait juste qu’elle était là, à côté de lui et prête à découvrir avec lui des trésors dont il ignorait tout. N’était-ce pas cela la liberté ? Se savoir enchaîné et en sourire ? Bien sûr. Il était libre. Tellement libre. Dans les films, les gens finissaient toujours par crier pour prouver au monde qu’ils étaient là. Lui aussi voulait le faire. D’autant plus que sa camarade l’avait également encensé sur cette voie. Alors, ils allaient crier. Flynn ouvrit la bouche en voyant la jeune femme excité à son tour mais… Aussitôt, il l’avait refermé. Il ne savait pas véritablement comment s’y prendre et il refusait obstinément de briser l’enthousiasme de Jack qui, elle, devait avoir crié des millions de fois. Il fallait qu’on lui explique. Il fallait toujours qu’on lui explique tout de toute façon. La vie était pour lui une sorte de mystère dont chaque réponse se cachait en chaque personne. Il avait simplement peur d’aller les chercher. Elle avait alors penché la tête sur le côté. Sa question laissait donc si perplexe que cela ? Flynn se mordilla la langue, un peu honteux de ne pas être comme tout le monde. « Tu n'as jamais crié ? Ce n'est pas bien difficile, tu verras. Rien qui ne mérite un mode d'emploi. Et c'est inné. T'es programmé pour le faire. Faut juste que tu trouves le bon bouton. Sérieux, tu cries jamais ? Tu devrais, ça fait du bien. Bon, pas trop longtemps, sinon ça te nique la gorge, j'te préviens. Mais bon. Ça vaut le coup. » Flynn buvait les paroles de cette fille un peu étrange. Il s’en délectait. Il avait l’impression de n’avoir jamais autant d’aussi belle chose. Tout ce qu’elle disait semblait si naturel. Les gens étaient tous, au fond, de vrais comédiens. La plupart d’entre eux jouaient un rôle et chaque cri, chaque parole était calculée… Là, rien. Il ne percevait ni stratégie, ni réflexion, ni jeu. Il était simplement planté face à elle. La bouche ouverte. Complètement béat d’admiration. « Non, je n’ai jamais crié. Je suis le stéréotype parfait du type coincé, mal dans sa peau et malheureux au possible. Je suis l’exact reflet d’un personnage de série. Je suis le bon copain, celui qu’on appelle pour se divertir mais qui au fond, serait toujours un peu plus détruit que les autres. Du moins, c’est ce qu’il pense. Parce que je suis aussi le stéréotype parfait du gars qui n’a aucune empathie et ne s’intéresse qu’à sa gueule et qui croit dur comme fer que la vie s’acharne uniquement sur sa pauvre petite tête. Tu vois, je n’ai jamais crié. J’ai l’impression de ne pas en avoir le droit. Mais… Je peux, tu crois ? » La question avait été posé innocemment alors que les nombreux qualificatifs qu’il avait prononcé pour se décrire lui lacérait tendrement le cœur. Il avait toujours eu honte de lui mais aujourd’hui, grâce à Jack, grâce à ses paroles rassurantes et grâce à ses souries, il avait l’impression de valoir un tout petit plus que ce stéréotype de série. Ce n’était pas qu’une image sur du papier. Il était plus que ça. Un être en trois dimensions, même s’il ne le savait pas. Il fallait tout de même qu’elle lui apprenne à l’être. Il lui faudrait un mode d’emploi pour s’animer et devenir quelqu’un. Il était certain qu’elle serait le meilleur des professeurs pour ce genre de chose. « Je ne comprends pas tout ce que tu dis, je crois. Mais y'a pas de mode d'emploi pour être comme moi. Ou s'il y en a un, je ne l'ai jamais lu. Être comme moi, ça implique de jamais lire les modes d'emploi. De jamais agir comme on est supposé le faire, mais de toujours agir comme on a envie d'agir. Okay, ça a peut-être l'air facile comme ça, et c'est vrai que je trouve ça plutôt simple, mais, honnêtement, j'ai l'impression que les trois quarts de la population des environs a oublié comment on fait, je veux dire, comment on fait pour agir naturellement, instinctivement. Ils ont lu trop de modes d'emploi, c'est ça leur problème à mon avis. Le mode d'emploi de comment accueillir la nouvelle voisine, avec un panier de muffins tout chaud, que t'as pas fait toi même et que t'as juste réchauffés, mais ça elle le sait pas. Le mode d'emploi de comment draguer un mec, en touchant sans cesse tes cheveux et en gloussant comme une poule, en te faisant passer pour une idiote pour renforcer son complexe de supériorité. Le mode d'emploi de comment gérer sa vie sociale, en léchant l'cul des gens influents et en snobant les autres. Je te le dis, de toi à moi, euh, ou de moi à toi, et je te le dis parce que je pense que t'es un chic type Oscar : j'emmerde les modes d'emploi. Et tu devrais en faire de même. Je dis ça pour ton bien. » La mâchoire de Flynn se décrocha doucement. Tout ce qu’elle disait était tellement beau. Elle venait de lui dire la chose la plus belle qu’il n’avait jamais entendue et tout ce qu’il trouvait à répondre était un : « WAW ! » admiratif, certes, mais franchement peu élaboré pour de telles circonstances. Déglutissant avec difficultés, Flynn voulait lui montrer la bonne fois dont il faisait preuve. Sa voix se fit à peine audible alors qu’il risqua un : « J’emmerde les modes d’emploi ! » Ca le fit sourire. Comme un con. Il avait sourit comme on sourit en recevant un caramel. Parfait crétin. Parfaitement heureux.

« J'déconnais, hein. J'ai jamais fait ça. T'es un privilégié, je me dessape pas devant tout le monde chaque fois qu'il pleut. Ce sera ma première fois. » Le sourire taquin qu’elle lui offrit le fit sourire à son tour. Il était heureux de pouvoir être, en quelque sorte, la première fois de quelqu’un. Surtout dans un domaine aussi étrange. Il allait finalement compté pour quelque chose et ça l’émoustillait. « Je te promets que ça fera pas mal. » Avait-il assuré d’un ton ironique ; se rappelant de leur moment : Je te viole, tu me violes, on se viole ? Flynn trouvait cette soirée plaisante et ne souhaitait pas qu’elle se termine. Pourtant, à chaque fois, des centaines de choses lui faisaient penser qu’ils n’avaient rien en commun et qu’elle finirait par se lasser de lui. Elle aurait eu toutes les bonnes raisons du monde, ceci dit. Lui et ses questions agaçantes. Et le pire, ces demandes incessantes ! « Je t'apprendrai. Mais qu'est-ce que tu sais faire au juste ? J'aimerais bien que tu m'apprennes quelque chose, histoire qu'on soit quittes. » Et comme il s’y était attendu, le retour de manivelle. Trop de demandes, aucune réponse. Il se mordilla la lèvre à cette question. Il fallait s’y attendre, personne ne donnait sans rien attendre en retour. Même Jack. Cela aurait pu le décevoir. Mais pas le moins du monde il ne s’en offusqua. Posant son doigt sur son menton alors que l’eau ruisselait sur son visage, Flynn réfléchissait à ce qu’il savait faire. Il savait décevoir, fuir, mettre en colère, faire pleurer, faire crier, faire pitié, faire la manche, gagner du fric de manière peu légale, dévisagé les gens, erré comme un abruti, vivre dans la rue, faire semblant d’être heureux, se montrer égoïste… Il savait faire un tas de chose, mais rien d’amusant. Alors, posant son regard dans celui de la jeune femme, il récita : « Je sais siffler, plier mes vêtements comme un grand, regarder un film d’amour sans pleurer, tricher à une partie de carte, sourire sans en avoir envie, me fermer comme une huitre, détester plus vite que mon ombre, donner des coups dans une poubelle, faire une lessive, ranger les choses qui prennent trop de place, être discret, me vanter de choses que je ne sais pas faire, emmerder les modes d’emploi, défaire les braguettes, être odieux, embrasser avec beaucoup de bave, marcher sur les mains, jongler avec des bananes, manger comme quatre, foutre la paix au monde quand il le faut, paraître contre, poser des questions, trop demander. » S’arrêtant soudain, il laissa un vague sourire illuminé ses traits avant d’ajouter : « Rien d’intéressant, en somme. » Et alors qu’il se relevait après avoir aidé la jeune fille à enlever son pantalon, il rougit quelqu’un peu en lui assurant qu’il était bon de savoir qu’il était particulièrement doué avec ses doigts. Ah ! La honte. Quel moche sentiment. « Ton caleçon est très bien, ne t'inquiète pas. Par contre retire tes chaussettes, ça manque de classe. Et, hum... En vue des circonstances actuelles, de notre tenue, de cette magnifique pluie, je dirais qu'on va danser... » Obéissant, Flynn ôta ses chaussettes qu’il envoya valser quelques mètres plus loin. Ne mettant pas la parole de la demoiselle une seule fois en doute. Le suspens qu’elle laisse planer ne le désintéresse pas totalement alors qu’il suit des yeux les mouvements de son corps. Cette danse lui dit vaguement quelque chose, mais comme ça s’appelle encore ? Trou noir. « ... Le tango ! » AH ! C’était ça ? Il arqua un sourcil, peu sûr de cette réponse. Mais après tout, ils s’en moquaient, pas vrai ? Flynn attrapa alors la main de Jack et… Et quoi ? Il n’avait pas la moindre idée de quoi faire avec cette dernière. Et après réflexion, il n’était pas sûr de vouloir danser. « Tu veux vraiment danser, Jack ? On pourrait faire autre chose ! Je suis fatigué, en fait. » Il laissa d’ailleurs un bâillement lui déformer les traits. Et sans crier gare, il relâcha la main de la jeune fille et se coucha sur le sol. Fermant les yeux, la bouche ouverte, il récolta la pluie qu’on lui offrait. Il aurait bien aimé danser avec elle, il ne l’avait pas proposé pour rien d’ailleurs… Mais non, la fatigue jouait bien trop contre lui !
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Message(#) Sujet: Re: ~ i don't like rabbits. they always look like they're about to say something, but they never do. Dim 1 Mai 2011 - 17:51

« Non, je n’ai jamais crié. Je suis le stéréotype parfait du type coincé, mal dans sa peau et malheureux au possible. Je suis l’exact reflet d’un personnage de série. Je suis le bon copain, celui qu’on appelle pour se divertir mais qui au fond, serait toujours un peu plus détruit que les autres. Du moins, c’est ce qu’il pense. Parce que je suis aussi le stéréotype parfait du gars qui n’a aucune empathie et ne s’intéresse qu’à sa gueule et qui croit dur comme fer que la vie s’acharne uniquement sur sa pauvre petite tête. Tu vois, je n’ai jamais crié. J’ai l’impression de ne pas en avoir le droit. Mais… Je peux, tu crois ? » Fronçant rapidement le bout de son nez, Hazel réfléchit. Passe en revue les dernières secondes, se remémore chacun des mots que Oscar a prononcé, et s'efforce tant bien que mal de leur attribuer un sens, de comprendre ce qu'il a voulu dire. Elle veut vraiment comprendre. Ça l'intéresse et elle veut savoir. Mais il laisse passer trop d'informations en trop peu de temps, et la pauvre petite a du mal à emmagasiner tout cela. Au bout de quelques secondes d'intense réflexion pourtant, cela vient. Elle finit par saisir l'idée d'ensemble. « J'ai pourtant l'impression que tu as eu plus de raisons que moi pour crier. C'est n'importe quoi cette vie, pourquoi est-ce que ce sont toujours les gens qui n'ont aucune raison de se plaindre qui crient, alors que ceux qui ont vraiment quelque chose qu'ils ont envie de pousser hors d'eux ne sont jamais en droit de le faire, genre, vocalement ? Et au passage je n'ai aucune idée de ce qu'est un stéréotype. Enfin, on m'a expliqué. Mais je comprends pas, concrètement, comment on peut être un stéréotype. Est-ce que c'est, euh, un abus de langage ? » La notion de stéréotype n'avait jamais réussi à percer son chemin jusqu'à la charmante cervelle de moineau de la jeune fille. Les êtres humains lui paraissent tous complexes et compliqués, et elle est incapable de les réduire à des stéréotypes. Parfois, elle se demande si les personnages de ses séries favorites sont des stéréotypes. Est-ce que Spock est un stéréotype ? Elle ne l'espère pas. Ça serait dommage. Et puis il n'a pas une tête de stéréotype.

Hazel ne savait pas trop ce à quoi elle s'attendait en prononçant son petit discours sur les modes d'emploi, ou au fond elle le savait très bien : elle ne s'attendait à rien. C'était un de ses principes de vie, n'avoir aucune attente spécifique. Mais quand Oscar manifeste de l'intérêt, et même de l'admiration, en réaction à ses propos, elle baisse les yeux, sceptique. Est-ce qu'il se moque d'elle ? Elle essaye de se convaincre que non. Il se joint à elle pour emmerder les modes d'emploi, alors il doit être sincère, non ? Décidée à avoir confiance, au moins pour cette fois, Haze relève le regard et sourit, d'une petite sourire timide quoique non dénué d'une certaine malice, en guise de remerciement. C'est tout ce qu'elle peut lui offrir, en vérité.

« Je te promets que ça fera pas mal. » Pour toute réponse, elle sourit, amusée par la référence qu'elle a comprise pour une fois. Elle ne réalise pas qu'avec la réflexion qu'elle fait suivre, elle passe à deux doigts de décevoir son camarade. C'est une chance qu'ils évitent ce désastre. Car si Oscar avait été déçu et avait jugé bon d'exprimer sa déception, je ne donne pas cher de sa pauvre peau. Hazel ne supportait pas qu'on soit déçu par elle. Elle lui aurait peut-être hurlé dessus -puisqu'il avait été démontré qu'elle affectionnait particulièrement cette activité- et lui aurait demandé de quel droit il se permettait d'attendre quoi que ce soit d'elle et d'imaginer qu'elle correspondait à son idéal tordu. Dans l'esprit de la jeune fille, on ne pouvait pas décevoir quelqu'un, on pouvait seulement être déçu par quelqu'un, et le fautif était alors l'être passif qui idéalisait la réalité au lieu de la prendre telle qu'elle était. Haze est loin d'être parfaite. Mais elle est elle-même. Et c'est bien mieux.

« Je sais siffler, plier mes vêtements comme un grand, regarder un film d’amour sans pleurer, tricher à une partie de carte, sourire sans en avoir envie, me fermer comme une huitre, détester plus vite que mon ombre, donner des coups dans une poubelle, faire une lessive, ranger les choses qui prennent trop de place, être discret, me vanter de choses que je ne sais pas faire, emmerder les modes d’emploi, défaire les braguettes, être odieux, embrasser avec beaucoup de bave, marcher sur les mains, jongler avec des bananes, manger comme quatre, foutre la paix au monde quand il le faut, paraître contre, poser des questions, trop demander. [...] Rien d’intéressant, en somme. » Hazel ne savait ni siffler, ni plier ses vêtements, ni sourire sans en avoir envie, ni détester, ni faire une lessive ou ranger, et encore moins être discrète. Après un rapide calcul, elle réalisa que visiblement elle savait faire bien moins de choses que le jeune homme. « Je veux bien que tu m'apprennes à siffler et à marcher sur mes mains alors. Faire les deux en même temps ça serait bien cool aussi, mais je veux pas trop en demander... » précisa-t-elle, pensive, imaginant tout ce qu'elle pourrait faire une fois que ces deux choses seraient acquises.

Une fois tous deux en sous-vêtements et également débarrassés de leurs chaussettes respectives (quoique, est-ce qu'elles étaient déjà incluses dans la dénomination de sous-vêtements ?) ils s'apprêtaient à se lancer dans un tango qui aurait sûrement été mémorable si Oscar ne s'était pas rebiffé au dernier moment. Perplexe, comme bien souvent, Lilly-Haze observe sa propre main qu'il venait de lâcher, les sourcils froncés, comme si elle voulait réfléchir à quelque chose mais ne savait pas quoi. Ne jugeant pas opportun de poursuivre une réflexion aussi infructueuse, elle acquiesce aux propos du jeune homme avant de s'allonger à ses côtés, parfait petit mouton. Ça l'arrangeait bien, au fond. Elle n'aurait pas à admettre qu'elle n'avait pas la moindre idée de la façon dont il fallait procéder pour danser le tango. « On peut faire autre chose. » admit-elle en clignant des yeux, inquiète à l'idée que des gouttes de pluie puissent obstruer sa vision. Le sol dans son dos était froid et humide, mais elle trouvait cela vivifiant, et elle aimait assez la sensation d'être quasi nue contre le bitume. « Mais je crois pas que s'endormir ici soit une bonne idée. On va avoir mal partout demain si on roupille là. Puis, optionnellement, on peut aussi se faire écraser. » Bizarrement, elle sourit à cette idée. Ça serait drôle de se faire écraser, là, comme ça, non ? Non ? Elle s'imaginait déjà aux urgences, avec Oscar, une tierce personne expliquant à toute vitesse à un des infirmiers que les deux jeunes gens étaient au milieu de la route, en sous-vêtements, en train de dormir paisiblement, au moment où une voiture leur avait roulé dessus. Y'avait pas à dire, elle trouvait cette idée follement amusante. Mais un peu trop dangereuse aussi. « Mais bon. On partira pas d'ici tant que t'auras pas crié. » lâcha-t-elle sentencieusement, en osant un regard sur le côté en direction du jeune garçon.
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Message(#) Sujet: Re: ~ i don't like rabbits. they always look like they're about to say something, but they never do. Sam 14 Mai 2011 - 21:30

Flynn n’aimait pas parler de lui et de sa misérable existence. Il savait ce qu’il avait vécu, il savait donc se blâmer ou avoir pitié de lui-même seul. Il ne devait pas attendre de rencontrer des gens pour savoir qu’il méritait la compassion. Il la réclamait intérieurement, se savant lésé par la société et toutes ses conneries. Flynn était l’exact reflet de ce qu’il venait de dire et rien ni personne ne pourrait lui faire penser le contraire. Pourtant, il n’avait pas envie qu’on lui dise des conneries comme quoi tout irait bien ou ce genre de débilité profonde digne du pire psychologue de tout les temps. Tout n’irait pas bien tant qu’il ne l’aurait pas décidé. Et enfermé dans sa phase de je m’en veux, ne me touche pas, tu peux rien pour moi, rien ne parviendrait à le consoler. Ce type avait vraiment tout pour resté un incompris à vie. « J'ai pourtant l'impression que tu as eu plus de raisons que moi pour crier. C'est n'importe quoi cette vie, pourquoi est-ce que ce sont toujours les gens qui n'ont aucune raison de se plaindre qui crient, alors que ceux qui ont vraiment quelque chose qu'ils ont envie de pousser hors d'eux ne sont jamais en droit de le faire, genre, vocalement ? » Flynn retint un soupir. Ce n’était pas contre Jack, mais c’était exactement ce genre de phrase qu’il n’attendait pas. Il voulait d’elle quelque chose d’autre. Peut-être s’était-il attendu à une remarque plus… Différente. Au contraire, il avait l’impression que cette phrase était tout droit sortit d’un magazine de mode à la con. Entre les séries et les magazines, on ne pouvait plus rien faire pour eux. Il s’interdit pourtant de bloquer sur cette réponse et d’écouter la suite de la phrase qui ne fit que lui effleurer les tympans. « Et au passage je n'ai aucune idée de ce qu'est un stéréotype. Enfin, on m'a expliqué. Mais je comprends pas, concrètement, comment on peut être un stéréotype. Est-ce que c'est, euh, un abus de langage ? » Cette phrase qui aurait pu le faire sourire quelques minutes auparavant lui fit grincer des dents. Le stéréotype c’était plus que ce qu’elle voulait bien comprendre. Il avait l’impression qu’elle jouait sa vie à pile ou face avec l’espoir vain que la pièce tomberait toujours du bon côté. Lui ne s’y était jamais risqué et pourtant, la pièce tombait toujours du mauvais côté. Ou pire, elle finissait dans l’égout le plus proche. Flynn essaya un sourire, pourtant. Il aimait bien sa Jack et même une toute petite erreur ne pourrait le dissuader de continuer leur conversation. « Je n’ai pas plus de raison de crier que qui que ce soit. C’est juste que de toute façon, je suis pas sûr que ça m’apporte grand-chose. Je veux dire, y a des gens qui passent leur vie à crier et… au final, est-elle plus joyeuse que la mienne leur foutue vie ? Non. Crier c’est un truc pour les faibles et j’ai pas envie de m’y risquer. C’est comme pleurer. Pleurer, ça sert franchement à rien. » Flynn s’était fixé une idée en tête et rien ni personne n’arriverait à la contrecarrer. Pleurer c’était quelque chose d’inutile. Ca ne servait à rien selon lui et ça ne devait certainement pas apaiser qui que ce soit. Mais peut-être se fourvoyait-il à ce sujet. Il ne pouvait pas savoir les biens faits d’un pleur s’il n’avait même pas eu l’occasion de l’expérimenter. Oh et puis, il s’en moquait. Voulant éclaircir le terme stéréotype à sa camarade, Flynn prit ses deux mains et les ouvrit comme pour former les deux pages d’un dictionnaire et à voix haute il récita d’une voix pompeuse : « Banalité, idée toute faite et sans originalité. » Sa manière de voir les choses étaient en fait l’exact reflet de ce qu’il avait déjà pu lire dans un dictionnaire. Il referma le livre imaginaire qu’il avait dans les mains et porta son regard sur la demoiselle. Il la regarda un moment en silence avant d’oser reprendre la parole. « J’aime bien ce mot, moi. Je trouve qu’il veut dire beaucoup de chose. Je ne sais pas si c’est un abus ou non, mais… C’est tellement logique, non ? On est tous des idées toutes faites et y a jamais personne qui est d’accord pour se faire à l’idée. On est tous des stéréotypes parce que quoi qu’on en dise, tout est banal et sans originalité dans ce monde ! » Peut-être que la vie l’avait trop déçu et que c’était cette raison qui le poussait à croire qu’on était tous différent mais en semblable…

Que savait-il faire ? C’était la pire des questions pièges et il avait eu du mal à fournir la réponse qu’elle attendait de lui. Pourtant, il finit tout de même par trouver deux ou trois petites choses qu’il était capable de faire. Oh, ce n’était que trois fois rien et toutes des choses passablement inutile, mais au moins il savait les faire. Son rêve à lui, ça aurait été de savoir être humain sans avoir à ressentir les sentiments et ce genre de connerie en tout genre. C’était possible, ça ? Parce que, bien malgré lui, il était trop sensible et parfois c’était difficile de le cacher. « Je veux bien que tu m'apprennes à siffler et à marcher sur mes mains alors. Faire les deux en même temps ça serait bien cool aussi, mais je veux pas trop en demander... » Flynn sourit naïvement aux que la demoiselle venait de faire. Apprendre à siffler à quelqu’un d’autre que soit, c’était bien trop compliquer et puis, marcher sur les mais alors qu’ils tanguait déjà sur les deux pieds… était-ce vraiment le mot et l’instant ? Flynn posa alors doucement sa main sur l’épaule de Jack pour ne pas la brusque et d’une voix douce, qu’il n’utilisait plus depuis longtemps, il déclara aussi sobrement qu’il le put : « Je crois qu’on devrais prendre rendez-vous alors. Parce que siffler, c’est dur et ça prend du temps, tu sais ? Et puis, marcher sur les mains ce soir est une mauvaise idée. Je sais pas ce qu’on a, mais j’ai bien l’impression que ça risque de mettre nos vies en danger. Non, je t’assure. Je ne veux pas que tu te fracasse le crâne contre le macadam. Après je devrai essuyer les tracs et tout et tout… Oh non, quelle horreur ! » Bien sûr, ce n’était qu’une blague. Mais l’idée de prendre rendez-vous lui plaisait. Comme ça, il pourrait la revoir sans avoir l’air de lui faire des invitations. Parce que c’était loin d’être le cas. Flynn Nielson ne draguait pas. Il ne savait même pas ce que ça voulait dire !

Allongé sur le sol, l’eau ruisselant sur son visage, Flynn se mit à penser que s’il voulait pleurer au moins une fois dans sa vie, ça aurait été le moment. Parce qu’au moins, personne n’aurait été témoin de sa douleur. Personne n’aurait été témoin de sa détresse. Personne n’aurait été témoin de sa faiblesse. Personne, sauf Jack. Mais pour une raison obscure, il était prêt à tout lui montrer. Il savait qu’elle ne le jugerait pas. Ou du moins, que si c’était le cas, elle le lui dirait assez clairement pour qu’il puisse l’accepter. Mais avec les gens en général, il évitait ce genre de chose. On ne pleure pas, on ne fait que des blagues un peu lourdes et on croise les doigts pour que ça passe. Et avec Flynn, ça passait toujours. Il était joueur et les gens ne pouvaient pas lui en vouloir pour ça. Enfin, c’est ce qu’il se plaisait à croire. « On peut faire autre chose. » Bonne nouvelle. De toute façon, il ne voulait plus danser. Pourquoi ? Il ne le savait pas. Mais ce n’était pas plus mal ainsi, sans doute. « Mais je crois pas que s'endormir ici soit une bonne idée. On va avoir mal partout demain si on roupille là. Puis, optionnellement, on peut aussi se faire écraser. » Flynn grimaça. A choisir, il aurait préféré se faire écraser plutôt que de rentrer chez lui. Il n’avait pas envie de se retrouver seul après les discours qu’ils venaient de s’échanger. Il aurait l’impression de retomber dans un oubli qui le guettait toujours un peu plus. Il ouvrit alors la bouche et sentit quelques gouttes s’y glisser, mais cela ne le dérangea pas. « J’ai pas envie de rentrer. Peut-être bien que j’ai envie de me faire écraser. Peut-être bien que ça mettrait de la couleur dans la ville. Du sang partout. Classieux. Non ? » Sa voix était lasse alors qu’imagine la situation. S’il mourrait écraser comme un chien, c’était Ella qui devrait essuyer une seconde mort et peut-être qu’il n’avait pas envie de lui imposer cela à elle. À lui, qu’importe, mais à elle… « Mais bon. On partira pas d'ici tant que t'auras pas crié. » La tête du jeune homme glissa sur le côté pour qu’il poser son regard sur Jack. Pourquoi tenait-elle autant au fait qu’il crie ? Il n’avait pas envie de crier. Il n’avait pas envie de montrer ce qu’il cachait et puis d’abord, il ne savait pas crier. Reportant son regard sur le ciel, ses yeux s’attardèrent sur étoile rutilante dans le ciel. Il rêvait de voir une étoile filante et ainsi, peut-être, pouvoir faire le vœu de n’être jamais revenu. Ou quelque chose dans le genre. « Quand on crie… On crie quoi ? Des : aaaaah ? Ou des paroles pleines de sens ? Je veux pas crier si tout le monde doit entendre ce qui se passe là dedans. » Il désigna sa tempe du bout des doigts avant de se tourner complètement sur le côté, posant sa sur ses deux mains jointes. « Et toi alors ? Je partirai pas tant que tu me diras pas c’est quoi ton problème. Parce que je suis sûr que t’as un problème. Tout le monde a un problème. Ou alors, c’est que dans les films… Sais pas. » Quelle intrigante question !
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Message(#) Sujet: Re: ~ i don't like rabbits. they always look like they're about to say something, but they never do. Mer 18 Mai 2011 - 14:25

Bien loin des ressentis du jeune Flynn, Hazel ne se rend absolument pas compte du mépris que sa réplique inspire à son interlocuteur. Bien sûr qu'elle n'a rien de profond à répondre à son monologue déprimant, c'est à peine si elle comprend ce dont il en retourne. Peut-être qu'il a raison, au fond, peut-être qu'il a percé juste dans ses tergiversations mentales, peut-être qu'elle joue sa vie à pile ou face. Mais quand la pièce tombe du mauvais côté, Haze pousse une gueulante et intervient, elle retourne la situation ; elle s'en fout de jouer avec des dés pipés, tant qu'elle en ressort gagnante. Et si on l'empêche de retourner la pièce, elle fermera les yeux et prétendra que tout s'est passé tel qu'elle l'attendait. « Je n’ai pas plus de raison de crier que qui que ce soit. C’est juste que de toute façon, je suis pas sûr que ça m’apporte grand-chose. Je veux dire, y a des gens qui passent leur vie à crier et… au final, est-elle plus joyeuse que la mienne leur foutue vie ? Non. Crier c’est un truc pour les faibles et j’ai pas envie de m’y risquer. C’est comme pleurer. Pleurer, ça sert franchement à rien. » Cette fois-ci, c'est au tour de Hazel de grincer des dents. Pas vraiment du genre à s'énerver pour si peu, cependant, elle doit bien admettre, au moins à elle même, que ce genre de discours sur les forces et les faiblesses la gonfle profondément. « Crier, c'est le premier pas de la rébellion, crétin. Bien sûr que crier n'apporte rien, ce n'est pas parce que tu te mets à crier que tout va se mettre à être rose autour de toi. Mais crier, c'est un début. C'est admettre que ce que tu as ne te convient pas, et prévenir le monde que tu ne vas pas te laisser faire. Ça peut te donner du courage, ou te soulager. Mais si t'es borné comme t'as l'air de l'être, c'est sûr, ça te fera rien. T'as encore beaucoup de chemin à parcourir avant d'arriver au premier pas de la rébellion. » C'est à peine si elle sait ce dont elle parle, et pourtant elle semble confiante, limite condescendante. Peut-être parce qu'il finit par lui taper sur les nerfs, avec ses mauvaises ondes, et qu'elle n'est plus d'humeur à la compassion avec un type qui se complait dans son malheur et en vient même à mépriser autrui. « Alors arrête de parler des forts et des faibles comme si tu en savais quelque chose. Tu te crois fort, juste parce que tu ne pleures pas ? Juste parce que tu ne cries pas ? Mais c'est tellement facile d'être toi Oscar, n'importe qui pourrait être toi. N'importe qui pourrait se morfondre dans ses malheurs en cherchant à s'y empêtrer, n'importe qui peut être triste. En revanche, être heureux, c'est une autre paire de manche. Il en faut de la force pour être heureux, pour y parvenir, ne pas baisser les bras, s'arroger ce droit, et faire les bons choix. Mais arrête de juger les gens qui pleurent ou qui crient, parce que eux au moins assument leur états d'âme, et, je sais pas, sois honnête, au moins avec toi-même, et ravale ton orgueil à deux balles. J'ai pleuré devant toi y'a quelques minutes à peine. Et alors ? J'en ai rien à foutre. Ça ne fait pas de moi quelqu'un de faible. J'aurais été faible si j'avais cherché à me retenir. Si j'en avais eu quelque chose à foutre de ce que tu pouvais penser de mes larmes. Mais c'est pas le cas. » Au moins, les choses sont claires maintenant. S'efforçant de maîtriser l'intonation de sa voix, Hazel avait déclaré tout cela calmement, d'un calme peut-être trop calme pour être naturel. Elle n'était pas du genre à devenir agressive ou violente, mais le timbre de sa voix avait tendance à prendre en intensité quand elle se sentait contrariée, et Flynn, avec ces drôles d'idées qui lui prennent la tête, est à deux doigts de provoquer un changement radical dans sa façon de réagir.

« Banalité, idée toute faite et sans originalité. » Arquant le sourcil, Haze observe le jeune homme impudemment. Mais encore ? Elle le sait déjà tout ça. Ce n'est pas la définition qu'elle ne parvient pas à intégrer, c'est le concept. Elle n'aurait peut-être pas du lui demander de l'éclairer à ce sujet. Visiblement, il n'en sait pas plus qu'elle, même s'il se donner des grands airs. « J’aime bien ce mot, moi. Je trouve qu’il veut dire beaucoup de chose. Je ne sais pas si c’est un abus ou non, mais… C’est tellement logique, non ? On est tous des idées toutes faites et y a jamais personne qui est d’accord pour se faire à l’idée. On est tous des stéréotypes parce que quoi qu’on en dise, tout est banal et sans originalité dans ce monde ! » Bon sang, ce qu'il est déprimant ce type ! Hazel n'a même plus vraiment envie de discuter avec lui. Ce qu'elle désire, maintenant, c'est prendre ses jambes à son cou et trouver quelqu'un de plus rigolo avec qui parler. « Personne n'est banal ou sans originalité. Les êtres humains sont tous complexes, et dignes d'intérêt. Quand on creuse. C'est plus facile, forcément, de ne regarder que la surface des choses ; ça simplifie tout, c'est sûr. J'imagine que tu es le genre de gars qui fonctionne comme ça. J'ai compris, en fait, ce qu'est un stéréotype. Ce n'est pas quelqu'un. C'est juste la façon dont tu regardes quelqu'un. La façon dont tu te contentes des grands traits pour relier la personnalité de quelqu'un à un stéréotype connu. La façon dont tu ranges les gens dans les cases, en fonction de leur style vestimentaire et leur manière de vivre. Tu regardes une blonde insipide, et tu te dis que c'est une garce qui se croit belle ; elle a eu des tas de ptits copains, alors tu la ranges dans la case croqueuse d'homme jamais satisfaite, avec probablement des problèmes avec son père, et une rivalité avec sa mère. C'est la surface. Mais si tu creuses, tu apprendras des choses sur cette nana qui te feront changer d'avis et qui te feront mépriser celui que tu étais qui a un jour dédaigné cette fille là. Tu apprendras que c'est une personne, avec des millions de détails qui la rende différente de toutes les autres personnes sur cette planète. J'dis pas que c'est évident. Certaines personnes veulent t'empêcher de trop creuser, et préfèrent que tu te limites à la surface, que tu ne voies en elles que des stéréotypes. T'es de ces gens-là, visiblement aussi. Tu veux que je ne vois en toi que le stéréotype du mec torturé, et ça marche. T'es un torturé superficiel, et j'ai pas la force de creuser. Mais c'est dommage. J'aurais aimé creuser. Le truc, c'est que tu me laisseras jamais le faire. Parce que c'est tellement plus simple et plus facile comme ça, pas vrai ? » Doucement, elle hausse les épaules. Elle ne sait pas trop si elle a l'air arrogante, sur ce coup. Elle s'imagine que oui. Depuis tout à l'heure, elle a tendance à se prendre pour la science infuse et déballer des tas de théorie auxquelles elle n'avait jamais vraiment réfléchi plus tôt. Malgré tout elle aime bien ça. Penser, ce n'est pas son truc. Si elle doit réfléchir à quelque chose, elle le fait en parlant. Penser pour penser, c'est d'un ennuyant... Et ça ne l'a jamais branché.

« Je crois qu’on devrais prendre rendez-vous alors. Parce que siffler, c’est dur et ça prend du temps, tu sais ? Et puis, marcher sur les mains ce soir est une mauvaise idée. Je sais pas ce qu’on a, mais j’ai bien l’impression que ça risque de mettre nos vies en danger. Non, je t’assure. Je ne veux pas que tu te fracasse le crâne contre le macadam. Après je devrai essuyer les traces et tout et tout… Oh non, quelle horreur ! » Pensive, Hazel ne trouve qu'une chose à répondre à cela : « Oh, ne t'inquiète pas, j'ai la tête dure comme une pastèque. Ou, euh, un truc plus dur. C'est pas si dur une pastèque. Mais je n'aime pas les rendez-vous, je suis toujours en retard. » explique-t-elle, sans réaliser que ça ne pouvait pas être si difficile que ça d'apprendre à siffler.

« J’ai pas envie de rentrer. Peut-être bien que j’ai envie de me faire écraser. Peut-être bien que ça mettrait de la couleur dans la ville. Du sang partout. Classieux. Non ? » Bizarrement, Hazel sourit à cette idée. L'image de sang ne la choquait pas, elle y était habituée, avec les jeux vidéos auxquels elle jouait et les films qu'elle regardait. Et il avait raison. Ç'aurait été bien classieux. « C'est vrai, ça sera beau. Très artistique, un peu comme dans Sin City. Du sang rouge dans le noir de la nuit. Mais j'aimerais bien que mon sang soit d'une autre couleur. Notre créateur -tu sais, Dieu ou un truc comme ça- devait être un type vachement ennuyant sinon il aurait mis du colorant dans nos sangs. Genre, la couleur varierait suivant le groupe sanguin. A serait rouge, plus ou moins suivant si c'est A + ou A -, et B serait bleu, comme les schtroumfs, et AB serait violet, évidemment. Puis O serait... Non en fait je sais pas ce que serait O. Peut-être vert ? »

« Quand on crie… On crie quoi ? Des : aaaaah ? Ou des paroles pleines de sens ? Je veux pas crier si tout le monde doit entendre ce qui se passe là dedans. » Elle a bien envie de lui répondre que c'est bien plus libérateur quand tout le monde sait ce qui se passe là dedans. Elle-même vit comme ça, exprimant à chaque minute le moindre de ses ressentis, étant toujours extrêmement franche et sincère quant à ses émotions, ses envies, ses impressions, même quand on ne lui demandait pas. Et elle adorait ça. Si elle devait garder tout cela pour elle, elle aurait l'impression de porter un poids. « On crie ce qu'on veut. Surtout il ne faut pas réfléchir. Il faut te laisser aller. Laisser ton subconscient se défouler. Crois-moi, il te remerciera. Et... Qu'est-ce que ça fait si tout le monde entend ? Qu'est-ce que ça change ? Est-ce que ça serait si terrible que ça ? » interroge-t-elle, sincèrement curieuse, parce que le mode de fonctionnement du jeune homme lui est, au fond, terriblement étranger. « Et toi alors ? Je partirai pas tant que tu me diras pas c’est quoi ton problème. Parce que je suis sûr que t’as un problème. Tout le monde a un problème. Ou alors, c’est que dans les films… Sais pas. » L'air à la fois amusée et brusquement mélancolique -ou quelque chose dans ce goût là- Hazel hausse les épaules, toujours allongée sur le sol, sous cette pluie qui la rafraichissait et la chatouillait plus qu'elle ne la gênait. « Mon problème, c'est que... Personne n'a la même approche de la vie que moi. Tout ces trucs que j'ai l'impression d'avoir compris... Je suis la seule à y croire. Les gens ne croient plus en la vérité. Plus t'es vrai, plus t'es un inadapté social. Et je suis la reine des inadaptés sociaux. Et j'arrive tellement pas à m'adapter à la réalité que j'ai emménagé dans des tas de mondes virtuels, dans lesquels je m'évade aussi souvent que possible. Je suis très heureuse et tout. Mais quelque fois, je me dis que... J'aurais aimé être heureuse avec d'autres gens heureux. Des gens réels. Ou peut-être qu'être malheureuse avec d'autres gens malheureux auraient été cool aussi, je sais pas. Mais 99% du temps, je me sens comme une étrangère dans ce monde... » Ne trouvant rien à ajouter à cela, Hazel se tait, savourant le silence, et les gouttes de pluie qui trouvent leur chemin jusqu'à l'interstice entre ses lèvres. Elle continue de sourire, doucement, presque tristement, puis se souvient. « Maintenant, tu me dois de crier. On a un deal. » Non, elle n'en démordrai pas. Elle voudrait bien, tout de même, que son Oscar fasse son premier pas de la rébellion ce soir.
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Message(#) Sujet: Re: ~ i don't like rabbits. they always look like they're about to say something, but they never do. Dim 19 Juin 2011 - 10:46

Étrangement, cette soirée commençait à lui sembler longue. Il avait l’impression que quoi qu’il dise ou fasse, Jack ne serait jamais de son avis. Sans doute que sa manière de voir les choses étaient plus simple, moins prise de tête. Peut-être qu’il l’énervait avec son défaitisme et ses monologues déprimants. Peut-être qu’il était exactement le genre de personne qu’elle détestait. Au fond, il en était persuadé. Quelque part il avait toujours eu l’impression de déranger les autres. Comme si son existence elle-même était une erreur de la nature et qu’il devait désormais se racheter pour ça. Cette façon de penser était ridicule. Ca n’avait tout bonnement aucun sens. Pourtant, il n’arrivait pas à la sortir de sa tête. S’il ne gênait pas, pourquoi avait-il toujours l’impression de vivre à côté du monde ? Comme si sa vie n’était qu’un court métrage dont il n’y avait ni fin, ni début de définit. Elle devait surement se dire qu’il était chiant à refuser d’accepter une chose aussi ridicule que cirer. Elle devait penser qu’il n’avait pas de bonbons dans le pantalon et que visiblement, le courage ne faisait pas partie de son vocabulaire. Mais c’était faux. Il avait du courage que peu de personne pouvait soupçonner. Alors qu’importe ce qu’elle pouvait penser, ça ne changerait à son opinion. Il était bien trop buté après tout. « Crier, c'est le premier pas de la rébellion, crétin. Bien sûr que crier n'apporte rien, ce n'est pas parce que tu te mets à crier que tout va se mettre à être rose autour de toi. Mais crier, c'est un début. C'est admettre que ce que tu as ne te convient pas, et prévenir le monde que tu ne vas pas te laisser faire. Ça peut te donner du courage, ou te soulager. Mais si t'es borné comme t'as l'air de l'être, c'est sûr, ça te fera rien. T'as encore beaucoup de chemin à parcourir avant d'arriver au premier pas de la rébellion. » Elle avait raison. Il était loin de la rébellion. Il n’était pas sur d’en voir la couleur, de toute façon. Admettre que ce qu’il a ne lui convient pas ? Il avait l’impression de le faire au quotidien et sans avoir besoin de crier. Oh, bien sûr, il était le seul à connaître ses états d’âme mais c’était pour la bonne cause. Il n’aimait pas ennuyer les gens avec ses problèmes et puis même si ça avait été le cas, il avait fait des choses bien moches qu’il refusait d’éclairer à la lumière d’une chandelle. Ses secrets devaient être préservé et les crier était donc proscrit. Puisque de toute façon, il n’avait rien de très particulier à dire. « Alors arrête de parler des forts et des faibles comme si tu en savais quelque chose. Tu te crois fort, juste parce que tu ne pleures pas ? Juste parce que tu ne cries pas ? Mais c'est tellement facile d'être toi Oscar, n'importe qui pourrait être toi. N'importe qui pourrait se morfondre dans ses malheurs en cherchant à s'y empêtrer, n'importe qui peut être triste. » Flynn écoute avec attention ce que la demoiselle lui dit et il trouve cela plein de sens. Cependant, ça l’agace. Elle l’énerve. Il n’a jamais prétendu être fort. Seulement, il n’a pas envie de montrer sa faiblesse à tout le monde. Et elle était la différence et si elle n’était pas foutue de le comprendre, il ne pourrait rien pour elle. Non vraiment. « En revanche, être heureux, c'est une autre paire de manche. (…) Si j'en avais eu quelque chose à foutre de ce que tu pouvais penser de mes larmes. Mais c'est pas le cas. » Au bout d’un moment, il avait lâché prise. Entre cette histoire de bonheur et cette histoire de faiblesse. Il en avait marre qu’on veuille lui faire des sermons à deux francs alors qu’il n’y avait vraiment pas de quoi. Il ne comprenait même pas pourquoi elle se mettait dans des états pareils ! Parce qu’aussi calme fut sa voix, il savait pertinemment qu’elle était loin de l’être totalement. « Et toi, tu prétends tout savoir sur tout depuis tout à l’heure, c’est mieux tu penses ? Je suis d’accord pour dire que le bonheur c’est dur de l’avoir, mais quand tu t’es battu toute ta vie durant, y a bien un moment où tu lâches prises. Parle pas comme si tu me connaissais. Fais pas comme si mon refus de crier se limitait à une envie de me lamenter sur mon propre sort. Me dis pas ce que je dois faire. J’ai jamais prétendu être fort, d’accord ? Si j’étais fort, je serais certainement pas ici, tu vois. Alors arrête de jouer la grande prêtresse du bonheur et toutes ses conneries en tout genre. Je t’emmerde, d’accord ?! » Sa voix s’était quelque peu élevée, à quelques décibels près, elle aurait prétendre qu’il avait crié. Mais Flynn restait malgré tout calme et se battait pour ne pas perdre les pédales. Il ne supportait pas que des petites filles trop gâtées par la vie lui fassent ce genre de réprimande. Qu’est-ce qu’elle en savait elle des cauchemars qu’il avait vécu ? Comme si elle avait du se battre pour mériter son bonheur ! « T’es qu’une hypocrite. Comme les autres. » Cette réflexion lui échappa sans qu’il puisse la retenir. Elle n’allait pas apprécier. Mais il s’en moquait. C’était désormais le cadet de ses soucis.

Flynn se rendait compte que leurs points de vue étaient de plus en plus divergeant et que s’ils continuaient sur cette lancée, il finirait sans doute par se taper sur la tête. Mais trop tard, elle avait voulu jouer, il allait jouer aussi. Et si sa façon de voir les choses ne correspondait pas à madame, c’était du pareil au même ! De toute façon, il avait l’impression étrange qu’elle n’était jamais d’accord qu’avec elle-même. Comme si l’avis des autres, aussi vrai et intéressant soit-il, ne serait jamais suffisamment utopique pour elle. « Personne n'est banal ou sans originalité. Les êtres humains sont tous complexes, et dignes d'intérêt. Quand on creuse. C'est plus facile, forcément, de ne regarder que la surface des choses ; ça simplifie tout, c'est sûr. J'imagine que tu es le genre de gars qui fonctionne comme ça. (…) » Flynn écoutait la demoiselle d’une oreille distraite parce qu’encore fois, il avait l’impression qu’elle voulait prouver qu’elle comprenait plus de choses que lui. Et ça, il en était parfaitement conscient. Il savait pertinemment que le monde qui l’entourait restait une énigme pour lui, mais c’était ainsi qu’il avait appris à vivre et ça l’énervait de voir une inconnue tout chambouler avec des idées un peu trop bizarres à son goût. Elle lui parlait de truc qui ne l’intéressait pas et surtout, qui ne lui correspondait pas. Elle pensait qu’il mettait des étiquettes sur les gens et qu’il se contentait de les voir comme tels. Mais c’était loin d’être ça. C’était beaucoup plus complexe et beaucoup plus compliqué. Il ne donnait pas d’étiquette aux gens pour la simple et bonne raison qu’il les mettait tous dans le même sac. Un gros paquetage qu’il aurait envoyé à Tombouctou. Peut-être qu’au fond, c’est lui qui devait aller à l’autre bout du monde, sur une île déserte. Là-bas, il aurait plus besoin de faire semblant. « T'es un torturé superficiel, et j'ai pas la force de creuser. Mais c'est dommage. J'aurais aimé creuser. Le truc, c'est que tu me laisseras jamais le faire. Parce que c'est tellement plus simple et plus facile comme ça, pas vrai ? » Peut-être que c’était un torturé superficiel, mais la douleur elle, elle était bien présente. Mais visiblement, cette nana refusait de le comprendrait. Elle voyait en lui ce qu’il lui montrait, certes, mais elle lui collait aussi une étiquette sur le dos. C’était drôle cette façon qu’elle avait de dire une chose et d’en faire le contraire. C’était agaçant. « Et tu recommences ! Franchement, je parviens pas à saisir comment tu peux penser un tel truc sur le concept d’un stéréotype alors que depuis tout à l’heure, tu me colles sur le front étiquettes sur étiquettes. Je suis peut-être un torturer superficiel, mais tu ne crois pas qu’il y a toujours un peu de vrai même dans la comédie ? Et puis c’est quoi cette manière de dire aux autres ce qu’ils sont sans se mouiller la chemise pour dire ce que l’on est vraiment. Parce que tu sais ce que tu es ? Une foutue menteuse ! » Plus il l’écoutait et plus il voyait en elle une fille pleine d’idée préconçues qui prétendait être libre pour se donner le beau rôle. « Tu dis qu’il ne faut pas poser un regard critique sur les autres sans les connaître et depuis tout à l’heure, tu me dis qui tu crois que je suis. Mais je suis pas un enfant qui joue au plein malin en se faisant passé pour un déprimé. J’ai vu plus de choses dans ma vie que tu n’en verras jamais. Alors cesse de dire que je veux jouer les durs ou même que je veuille cacher qui je suis, c’est pas ça. C’est juste que je voyais pas pourquoi j’offrirais au monde une facette de moi que je ne parviens même pas accepter seul ! Arrête de faire comme si je n’étais qu’un petit branleur à la con qui croit avoir tout vécu et qu’il n’y aura jamais plus malheureux que lui dans la vie. Je suis pas comme ça. Et tu devrais te renseigner avant de parler. » Il restait calme mais il ne pouvait s’empêcher de la trouver vraiment hypocrite avec ses grands airs et ses grandes idées. S’il le voulait, lui aussi pouvait sortir des théories dignes d’Einstein, mais à quoi ça l’avancerait, hein ?

Les minutes défilaient et visiblement, les choses s’enchainaient de manière particulièrement étrange. Mais si la soirée était étrange et parfois difficile à supporter, elle restait plaisante. « Oh, ne t'inquiète pas, j'ai la tête dure comme une pastèque. Ou, euh, un truc plus dur. C'est pas si dur une pastèque. Mais je n'aime pas les rendez-vous, je suis toujours en retard. » Le jeune homme se laissa aller à sourire. Une pastèque, c’était même loin d’être solide à bien y réfléchir. « C’est que tu dois aimer de faire désirer. » Répondit-il simplement à la dernière remarque de la demoiselle. Lui n’était jamais en retard, ni à l’avance d’ailleurs. Flynn arrivait toujours pile à l’heure et s’il voyait qu’il avait quelques minutes d’avance, il ralentissait le pas ostensiblement. Il avait toujours peur de ce qui pourrait se passer dans ce genre de cas. Comme si on risquait de le bouffer tout cru parce qu’il avait eu le malheur d’être là plus tôt que prévu. Mais là, allongé sur la route, il n’avait pas envie de penser à des rendez-vous débiles où il pourrait arriver à l’heure. De toute façon, il n’avait jamais de rendez-vous. Qui voudrait le voir, hein ? Sérieusement ? Sans doute personne. Puisque de toute façon, c’était un torturé superficiel, les gens ne trouvaient aucune délectation en sa compagnie. « C'est vrai, ça sera beau. Très artistique, un peu comme dans Sin City. Du sang rouge dans le noir de la nuit. Mais j'aimerais bien que mon sang soit d'une autre couleur. Notre créateur -tu sais, Dieu ou un truc comme ça- devait être un type vachement ennuyant sinon il aurait mis du colorant dans nos sangs. Genre, la couleur varierait suivant le groupe sanguin. A serait rouge, plus ou moins suivant si c'est A + ou A -, et B serait bleu, comme les schtroumfs, et AB serait violet, évidemment. Puis O serait... Non en fait je sais pas ce que serait O. Peut-être vert ? » La question lui paraissait sans intérêt. Ce n’était pas parce que le sang était coloré que la vie serait plus joyeuse. Ca ne changerait rien. en tout cas, pas à ses yeux. Mais il ne put s’empêcher de faire une remarque qu’il estimait juste : « O peut pas être vert. C’est le groupe universel. T’imagine balancer du vert dans du rouge ? Ca ferait une sorte de… De quoi d’ailleurs ? Brun merde ? Vert caca d’oie ? Je sais pas. J’ai jamais eu la fibre artistique et le mélange des couleurs c’est loin d’être ma tasse de thé. Mais je vois pas comment on pourrait transfuser du sang d’extraterrestre à un schtroumpf par exemple. Ca serait loin d’égayer le tout. » Pas faux.

Flynn avait toujours pour habitude de poser des tas de questions. Surtout lorsqu’il avait l’impression que la personne en face de lui était des plus aptes à lui fournir une réponse. Et avec Jack, il savait qu’il aurait des réponses. Parfois, elles ne lui plaisaient pas, c’est vrai… Mais la question n’était plus là. Il avait juste la sensation de se sentir écouter grâce à elle. Et ça, c’était quelque chose de nouveau pour lui. « On crie ce qu'on veut. Surtout il ne faut pas réfléchir. Il faut te laisser aller. Laisser ton subconscient se défouler. Crois-moi, il te remerciera. Et... Qu'est-ce que ça fait si tout le monde entend ? Qu'est-ce que ça change ? Est-ce que ça serait si terrible que ça ? » Pour lui, se serait en effet terrible. Il n’avait pas envie que le monde sache ce qu’il avait pu faire dans son passé et les raisons qui avaient fait de lui ce qu’il était aujourd’hui. « Ce serait terrible parce qu’alors je me sentirais vide. Tant que tu as tes secrets, tu peux préserver une partie de toi-même. Mais si tu cries à tout va ce que tu caches… Il ne restera plus rien. Et ça, je sais pas si je suis prêt à l’accepter. » Dans le fond, il ne savait pas ce qu’il aurait envie de crier. Il ne savait pas si cela risquait de mettre ses souvenirs à la lumière. Il n’avait aucune idée sur la suite des évènements. Et il voulait être sûr qu’il ne serait pas le seul à se mouiller. Elle aussi devait avoir un problème. Les problèmes, c’est ce qui fait une vie. « Mon problème, c'est que... Personne n'a la même approche de la vie que moi. Tout ces trucs que j'ai l'impression d'avoir compris... Je suis la seule à y croire. Les gens ne croient plus en la vérité. Plus t'es vrai, plus t'es un inadapté social. Et je suis la reine des inadaptés sociaux. Et j'arrive tellement pas à m'adapter à la réalité que j'ai emménagé dans des tas de mondes virtuels, dans lesquels je m'évade aussi souvent que possible. Je suis très heureuse et tout. Mais quelque fois, je me dis que... J'aurais aimé être heureuse avec d'autres gens heureux. Des gens réels. Ou peut-être qu'être malheureuse avec d'autres gens malheureux auraient été cool aussi, je sais pas. Mais 99% du temps, je me sens comme une étrangère dans ce monde... » Installé à ses côtés, Flynn se demande ce que tout cela peut bien vouloir dire. Il comprend ce sentiment d’être un étranger dans ce monde. Souvent il s’était fait la même réflexion. Mais à l’écouter, c’était encore différent. Autre chose. Plus complexe. Il ferme alors les yeux, comme pour pénétrer le sens de ces mots dans un coin de sa tête. Et puis, soudain, il sourit. A sa différence, il aurait sans doute préféré vivre dans de nombreux mondes virtuels. Si là-bas rien n’existe, rien n’a d’importance. Et c’était ça qui lui plaisait. La vie c’était parfois trop compliqué pour lui. Trop chiant. Trop invivable. Alors peut-être que s’il se construisait son propre univers, la douleur et les souvenirs ne seraient plus aussi vivaces. Peut-être, peut-être pas. On n’est jamais sûr de rien après tout. « Maintenant, tu me dois de crier. On a un deal. » Il soupire. Il avait imaginé que peut-être elle aurait oublié. Alors, il se redresse rapidement et s’assit en tailleur. Son regard se perd sur un point dans l’horizon. Et dans un murmure il quémande : « ne te moque pas de moi. » Sa voix s’était faite fébrile face à cette requête. Flynn avait peur de voir ce qui pourrait sortir et ce qu’il devrait retenir. Mais il fallait qu’il soit fort et qu’il fasse ce qu’il avait promis. Il inspira alors longuement, expira et puis, inspira à nouveau. Il allait crier. Bien sûr qu’il allait le faire. Il lui fallait juste un peu de temps. Mes les secondes s’égrenait et il était encore là, silencieux. Alors, dans un mouvement imprévisible, il se saisit de la main de la jeune fille à ses côtés et pour la première fois de sa vie, il hurle. Ce n’est plus crier, c’est hurler. « J’AI MAAAAAAAL. » Et il se tait. C’est tout ce qu’il avait à dire. Mal où ? Pourquoi ? Etrangement, il n’a plus la réponse. Comme si le tout s’était échappé de lui grâce à ce crie qu’il avait tant redouté. Sans lâcher la main de la demoiselle, il s’allonge à nouveau sur le dos et regarde les étoiles d’un air absent. « Je suis pas sûr d’être prêt pour la rébellion, tu sais. » Sans doute n’aurait-il plus jamais la force de recommencer pareil expérience. C’était bien trop difficile pour lui. Et c’était une lutte permanente contre lui-même !
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Message(#) Sujet: Re: ~ i don't like rabbits. they always look like they're about to say something, but they never do. Ven 1 Juil 2011 - 23:36

Hazel ne déteste pas Oscar. Détester c'est fatigant, usant. Il faut bien admettre que cette conversation finit par la lasser, et qu'elle n'en peut plus de puiser dans ses réserves pour lui faire face et le contrer, parce que toute son âme lui crie qu'elle ne peut pas être d'accord avec lui. Docile, elle écoute cette dernière, et se range à son opinion. Mais elle ne déteste pas Oscar, non. « Et toi, tu prétends tout savoir sur tout depuis tout à l’heure, c’est mieux tu penses ? Je suis d’accord pour dire que le bonheur c’est dur de l’avoir, mais quand tu t’es battu toute ta vie durant, y a bien un moment où tu lâches prises. Parle pas comme si tu me connaissais. Fais pas comme si mon refus de crier se limitait à une envie de me lamenter sur mon propre sort. Me dis pas ce que je dois faire. J’ai jamais prétendu être fort, d’accord ? Si j’étais fort, je serais certainement pas ici, tu vois. Alors arrête de jouer la grande prêtresse du bonheur et toutes ses conneries en tout genre. Je t’emmerde, d’accord ?! » Elle le fixe, interdite ; elle n'a ni l'air fâchée, ni l'air vexée, ni l'air peinée. Elle n'a, au fond, l'air de rien. « C'est pas la peine d'être vulgaire. Ça sert à rien. Ça fait que montrer que t'es faible, et j'ai cru comprendre que tu cherchais à éviter de mettre ça à évidence... » crâche-t-elle, avec une nonchalance qu'elle n'avait pas à feindre. « T’es qu’une hypocrite. Comme les autres. » Elle balance la tête de droite à gauche en signe de dénégation ; qu'est-ce qu'elle peut faire de plus ? « Tu me cries dessus que je n'ai pas à te juger, et puis tu me juges ? T'es pas crédible mec. T'es pas croyable. »

« Et... » Commence-t-elle hésitante, en continuant de secouer sa tête de droite à gauche, de plus en plus doucement. « J'ai jamais rien prétendu. Je prétends pas tout savoir ! Mais on est là, on parle, on... dit des trucs et... Tu me poses toutes ces questions, je suis supposée faire quoi moi ? Rien dire ? Non, moi je dis ce que je pense, ce qui me passe par la tête, et je réfléchis pas, c'est pas mon truc ça... Réfléchir et... Je sais pas mais, c'est, c'est tellement évident ! C'est tellement évident que du coup je le précise pas ! Je te connais depuis quoi, une heure, deux heures ? J'en sais rien ! C'est évident que je te connais pas, c'est évident que je ne sais rien, c'est tellement évident que je n'ai aucune idée de tout ça, que je dis juste ce que ça... Ça m'inspire, et... Prends-le comme tu le sens. C'est tellement évident que tout ça ça n'a rien de vraiment fondé, moi je suis pas le genre de fille qui prend des gants, qui dit des 'tu vois, j'ai l'impression que' parce que ça me semble tellement évident que ce que je dis ce sont mes impressions à moi et pas... Genre des vérités générales. » Elle reprend son souffle, essaye de se calmer ; elle déteste ça. Mettre des mots sur ses sensations, ce qu'elle ressent dans sa tête, devoir s'expliquer, se justifier. Ça lui paraît tellement difficile. Elle a conscience que c'est un exercice supposé intéressant, qu'elle devrait maîtriser tout ça, et qu'il est grand temps qu'elle apprenne à s'exprimer correctement. Mais l'art de l'éloquence lui a toujours paru si lointain, si abstrait, et là elle a juste l'impression de s’emmêler royalement les pédales, et en réalisant que sans doute Oscar ne comprendra jamais où elle veut en venir elle se sent comme étouffée, étouffée par son propre corps et son incapacité à le maîtriser. « Les gens ils savent que je suis stupide, et normalement c'est évident pour eux aussi que, quand je parle, c'est pas tout à prendre au premier degré, et c'est pas ta faute parce que tu sais pas que je suis stupide, mais j'aurais juste voulu que tu comprennes que moi, je dis juste ce que je pense en... en conclusion à ce que tu m'as montré de toi. Et je suis pas... Ça s'arrête là. Je suis pas un génie, je vais rien t'apprendre. Je veux juste croire qu'on peut me laisser baragouiner dans mon coin, qu'on me laisse observer et chercher à comprendre, à mon rythme. » Elle le fixait ostensiblement, avec cette envie au fond d'elle qui la démangeait sérieusement, de flanquer d'innombrables petits coups de de poing contre son torse trop assuré. Si elle en avait eu la force, elle l'aurait détesté. L'espace d'un instant, elle envisage de tout lui dire. Et puis non. Elle ne veut pas sombrer dans cette spirale défaitiste, se mettre à se plaindre, et jouer à qui est le plus malheureux. Ça ne lui apporterait strictement rien. Ce qu'elle souhaitait juste finalement, c'est voir la lueur au fond des yeux de Oscar tressaillir, au moment où il réaliserait qu'elle était à la fois plus et moins que cela. Elle se promit mentalement qu'elle s'arrangerait pour faire tressaillir son regard, un jour. Peut-être avait-elle oublié que, cette nuit passée, il était probable que leurs chemins ne se recroisent plus jamais.

« Et tu recommences ! Franchement, je parviens pas à saisir comment tu peux penser un tel truc sur le concept d’un stéréotype alors que depuis tout à l’heure, tu me colles sur le front étiquettes sur étiquettes. Je suis peut-être un torturer superficiel, mais tu ne crois pas qu’il y a toujours un peu de vrai même dans la comédie ? Et puis c’est quoi cette manière de dire aux autres ce qu’ils sont sans se mouiller la chemise pour dire ce que l’on est vraiment. Parce que tu sais ce que tu es ? Une foutue menteuse ! Tu dis qu’il ne faut pas poser un regard critique sur les autres sans les connaître et depuis tout à l’heure, tu me dis qui tu crois que je suis. Mais je suis pas un enfant qui joue au plein malin en se faisant passé pour un déprimé. J’ai vu plus de choses dans ma vie que tu n’en verras jamais. Alors cesse de dire que je veux jouer les durs ou même que je veuille cacher qui je suis, c’est pas ça. C’est juste que je voyais pas pourquoi j’offrirais au monde une facette de moi que je ne parviens même pas accepter seul ! Arrête de faire comme si je n’étais qu’un petit branleur à la con qui croit avoir tout vécu et qu’il n’y aura jamais plus malheureux que lui dans la vie. Je suis pas comme ça. Et tu devrais te renseigner avant de parler. » Peu à peu, elle commence à trouver l'énergie qu'il lui faudrait pour le détester. « J'ai jamais dit que je disais la vérité. Grogne-t-elle, à deux doigts de craquer. Et arrête, toi, de jouer à celui qui a tout vu. Moi je suis qu'une banlieusarde coincée à la vie tranquille c'est ça ? Tu me dis d'arrêter de te prendre pour le petit branleur qui a tout vécu, mais tu me prends de haut en t'imaginant que ma vie à moi a toujours été facile. De nous deux, qui est le plus au taquet sur les étiquettes ici ? Et je l'ai dit, bordel, je l'ai dit. Je l'ai dit que tout ce que j'ai vu de toi c'est la surface, que je sais que t'es bien plus que ça au fond, mais que j'ai ni l'envie ni la force de chercher à te connaître. JE L'AI DIT BORDEL. Je te juge pas, j'ai des impressions, tu as une façon d'agir, et que tu le veuilles ou non ça me donne des PUTAINS D'IMPRESSIONS ET ÇA J'Y PEUX RIEN, merde quoi. ET OUI JE SUIS UNE MENTEUSE, une sacré menteuse, mais si ça me rend heureuse, qu'est-ce que ça peut te foutre ? » Elle en a marre. Envie de partir, de le laisser là en plan, d'arrêter de se prendre la tête parce que le fond y était mais pas la forme. Ça devient trop compliqué pour elle et son esprit embrumé, et plus il parle plus il la ramène à toutes ces choses qui ne vont pas dans sa vie à elle, et elle n'a aucune envie d'y penser. Il l'a dit lui même, elle est une menteuse. Mais l'heure de la vérité n'a pas sonné, et elle n'est pas prête pour admettre tout ce qu'elle serait supposée accepter.

« C’est que tu dois aimer de faire désirer. » commente-t-il, laconiquement, quand elle lui explique être toujours en retard. En réaction, elle secoue vivement la tête. « Non, personne me désire. C'est juste que je suis stupide. Alors je suis toujours en retard. J'oublie des trucs, de regarder l'heure, enfin, tout... » Elle n'ose plus trop parler, elle a l'impression qu'au moindre faux pas, à la moindre tournure pas claire, il va lui sauter à la gorge. « O peut pas être vert. C’est le groupe universel. T’imagine balancer du vert dans du rouge ? Ca ferait une sorte de… De quoi d’ailleurs ? Brun merde ? Vert caca d’oie ? Je sais pas. J’ai jamais eu la fibre artistique et le mélange des couleurs c’est loin d’être ma tasse de thé. Mais je vois pas comment on pourrait transfuser du sang d’extraterrestre à un schtroumpf par exemple. Ca serait loin d’égayer le tout. » Elle hausse les épaules, n'ayant rien à répondre à cela. « J'en sais rien, j'y comprends rien au sang, aux sciences et tout. Je comprends même pas qu'il existe plusieurs types de sang. » On rebasculait en terrain connu et ça la rassurait. Admettre ses lacunes intellectuelles lui paraissait si simple, si facile ; elle avait fait ça toute sa vie, et se sentait dans son élément. Dès que Oscar aura compris qu'elle est vraiment stupide et ne fait pas juste semblant, il se montrera un peu plus cool avec elle. C'est ce qu'elle espère. C'est ce que font les gens normalement. Mais depuis le début de la soirée, ils n'ont rien fait normalement, tous les deux, alors pourquoi est-ce que ça commencerait maintenant ?

« Ce serait terrible parce qu’alors je me sentirais vide. Tant que tu as tes secrets, tu peux préserver une partie de toi-même. Mais si tu cries à tout va ce que tu caches… Il ne restera plus rien. Et ça, je sais pas si je suis prêt à l’accepter. » Ça, elle le comprend. Elle hoche doucement la tête, et, pour la première fois, prend des gants en cherchant les mots pour s'exprimer. « Moi, je pense que... Enfin, je trouve ça important pour moi de garder des trucs secrets, rien que pour moi. Pour pouvoir parfois me dire, quand je parle à quelqu'un 'si tu savais...' et puis c'est... C'est pour me sentir plus proche de moi-même, je crois. Avoir des trucs que je ne partage qu'avec moi c'est... Ça m'est nécessaire. » Elle acquiesce doucement ; elle n'aime pas la tournure que cette conversation prend mais elle ne peut pas s'empêcher de continuer de parler. « Et parfois, taire certains trucs c'est comme... Comme prétendre qu'ils n'ont pas existé, qu'ils n'existent pas et... Ça fait du bien. Moi je fais tout le temps ça. Je te l'ai dit, que je suis pas... Enfin tu vois. Mais je crois que y'a des trucs qu'il faut crier, à un moment ou l'autre. C'est tout. » explique-t-elle en hochant les épaules, toujours un peu secouée par leur dispute.

Et puis il crie. C'est inattendu, bizarrement. Elle le presse depuis un moment pour qu'il le fasse, sans croire qu'ils finiraient par y arriver. Avec surprise, elle constate qu'elle est émue, bien trop émue ; c'est très localisé, la façon dont certains de ses organes se sont resserrés dans son ventre. Elle aurait bien voulu savoir quels étaient ces organes en question, mais les sciences, la biologie, l'anatomie, tout ça c'est du chinois pour elle. C'est évident qu'elle ne va pas se moquer de lui. Tellement évident qu'elle ne le précise pas. Le cri se termine ; elle se rapproche alors de sa silhouette allongée et passe un bras autour de lui, à défaut de pouvoir l'enlacer complètement. « Je ne sais pas qui tu es Oscar, mais je suis vachement fier de toi. Et je sais pas si j'ai le droit, mais tant pis. » articule-t-elle doucement en souriant, d'un sourire timide un peu inhabituel, comme tout dans cette situation.
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Message(#) Sujet: Re: ~ i don't like rabbits. they always look like they're about to say something, but they never do. Dim 3 Juil 2011 - 12:33

Exaspéré, Huck perd quelque peu le contrôle et s’emporte. Il reste calme mes ses propos sont semblables à des boules de feu qu’il envoie au visage de la jeune femme. Pas une seconde il ne lui vient à l’esprit qu’il peut être vexant ou blessant. Pas une seconde il pense à elle, comme toujours et à chaque fois, le seul qui compte c’est lui. Il a toujours été d’un égoïsme sans nom et voilà qu’aujourd’hui, il osait émettre des jugements à tout va. Certes, elle l’avait cherché. On ne disait pas à Twist qu’il était un torturé superficiel alors que lui seul était capable de juger de ses peines et démons personnels. Toutefois, elle n’avait peut-être pas tort sur toute la ligne. Peut-être qu’il en faisait trop parfois. Peut-être que dans le fond, il aime ça, faire pitié. Les questions se mélange dans sa tête alors que, finalement, il ne parvient plus à savoir qui il est véritablement. . « C'est pas la peine d'être vulgaire. Ça sert à rien. Ça fait que montrer que t'es faible, et j'ai cru comprendre que tu cherchais à éviter de mettre ça à évidence... » Elle l’énerve avec ses grands discours et ces réparties à deux balles. Quelques minutes auparavant, tout ce qu’elle avait dit lui avait apparu comme paroles d’évangile et voilà que, désormais, tout ce qui sort de sa bouche n’est qu’un supplice pour ses pauvres oreilles. Pourquoi faut-il toujours que les gens fassent ce qu’ils ne sont pas sensés faire ? « Tu me cries dessus que je n'ai pas à te juger, et puis tu me juges ? T'es pas crédible mec. T'es pas croyable. » Il ne crie pas, c’est elle qui le dit ça. Parce que s’il avait crié, elle l’aurait entendu. Et là, ce n’est pas ce qu’il s’est passé. Huck ouvre la bouche pour lui énoncer ce fait, comme s’il avait une quelconque importance. Mais la demoiselle le coupe avant même qu’il n’est pu prononcer un mot. Et elle lui sort une théorie digne d’Einstein. Comme si tout ça l’intéressait réellement. Pour elle, tout évident. Il s’agit d’impression, de ressenti et de foutue connerie.

Ah ! Oui, en effet, c’est évident. Pour elle. Cette fille a une vie tellement différente de la sienne que leurs avis divergent totalement. C’est normal qu’ils ne puissent pas se comprendre. C’est normal qu’au bout d’un bout, le tout se confonde et que plus rien n’ait de sens aux yeux de l’un ou de l’autre. C’est évident. Tellement évident qu’il n’y a pas pensé. Huckleberry est loin d’être quelqu’un qui envisage tout. Pire, il n’envisage jamais rien et voit sur le moment. Son problème, c’est que, quoiqu’il fasse, il aura toujours l’impression que ça tombe à côté. Alors, il s’en moque un peu de ses impressions. Il lui pose des questions parce qu’il veut comprendre, mais les réponses qu’il attend ne vienne pas. Une citation dit que ce n’est pas mentir lorsque la seule vérité que l’on propose est celle qu’ils veulent entendre. Peut-être que finalement, il aurait préfère qu’elle dise sa vérité à lui, celle qu’il voulait. « C’est ça, ouais. C’est tellement évident ! » Il ne peut pas s’empêcher de faire cette remarque en levant les yeux au ciel. Comme si tout cela, finalement, lui passait complètement au-dessus de la tête. . « Les gens ils savent que je suis stupide, et normalement c'est évident pour eux aussi que, quand je parle, c'est pas tout à prendre au premier degré, et c'est pas ta faute parce que tu sais pas que je suis stupide, mais j'aurais juste voulu que tu comprennes que moi, je dis juste ce que je pense en... en conclusion à ce que tu m'as montré de toi. Et je suis pas... Ça s'arrête là. Je suis pas un génie, je vais rien t'apprendre. Je veux juste croire qu'on peut me laisser baragouiner dans mon coin, qu'on me laisse observer et chercher à comprendre, à mon rythme. » Huck arque un sourcil, un brin exaspéré. Qui a l’air du plus malin maintenant ? Il a prétendu être un torturé et voilà que maintenant, elle essaye de se faire passer pour une fille stupide. Cette fois, il se demande si elle ne se moque pas de lui et un court instant, il rêve de se lever pour fouiller les environs à la recherche de la caméra caché. Ceci est une blague. Une horrible et monstrueuse blague. Mais dans le fond, il ne sait même pas quoi répondre à tout cela. Que peut-il dire de toute façon ? « C’est ça votre truc à vous les filles ? Faire croire que vous êtes stupides pour qu’on vous pardonne tout ? Je veux dire… Je sais pas, en fait. Mais je pense pas que tu sois stupide. Je pense qu’en disant ça, t’essaye juste de te cacher et que y a des tas de trucs que tu dis pas. Les vrais raisons, je veux dire. Celles qui font que tu es toi et non quelqu’un d’autre. Je pense pas que tu sois stupide, je pense même que tu es très maline. Seulement, tu t’y prends vraiment mal avec les mots et les gens. C’est ça ton problème, tu dois pas être vraiment humaine. Je vois que ça. » Il s’est calmé et sa voix est posée lorsqu’il sort tout cela avec un semblant d’intérêt. Il ne sait pas s’il pense ce qu’il dit mais en tout cas, il dit ce qu’il pense. La différence est nette dans sa tête.

Puis, ils s’apaisent tout deux. Et la conversation dérive des choses sans importances. C’est plus simple, généralement ce genre de truc. Ça évite les grosses prises de têtes et les discours qui ne veulent rien dire. C’est plus simple, plus aisé. On a pas peur de dire les choses. « Non, personne me désire. C'est juste que je suis stupide. Alors je suis toujours en retard. J'oublie des trucs, de regarder l'heure, enfin, tout... » Encore une fois ce mot, stupide. A force de prétendre l’être, elle finira sans doute par l’être. Et ça l’agace, Huck. Il n’a pas envie qu’elle se pense stupide sous prétexte qu’il a été un peu trop brutal avec elle. Il pense que c’est sa faute si elle dit ça et peut-être qu’il a raison. « Ne pas être ponctuel ne veut pas dire que tu sois stupide… » lâche-t-il dans un murmure. Il n’a pas envie de se battre avec elle. Il n’a pas envie de faire un deuxième discours sur sa prétendue stupidité. « N’est stupide que l’a stupidité. » Et il commence à se marrer, comme ça, sans raison. Ça le fait rire de sortir des répliques de film alors qu’il a plus été au cinéma depuis… depuis au moins ça. Ses références sont d’ailleurs très limitées de ce point de vue. Il peut être incollable sur les comics, mais alors, parlé de film récent et il sera perdu. La discussion continue de tourner et voilà que maintenant, elle continue à jouer les filles stupides. Celle qui ne connait rien à rien. Oui, et alors ? Personne n’a dit qu’il fallait connaitre les sciences pour être intelligent. Il suffit parfois d’un domaine, et on peut dire de vous que vous êtes intelligent. Mais les gens ont du mal avec ça. Ils pensent toujours que l’intelligence, ça s’étale sur tout en général. Mais c’est faut. Ca se travaille. Et puis, on peut être moins stupide si on le souhaite, il suffit d’y croire et d’y mettre un peu du sien… C’est comme dans les contes de fée. Si tu dis que les fées n’existent pas, elles meurent. Peut-être qu’à force de dire que t’es stupide, tu le deviens…

Et puis, il faut crier. Peut-être qu’elle aurait du crier qu’elle était stupide. Ca aurait été plus simple. Il n’en sait rien. Il ne comprend rien dans le fond. Ce genre de truc, c’est loin d’être son domaine de prédilection. Mais il n’a pas peur de mettre des mots sur ce qu’il ressent, puisque de toute façon, c’est ce qui se passe exactement dans sa tête. La peur de se sentir un peu vide ou tout simplement aussi, de se voir rejeté. Et si le monde savait ? Et ses les gens avec qui ils vivaient au quotidien découvraient tout ? Parfois, il se demande si tout cela ne fera pas de lui une sorte de paria, de déchet de la société. Il ne veut pas que tout se sache. Il veut juste que… Dans le fond, il ne sait pas ce qu’il veut et le problème, c’est là qu’il réside. « Moi, je pense que... Enfin, je trouve ça important pour moi de garder des trucs secrets, rien que pour moi. Pour pouvoir parfois me dire, quand je parle à quelqu'un 'si tu savais...' et puis c'est... C'est pour me sentir plus proche de moi-même, je crois. Avoir des trucs que je ne partage qu'avec moi c'est... Ça m'est nécessaire. » Huckleberry écoute avec attention. Pour la première fois de la soirée, il comprend vraiment où elle veut en venir. Les « si tu savais » font partie intégrante de sa vie, mais personne ne jamais rien. Et ceux qui savent en font beaucoup trop. Le silence, c’est bien, fans le fond. « Et parfois, taire certains trucs c'est comme... Comme prétendre qu'ils n'ont pas existé, qu'ils n'existent pas et... Ça fait du bien. Moi je fais tout le temps ça. Je te l'ai dit, que je suis pas... Enfin tu vois. Mais je crois que y'a des trucs qu'il faut crier, à un moment ou l'autre. C'est tout. » Oui, lui aussi. Chaque jour, il se dit que si cela n’a pas été dit, c’est comme si ça n’avait jamais existé. Et alors, il se sent mieux. Mais il sait, il en a la conviction, qu’un jour : tout finira par se savoir. Parce que tout se sait. Et dans le fond, les histoires, c’est comme les sciences : rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. « Peut-être. » Sa réponse est vague, mais il s’avère être un peu perdu dans tout ça. Alors, il cherche quand même de nouveaux mots à mettre sur ce qu’il pense et ressent. Elle arrive à le faire elle, lui aussi dans ce cas. « Et si je savais quoi ? On saura jamais rien, s’il y a toujours des ‘si tu savais…’, non ? Je veux pas connaître tes secrets, ils ne regardent que toi, mais tu crois qu’on gagne davantage à faire semblant ? Moi, je sais plus. Je sais plus si j’aime m’enliser des mes propres mensonges et dans les fantaisies que je m’invente. Je sais plus si je suis moi, ou le type qui habite à Ocean Grove. Parce que tu sais, la différence est vachement profonde. Mais ça, tu pourras jamais le savoir. Parce que c’est un si tu savais… Mais… Enfin, voilà quoi. » Ce qu’il dit n’a aucun sens et il s’en rend compte.

Alors, c’est le cri qui s’en va, malgré tout et contre toute attente. Il ne savait pas que crier faisait autant de bien. Il se sent un peu plus léger, comme si un poids lourd qui était resté en stationnement sur son corps trop longtemps avait enfin décidé de prendre le large. Il a crié. Et voilà qu’il se sent pratiquement vide. Mais aussi étrange que cela puisse paraître, c’est un bon vide. C’est pas un vide qui fait de lui le néant. Il a l’impression que ça le rend complet, au contraire. Alors il sourit bêtement. Parce qu’en une soirée, il a l’impression d’avoir grandit. Et puis, il se sent se bras l’enlacer et il n’a plus l’impression d’être tout seul. Sa tête glisse sur le côté pour poser son regard dans celui de Jack. « Je ne sais pas qui tu es Oscar, mais je suis vachement fier de toi. Et je sais pas si j'ai le droit, mais tant pis. » Elle lui sourit et il sourit à son tour. C’est comme une nouvelle aire qui commence. Son regard retourne plonger dans l’immensité du ciel. Il s’est arrêté de pleuvoir, il n’avait pas remarqué. De nouveau, il sourit bêtement. Sa main se pose sur son bras et il dit : « Je suis fatigué maintenant. On devrait rentrer. Mais… tu sais c’est où chez moi ? Je crois que je me suis perdu. » Ce qu’il dit n’a aucun sens. Mais dans le fond, il a seulement peur de retrouver son toit. Jisel doit y être, paisiblement endormie, et il a peur d’avoir envie de tout lui dire. Parce qu’aujourd’hui il a compris. Les si on savait, faut parfois les faire sauter…
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Message(#) Sujet: Re: ~ i don't like rabbits. they always look like they're about to say something, but they never do. Dim 3 Juil 2011 - 14:07

« C’est ça votre truc à vous les filles ? Faire croire que vous êtes stupides pour qu’on vous pardonne tout ? Je veux dire… Je sais pas, en fait. Mais je pense pas que tu sois stupide. Je pense qu’en disant ça, t’essaye juste de te cacher et que y a des tas de trucs que tu dis pas. Les vrais raisons, je veux dire. Celles qui font que tu es toi et non quelqu’un d’autre. Je pense pas que tu sois stupide, je pense même que tu es très maline. Seulement, tu t’y prends vraiment mal avec les mots et les gens. C’est ça ton problème, tu dois pas être vraiment humaine. Je vois que ça. » Hazel arque un sourcil, noyée dans l'incompréhension la plus totale. « Vous les filles. » Rien que ce passage l'amuse, d'une façon particulièrement ironique. On a jamais attribué quoi que ce soit dans son comportement à sa condition féminine, son attitude n'a jamais été rattachée à son appartenance à la gente féminine ou quoi que ce soit, et d'être ainsi rabaissée en quelque sorte au statut de fille, ça l'amuse presque, et elle a envie d'en rire, d'un rire terriblement jaune. « Je ne veux pas te faire croire quoi que ce soit. C'est pas mon genre. Trop compliqué. T'es juste... Pas au courant de tout. Y'a des trucs de base que tu devrais savoir de moi, pour pas péter un câble chaque fois que j'dis un truc. J'veux dire, pourquoi je prétendrai être stupide, ça n'a aucun sens ! » rigole-t-elle, à deux doigts de la crise d'hystérie. Toute sa vie, on lui avait répété qu'elle était idiote, ratée, déficiente, et tout un tas d'autres qualificatifs encore moins flatteurs. Elle avait accepté l'idée. Elle apprenait à vivre avec. Tout le monde s'était fait au concept, et elle était devenue Haze, la simple d'esprit. À tel point que son surnom résumait même la chose. Alors pour qui il se prenait ? Qu'est-ce qui lui permettait de croire qu'il pouvait débarquer et décider qu'ils avaient tous eu tort ? Finalement elle s'en foutait. Elle n'accorderait aucun crédit à ses propos, et ne le laisserait pas bouleverser son petit train de vie. Qui avait raison au fond, ce type bourré et irascible qui la connaissait depuis deux heures, ou ses professeurs depuis la maternelle ? Elle le savait qu'elle était pas nette. C'était prouvé, scientifiquement, alors il n'allait pas la faire changer d'avis. Parce qu'en plus d'être idiote, elle était plutôt bornée.

Oui, son manque de ponctualité ne signifie pas sa stupidité. C'est un tout. Une globalité. Sa personnalité est logique, de ce point de vue. Elle peut-être stupide, maladroite, en retard, naïve, aveugle, incapable de s'exprimer, peureuse, et tout cela s'emboîte de façon parfaitement cohérente. Sa négligence ne vient pas de sa stupidité, mais elle la complète. Elle pourrait lui expliquer tout cela, si elle même l'avait compris, si elle avait capté le rapport qu'il y avait là dessous, sur lequel elle ne parvenait pas à coller de mot.

« Et si je savais quoi ? On saura jamais rien, s’il y a toujours des ‘si tu savais…’, non ? Je veux pas connaître tes secrets, ils ne regardent que toi, mais tu crois qu’on gagne davantage à faire semblant ? Moi, je sais plus. Je sais plus si j’aime m’enliser des mes propres mensonges et dans les fantaisies que je m’invente. Je sais plus si je suis moi, ou le type qui habite à Ocean Grove. Parce que tu sais, la différence est vachement profonde. Mais ça, tu pourras jamais le savoir. Parce que c’est un si tu savais… Mais… Enfin, voilà quoi. » Elle comprend, tout à fait, pour une fois. Être et paraître, cette notion commence à lui être familière. Mais parfois elle a envie tellement fort d'être ce qu'elle paraît, et elle oublie ce qu'elle est. Comme ça. Elle est tellement douée pour oublier. « Et si c'était mieux, qu'ils ne sachent rien ? Et si, au fond, les gens ne voulaient pas vraiment savoir ? Et si ça changeait tout ? Et puis les gens sauront tôt ou tard. Autant profiter du répit qu'il nous reste ? On aura le temps d'être ce qu'on est plus tard, pour l'instant je veux juste être celle qu'ils croient... » lâche-t-elle en étouffant un bâillement sur la fin. Elle n'aurait jamais dit tout ça en temps normal. Même pour un temps anormal, c'était plutôt bizarre de sa part de sortir un discours pareil.

Non, elle ne sait pas où il habite. Elle le lui signale d'un bref signe de tête en signe de dénégation. C'est à peine si elle se souvient de là où elle vit. Avant, elle vivait avec sa maman et Wendy. Et puis tout avait changé. Elle avait raté trop de trucs, et on l'avait virée. Maintenant, elle vivait chez Elyès. Ce n'était pas de tout repos, mais c'était mieux que rien. « Viens, je t'emmène là où je vis, tu retrouveras ton chez toi demain. » lui propose-t-elle sans vraiment imaginer d'alternative possible. Dans l'instant suivant, elle se relève, époussette brièvement son corps à moitié nu pour se débarrasser des quelques graviers audacieux qui s'y étaient accrochés, puis elle tend la main à Oscar, cet inconnu familier avec qui elle avait partagé bien trop d'émotions pour la soirée. Oui, c'est une nouvelle ère.


SUJET TERMINÉ
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