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 « And the sun sets the scene, while the rain misses me » feat. Adriel Lamontagne

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Message(#) Sujet: « And the sun sets the scene, while the rain misses me » feat. Adriel Lamontagne Ven 24 Déc 2010 - 12:02

Il était temps qu’elle fasse ce pas. Ce n’était pas un pas de géant, après tout, elle connaissait Adriel. Du moins, elle l’avait connu autrefois. Cela faisait presque dix ans qu’elle ne l’avait pas vu. Se présenter sur le pas de sa porte à l’improviste pouvait être risqué. Mais aucune crainte ne traversait l’esprit de Maya. Elle avait même hâte de presser ce bouton, d’entendre le pas discret de l’autre côté de la porte et la voir s’ouvrir sur un visage connu. Elle avait hâte de voir la réaction qui surgirait sur le visage de son ami. La surprise, l’incompréhension, l’indifférence, la gêne, l’irritation. Peu importait ce qu’il ferait, dans l’esprit de la jeune femme, il ne pouvait que la reconnaitre. Même après une décennie, leurs vies étaient bien trop liées pour qu’il ne garde aucun souvenir d’elle, de ce qu’ils avaient vécu, de leur enfance dans le Delaware. Comment pouvait-elle prévoir ce qu’il allait dire ou faire ? Mais elle avait besoin de le voir, de le retrouver et s’il n’était pas particulièrement heureux de ces retrouvailles, elle ne laisserait pas tomber si facilement. Quand Maya Mazzello avait quelque chose dans la tête, il fallait beaucoup d’acharnement pour le lui ôter. Elle avait toujours été une âme solitaire. Elle n’avait pas vraiment besoin de point d’attache, de lien solide, de relations noueuses. Mais Adriel, ce n’était pas pareil. C’était son autre frère, celui qui lui avait cruellement manqué lorsqu’il était parti. Elle avait déjà perdu River, comme si ce n’était pas déjà beaucoup. Et puis elle avait dû regarder Adriel s’en aller. Elle ne pouvait pas lui en vouloir mais les mois qui avaient suivi son départ n’avaient pas été les plus heureux ni les plus glorieux qu’ait pu vivre la demoiselle. Si Adriel avait d’autres chats à fouetter, cela ne gênait pas Maya. Elle s’occuperait jusqu’à ce qu’il ait un peu de temps à lui consacrer et s’il n’en avait aucun, eh bien, elle se ferait une raison et tirerait un trait sur leur amitié – ou quoi que ce soit qui ait pu les lier dans le passé. Une chose était certaine : s’il lui refusait son affection, ce serait définitif, Maya ne reviendrait pas sur ses pas, elle partirait en agissant comme si rien ne les avait jamais rapproché. Elle aurait pu se lancer dans la recherche d’un boulot, ça aurait été une bonne idée, un bon commencement. Mais elle ne voulait pas tenter de s’installer s’il s’avérait que son opération était vouée à l’échec. S’il ne voulait pas l’aider, qu’y aurait-il d’intéressant pour elle ici ? Pourquoi rester ici alors que le monde s’offrait à elle ? Ici ou ailleurs, finalement, cela ne changeait pas grand-chose. La seule chose qui était certaine, c’est qu’elle ne retournerait pas dans le Delaware. Elle ignorait totalement ce qu’elle ferait mais jamais elle ne retournerait là-bas, même si l’idée de ne plus jamais revoir ses parents lui froissait tout de même le cœur. Mais mieux valait ne pas faire de plan sur la comète.
Il fallait toute une gymnastique de l’esprit à Maya pour parvenir à calmer l’excitation qui commençait à se faire sentir. Si elle n’écoutait qu’elle-même, elle aurait déjà été sonner plus tôt, dès son arrivée même. Mais elle s’était contenue, préférant cerner l’environnement dans lequel vivait Adriel, s’accoutumer pour être certaine que si tout tournait comme elle l’espérait, elle n’aurait pas à le regretter et à s’ennuyer comme un rat mort. Elle sentait son cœur battre follement dans sa poitrine alors qu’elle fermait la porte de la petite chambre de motel. De la chambre voisine, elle entendait Toxic vriller l’air. Sa voisine, une jeune femme à peine sortie de l’adolescence au look provocateur, ne semblait pas savoir vivre sans le volume à fond. Heureusement pour elle, Maya ne s’emportait pas pour si peu. Ce genre de bourdonnement lui passait au-dessus de la tête et comme elle n’avait pas le sommeil léger, le tintamarre ne la gênait pas du tout. C’est avec un sourire qu’elle passa devant la porte close et se dirigea vers le bâtiment principal, un petit immeuble de quatre étages un peu décrépi. Elle remit la clé à la réception et sortit.
Elle n’avait pas encore contacté Adriel pour une seule et unique raison : elle voulait le surprendre. Cela ne l’amusait pas d’arriver sur le pas de sa porte s’il attendait sa venue. Elle voulait évaluer sa réaction et la sincérité de celle-ci et il n’y avait qu’en le surprenant qu’elle en aurait un échantillon suffisant. Pour ce qu’elle avait pu en voir, il avait plutôt bien réussi, même si elle ignorait tout du drame qui avait bouleversé l’existence du jeune homme. Elle ignorait tout des parents d’Adriel, ne les ayant jamais vus. Elle n’appréhendait pas les questions, elle avait toute une série de réponses bien faites, innocentes et désinvoltes qui ne le pousseraient pas à investiguer sur ce qu’elle avait pu faire durant les dix années de séparation. Pour ce qu’il pourrait savoir : elle avait fini brillamment ses études et avait opté pour une carrière comme professeur de dessin, jusqu’à ce qu’enseigner sa passion ne devienne un poids et qu’elle décide de tout laisser pour tenter autre chose. Quoi, elle n’en était pas encore certaine mais elle était jeune et en bonne santé, qui s’inquiétait de ce qu’elle ferait demain ? River, Adriel et elle avaient tant imaginé, ils avaient vécu un millier de vies et toutes leur étaient encore possibles. A part pour River, évidemment, mort trop jeune, à cause de sa témérité. Est-ce que cela avait un impact sur la façon de vivre de Maya ? Aucune ! Elle n’avait pas peur du danger, c’était comme si assister à la mort de son ainé avait ruiné toute crainte en elle. Son antithèse était Adriel, qui avait toujours semblé régner sur son propre monde, ne pas avoir besoin des autres et, pourtant, pour une raison qui était inconnue à Maya, s’attacher à elle comme il ne le faisait pas avec les autres. Peut-être que c’était dû à leur situation commune, quoi qu’il en soit, il existait entre eux un lien indestructible, elle en était certaine.
Trouver son domicile ne fut pas compliqué. Lemon Street étant l’une des deux rues principales d’Ocean Grove. Tout y ramenait. Tous les chemins menaient à Rome disait toujours Jenna. Eh bien, à Ocean Grove, tous les chemins menaient à Lemon Street ou à Apple Road. La première fois qu’elle avait vu ces maisons magnifiques, elle avait cru être entrée dans une nouvelle dimension. Rien ne l’avait prédestinée à fouler un jour les trottoirs d’un tel quartier. Tout sonnait faux. Elle avait l’impression d’être dans un épisode de Desperate Housewives, avec tout ce que cela impliquait. Et pourtant elle était bien là, la lanière de son sac à main sur son épaule, son pantalon élimé couvrant ses jambes blanches comme des aspirines. Elle n’avait pas de réels vêtements pour des journées ensoleillées, elle qui était habituée à la grisaille de Milford. Si la vie à Ocean Grove s’avérait une option, elle pourrait envisager de changer sa garde-robe. En attendant, elle se contentait de ses maigres effets personnels, c’était bien plus simple à transporter. Elle avait toutefois opté pour un débardeur et un gilet fin, ayant tendance à vite avoir chaud. Peut-être à cause de la différence de température. Peut-être à cause de l’excitation qui ne cessait d’augmenter à chaque pas qui la rapprochait du numéro 9643. Il n’y avait aucune appréhension, juste un gonflement dans son cœur. C’est avec un dernier soupir décisif qu’elle franchit les derniers mètres qui la séparaient de la sonnette. Elle accéléra le pas, se voyant déjà lui sauter dans les bras, le faire tomber sous le coup de la surprise. Lorsqu’elle se retrouva sur le seuil, elle pressa le bouton, entendit le son se répercuter à l’intérieur et, retenant son souffle, elle fixa le bois de la porte. Jusqu’à ce que celle-ci s’ouvre sur une longue silhouette qui ne pouvait appartenir qu’à Adriel.


Dernière édition par Maya Mazzello le Ven 6 Mai 2011 - 22:44, édité 3 fois
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Message(#) Sujet: Re: « And the sun sets the scene, while the rain misses me » feat. Adriel Lamontagne Dim 26 Déc 2010 - 14:47

Las, et peu motivé, Adriel s'efforçait de suivre à la lettre une recette de dinde aux marrons qu'il avait trouvé sur internet. Jamais encore n'avait-il eu à cuisiner pour Noël, et au vu des circonstances, cela ne l'enchantait pas vraiment. Son père n'aurait pas le coeur à la fête ce soir, il le savait pertinemment. Et lui non plus, honnêtement. Le reste de la famille ne se joindrait à eux que le lendemain, et la soirée serait bien triste. Depuis la mort de Brianne Lamontagne, lors de l'ouragan qui avait ravagé le quartier d'Ocean Grove, quelque chose s'était cassé en Adriel. Depuis son arrivée dans le quartier, celui n'avait subi de drames majeurs – un miracle, selon ce dernier -, et son lieu de paix, son « paradis » avait été bafoué, sali quelque part. Il souffrait de la perte de sa mère, mais pleurait aussi la fin de ce havre de paix. Symboliquement, cet endroit avait perdu de son charme. Il n'était plus l'endroit où Adriel se sentirait toujours en sécurité. Désormais, ici également, il était vulnérable. Et ce sentiment le déstabilisait profondément. Mais que pouvait-il y faire après tout ? Alors, comme il le pouvait, il s'occupait à préparer cette farce qui n'aurait probablement d'autres goûts que celui du deuil. Mais il fallait continuer à vivre normalement, et préserver les traditions était une manière comme une autre de le faire. Ce n'était pas facile, et plus particulièrement en cette période, mais bien que le coeur aussi lourd que lorsqu'il était arrivé à Miami, Adriel voulait essayer. Cette épreuve n'était peut être qu'un orage dans son ciel immaculé de nuages. Il n'en était pas convaincu, honnêtement. Mais il souhaitait essayer, de tout son coeur. Parce qu'il n'était pas certain de pouvoir redevenir celui qu'il était il y a dix ans. Il ne saurait plus comment faire, comment survivre. Un coup de sonnette à la porte le fait sortir de ses pensées. Adriel hésita un instant, surpris. Il n'attendait personne, et si les manifestations de sympathie du voisinage s'était fait nombreux depuis le décès de sa mère, tout le monde avait mieux à faire la vieille de Noël. Il y avait les derniers cadeaux à acheter, la cuisine à faire, et la maison à nettoyer avant que les invités n'arrivent. Qui pouvait donc venir sonner à... Adriel jeta un coup d'oeil sur la pendule, à 14h10 un jour pareil ? Il baissa le feu, attrapa ses béquilles, et rejoignit doucement la porte tandis que le cliquetis des béquilles raisonnait sur le parquet. Il appuya l'une des deux sur le meuble de l'entrée, et ouvrit la porte, oubliant les recommandations des médecins de ne pas s'appuyer sur sa jambe cassée lors de l'ouragan. Et le visage qui apparut dans le sien le projeta dix, quinze, vingt ans en arrière. Elle n'avait pas toujours été là, mais le retour en arrière se fit plus violent, et plus brutal que l'imprévue présence de la jeune femme sur le pas de sa porte. Les yeux d'Adriel se fermèrent malgré lui, et son coté cartésien lui permit de reprendre le dessus plus vite qu'il ne l'aurait imaginé. Tout arrivait pour une raison. Tout. Il rouvrit alors les yeux, doucement. Et un fin sourire se dessina sur son visage. Elle était bien là. Maya Mazzello. Un large sourire se dessina sur le visage de son amie, et si Adriel remarqua bel et bien qu'il y avait quelque chose de nouveau sur son visage, dans son regard, il était encore trop sous le choc de ses émotions pour s'en formaliser. Il la contemplait, la trouvant toujours aussi belle, et terriblement changée à la fois. Mais en dix ans, qui n'aurait pas changé ?

Alors qu'il approchait doucement sa main du visage de la jeune femme, tous les souvenirs fusèrent en lui. Les soirées assis dans le salon commune où ils ne s'adressaient pas la parole, tous deux perdus dans leur lecture, mais appréciant la présence de l'autre pourtant, les regards et sourires complices, les confidences tard la nuit, les éclats de rire parfois, même si ils étaient rares, le sentiment de détresse lorsque l'autre partait trop longtemps, la sentiment de vide quand il avait fallu se dire au revoir pour de bon... De sa présence, Adriel avait l'impression qu'un poids lui avait été enlevé. Comme si sa présence, malgré cette décennie qu'ils avaient passé séparés, l'apaisait encore comme tant de fois auparavant. Lorsqu'il put enfin sentir sa peau douce contre sa main, son pouce dessina les pommettes de la jeune femme avec une tendresse infinie. « Ca... pour un cadeau de Noël. » souffla-t-il, ne la lâchant pas du regard. Mais rapidement, le sentiment de détresse qu'il ressentait avant son arrivée refit son chemin jusqu'au coeur d'Adriel, coeur qui s'alourdit de nouveau. Mais un sentiment de légèreté restait présent, comme si Maya venait de lui mettre du baume au coeur. Et c'était d'ailleurs le cas, quelque part. Oubliant sa patte folle, il ouvrit plus grand la porte, et se décala. « Entre, Maya. Viens au moins boire un café. » Il n'avait pas le temps de boire un café, surtout pas avec Maya après avoir passé plus de dix ans sans la voir. Il savait pertinemment qu'il n'aurait plus envie de la quitter, qu'il voudrait discuter des heures, et des heures avec elle, lui d'ordinaire si peu loquace. Ils avaient tellement de choses à se dire, tellement de temps à rattraper... Mais la première question que se posait Adriel était : Pourquoi était-elle là après toutes ses années ? D'un commun accord, ils avaient choisi de ne se donner que des nouvelles de manière superficielle, et rapidement, il était devenu plus simple de ne plus en donner du tout – pour Adriel, en tout cas. Leur amitié était trop forte pour être vécue à moitié. Leur amitié était trop forte pour que Adriel ne se l'explique, lui qui avait une explication pour tout, lui qui ne s'attachait pas, ou rarement. Et apparemment, leur amitié était même trop forte pour que quiconque, pour que quoique ce soit, les sépare éternellement un jour. Et là, en était la preuve. La présence de Maya, qui n'était jamais venu ici, à qui il s'était efforcé comme il le pouvait de ne pas penser depuis son arrivée ici, était la bienvenue, la chose la plus naturelle au monde. Il attendit qu'elle pénètre dans la salle principale, et referma la porte derrière lui, un fin sourire illuminant son visage. Il ne se l'expliquait pas, mais avec la jeune femme à ses côtés, tout paraissait tellement plus simple. Il attrapa ses béquilles, et la rejoignit. « Je vais enlever ce qui est sur le feu, j'arrive. Tu veux quelque chose à boire ? » A la façon qu'elle avait de se tenir, à l'éclat dans ses yeux, et au sourire qui se dessinait sur son visage, Adriel se rendit compte qu'il ne connaissait plus rien d'elle. Ils étaient désormais comme des étrangers l'un pour l'autre... Et pourtant, le jeune homme sentait une pointe d'explication à l'idée de devoir réapprendre à la découvrir.


Dernière édition par Adriel Lamontagne le Ven 25 Mar 2011 - 10:25, édité 1 fois
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Message(#) Sujet: Re: « And the sun sets the scene, while the rain misses me » feat. Adriel Lamontagne Jeu 27 Jan 2011 - 13:34

Jamais elle n’aurait pensé sentir son cœur s’inonder d’amour de cette façon. Adriel était bien la seule personne à pouvoir avoir cet effet-là sur elle. C’était comme si elle retrouvait un petit bout de River. Pourtant les garçons n’avaient pas grand-chose en commun à l’époque, mais ils échouaient dans la même partie de l’affection de Maya. Il avait fait naitre en elle une amitié sans commune mesure, lorsqu’ils étaient adolescents, mais cela ne l’avait pas empêchée de vivre sans lui durant une décennie. Elle s’était dit que le temps aurait peut-être fait son boulot, il aurait altéré leur lien, d’une manière ou d’une autre, parce qu’il ne pouvait pas être resté intact. Pas après tant de temps, surtout sans nouvelle de l’autre. De plus, le fait qu’elle se présente sur le pas de sa porte, à l’improviste, sans même lui avoir suggéré sa venue, n’aidait en rien à préparer leurs retrouvailles. Maya savait que si la situation avait été inversée, elle aurait été ravie de retrouver les traits tendres du jeune homme. Elle n’avait cependant pas pu se résoudre à l’avertir, même en lui envoyant un petit mot, clair et concis, qui aurait pu le mettre au courant de sa venue. Elle préférait prendre le risque d’être déçue plutôt que de ne pas avoir une réaction spontanée et sincère. Elle aimait l’improvisation et jouer le quitte ou double en arrivant ainsi, comme un cheveu dans la soupe. En optant pour l’effet de surprise, elle saurait immédiatement si elle était la bienvenue dans le monde d’Adriel ou bien si le jeune homme s’efforçait d’être poli, en souvenir du bon vieux temps – ça, c’était en admettant qu’il soit content de la voir, évidemment, ce qui n’était pas assuré.
Elle aurait dû savoir qu’étant le seul garçon à savoir par quoi elle était passée – du moins, une bonne partie, mais pas tout – il ne pourrait pas la rejeter. Il y avait quelque de fort entre eux et ce quelque chose, c’était le savoir. Quand ils partageaient des secrets, autrefois, il n’y avait pas besoin d’aller dans les détails, il n’y avait pas besoin d’essayer de trouver les mots adéquats, ils savaient. Un regard suffisait et l’onde de choc était passée. Adriel avait ce pouvoir là sur elle : celui de l’apaiser, même au plus fort de la tourmente et Dieu sait si des tempêtes, elle en avait traversées. La vie était ainsi, lui avait-on dit si souvent. Adriel ne lui avait jamais sorti ces mots vides de sens. Il n’avait pas besoin de sonder son regard pour tâcher de deviner ce qu’il se passait dans son esprit. Il savait, et cela faisait toute la différence.
Mais saurait-il encore aujourd’hui, dix ans après ? Se souviendrait-il ce que c’était de vivre dans l’incertitude, dans l’angoisse de ne pas être assez aimé ? Après tout, cela faisait dix ans qu’il était parti pour un monde plus agréable, il se pouvait qu’il ait enfoui son passé quelque part dans un recoin de sa tête, ne souhaitant qu’une chose : qu’on ne le fasse jamais remonter à la surface. Dans ce cas-là, l’arrivée inopinée de Maya risquait de ruiner les efforts de son ancien ami. Mais il était trop tard pour faire marche arrière. La porte s’était ouverte et c’est le souffle coupé par l’impatience qui lui tenaillait l’esprit, le cœur et le ventre que Maya le dévisagea.
Elle ne put que remarquer la béquille qui le soutenait dans son équilibre précaire mais son attention fut happée par la réaction d’Adriel qui ferma les yeux. Pourquoi ? Voulait-il s’assurer qu’il ne rêvait pas ou s’agissait-il là de la démonstration d’un malaise ? Se mordillant la lèvre, réprimant un sourire amusé, Maya resta muette, guettant le moindre signe de sa part. Quand un fin sourire vint éclairer le visage du jeune homme, elle ne put réprimer plus longtemps son sourire et elle le laissa illuminer son visage ravi. Il était rare que Maya fasse preuve d’une telle démonstration de ses sentiments mais elle était heureuse d’être là, elle savait qu’elle avait fait le bon choix en quittant Milford pour Miami. Elle en avait une preuve supplémentaire. Le silence qui s’installa durant quelques secondes ne la gêna pas, elle n’était pas du genre à être ennuyée par le mutisme, elle n’avait pas toujours besoin de parler pour communiquer. Elle optait d’ailleurs plus souvent pour le langage non-verbal, bien plus profond que certains mots, bien plus pénétrant. Elle ne pouvait pas en vouloir à Adriel de ne rien dire. Il y avait dix années qu’ils ne s’étaient plus vus. Lui, en soit, n’avait pas tant changé que ça – à part qu’il avait le teint hâlé de Miami, et l’aspect d’un homme et non plus d’un adolescent de dix-sept ans – alors qu’elle avait quinze ans la dernière fois qu’il l’avait vue, elle n’était qu’une adolescente chétive et dépourvue de toute féminité. Quand il tendit la main vers elle, elle sentit sa gorge se nouer et l’envie irrépressible de fermer les yeux. Elle garda le silence, laissant l’esquisse de sourire sur ses lèvres exprimer le bien être qui s’était installé en elle dès qu’elle avait posé les yeux sur le visage du jeune homme. Elle le laissa la toucher. Elle avait besoin de ce contact, elle avait besoin de lui, de sa force tranquille, elle s’en rendait compte avant, mais ce besoin s’était décuplé dès qu’il avait souri et elle se demandait à présent comme elle avait fait pour tenir tout ce temps loin de lui, sans nouvelles de sa part, sans pouvoir partager ses secrets avec lui..
« Ça, pour un cadeau de Noël. » Maya émit un petit rire, tout juste un petit gloussement amusé et taquin. Elle avait bien fait de garder le silence radio jusqu’à ce qu’elle presse la sonnette. Le moment était d’autant plus beau et réussi que si la porte s’était ouverte sur un Adriel conscient de qui il allait trouver sur le pas de sa porte. Egal à lui-même, il retrouva rapidement ses esprits, ouvrant la porte pour inviter la jeune femme à entrer. Elle ne se fit pas prier et se glissa entre lui et la porte pour se retrouver dans l’atmosphère accueillante de la demeure. Instinctivement, elle s’avança dans la maison, observant avec attention le décor qui s’offrait à elle. C’était décoré avec goût et sobriété, pas étonnant avec Adriel. Elle ne savait même pas pourquoi elle s’était imaginé autre chose. Peut-être parce que, malgré tout, ces dix années représentaient un véritable fossé qu’elle ne pouvait combler seule. Que malgré son culot d’arriver ainsi sans être annoncée, elle avait finalement un peu appréhendé ces retrouvailles, ignorant ce qu’elle allait trouver ou retrouver. « Je vais enlever ce qui est sur le feu, j’arrive. Tu veux quelque chose à boire ? » Elle se tourna vers lui et haussa les épaules.

« Je peux peut-être t’aider ? Après tout, je débarque sans prévenir, n’arrête surtout pas pour moi. Je pourrais même te faciliter un peu la tâche, non ? »

Elle désigna du menton les béquilles, comme s’il n’avait pas comprit, et ôta son gilet qu’elle déposa dans un coin avec son sac à main. Si elle avait des manches, elle les aurait probablement retroussées pour montrer qu’elle était prête à se mettre au boulot.


Dernière édition par Maya Mazzello le Ven 25 Mar 2011 - 14:41, édité 1 fois
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Message(#) Sujet: Re: « And the sun sets the scene, while the rain misses me » feat. Adriel Lamontagne Mer 9 Mar 2011 - 18:31

C'était un sentiment qu'il avait toujours trouvé effrayant, l'attachement qu'il avait pour Maya. Cela ne lui ressemblait pas d'être ainsi avec quelqu'un. Adriel n'était pas le genre de garçon qui s'attachait – ce qu'il avait vécu dans le passé l'en empêchait, quelque part. Et pourtant, avec elle... c'était même devenu quelque chose de plus fort que de l'attachement. Elle était toujours là, quelque part, dans son esprit. Elle était toujours la personne qui comptait le plus dans sa vie, même au bout de dix longues années sans se voir. Elle avait été celle qu'il avait souhaité appelé tant de fois par le passé quand il avait l'impression de perdre pied, ou peur de retourner à leur vie d'avant. Il était celle dont il avait composé le numéro, sans aller jusqu'au bout, quand sa mère était décédé. Ce numéro avait tous les autres. Avant les amis de la famille, avant le bureau pour prendre congé, avant le service funéraire, et si il ne l'avait pas appelé avant son propre père, c'était tout simplement parce que son père l'avait appelé. Il le savait pertinemment. C'était une chose terrible à dire en de telles circonstances, mais peu importe le temps qui passe, peu importe les événements qui font la vie de chacun, Adriel avait la certitude que Maya aurait toujours la première place dans son coeur, et dans sa vie. Et il en avait eu la confirmation lorsqu'il l'avait vu sur le pas de la porte. C'était comme si tous ses soucis s'étaient effacé pour laisser à son coeur le temps de profiter du retour de Maya.
La facilité avec laquelle il l'avait fait entrer chez lui était tout aussi surprenante que l'affection qui lui portait. Adriel invitait peu de gens chez lui. C'était là où se trouvait tous les souvenirs de sa vie d'antan, tous ses secrets, tous les moments heureux comme les douloureux... C'était également l'endroit où il pouvait se ménager, prendre du repos, faire le point sur sa vie. C'était, quelque part, son sanctuaire. Et si inviter des gens là ne le gênait pas forcément, il fallait tout de même qu'il est le temps de leur faire confiance, et de le connaître. Or, aussi douloureux que ce soit à penser, il ne connaissait plus vraiment Maya. Il lui faisait toujours confiance, c'était quelque chose qui ne changerait jamais, mais il ne pouvait pas dire pour autant qu'il la connaissait. Dix années avaient passé. Les gens changent en 10 ans, et il était bien placé pour le savoir. « Je peux peut-être t’aider ? Après tout, je débarque sans prévenir, n’arrête surtout pas pour moi. Je pourrais même te faciliter un peu la tâche, non ? » De nouveau, un fin sourire se dessina sur le visage de Adriel. L'idée ne lui déplaisait pas, bien au contraire. Cela serait un bon moyen de renouer, de se retrouver. Evidemment, la question de savoir pourquoi la jeune femme débarquait maintenant, à ce moment précis, dans sa vie lui trottait dans la tête, mais il ne souhaitait pas lui poser trop de questions. Ils n'avaient jamais agi ainsi l'un avec l'autre, ne se posaient pas vraiment de questions, à moins que cela apparaisse vraiment nécessaire. Là, ce n'était pas le cas ; Maya était là. C'était tout ce qui comptait.

« Prenons d'abord un café. Mais ton aide est la bienvenue. » répondit-il, son ton étant un chouilla plus joyeux que son ton neutre d'ordinaire. « Et si tu n'as rien de prévu ce soir, n'hésite pas à te joindre à nous. » Préciser qui il entendait par « nous » ne lui traversait même pas l'esprit, tellement il était évident pour lui qu'il passerait Noël avec son « père ». Une part de lui, témoignant de l'égoïsme dont Adriel pouvait parfois faire preuve, espérait que Maya n'avait rien de prévu, et qu'elle passerait la soirée en leur compagnie. Evidemment, il avait envie de passer beaucoup de temps en sa compagnie, de la redécouvrir, mais il espérait également que la présence de Maya détendrait l'atmosphère, et permettrait à son père, comme à lui d'ailleurs, de penser à quelque chose de plus gai que les événements des derniers temps. Il l'observa de nouveau un moment avant de se tourner vers la machine à café. Il fit deux expresso, qu'elle offrit de porter, et lui indiqua le salon. Une fois tous deux installés sur le canapé, Adriel relança la conversation. « Alors, comment vas-tu ? Que deviens-tu ? » Il devait avouer, lui qui n'était pourtant pas de tempérament curieux, avoir hâte d'apprendre ce qu'elle était devenue pendant toutes ses années, la façon dont elle avait évolué. Et elle espérait qu'elle avait comme lui trouver un équilibre, et une vie qui la rendait heureuse, ou presque en tout cas. Ce n'était pas ce qu'il lisait sur son visage pourtant. Mais une part de lui espérait que ce soit tout simplement la fatigue du voyage, ou une mélancolie passagère. Il ne savait après tout pas depuis combien de temps elle était arrivée, et peut être avait-elle le mal du pays, ou que sa famille – peut être en avait-elle une – lui manquait. Il espérait ce soit aussi simple que cela. Mais il savait parfaitement que si il s'agissait quelque chose de plus grave qu'un coup de blues, ou un coup de fatigue, il serait là près à la soutenir.
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Message(#) Sujet: Re: « And the sun sets the scene, while the rain misses me » feat. Adriel Lamontagne Dim 27 Mar 2011 - 12:20

Il était rare que Maya soit gênée par une situation. C’était un avantage dans beaucoup de cas, même si les gens la prenaient, du coup, pour une jeune femme méprisante et hautaine. Leur opinion importait peu à celle-ci, c’était vrai, mais elle ne se sentait en rien supérieure aux autres, elle avait juste une confiance folle en elle – elle l’avait absorbée au trop plein d’assurance de son frère et depuis sa mort, elle la cultivait, tout simplement. Elle ne voyait pas l’intérêt de se sentir mal à l’aise face aux regards et aux questions de certains. Elle vivait sa vie, elle était loin d’être parfaite et si elle faisait des erreurs, elle les assumait complètement. Elle regrettait rarement ses souvenirs, mais comme pour tout être normal, il y avait des choses qu’elle ressassait inlassablement, elle ne le montrait pas, c’était aussi simple que ça, et si ça faisait d’elle une femme indifférente, elle s’en contrefichait. Ceux qui la connaissaient – même s’ils étaient rares – savaient qu’elle ne cherchait pas à ménager les gens qui l’entouraient, elle n’avait pas envie de faire un effort pour faire la discussion quand son interlocuteur l’ennuyait au plus au point. Pour elle, c’était juste un gain de temps, elle ne voyait pas l’intérêt de s’attarder sur des personnes qui, elle le savait d’emblée, ne lui correspondraient pas. Non pas qu’elle cherche des gens du son acabit. Mais il y avait des personnalités qui l’attiraient, piquaient sa curiosité alors que d’autres la rebutaient et ne lui donnaient qu’une envie, les faire disparaitre au plus vite. Le parfait exemple de cette différence se trouvait là, avec les béquilles sous les bras : Adriel et Maya n’avaient pas grand-chose en commun niveau caractère et pourtant, ils avaient formé une amitié sérieuse, indestructible, même après dix ans sans s’être vus. Il était devenu un homme entre-temps, mais c’était toujours son Adriel et elle se sentait avec lui, aussi bien que si elle l’avait quitté la veille.
Prendre l’initiative de lui proposer son aide – ce qui impliquerait qu’elle irait forcément fouiller dans le frigo et les placards, ce qui ne plaisait pas toujours aux gens – n’avait donc pas été un problème. Elle se débrouillait en cuisine, même si elle n’avait rien d’une championne – et pour cause, elle avait toujours été trop distraite et trop impatiente pour se lancer dans une recette compliquée, elle oubliait forcément quelque chose au bout du compte et le temps de cuisson la décourageait généralement avant même de commencer – mais elle pouvait couper les légumes et mélanger la pâte ou quoi que ce soit qui ait besoin d’être mélangé. La seule chose dans laquelle elle était plutôt douée, c’était les sauces. Parce qu’elle se régalait de repas pleins de sauce, même si ce n’était pas forcément bon pour la santé – mais depuis quand Maya se souciait-elle de sa santé ?
Il accepta son aide et Maya en fut ravie. Il l’invita même à passer la soirée avec « eux ». Elle ne demanda pas qui étaient les « eux », trouvant assez naturel qu’il s’agisse de ses parents. Elle était curieuse de les rencontrer, elle s’était fait tant d’images de ceux-ci qu’elle n’avait qu’une hâte : mettre fin à ce mystère et savoir si elle brûlait ou si, au contraire, elle se trompait sur toute la ligne. Au sourire qui se dessina sur les lèvres de la jeune femme, il était évident que, même si elle avait déjà prévu quelque chose – ce qui n’était pas le cas –, elle aurait volontiers annulé tous ses plans pour pouvoir rester avec son meilleur ami – il avait toujours cette étiquette – alors, comme elle était libre comme l’air, il était évident qu’elle accepterait l’invitation et elle lui confirma sa présence au repas. Elle fit ensuite le tour de la cuisine, ouvrant les armoires une à une pendant qu’Adriel préparait deux Expresso. Quand il eut terminé, elle vint prendre les tasses et elle le suivit au salon. Elle aimait vraiment l’ambiance de la maison. C’était confortable et accueillant et l’idée furtive qu’elle puisse loger avec lui traversa son esprit mais elle la chassa aussitôt. Elle n’était pas là pour demander la charité ni pour essayer de s’incruster, elle était là pour lui et rien d’autres. Quand Adriel lui demanda comment elle allait et ce qu’elle devenait, Maya émit un léger soupir, comme pour prendre son élan avant de se lancer dans une longue explication – elle aurait, en effet, eu beaucoup à dire – mais, au lieu de ça, elle s’exclama :

« Eh bien, ça va. Je suis professeur de dessin, maintenant. Enfin, j’ai démissionné il y a quelques jours, j’avais besoin d’un peu de renouvellement, je m’ennuyais. Tu sais comme le train-train quotidien a tendance a rapidement me lasser… »

Elle disait ça comme s’il était censé savoir comment elle avait passé son adolescence, à changer de petit ami tous les mois parce qu’ils l’ennuyaient profondément, à changer d’activité parce qu’elle se lassait au bout de deux mois et à faire les quatre-cents coups pour avoir le sentiment que son existence n’était pas monotone. On avait pris cela pour une crise d’adolescence mais Maya savait que c’était son tempérament versatile qui était à l’origine de ces changements. Au bout de compte, les gens avaient cessé d’essayer de la comprendre ou de faire partie de sa vie, ayant bien compris que l’inconstance de Maya était bien réelle et qu’elle se lasserait d’eux comme du reste, sans exception.

« Mais je ne suis pas venue pour parler de moi ! C’est pour t’entendre que je suis là. Tu m’as tellement manqué… » Elle n’était pas adepte des confidences de ce genre mais Adriel avait ce pouvoir de faire sortir n’importe quoi de sa bouche. « Que t’est-il arrivé ? C’est quoi cette patte folle ? »

Elle avait entendu parler de la catastrophe qui avait eu lieu mais il lui semblait tellement invraisemblable qu’Adriel ait pu être touché par celle-ci. Il était censé être invincible.
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Message(#) Sujet: Re: « And the sun sets the scene, while the rain misses me » feat. Adriel Lamontagne Mer 30 Mar 2011 - 20:47

Lorsqu'il entendit les portes du placard s'ouvrir et se réfermer une à une, Adriel arrêta instantanément ce qu'il était entrain de faire, et se figea. C'était quelque chose qu'il ne supportait pas. Il avait du mal à accueillir les gens chez lui, mais si en plus, ils se mettaient à fouiller... c'était une horreur, un calvaire. Il se sentait exposé, mis à nu, quand bien même il ne s'agissait que de vaisselle. Et c'était loin d'être la situation dans laquelle il se sentait le mieux. Il préférait maîtriser la situation dans laquelle il se trouvait, et donner des indices sur sa vie, sur celui qu'il était, sur ce qui avait fait de lui l'homme qui était à l'heure actuelle, ne l'aidait à se sentir en pleine possession de ses moyens. Il attendit quelques secondes, mais comme le malaise ne passait pas, il se tourna vers Maya pour lui demander de cesser, il se débrouillerait. Mais lorsqu'il put la voir attraper les tasses, il se ravisa. Elle était là. Elle savait déjà tout ce qu'il y avait à savoir sur lui. Elle ne savait plus que n'importe qui à Ocean Grove, et probablement plus que n'importe qui tout court. Il ne craignait pas la façon dont elle pourrait se comporter, ou de ce qu'elle pourrait lui dire. Elle ne le blesserait pas, ou jamais volontairement en tout cas. Il lui avait donné toute sa confiance près de quinze ans auparavant, et aujourd'hui, malgré les trop nombreuses années passaient l'un de l'autre, le jeune homme savait parfaitement qu'il lui faisait tout autant confiance à l'heure actuelle. Elle était son roc, la seule personne sur qui il pourrait toujours compter, la seule personne sur qui il avait jamais vraiment compté. Alors il se contenta de lui sourire lorsqu'il croisa son regard, et finit de faire le café, une fois les tasses récupérées. Il la laisse partir devant, les tasses à la main, et ferma les yeux quelques secondes, profitant de la sérénité du moment. C'était comme un cadeau du ciel ; lui, qui n'avait jamais cru en Dieu ou en quoique ce soit d'autre si ce n'est que les gens sont maîtres de leur propre destin, en aurait presque douté en ce moment. A la période la plus difficile de sa vie depuis qu'ils avaient perdu contact, et la voilà qui arrivait comme une fleur. Parfois, la vie était bien faite. Il vérifia une dernière fois que le feu était éteint, et la rejoint dans le salon, ravi de pouvoir abandonner ses béquilles quelques minutes. Il lui demanda alors ce qu'elle faisait, et c'est avec une attention particulière qu'il l'écouta. A peine avait-elle ouvert la bouche, à peine lui avait-elle dit qu'elle était professeur de dessin qu'il avait des milliers de questions à lui poser. Pourquoi avait-elle choisi cette profession ? Aimait-elle son métier ? Dessinait-elle toujours aussi bien que durant son enfance ? Avait-elle des croquis à lui montrer ? Mais elle ne lui en laissa pas le temps, et Adriel dut refréner cette envie qui ne lui ressemblait pas le moins du monde.
Enchainant, elle ne laissa pas se passer une petite seconde avant de lui dire qu'il lui manquait, et cette fois-ci, ce fut un large sourire qui se dessina sur le visage du jeune homme, effaçant l'espace d'un dixième de seconde toute tristesse de son visage. Elle avait un impact sur lui qui ne cesserait de l'épater. Il ne lui répondit pas qu'elle lui avait manqué également, pourtant. Ce n'était pas qu'il n'en était pas capable, ni même que ce n'était pas le cas. Mais elle le savait, il n'en doutait pas, et le dire à ce moment-là, alors qu'elle venait lui dire, ne ferait pas justice à la sincérité de ce manque. Cela sonnerait comme une réponse à un aveu, alors qu'il s'agissait en réalité d'un hurlement que le jeune homme avait trop souvent gardé en lui.

Son regard passa de sa meilleure amie à sa jambe lorsqu'elle l'interrogea sur l'origine de sa blessure. Les images lui revinrent en tête, la violence du vent, et du moment, Dannii Docherty, et le soulagement d'être encore vivants. Et puis, sa mère. Son décès, la douleur que cela avait provoqué en lui. Il releva la tête et planta ses yeux clairs dans ceux plus foncés de son amie, et lui expliqua alors ce qu'il s'était passé. « Il y a eu une violente tempête dans la ville – tu as du le voir aux infos. Et disons que je fais partie des plus chanceux. » Il prit une longue gorgée de café, sans lâcher son regard. Les mots qui allaient sortir de sa bouche lui déplaisaient. Parce qu'ils étaient trop vrais, et douloureux, mais aussi parce que cela viendrait d'une certaine façon gâcher la douceur de ce moment. Adriel le savait parfaitement – Maya serait triste pour lui. « Maman a fait partie des moins chanceux, elle y est morte. » Il baissa rapidement la tête, et sa main se resserra sur elle-même. C'était encore trop récent, tout douloureux. Il poussa un long soupir, puis décida de ne pas laisser à Maya le temps de répondre. « Où restes-tu ? Pas à l'hôtel, j'espère ? » Peut-être avait-elle des amis ici. Après toutes ces années, il était peu probable qu'elle ait fait ce chemin juste pour lui. Quoique... il semblait y avoir quelque chose de spontané chez elle, d'impétueux peut être même. Elle avait souvent besoin de changement, à en croire ce qu'elle disait. Il était donc très probable qu'elle soit venue ici sur un coup de tête. Dans tous les cas, il ferait de son mieux pour la garder auprès de lui aussi longtemps que possible – tout en sachant lui rendre sa liberté si jamais elle désirait vraiment quitter la ville. Maintenant qu'il l'avait retrouvé, il ne voulait plus la perdre, plus jamais. A l'avoir ici, même uniquement depuis quelques minutes, même autour d'un simple café, il se rendait compte que sa vie prenait un autre ton, une autre couleur, moins fade, maintenant qu'elle était là. Maya Mazello avait toujours eu le pouvoir d'égayer sa vie.
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Message(#) Sujet: Re: « And the sun sets the scene, while the rain misses me » feat. Adriel Lamontagne Dim 3 Avr 2011 - 21:49

Il n’était pas venu à l’esprit de Maya de s’interroger sur la situation actuelle d’Adriel. Elle s’était posé quelques questions, évidemment, mais rien de profond, rien de concret. Elle envisageait sans souci qu’il ait une petite amie, qu’il fréquente quelqu’un, depuis peu ou depuis longtemps, mais pas un instant il ne lui traversa l’esprit qu’il puisse être marié et avoir des gosses. Pourtant c’aurait été naturel, à vingt-sept ans, il aurait pu avoir une vie bien installée, un petit train-train quotidien que la venue de la jeune femme aurait troublé – après tout, dans le cas où il avait quelqu’un, il se pouvait que cette personne soit d’une jalousie maladive, tant de scénarios étaient possibles. Mais Maya n’était pas vraiment du genre à se projeter dans l’avenir. Toutes ses décisions se faisaient sur base d’un ressenti. Elle n’avait jamais vraiment planifié de devenir professeur de dessin. Elle n’avait pas la fibre nécessaire pour enseigner mais c’était à peu près la seule chose qu’elle savait faire à l’époque, la seule matière qui l’intéressait suffisamment que pour l’approfondir et ensuite la partager avec d’autres. Elle ne vivait pas vraiment chaque jour comme si c’était le dernier, les carpe diem et autres théories du genre n’étaient vraiment pas son style, mais elle vivait au jour le jour, parce que c’était plus simple. C’était pour cette raison, aussi, que venir sonner à la porte de son ancien ami, de manière tout à fait improvisée, ne lui avait pas posé de problèmes. Elle n’avait pas craint sa réaction, elle n’avait rien anticipé, ni appréhendé. Elle avait juste pris la décision et avait mis les moyens nécessaires en œuvre pour mettre son plan à exécution. Et voilà la preuve que craindre ce moment aurait été inutile : elle se sentait aussi bienvenue que si elle habitait dans le coin et venait prendre une tasse de café chez son ami.
Elle ne pouvait cependant nier un certain apaisement auquel elle ne s’attendait pas. Elle ne se sentait pas oppressée ni angoissée et pourtant, la présence de son ami avait un effet apaisant sur elle, comme s’il calmait une tourmente dont elle n’avait aucune connaissance. Son sourire, sa douceur la tranquillisaient. C’était comme si les maux ne pouvaient pas atteindre cette maison, or ils le pouvaient, elle l’ignorait, c’était tout et elle ne se doutait pas qu’elle allait réveiller quelque chose de douloureux en laissant la spontanéité prendre le dessus. Finalement, elle n’avait abordé le sujet de sa jambe que parce qu’elle souhaitait détourner l’attention d’elle-même, elle ne voulait pas être passée au microscope, elle ne voulait pas qu’il fouille dans ses erreurs. Pas maintenant, en tout cas. C’était trop tôt. Elle lui en parlerait certainement, un jour ou l’autre, parce qu’il était la seule personne à qui elle pouvait envisager de parler. Mais pas maintenant. Pas en venant tout juste de débarquer. Elle voulait d’abord se faire à l’idée qu’elle l’avait retrouvé, elle voulait pouvoir se poser et réfléchir à son prochain pas. Quelle direction emprunter ? Quels écueils éviter ? Elle qui ne planifiait rien devait maintenant se confronter à l’évidence : elle ne pourrait pas être éternellement au chômage, elle devrait retourner dans le monde actif un jour ou l’autre mais pas tout de suite. Qu’on lui laisse le loisir d’apprécier ce qu’elle avait récupéré avant de replonger dans l’eau glacée.
Elle remarqua immédiatement le changement chez Adriel, bien qu’il soit imperceptible. Mais elle ne s’excusa pas, elle ne tenta pas de rattraper sa boulette. Il n’était pas dans sa nature de regretter les erreurs. À quoi bon, puisque le mal était fait ? S’il n’avait pas envie de s’attarder sur ce sujet, il le ferait bien comprendre, et elle n’insisterait pas, parce qu’elle n’était pas là pour ça. Mais elle ne demanderait pas pardon pour une question qui était tout à fait légitime. « Il y a eu une violente tempête dans la ville – tu as dû le voir aux infos » Il avait relevé la tête pour la regarder droit dans les yeux, de son air grave, et elle hocha simplement la tête. « Et disons que je fais partie des plus chanceux. » Le cœur de Maya se dégonfla, le soulagement s’évacuant par son sourire et un soupir. Elle comprit toutefois à sa mine grave qu’il n’en avait pas terminé avec ses nouvelles. « Maman a fait partie des moins chanceux… » Un air compatissant voila les traits de Maya et elle observa son ami qui venait de baisser la tête, visiblement en proie à un chagrin encore récent mais il ne lui laissa pas vraiment le temps de réagir, il s’enquit du lieu où elle restait et au lieu de lui répondre, Maya se leva et vint s’asseoir près de lui. D’un geste affectueux, elle posa les mains sur les joues de son ami et le força à tourner la tête et s’approcha encore un peu, collant son corps contre celui d’Adriel, glissant les doigts dans ses cheveux, dans un geste qui se voulait réconfortant. Pourtant, lorsqu’elle parla, ce fut bel et bien pour répondre à sa question et non pas pour présenter ses condoléances :

« Je loge dans un hôtel, oui. Je ne connais que toi ici, tu le sais bien. Et puis, je voulais d’abord m’assurer que tu vivais toujours bien ici, et que je n’arrivais pas à un moment inopportun. »

Elle se pencha, pressa ses lèvres contre la joue tiède d’Adriel puis elle souffla, le visage à quelques centimètres de celui du jeune homme :

« Mais je suis là pour autant de temps qu’il le faudra. Je n’ai plus d’obligations. »

Elle ne dit pas qu’elle n’avait plus rien, ce qui était pourtant une réalité. Elle se contenta d’enlacer les épaules de son meilleur ami, le front pressé contre sa tempe, dans une position complice, voire intime, car avoir son visage aussi proche de celui de quelqu’un d’autre était une invasion mais Maya ne le percevait pas comme ça. Elle le percevait comme une communion comme une autre. Elle était là. C’était tout ce que ce geste voulait dire.
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Message(#) Sujet: Re: « And the sun sets the scene, while the rain misses me » feat. Adriel Lamontagne Jeu 7 Avr 2011 - 19:40

Adriel n'avait pas réellement évolué au fil des années. Il avait grandi, était devenu plus mature, bien évidemment. Mais son attitude vis à vis de la société, et des gens qui la formaient plus particulièrement, était exactement la même que pendant son adolescence. Il était méfiant, préférant ne pas s'attacher à des gens qui finirait par le lasser, ou même par le décevoir. Cela ne se trahissait par une attitude agressive ; Adriel n'avait jamais été aggressif, ou même de nature violente. Au contraire, il était calme, posé, cherchant à toujours maîtriser la situation dans laquelle il se trouvait. Alors d'une manière générale, il s’intéressait peu aux gens. Il menait son petit bonhomme de chemin, et si personne ne lui donnait envie de faire une exception, cela ne le gênait pas plus que ça. Il avançait, seul, comme il l'avait toujours fait, et c'était probablement la raison pour laquelle il n'était toujours pas marié à l'heure actuelle. Rarement avait-il laissé une relation grandir jusqu'à ce stade. Sans même s'en rendre compte, sans même qu'il ne cherche vraiment à tenir quelqu'un éloigné, le jeune homme restait détaché, pas réellement impliqué. Et si beaucoup comprenaient ça comme une incapacité à montrer ce qu'il ressentait, quelque chose finissait toujours par le trahir. Il affectionnait pourtant les gens à qui ils donnaient leur chance, mais de là à les aimer... Adriel n'était même pas certain d'en être capable. D'une manière générale, en tout cas. Car, Maya était là et changeait toute la donne. Oh, il ne se voyait pas l'épouser, ou même en tomber amoureux. Il s'agissait de Maya ; elle relevait plus d'une soeur que d'une petite amie potentielle aux yeux du juriste. Mais il ressentait une telle affection pour celle-ci, il se sentait presque capable d'être... « normal » lorsqu'elle se trouvait à ses côtés. Le lien qui les unissait était particulier, cela ne faisait aucun doute. Il n'y avait jamais rien qui ne l'égalerait, et il doutait même que d'autres êtres humains puissent ressentir un lien aussi fort. Pour ce qu'il avait pu observer en tout cas, ce n'était pas le cas.
Mais son problème était peut être là. Adriel avait tendance à observer, plutôt qu'à se mêler à la foule. Il se faisait un avis des gens sur ce qu'ils montraient – même si il était devenu un expert pour retrouver les cas où les gens mentaient, ou pour décrypter leurs gestes – mais ne pouvaient jamais réellement savoir ce qu'ils pensaient, puisqu'il ne prenait la peine de leur adresser la parole que lorsque c'était eux qui engageait la conversation. Une fois encore, il n'y avait que Maya qui faisait exception. Ou plutôt qui avait fait exception, mais si il y avait une chose dont Adriel ne doutait pas, c'est qu'elle continuerait d'être l'exception qui confirme la règle.

Lorsque Maya se leva pour rejoindre ses côtés, le jeune homme ne réalisa qu'au dernier moment qu'elle allait peut être le forcer à parler de sa mère. C'était à peu près la réaction que tout le monde aurait pu avoir, et que la majorité des gens avait eu d'ailleurs. Combien d'appels Adriel avait-il évité pour ne pas avoir à supporter les « si tu as besoin de parler, n'hésite pas ». Comme si le fait de parler de la mort de quelqu'un pouvait arranger les choses. La personne n'en revenait pas à la vie, loin de là. Alors, pour Adriel, il était inutile d'en parler. Discuter de ses problèmes ne les avait jamais résolu ; le jeune homme avait appris depuis bien longtemps qu'il fallait agir, et ne pas se laisser abattre. Ainsi, tout finissait par passé. Tout. Et Maya savait comment il fonctionnait. Et apparemment, elle s'en souvenait. Puisque la tendresse dont elle faisait preuve, malgré la proximité de leurs deux corps qui laissaient entendre qu'il pouvait s'appuyer sur elle, la jeune femme répondit tout simplement à la question qu'elle venait de lui poser, comme si il ne faisait pas de lâcher une nouvelle d'une importance... vitale. Un fin sourire, mélange de tristesse, et de joie, se dessina sur ses lèvres quand elle précisa qu'elle ne connaissait que lui, ici. Ainsi, il ne s'était pas trompé, pas une seule fois. L'amitié qui les unissait était vraiment inébranlable, même le temps n'arriverait jamais à les séparer. L'idée que tout ne se passe pas idéalement dans la vie de Maya lui traversa l'esprit, mais il la chassa tout aussi rapidement qu'elle était venue en se rappelant que Maya parlerait lorsqu'elle penserait le moment opportun. Ils ne s'étaient jamais demandés directement si cela allait, ou si ils avaient besoin de quoique ce soit. Ce n'était pas un manquement d'intérêt, c'était tout l'inverse. En un regard, un seul, ils savaient ce que pensait l'autre, et comment agir. Alors, il retint la question qu'il avait sur le bout de la langue, puis ferma les yeux quelques secondes appréciant de sentir la peau de Maya contre la sienne. C'était une sensation dont il avait été privé bien trop longtemps. La dernière fois, c'était il y a dix ans. Quand ils avaient du se quitter pour une durée indéterminée, sans savoir si ils se reverraient un jour. Ils ne se l'étaient pas promis, c'était inutile. Chacun savait aussi bien que l'autre qu'ils feraient leur possible pour que ce soit le cas. Et pour preuve, c'était chez lui, ou en tout cas, dans sa ville que Maya avait décidé de se réfugier lorsqu'elle avait ressenti le besoin de changer de vie. Il la laissa se rapprocher encore de lui alors qu'elle lui précisait qu'elle était pour lui si il en avait besoin sans vraiment le lui dire.

Il commençait à être mal à l'aise pourtant. Il n'était pas vraiment habitué à ce genre de proximité. Tous deux l'avaient été il y a longtemps, mais c'était une décennie auparavant, et Adriel avait toujours autant de mal avec le contact physique d'une manière générale. Il n'était pas quelqu'un de tactile, pas même lorsqu'il était en couple – ce qui était paradoxal car il savait se montrer d'une tendresse infinie. Mais ces gestes étaient toujours plus ou moins maladroits, car l'on ne pouvait jamais savoir comment les gens réagissaient lorsqu'on leur prenait la main pour le réconforter, ou lorsque on les prenait dans les bras de l'autre. Ce fut donc au bout d'à peine quelques secondes qu'il se décala, attrapant pourtant sa main qu'il entoura des siennes afin de conserver un contact physique avec elle. « J'espère que tu n'as pas réservé ta chambre pour plus longtemps. Tu es ici chez toi. Tu seras bien mieux qu'à l'hôtel. » Il reposa son regard dans le sien, et insista. « Et tu es la bienvenue aussi longtemps que tu le voudras, que tu resteras ici. »
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Message(#) Sujet: Re: « And the sun sets the scene, while the rain misses me » feat. Adriel Lamontagne Mer 13 Avr 2011 - 14:22

Il était étrange comme elle pouvait se sentir proche de lui, et le percevoir comme un élément étranger à la fois. Il était resté son Adriel mais dans un sens, elle aurait dû se garder de laisser son naturel envahir leurs retrouvailles. Mais Maya n’était pas du genre à s’interroger sur ce qu’il y avait lieu de faire. Elle avait discerné le chagrin, la détresse de son ami et son cœur avait débordé d’un amour fraternel qu’elle gardait en elle depuis trop longtemps. Depuis la mort de River, elle avait enfoui toute sensation qui était liée à lui au plus profond d’elle-même, refusant d’accord cet amour inconditionnel à quelqu’un d’autre que lui. Mais Adriel n’était pas n’importe qui. Il était son autre frère, sa source de bonheur et, à présent, son seul point d’attache. Cela pouvait être curieux qu’après une décennie pendant laquelle elle n’avait eu pour ainsi dire aucune nouvelle de lui, la jeune femme puisse encore le considérer comme tel mais les gens ignoraient ce qu’ils avaient vécu, ils ne pouvaient pas savoir l’attachement que l’on pouvait porter à ses frères, qu’ils soient de cœur ou de sang, quand on avait qu’eux sur qui compter. Maya n’était généralement pas très démonstrative dans son affection mais il y avait des gens, comme Adriel, qui faisait exploser cette réserve qu’elle avait en temps normal, même si ce n’était pas pour leur plaire. La preuve, Adriel se sentait mal à l’aise à cause de la proximité qu’elle leur avait imposée en venant l’enlacer. Mais c’était tout elle, elle laissait ses besoins naitre dès leur conception, elle ne voulait pas réfléchir à ce qu’elle faisait. A quoi bon ? Elle aurait manqué tant de choses et si, vraiment, Adriel voulait qu’elle cesse ses caresses et ses étreintes, il savait qu’il n’aurait qu’à le lui faire comprendre pour qu’elle cesse. Il ne lui vint pas un instant à l’esprit qu’il puisse mal interpréter ses gestes de douceur, qu’il puisse les méprendre pour autre chose qu’une volonté de réconforter.
La proximité des corps n’avait jamais été une gêne pour Maya. On pouvait appeler ça un manque de pudeur, ou une volonté d’allumer son monde. Elle n’allait pas toucher tout le monde à tout bout de champ, loin de là, mais serrer dans ses bras ses proches n’avait jamais été un souci. Tout comme faire l’amour à de parfaits inconnus. C’était une liberté totale de l’esprit qu’elle cultivait. Elle se sentait bien ainsi et ne voyait pas l’intérêt de changer, quand bien même les gens pouvaient la juger négativement à cause de son comportement volage et sans retenue. La vérité, c’est qu’ils enviaient sa facilité à se connecter avec les êtres qu’elle appréciait. Pourquoi se priver d’un câlin lorsqu’on en a envie, sous prétexte que la personne en face vous est complètement étrangère ? Tant que le respect mutuel est là, tant que le plaisir est partagé, elle ne voit pas en quoi se donner et recevoir sans compter est un manque de savoir-vivre. Mais elle peut comprendre le malaise ressenti par les autres, leur incapacité à trouver le rapprochement aussi simple. Et elle peut comprendre Adriel, plus précisément, sachant qu’il n’a jamais été quelqu’un de très expansif. Elle se souvient de l’enfant et de l’adolescent qu’il était, si différent de River et elle et pourtant, ils formaient un trio de choc, inséparable, surtout dans les pires âneries qu’ils aient pu faire à cet âge-là et elle se dit, un instant, alors qu’il imposait volontairement une distance entre eux, qu’elle avait de la chance de l’avoir encore. Que s’il les avait accompagnés, ce fameux soir où River était mort, les choses auraient pu être pires, ou différentes. Il aurait pu mourir, lui aussi. Ou il aurait pu être traumatisé au point de ne plus pouvoir la regarder en face. Alors, à cet instant précis, elle s’estimait chanceuse. Malgré leur si longue séparation.
Elle comprit sa gêne, comme il dut probablement comprendre qu’elle n’était pas là pour déballer sa vie, car il ne l’interrogea pas. Au lieu de ça, il lui déclara qu’elle était ici chez elle et qu’elle serait bien mieux qu’à l’hôtel. Elle sourit simplement, à la fois ravie par la perspective de réapprendre à le connaitre, de passer tout le temps qu’elle voulait avec lui et soulagée qu’il lui offre une occasion de quitter la situation précaire dans laquelle elle se trouvait. Parce qu’elle avait beau avoir des économies, elle ne pourrait certainement pas rester éternellement dans un hôtel, car ses maigres réserves partiraient vite en fumée et elle avait d’autres projets que de les dépenser dans une chambre certes agréable mais pas non plus extraordinaire.

« J’espérais que tu dirais ça » souffla-t-elle en exerçant une pression sur ses doigts. « Maintenant, assez bavardé, je ne suis pas venue pour te détourner de tes plans. Alors allons voir où en est cette dinde dont tu t’occupais amoureusement avant que je n’arrive. »

Elle ponctua son geste d’une petite tape sur son avant-bras et se leva, soudainement pleine d’énergie. Une énergie renouvelée à la simple idée que l’avenir se ferait en compagnie de son meilleur ami, de son frère de cœur et qu’avec lui, elle ne pourrait que retourner sur des routes un peu plus normales, loin des tourments qu’elle s’était offerts en pensant pouvoir tout gérer.


THE END
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« And the sun sets the scene, while the rain misses me » feat. Adriel Lamontagne

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