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 who's gonna be there at the end? [pv]

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Message(#) Sujet: who's gonna be there at the end? [pv] Jeu 20 Mai 2010 - 23:10



    AUBREE DEHZKEL
    BLADE KENNEDY
    parkwest nightclub • 11:40pm

    (c) endlesslyicons & rawrmeback @ lj.

    nobody knows just how it feels today.

    Ca aurait pu être un jour heureux pour Aubree Dehzkel et Blade Kennedy. Ca aurait aussi très bien pu être un jour comme les autres pour eux deux. Pourtant, quand Blade ouvrit les yeux vers dix heures, attrapant immédiatement son BlackBerry posé sur la table de nuit et qu’il y vit affiché la date, il sut que ce n’était pas une journée normale. 20 mai 2011. Il y avait quelque chose, il en était persuadé, mais il n’arrivait pas à trouver quoi exactement... Grand bien lui fasse, il s’en rappellerait bien assez vite.



    There was something. J’en étais sûr et certain. D’habitude, voir la date du jour affichée sur mon BlackBerry au réveil ne me faisait pas autant d’effet. Alors à moins que je n’ai développé une quelconque forme de fantasme sur les dates, il devait bien y avoir quelque chose qui s’était passé un 20 mai, ou qui devait se passer aujourd’hui. Bon après tout, j’avais toute la journée pour trouver quoi. Je n’avais rien de spécial de prévu aujourd’hui, pensai-je tout en prenant mon petit-déjeuner paresseusement dans la cuisine, vêtu d’un simple boxer American Apparel orange flash, alors ce 20 mai devait forcément être un truc passé. Mes pensées divaguèrent de sujet en sujet, avant de s’écarter totalement de ma pensée initiale. Je pris ma douche, je m’habillai, j’allai chercher mon courrier – mon édition de juin du Q magazine importé d’Angleterre venait enfin d’arriver – puis je m’étirai longuement, me demandant bien ce que je pourrais faire de cette journée. Rien de prévu, pour changer. Mes jours s’écoulaient paisiblement à Ocean Grove, je profitai pleinement de ce break accordé par Domino Records, qui ne me stressait pas le moins du monde vis-à-vis de mon retour en studio. “Take your time, Blade.” qu’ils m’avaient-dit, et je comptais bien suivre leur conseil. Je venais de passer une année de rêve. Plusieurs semaines en studio, plus de six mois de tournée. J’étais de nouveau dans mon élément, j’avais enfin renoué avec un domaine que je n’aurais jamais dû quitter : la musique. J’avais retrouvé cette pression avant de monter sur scène, ce stress qui montait cran par cran, s’accentuant quand l’ingé guitare n’était toujours pas là à dix minutes du concert, ou quand je cassai une corde de mon Ibañez en pleine sound-check. Mais ensuite, c’était le bonheur absolu sur scène, ce contact avec le public m’avait tellement manqué; et ce bonheur d’être sur scène laissait rapidement place à l’euphorie post-concert, quand je n’attendais qu’une chose : recommencer. Même si je n’étais pas sur scène pour KFA, même si Jeff et Lee n’étaient pas à mes côtés, au fond de moi, je le faisais pour eux. Pour ce projet magnifique qu’avait été KFA et qui n’aurait jamais dû connaître cette fin tragique. C’est pour ça que trois petites lettres étaient imprimées sur la dernière page du livret de mon premier EP. Trois petites lettres qui voulaient tant dire. KFA.

    Qu’avais-je fait de ma journée avant de me retrouver là, au Parkwest nightclub? J’avais regardé la télé, zappant frénétiquement toutes les trente secondes parmi les deux cent chaînes dont je disposai, j’avais fait un tour en ville, déjeunant dans ce charmant restaurant de sushis près de la plage, j’avais fait un tour chez Urban Outfiters, résistant à grand peine devant le stand Fred Perry (j’avais dû me faire à l’idée que je n’avais pas besoin d’une deuxième veste – même au cas où, même si la nouvelle était rouge, même si le prix en dollars américains était plus avantageux, même si la vendeuse me faisait de l’œil et m’avait glissé son numéro de téléphone) et j’étais rentré à Ocean Grove, pour passer la fin de mon après-midi sur mon MacBook sur skype avec Jeff. Le pauvre, il devait être genre minuit cez lui et je l’empêchai de dormir, pour la simple et bonne raison que je m’ennuyai royalement.
    « T’as qu’à composer pour ton album au lieu de me faire chier, Blade. J’aimerais dormir, y’en a qui ont cours demain. »
    « Oh, pardon, monsieur le futur scientifique diplômé de whatever université prestigieuse norvégienne. »
    « Norges Teknisk-Naturvitenskapelige Universitet. »
    « Quoi ? »
    « NTNU si tu préfères, c’est le nom de ma fac, tu sais. Et je prépare un diplôme d’ingénieur en hydrologie et environnement. »
    « Ingénieur... J’aurais pu en devenir un moi aussi, mais l’urbanisme me plaisait pas tellement... »
    « On aurait pu être un exemple de reconversion pour toutes les rock-stars de ce monde. Deux ex-musiciens pros reconvertis en ingénieurs. Ca en aurait jeté ! »
    « Ouais, ouais. Mais les concerts c’est quand même plus fun que les cours de dessin industriels tu sais. »
    Ce me faisait plaisir de voir sa tête de blondinet affichée sur mon écran, de le voir sourire à mes blagues pourries, ça me faisait plaisir d’entendre l’accent british, légèrement teinté d’autre chose toutefois, sûrement du foutu norvégien, cette langue était totalement imprononçable. Comme le néerlandais, oui, le néerlandais, pourquoi diable étais-je en train de parler du néerlandais? Je n’avais jamais foutu les pieds aux Pays-Bas. Weird.
    Parkwest nightclub, nous en étions restés là. La solution la plus simple pour passer une bonne soirée à Miami. Une boîte de nuit où j’avais déjà pris mes petites habitudes sans m’en rendre compte. La musique était sympa, l’ambiance était sympa, les filles qui y venaient étaient sympa, toutes les conditions réunies pour que je m’y plaise en somme. Mais cette soirée n’allait peut-être pas être aussi anodine que les autres.

    Sparkly blue eyes met pale blue eyes, and in a flash, memories came back. Dirty evenings, selfish feelings. Bar. Californie. Oak Palace. Fête foraine. Maison hantée. Thaï. Grande roue. Center Parcs. Karaoké. Plage. Confessions. Tempête. Passion. Abandon. Déchirement. Starspot. Retrouvailles. Changement. Adieux.
    Des bribes de conversations qui revenaient en mémoire.
    « Alors, qui est la belle inconnue qui partage gracieusement sa cigarette avec le pauvre anglais que je suis ?
    - Son nom est Aubree… et elle aimerait savoir comment s’appelle ce pauvre anglais à l’accent si adorable.
    - Kennedy, Blade Kennedy. Et il espère bien que la délicieuse Aubree ne prendra pas froid ce soir... »
    « Je suis là. »
    « Si... Si c’est ce que tu penses. Alors j’imagine que c’est mieux ainsi. Au revoir, Bree. »
    Et au-dessus de tout ce tohu-bohu de souvenirs, de paroles, de sentiments, un nom, un seul et unique nom, un nom que je pensais ne plus jamais entendre, un nom que j’espérais pouvoir oublier, résonnait dans mon esprit. Aubree Dehzkel.

    Vous voyez le moment dans ces comédies romantiques à l’eau de rose où le héros croise le regard d’une belle héroïne et que tout de suite, vous savez qu’ils vont finir ensemble et s’aimer jusqu’à la fin de leurs jours? Et bien, il m’arrivait la même chose. Pas vraiment dans le même sens, bien sûr. Ce n’était pas un coup de foudre là, c’était un électrochoc, un rappel violent d’un passé que je croyais pourtant loin derrière moi.
    Je ne traversai pas la foule pour la rejoindre, comme lors de notre dernière rencontre. Je me contentai de rester là, à la fixer, laissant mon regard se noyer dans le sien.

    D’un coup, toutes les pièces du puzzle se remirent en place dans mon esprit. 20 mai 2009 – 20 mai 2011. Pourquoi j’avais subitement pensé au néerlandais. Pourquoi cette date me disait quelque chose. Tout devenait clair. Ca aurait pu être l’anniversaire de nos deux ans ensemble, dans une autre réalité. Mais à la place, c’était le triste souvenir d’une relation au dénouement tragique qui remontait à la surface aujourd’hui.
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Message(#) Sujet: Re: who's gonna be there at the end? [pv] Sam 22 Mai 2010 - 1:21


WHO’S GONNA BE THERE AT THE END?

blade kennedy & aubree dehzkel



Vide de tout sentiment. Voilà à quoi se résumait Aubree depuis un bon moment déjà. Le fait qu'elle soit constamment sous l'emprise d'une quelconque drogue y contribuait largement, mais avant tout, c'était le choix qu'elle avait fait depuis la mort de ses parents. Fuir sa douleur, et, par conséquent, toute émotion qui pourrait la réveiller – c'est-à-dire une majorité écrasante. Rien d'étonnant donc à ce que la jolie désormais blonde passe pour une reine des glaces. Non seulement elle avait le physique qui correspondait au surnom, mais également le comportement. Comme si son coeur avait été arraché en même temps que la vie à ses parents. Inconsciente, ou plutôt, refusant de voir la vérité, des conséquences que ce comportement pourrait avoir, Aubree était persuadée que cette option avait été la meilleure pour elle. Elle se savait faible, lâche et peu désireuse de subir une nouvelle fois toutes les souffrances qu'elle avait connues dans le passé, et avait donc jugé que l'anesthésie était la meilleure des solutions. Non pas qu'Aubree voulût se préserver : au contraire, elle s'auto-détruisait. Sa vie n'avait, à ses yeux, plus aucun sens, et ne valait plus la peine d'être vécue. La seule raison pour laquelle Aubree n'était pas encore morte, c'était parce qu'elle n'en avait pas encore eu l'occasion. Mais si elle venait à mourir fauchée par un bus, cela ne la dérangerait pas plus que ça. Et malgré qu'elle n'ait pas le courage de pointer une arme sur sa tempe, elle faisait tous les jours un pas de plus vers la mort, au moyen des drogues qu'elle ingurgitait sans prêter attention aux quantités, ou à cause des situations périlleuses dans lesquelles elle se fourrait régulièrement, que ce soit volontaire ou non. Aubree vivait dangereusement. Elle avait déjà frôlé la mort du bout des doigts à de nombreuses reprises. Et, paradoxalement, c'était le seul moyen qu'elle avait trouvé pour se sentir un tant soit peu vivante.

Ce matin-là, le vingt mai, Aubree s'était réveillée dans une chambre qu'elle ne connaissait pas et dont l'odeur âcre lui emplit les narines. Elle avait un étrange sentiment qui l'oppressait sans qu'elle puisse y faire quoi que ce soit. Même après avoir trouvé une pipe à eau sur la table de chevet, l'avoir allumée et tiré quelques taffes, Aubree se sentait toujours aussi... bizarre. Mais, après tout, n'était-ce pas toujours le cas ? Elle ne le savait même plus. Elle ne s'interrogea pas outre mesure et se contenta de se lever du lit où elle avait passé la nuit, visiblement en bonne compagnie. Elle marchait étonnamment droit, et son regard restait froid et distant malgré les circonstances. L'inconnu avec qui elle avait passé la nuit sembla émerger, releva la tête et resta bouche bée face à la beauté entièrement dénudée d'Aubree, dont la peau pâle semblait scintiller à la lumière tamisée qui filtrait à travers les rideaux mal fermés. Aubree ne trahit aucune émotion, ne prêta pas attention au jeune homme qui semblait ne pas en revenir d'avoir passé une nuit avec une telle créature. Aubree saisit son string et sa robe, renonçant à chercher son soutien-gorge, attrapa son sac à main et s'apprêta à sortir au moment où l’inconnu se réveilla. Il ne mit pas longtemps à la convaincre de rester - quelques phrases et un signe de la tête en direction d’une petite boîte suffirent. C’était le prix à payer pour un moment avec Aubree Dehzkel : un rail en échange de son corps. Aubree se laissa tomber sur le lit, prit le sachet de poudre blanche dans la boîte ouverte devant elle et l’ouvrit. Défoncée de grand matin, c’est pas la classe, ça ? Ainsi, Aubree était sure d’échapper à la douleur au moins quelques heures supplémentaires. Quelques minutes suffirent pour que la coke prenne effet, et les vêtements tout juste enfilés de Bree tombèrent bien rapidement au sol.

L’après-midi touchait déjà à sa fin lorsqu’elle se réveilla pour la deuxième fois de la journée. Cette fois-ci, elle ne s’attarda pas, et sortit silencieusement de la chambre après avoir embarqué la petite boîte. Il s’en passerait bien. Aubree quitta rapidement l’appartement, l’air complètement paumée. Au creux de son estomac, le sentiment de malaise persistait. Elle ne savait toujours pas d’où il venait. C’était comme si elle avait oublié quelque chose. Mais quoi ? Plus rien ne comptait, lorsqu’elle perdait quelque chose, elle se contentait de se procurer un objet pour le remplacer.

Arrivée chez elle, Aubree se rendit aussitôt dans la salle de bains pour prendre un bain. Elle ne prit pas le temps de contempler son reflet cadavérique dans le miroir – elle haïssait déjà suffisamment son visage sans devoir le voir davantage. Ce ne fut qu’une fois qu’elle fut sortie de son bain, fraîche et pimpante, mais sans être parvenue à se débarrasser de ce sentiment désagréable, qu’Aubree commença à se demander ce qu’elle pouvait bien faire de sa soirée. La réponse n’était pas difficile à trouver, et il suffit à Bree d’enfiler une mini-jupe en jean et un haut au décolleté plongeant pour ressortir de sa coquette maison sur Lemon Street, juchée sur ses Louboutin à talons aiguilles de dix centimètres. Comme toujours, les regards se tournèrent vers elle. Aubree ne daigna pas même poser les yeux sur les passants qui la dévisageaient, se contenta d’héler un taxi et de lui donner l’adresse du Parkwest Nightclub. On était vendredi soir, mais elle parvint assez vite à destination. Tendant un billet au pif au chauffeur visiblement obnubilé par ses jambes de porcelaine d’une longueur spectaculaire, Aubree sortir rapidement du taxi, l’air ailleurs. Elle s’était fait un autre rail sur le chemin d’Ocean Grove au centre-ville, et se sentait étonnamment légère. Le sentiment qui crispait son estomac depuis le matin avait enfin disparu.

Ce ne fut que lorsqu’elle s’accouda au bar, sirotant un traditionnel Blue Lagoon et regardant paresseusement les hommes qui l’abordaient sans succès, qu’Aubree réalisa. Le vingt mai. Pas aujourd’hui. Le vingt mai 2009. Westown, Californie. Un chapitre entier de sa vie.

Elle ne savait pas comment cela se faisait. Mais elle avait croisé ces yeux qui la fixaient. Des yeux bleus, au regard perçant. Un regard familier, tout comme la personne à qui il appartenait. Quelqu’un qu’elle n’avait plus vu depuis plus d’un an et qu’elle ne pensait pas revoir un jour. Blade Kennedy. L’avait-elle aimé ? Sans doute, oui. Mais elle l’avait avant tout rejeté et humilié. Cela remontait à de longs mois, lorsqu’elle était encore sur la côte ouest. Mais elle s’en souvenait comme si c’était hier. Ce regard, elle ne pourrait jamais l’oublier. Cette manière qu’il avait de la fixer lui avait, autrefois, procuré tant de frissons. Il l’avait toujours regardée avec tendresse, affection, humour et admiration. Aujourd’hui, seule la stupéfaction ce lisait dans cet océan turquoise. Aubree, elle, garda un visage indéchiffrable, bien que la surprise dût sûrement se lire sur ses traits. A l’intérieur, c’était le chaos.



flash-back



« - Je peux tirer une taffe ? »
« - Alors, qui est la belle inconnue qui partage gracieusement sa cigarette avec le pauvre anglais que je suis ?
- Son nom est Aubree… et elle aimerait savoir comment s’appelle ce pauvre anglais à l’accent si adorable. »
Une nuit inoubliable, troublante, intense. Le commencement d’une relation chamboulée et ambiguë. Une amitié qui n’en était pas une. Une attirance inavouée, peut-être même de l’amour. Blade Kennedy avait affecté toute sa vie. Et ce, pendant près d’un an. Un an pendant lequel ils avaient entretenu une relation des plus chastes, tentant d’ignorer les pulsions sexuelles.
« - J’ai toujours trouvé que les Anglais avaient meilleur goût que les Américains… »
Ce premier baiser qu’il avait échangé avait changé leur vie à tous les deux. Ce baiser brûlant de passion, elle pouvait encore le sentir. Elle sentait les lèvres de Blade pressées contre les siennes, sa langue jouer avec la sienne.



Tout cela, c’était du passé. Elle avait juré de ne plus jamais remettre le couvert. De tourner la page. Elle y était parvenue. Mais croiser ce regard… C’était ouvrir ce livre qu’elle avait gardé fermé pendant un an. C’était revenir à ce chapitre, se souvenir de tout ce qu’ils avaient partagé.

Pour la première fois en un an, Aubree put ressentir. Mais quel sentiment assaillait son cœur mutilé et noirci ? Elle n’en avait pas la moindre idée.



Dernière édition par Aubree Dehzkel le Sam 18 Sep 2010 - 13:40, édité 1 fois
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Message(#) Sujet: Re: who's gonna be there at the end? [pv] Dim 23 Mai 2010 - 0:20


    Le premier souvenir qui me revint en mémoire alors que je croisai le regard d’Aubree n’était pas des plus heureux.

    flashback — avril 2010
    (westown, california)

    still alive but i’m barely breathing,
    just prayed to a god that i don’t believe in.
    cos i got time while she got freedom,
    cos when a heart breaks no it don’t break even.

    what am i supposed to do when the best part of me was always you?
    what am i supposed to say when i’m all choked up and you’re ok?
    i’m falling to pieces.

    you took your suitcase, i took the blame.
    now i’m tryna make sense of what little remains.
    cos you left me with no love, no love to my name.

    J’avais fortement envie de dire à Danny O’Donoghue de fermer sa gueule d’Irlandais, mais ça aurait probablement été violent, injustifié et surtout ridicule. Quel genre de personne gueule sur son iPod, vraiment? Le genre de personne qui se rend compte une fois de plus que l’amour n’est qu’une connerie finie. Se rendre compte qu’on est amoureux d’une fille qui se barre à des milliers de kilomètres pour revenir ensuite et agir comme si elle ne vous avait jamais vu, forcément ça ne véhicule pas un message dégoulinant d’amour. Pourquoi la situation avait t-elle changé? Pourquoi mes sentiments avaient-ils évolué? Tout était tellement plus facile lorsque je ne me souciai pas de ce genre de choses, lorsque je me contentai de draguer une fille au bar du coin et de passer ensuite la nuit avec elle. Tout était plus facile avant Aubree Dehzkel. C’était elle qui m’avait pourri la vie, dès le début. Dès ce premier matin, où je l’avais retrouvée en pleurs dans un lit qui avait était témoin de nos ébats passionnés de la veille. J’aurais dû m’en douter que c’était une fille à problèmes. Si seulement je ne lui avais pas demandé la permission de tirer cette foutue taffe sur sa Gauloise, je n’en serais pas arrivé là aujourd’hui. Je ne serais pas à deux doigts de m’énerver contre mon iPod touch qui n’avait rien demandé. Je ne serais pas affalé sur mon canapé, MacBook d’un côté, BlackBerry de l’autre et télévision branchée sur les clips merdeux de MTV. Je ne serais pas la représentation parfaite du type désespéré par l’amour, ou du gars qui vient de se faire briser le cœur par sa copine. Et pourtant je l’étais. C’était tout le contraire de moi-même. Je n’étais pas ce genre de mec. Je n’étais pas le genre de mec dont la vie s’écroulait à cause d’une nana. J’étais celui qui faisait s’écrouler la vie des filles. J’étais celui qui les faisait pleurer alors qu’elles croyaient que ce qui n’était qu’un one night stand pour moi allait être une histoire longue et fusionnelle. J’aurais dû m’en douter, merde. Je m’étais fait avoir. Un véritable cadeau empoisonné. Le problème dans toute cette histoire, vous vous demandez sûrement? J’étais tombé amoureux d’elle.
    Et maintenant qu’elle était blonde et récemment anoblie reine des glaces impitoyable, c’était bien la peine que je me rende compte de mes sentiments envers elle. Elle avait foutu la merde dans ma vie cette Dehzkel. Passée du statut de conquête à celui d’amie proche, me rendre fou et complexifier mes sentiments au maximum, me haïr sans raison et me laisser seul, sans aucune explication, encore plus confus que d’ordinaire. Je n’avais guère plus que les clips de Sean Paul et de Rihanna passant sur MTV pour me tenir compagnie, tant je n’avais même pas envie de supporter les paroles si cruellement réalistes de The script.
    Il était presque minuit. Pendant qu’Aubree devait s’envoyer en l’air avec un ou peut-être même deux mannequins pour sous-vêtements argentins bruns aux yeux bruns taillés en V répondant aux doux noms de Jorge et Antonio, ou en train de se frotter lascivement contre un quaterback californien, j’étais devant la télé, dans un vieux survêtement Abercrombie, en train de regarder des clips que je ne pouvais pas supporter.
    Merci Aubree, merci pour tout.


    her best days will be some of my worst.
    one’s still in love while the other one’s leaving.

    Elle n’avait pas vraiment changé depuis la dernière fois que je l’avais vue. Elle était toujours blonde, et même si je faisais tout mon possible pour empêcher mon cerveau de réagir à la vue de son corps de rêve, je devais bien avouer que j’aurais très bien pu lui sauter dessus sur le champ, si les circonstances avait été différentes. Si nous n’avions aucun passé en commun, peut-être que ce soir aurait été ma première rencontre avec Aubree. Mais tout aurait été différent. Je n’aurais pas rencontré la même personne, je n’aurais pas rencontré une jeune femme adorable, certes un peu nympho sur les bords, j’aurais rencontré une fille douée au lit, à qui je n’aurais plus jamais adressé la parole sitôt nos ébats terminés. Mais là, il n’était pas question que j’aille jouer au séducteur en lui offrant un verre. Il était seulement question de rester là à se fixer avec une expression surprise sur le visage – très intéressant, je vous l’accorde.

    flashback — octobre 2010
    (londres, united kingdom)

    still hungover from yesterday, all my trouble not that far away,
    then i saw her.
    dark hair, blue eyes and an ass to die for.
    we were at this private party, i think i wouldn’t even have met her.
    i’m so attracted, looking at her driking vodka red bull.
    she says she works in fashion, yeah she’s an accountant from the gap,
    but she’s funny, we talked all night long.
    she impressed me with her ipod playlist, from slayer to aerosmith,
    no fucking jeff buckley; she told me “i can play guitar”
    that’s the moment i decided to bring her back home.


    C’est une de ces fêtes organisées par Domino Records où tout le Londres hype se retrouve pour boire un coup, danser sur les derniers hits remixés par les DJs du moment, et où tout le monde finit wasted à embrasser la première personne sur son chemin à la fin. En tant qu’artiste Domino Records, j’avais été invité à cette soirée, qui coïncidait avec un break de trois semaines dans ma mini-tournée, durant lequel je comptais bien profiter de mon pays natal.
    Il me fallut peu de temps avant que je ne trouve quelqu’un avec qui terminer ma nuit. Cassandra de son prénom, directrice commerciale ou whatever chez je ne sais quelle marque de fringues britannique, superbement bien gâtée par la nature, et une ressemblance étrange avec une certaine Aubree Dehzkel. Les longs cheveux bruns, les yeux bleus – moins perçants et envoûtants que ceux de Bree, voilà ce qui faisait la différence. Je me surpris à imaginer que c’était Dehzkel que j’embrassai dans le cou, que c’était elle que je dénudai, que c’était à elle que je faisais l’amour, que c’était elle qui déposait des baisers sur mon épaule nue. Non, stop. Aubree faisait partie du passé désormais. J’avais tourné la page, j’avais repris ma vie là où je l’avais laissée avant ma rencontre avec elle. Toute cette période affreusement déprimante et pathétique qui avait suivi nos ‘adieux’ était oubliée maintenant. Je chassai de mon esprit l’image d’Aubree, et comme pour m’en convaincre, je plongeai mon regard dans celui de Cassandra, qui était définitivement moins brillant que celui d’Aubree. Mes doigts glissaient doucement vers sa chute de reins, et je ne pouvais m’empêcher les souvenirs de la deuxième nuit que j’avais passé avec Aubree de me revenir en mémoire, encore et encore. “Bree.” Et merde. Le prénom s’était échappé de mes lèvres dans un murmure et j’espérais que Cassandra n’avait rien entendu, ou qu’elle ne relèverait pas, trop occupée à s’affairer à dévorer mon corps de baisers brûlants. Fort heureusement, elle ne fit aucune remarque suite à mon lapsus quelque peu révélateur, et je me relaxai légèrement, essayant d’effacer pour de bon Aubree de ma mémoire.

    Tout ce travail que j’avais en quelque sorte fourni pour l’oublier, toutes ces photos effacées de mon disque dur, de mon BlackBerry; toutes ces photos brûlées, déchirées; ces cartes postales jetées sans merci à la poubelle: tout ce travail semblait anéanti alors que son regard venait de croiser le mien. Je m’étais appliqué méticuleusement à effacer toutes les traces de notre amitié, pour me faciliter la tâche. J’avais interdit à Jeff de me parler ne serait-ce qu’une fois, ou même par sous-entendus, d’Aubree. J’avais fait tout mon possible. Seule ma veste Fred Perry restait comme souvenir de notre amitié. Elle me l’avait empruntée – kidnappée serait le terme plus approprié, mais ne relançons pas une polémique lointaine – et la veste avait pris son odeur, qui avec le temps, s’était certes évaporée, mais à chaque fois que je mettais cette veste, je ne pouvais m’empêcher de penser au nombre de fois où elle avait atterri sur les épaules d’une Aubree décidément peu avertie lorsqu’il s’agissait de choisir une tenue appropriée à la température extérieure. Et en un clin d’œil, en une fraction de seconde, tout rejaillissait.
    Aubree Dehzkel n’était pas une de ces filles que vous oubliez facilement.


Dernière édition par Blade Kennedy le Ven 28 Mai 2010 - 0:35, édité 1 fois
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Message(#) Sujet: Re: who's gonna be there at the end? [pv] Dim 23 Mai 2010 - 2:50



La musique battait son plein, le rush dans la discothèque atteignait son paroxysme alors que des dizaines de jeunes affluaient au bar pour commander leur boisson. Mais l'esprit d'Aubree était à des milliers de kilomètres de là. Ou plutôt, à quelques mètres de son siège, plongé dans les méandres du regard de Blade.


flash-back



SEPTEMBRE 2009, WESTOWN (CALIFORNIE)

Des emballages de pizza et des bouteilles de coca vides jonchaient le sol, alors que sur un meuble, les restes d'un karaoke improvisé, à savoir un iPod et des baffles, avaient été abandonnés par leurs propriétaires. Au centre de la pièce trônait un somptueux lit double à baldaquin aux draps immaculés, fraîchement lavés et tout juste défaits. Aubree somnolait, sa tête encore brune reposant sur les genoux de Blade. Lui, assis en tailleur et l'air pas beaucoup plus réveillé, caressait paresseusement les boucles encore humides de son amie. Ils avaient bien mangé, bien bu, s'étaient amusés comme des enfants de douze ans. Pas la moindre ambiguïté, ce soir, contrairement à leurs habitudes. En revanche, une découverte gênante avait marqué la soirée – mais Aubree avait rapidement compris que le sujet n'était pas à aborder et avait directement laissé tomber, jugeant que si Blade voulait parler de son passé en tant que musicien, il le ferait en temps utile. Pas d'embrouille ni de malentendus, donc. Cette soirée avait tout simplement été une soirée entre amis, réussie et des plus agréables. Malgré son dynamisme et son énergie innée, Aubree avait fini par succomber à la fatigue et ne s'était pas gênée outre-mesure pour prendre les genoux de Blade pour un oreiller. Elle savait bien qu'il ne s'en formaliserait pas. Et en effet, pendant de longues minutes, ils restèrent ainsi, Aubree à moitié endormie, Blade de moins en moins réveillé, lui aussi. Au bout d'un certain temps, il finit par la réveiller doucement, en posant un léger baiser sur le front de la brunette. Celle-ci se mit d'abord à ronchonner mais obtempéra et roula vers la tête de lit, refusant tout effort supplémentaire. Ce fut à Blade de la faire entrer sous les couvertures, si ce n'était pas la border. Sitôt qu'il l'eût rejointe dans le lit, Aubree s'approcha de Blade pour se blottir à ses côtés. Il avait enlevé son t-shirt, ne portait plus que son boxer. Aubree nicha sa tête contre le torse de Blade, respira l'odeur rassurante et poivrée de son parfum. C'était un parfum qu'elle adorait, c'était le parfum qui l'avait envoûtée la première nuit. Aujourd'hui, il n'avait pas la même connotation. C'était tout simplement l'odeur délicieuse de son meilleur ami. Aubree sombra rapidement dans un sommeil paisible, peuplé de rêves absurdes, et ne se rendit pas compte que Blade lui avait pris la taille, la caressant à travers sa nuisette de soie.


Aubree pouvait encore sentir le souffle tiède de Blade lui chatouiller le cou, elle pouvait encore sentir ses doigts parcourir sa peau satinée. Chacun des souvenirs qui l'assaillaient impitoyablement fit remonter une vague d'émotions dans son coeur, et après tant de temps passé à jouer la reine des glaces, cette sensation n'était pas agréable – au contraire. Pour la première fois depuis longtemps, Aubree se sentit réellement vulnérable, exposée à ses sentiments les plus destructeurs. En se plongeant dans ce regard bleu qu'elle ne connaissait que trop bien, Aubree eut l'impression de se vulnérabiliser volontairement. Croiser ces yeux faisait remonter tous les souvenirs auxquels elle n'avait plus pensé depuis près d'un an, dans l'unique but de ne plus souffrir. Et pourtant, elle ne pouvait pas détacher ses yeux de ceux de Blade. Elle ne le voulait pas.


flash-back


MARS 2010, WESTOWN (CALIFORNIE)

La tempête faisait rage à l'extérieur, mais n'était rien à côté de celle qui ravageait Aubree de l'intérieur. Le cri de douleur qu'elle avait poussé n'avait pas suffi à exprimer ne serait-ce qu'un dixième de sa souffrance, et les larmes coulaient sans pouvoir s'arrêter, s'écrasant sur ses joues de porcelaine. Effondrée, elle s'était laissée tomber à genoux sur le sol. La douleur causée par la nouvelle avait anesthésié tous ses autres sens, et elle ne se rendit pas compte de ce qui se déroulait autour d'elle. Jusqu'au moment où il voulut la prendre dans ses bras, la réconforter, lui témoigner sa présence et son soutien. Elle le rejeta violemment, incapable de réagir autrement. Il revint à la charge, elle laissa tomber la bataille, se laissa faire, toujours sans être pleinement capable de réaliser ce qui était en train de lui arriver.

Mais au moment où les lèvres de Blade entrèrent en contact avec les siennes, elle oublia. Sa douleur était toujours bien présente, sa tristesse aussi. Mais elle parvint à les supporter un peu mieux. Elle parvint à trouver l'envie de chercher une échappatoire. Ses lèvres dévoraient fiévreusement celles de Blade, et avant qu'ils ne sachent ce qui était en train de se passer, ils se retrouvèrent nus. Leurs corps entrelacés se mouvaient en rythme tandis qu'ils se laissaient aller à leurs désirs les plus profonds. Ces désirs inavoués pendant près d'un an. La passion d'Aubree, vive à en devenir brutale, contrastait avec celle de Blade, où perçait toujours sa tendresse. Tous deux savouraient cette nuit de manière différente, mais ils s'entendaient sur un point : ceci avait toujours été ce qu'ils avaient voulu. Cette amitié n'avait été qu'une mascarade. Bien qu'ils eussent été sincères l'un envers l'autres durant tous ces mois, ils s'étaient mentis à eux-mêmes. Aubree n'avait jamais considéré Blade comme un ami. Non pas parce qu'elle ne le voulait pas, mais parce qu'elle ne le pouvait pas. La tension sexuelle et l'attirance mutuelle qu'ils avaient enfouies si longtemps était clairement palpable à présent qu'ils obéissaient enfin à leurs désirs.

Aubree sentait sa peau brûler sous le contact avec celle de Blade. Chacun des baisers qu'il déposait sur ses épaules et dans son cou la consumait, chacune des caresses tourmenta ses nerfs déjà sensibles. Les soupirs se suffirent à eux-mêmes, les murmures furent laissés pour compte. Le plaisir se mêla à la souffrance, la tendresse à la violence.

Puis, lorsque la passion céda sa place à la fatigue, Aubree fut à nouveau portée dans le lit par Blade. Elle s'endormit rapidement, dans un sommeil peuplé de cauchemars plus affreux les uns que les autres. Son corps nu était serré contre celui de Blade, qui l'enlaçait, comme pour la protéger. Sauf qu'il n'y avait plus rien à protéger.


Elle l'avait blessé plus de fois qu'on ne pouvait l'imaginer. Elle avait toujours été la plus égoïste des deux, celle qui s'attirait les ennuis et qui faisait les bêtises. Blade, bien que doté d'un tempérament semblable à celui d'Aubree, avait toujours été plus mature, et il avait toujours été celui qui sortait l'autre des problèmes. Il l'avait protégé d'une manière qu'il croyait amicale ou fraternelle, alors que pendant tout ce temps, ce qui s'était caché sous cette tendance à la protection d'un côté, et à s'attirer des ennuis de l'autre, c'était de l'amour. Dès qu'Aubree avait réalisé cela, elle s'était efforcée à oublier Blade et tout ce qui accompagnait sa personne. Les quelques souvenirs matériels qu'elle avait de lui, elle les avait jetés en déménageant. Les ours en peluche qu'il avait gagnés pour elle à la fête foraine, en 2009. Les dizaines de photos qu'ils avaient prises ensemble. Un nombre incalculable de cassettes pleines de souvenirs, tous filmés par les soins d'Aubree. Un vieux t-shirt Topman qu'elle n'avait jamais rendu à Blade. Le caleçon assorti, qui sentait encore la poudre à lessiver de Blade. Tout ces objets qui avaient leur histoire et qui construisaient celle d'Aubree et Blade, elle les avait impitoyablement jetés, sans le moindre regret. Même aujourd'hui, en revoyant Blade à quelques mètres d'elle, elle n'éprouvait pas de regrets. Et pourtant, Dieu sait combien elle avait pleuré pour lui.


flash-back


MARS 2010, LONDRES (ROYAUME-UNI)

- Dis lui... que je suis désolée. Et...
- Oui ?
- Adieu, chuchota-t-elle, alors que des larmes commençaient à couler silencieusement. Elle raccrocha, se laissa tomber en arrière. Une chose de plus venait de mourir en elle. Cet adieu n'était pas de ceux que l'on lançait sur un coup de tête et sur lequel on pouvait revenir facilement. Ou plutôt, revenir tout court. C'était une nécessité, une fatalité à laquelle elle ne pouvait échapper. C'était la fin de leur histoire. C'était la fin d'un chapitre et le début d'un autre. Mais cela ne rendait pas les choses plus faciles, bien au contraire.

Faire ses adieux à Blade par l'intermédiaire de son ami, c'était lâche et puéril. C'était à la hauteur des coups bas qu'elle avait l'habitude de faire. Mais là, elle n'avait pas eu l'intention de faire un coup bas à qui que ce soit. Elle voulait tout simplement être sûre d'y parvenir. Si elle avait entendu la voix de Blade à l'autre bout du fil, elle aurait succombé. Elle n'y serait pas arrivée, alors qu'elle devait absolument mettre un terme à leur relation malsaine.

Aubree roula sur le ventre, enfouit sa tête dans son oreiller pour étouffer un cri de douleur. Elle avait perdu trois des personnes les plus chères à son coeur en moins d'une semaine. Elle venait volontairement de couper les ponts avec son meilleur ami, celui à qui elle s'était confiée pendant un an. Sa principale source de réconfort ces derniers mois. Le seul chez qui elle pouvait se rendre à tout moment, que ce soit pour rire ou pour pleurer. Il avait toujours été là pour elle, et elle n'était même pas capable de lui dire adieu convenablement. Elle n'avait pas la force de lui témoigner le respect qu'il méritait après toutes les preuves d'affection et d'amitié qu'il lui avait témoignées. Aubree savait qu'il serait déçu et blessé. Croyez-le ou non, ce fut ce fait plus que tout autre qui la faisait pleurer en ce moment.

Elle ne dormit pas de la nuit. À l'aube, son oreiller était trempé des larmes qu'elle avait versées d longues heures durant, et tâché de noir. Dans son coeur, la tempête faisait toujours rage.


Elle s'était menti. Elle n'avait rien oublié. Elle ne pourrait jamais oublier.


Dernière édition par Aubree Dehzkel le Sam 18 Sep 2010 - 13:43, édité 1 fois
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Message(#) Sujet: Re: who's gonna be there at the end? [pv] Ven 28 Mai 2010 - 0:39


    you see her, you can’t touch her.
    you hear her, you can’t hold her.
    you want her, you can’t have her.
    you want to, but she won’t let you.
    you see her, you can’t touch her.
    you hear her, you can’t hold her.
    you want her, you can’t have her.
    you want to, but she won’t let you.


    Je m’accrochais désespérement à mon verre de vodka-pomme, comme s’il pouvait m’empêcher de perdre le fil de mes pensées en fixant Aubree et de repenser à tous ces souvenirs qui n’avaient définitivement pas été effacés de ma mémoire comme je l’avais souhaité. Elle était là, en face de moi, et je ne pouvais rien faire. J’étais incapable de bouger, incapable de détourner mon regard, et quand bien même j’en aurais été capable, qu’aurais-je fait? Ce n’était pas mes sentiments qui refaisaient surface, tout de même pas aussi rapidement, mais c’était le désir. Ce désir indéniable de me rapprocher d’elle, d’entendre sa voix, son rire, de voir ses yeux bleus perçants briller, de poser ma main dans le creux de son dos pour la guider vers le dancefloor, de lui ébouriffer les cheveux. Et en plus de ce simple contact physique, ses lèvres parfaitement recouvertes de gloss semblaient me défier, rendant encore plus difficile toute tentative de détourner mon regard. J’avais juste envie d’aller la voir, de retrouver ces moments simples, mais pourtant si adorables, que nous avions vécus ensemble. Mais c’était impossible.

    flashback — septembre 2009
    (westown, california)

    Je m’étais réveillé, vêtu uniquement de mon boxer, Aubree blottie contre moi, son visage caché par ses longs cheveux bruns. Je sentais son corps se soulever doucement au rythme de sa respiration endormie, et lorsque je bougeai un peu, dans l’idée de tourner la tête pour regarder l’heure, je sentis une de ses mains s’agripper comme elle le pouvait à ma hanche. Je me résignai, oubliant tout idée de regarder l’heure, et passait paresseusement et doucement ma main dans ses cheveux, attendant qu’elle daigne se réveiller. Je ne sais plus combien de temps nous sommes restés ainsi, mais sincèrement, j’aurais très bien pu rester dans cette position des heures et des heures; je me sentais bien, calme, serein, reposé. Elle bougea finalement, relevant le visage et me souriant doucement, encore endormie. La situation aurait pu être ambiguë, mais elle ne l’était pas, étonnement. N’importe qui aurait cru que nous avions couché ensemble la nuit dernière, alors que c’était tout le contraire, nous nous étions endormis comme des masses après une journée passer à chahuter dans un parc aquatique comme des gamins de cinq ans.
    « B’jour. »
    « Je vais préparer le petit-déjeuner... tu veux quelque chose en particulier? Des pancakes, des gauffres, des œufs brouillés, des baked beans, du bacon? Une pizza hawaïenne peut-être? »
    Aubree roula des yeux, sûrement exaspérée de voir que je pouvais être aussi stupide dès le matin, avant de me répondre, dans un souffle. 
    « Pancakes. Avec du sirop d’érable. Mais pas dessus, à côté. Ah, et si tu pouvais me faire un bon jus d’orange frais aussi et puis aussi- »
    « Je bosse pas pour le room-service non plus hein. »
    Son sourire s’élargit.
    « Tu t’es proposé pour préparer le petit-déjeuner, fallait y penser avant. Tu sais bien que je suis du genre exigeante, Blade. »
    Je soupirais, essayant d’avoir l’air outré alors que je n’étais en fait qu’amusé, avant de me dégager de l’étreinte de Bree et de la faire rouler sur le côté sans ménagement, me retrouvant rapidement sur mes deux pieds, en direction de la cuisine. Je l’entendis grogner des mots du genre ‘aucune délicatesse’ alors que je m’affairais dans la petite kitchenette du bungalow que nous avions loué.
    Une quinzaine de minutes plus tard, Aubree s’était enfin levée, et nous déjeunions tous les deux, après qu’Aubree se soit plaint de l’absence de jus d’orange frais
    « J’avais pas d’oranges à portée de main. »
    « Fallait y penser avant de m’emmener en weekend surprise et prévoir un oranger dans tes bagages. »
    « Bien sûr. »
    « Bah oui bien sûr, je suis sérieuse. »
    « C’est la dernière fois que je t’emmène en vacances avec moi, Bree. »
    Une fois de plus, n’importe qui aurait sans doute cru que nous étions un jeune couple se chamaillant tendrement à la table du petit-déjeuner, mais ce n’était pas du tout le cas. Ce n’était que de l’amitié. Une grande et belle histoire d’amitié.


    now you wish she’d never come back here again.
    oh, never come back here again.


    Mais toute cette période était malheureusement révolue, et nous ne vivrions certainement aucun autre moment de ce genre ensemble. Je n’avais pas vraiment compris, encore aujourd’hui, ce qui avait conduit à la fin de notre amitié, et au sens large de notre relation. Sûrement le trop plein de sentiments complexes et inavoués, qui arrivés à saturation, devenaient insoutenables. C’était peut-être ça, ou autre chose. Mais j’avais arrêté depuis longtemps de me poser ces questions, préférant admettre que c’était terminé – et pour le mieux. Mais ce soir, revoir Aubree me faisait repenser à tout cela. Son retour dans ma vie ne présageait rien de bon, j’en étais certain. Ce n’était pas vraiment à bras ouvert que j’allais accueillir la météore Aubree Dehzkel, celle qui été passée dans ma vie et y avait tout chamboulé. J’avais trouvé un équilibre dans me vie, j’étais retourné dans le monde de la musique, j’avais repris mes bonnes vieilles habitudes en matière de filles, et je venais de m’installer à Miami pour faire un break après mon premier enregistrement studio et ma tournée. An effing break. With Dehzkel walking around, it wouldn’t be a relaxing break.

    flashback — mars 2010
    (westown, california)

    now i’m nailed above you,
    gushing from my side.
    it’s with your sins that you have killed me,
    thinking of your sins i die.
    thinking how you’d let them touch you;
    how you’d never realise,
    that i’m ripped and hang forsaken,
    knowing never will i rise again.


    Elle n’avait sûrement pas dû se rendre compte combien ça m’avait fait mal de la voir entouré de ces apollons californiens. J’en avais brisé des cœurs, des rêves, des espoirs de jeunes filles qui pensaient avoir décroché un ticket avec moi et être l’élue de mon cœur. J’en avais vu des regards déconfits lorsque j’apparaissais avec une nouvelle fille à mon bras chaque soir. J’en avais connu des claques, certaines plus ou moins violentes et assumées que d’autres. J’en avais connu des situations de ce type. Mais pour la première fois, j’étais la victime. Elle ne cherchait sûrement pas à me faire du mal directement, du moins c’est ce que je voulais croire. Elle était juste incroyablement abattue par la mort de ses parents, et n’avait sûrement pas envie de se compliquer la tâche avec une relation aussi compliquée que la nôtre, surtout après les derniers évènements.
    Je ne pouvais rien y faire toutefois. Tout les mots qui sortaient de ma bouche sonnaient faux, creux, pathétiques – ne me ressemblaient pas. Depuis quand est-ce que j’implorai limite la pitié d’une fille? Ce n’était pas Blade Kennedy. Ce n’était pas non plus mon Aubree Dehzkel.
    C’était Aubree Dehzkel et Blade Kennedy, auto-détruits par leur propre relation tordue et compliquée.


    J’avais beau dire, j’en avais vécu des moments extraordinaires avec Aubree. Mais la majorité des souvenirs qui me revenaient en mémoire ce soir-là alors que mes yeux ne voulaient décidément pas regarder autre part n’étaient pas les plus agréables. Comme si les moments les plus horribles de notre amitié avaient englouti tout le reste, ne me laissant qu’un souvenir amer. Je me surpris une fois de plus à penser que merde, si j’en étais ici à aujourd’hui, à replonger aussi abruptement et sans filet dans mon passé, alors que je voulais juste passer une bonne soirée, tout cela n’était que de ma faute. Si je pouvais retourner le temps, je reviendrais à cette soirée où j’avais rencontré Aubree, et au lieu de lui demander une taffe de sa Gauloise, j’aurais tourné les talons. C’était radical comme solution; mais j’étais prêt à laisser disparaître tout nos bons moments plutôt que de ne jamais oublier tout les mauvais côtés, qui ne cessaient de se répéter en boucle dans mon esprit, tel un film cruel et impossible à arrêter. J’essayai de me convaincre qu’elle n’en valait pas la peine, que je devais – une fois de plus – refaire ma vie, oublier tout ces instants, passer à autre chose. Mais il me semblait que je ne pouvais aller nulle part sans croiser le chemin d’Aubree. Je n’avais jamais été un fan des théories du destin, et autres conneries du style, mais je devais avouer que je commençai à me poser quelques questions tout de même. Peut-être que les esprits s’étaient mis d’accord pour nous pourrir la vie et nous obliger à nous revoir chaque fois que nous ne désirions qu’une chose : nous fuir et s’oublier mutuellement.
    La voix d’Alex Kapranos résonnait au fond de mon esprit, doucement, mais j’avais beau faire, je ne pouvais pas nier le fait qu’Aubree était en face de moi, et très certainement de retour dans ma vie. Et qui plus est, qu’elle était définitivement spéciale.

    she’s not so special so look what you’ve done, boy.
    she’s not so special so look what you’ve done, boy.


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Message(#) Sujet: Re: who's gonna be there at the end? [pv] Jeu 3 Juin 2010 - 1:23



flash-back



SEPTEMBRE 2009, WESTOWN (CALIFORNIE)

- Alors, tu veux faire quoi aujourd'hui, Bree ?
- Hmmm, je suppose que dormir ne fait pas partie des options ?
- Pas vraiment, désolé. Sauf si tu préfères la compagnie du lit à la mienne – parce que si c'est le cas, je t'emmène plus jamais en vacances.
- Tu me l'as déjà faite, cette menace-là, Blady. Hmmm... Je veux retourner dans l'eau, ça te dit ?
- Tu as cinq minutes pour te changer !

Vingt minutes plus tard, Aubree était fin prête à retourner à la piscine en plein air de Center Parcs, vêtue d'un minuscule bikini noir plus qu'échancré. Ses longs cheveux tombaient en cascade dans le creux de ses reins, et sa peau pâle malgré les mois passés en Californie luisait au soleil. Ses lunettes Chanel mouche plaquées sur le nez, elle attrapa Blade par la main pour l'emmener vers les grands bassins, sans remarquer le regard pour le moins particulier qui éclaira les yeux bleus du jeune homme lorsqu'il la vit habillée ainsi. Après tout, ils étaient amis, non ?

L'entrée dans l'eau ne fut pas très longue – las de voir Aubree hésiter au bord de la piscine, Blade l'avait poussée dans l'eau sans cérémonie. Elle l'avait entraîné avec elle dans sa chute, et lui lança un flot d'insultes dès qu'elle fut revenue à la surface. L'eau était tiède, et c'était tant mieux pour Blade, car Aubree lui aurait sans le moindre doute arraché la tête si cela n'avait pas été le cas. Son attention fut cependant bien vite détournée, car elle sentait quelque chose flotter. Baissant les yeux, elle remarqua que son haut ne tenait plus que par les cordons autour de la nuque.

- Regarde ce que t'as fait, Blade ! Ohlala, à cause de toi je suis exposée à la moitié de Center Parcs !
- Je suis sûr qu'ils ne s'en remettront jamais, répliqua l'intéressé d'un ton indifférent mais amusé.
- Oh, tais-toi et rattache-moi plutôt ce haut, répondit Aubree, faisant de son mieux pour paraître de mauvaise humeur.
Elle se planta devant lui pour qu'il refasse le noeud qui venait de lâcher, tenant ses longs cheveux d'une main et l'avant de son haut de l'autre main. Son corps fut parcouru de frissons lorsque les doigts calleux de Blade remirent son maillot en place. Oui, après tout, il étaient amis.




Dans sa main, sa Gauloise commençait à brûler. Mais elle ne la portait pas à sa bouche. Ce geste briserait tout. Ce geste lui rappellerait cette soirée, celle où ils s'étaient rencontrés. Cette soirée à laquelle elle s'était efforcée de ne plus penser, et ce depuis un an. Mais c'était déjà trop tard... elle était en plein dedans.


flash-back


MAI 2009, WESTOWN (CALIFORNIE)

Installés à l'arrière d'un taxi, ils s'embrassaient à en perdre haleine. À l'avant, le chauffeur ne se sentait plus, sans doute excité à mort par les caresses que se prodiguaient les deux jeunes. Mais ils s'en foutaient éperdument – aucun des deux n'était du genre pudique, et ils n'allaient pas retenir leur pulsion pour préserver l'innocence déjà fameusement entamée d'un quelconque chauffeur de taxi. Aubree respirait bruyamment, sa tête brune rejetée en arrière alors que Blade dévorait son cou de baisers. Ses mains à elle exploraient la peau masquée par la chemise de Blade, et s'aventurèrent sur les abdos contractés du jeune homme. Sa robe était déjà sérieusement remontée sur ses cuisses, que Blade caressait depuis qu'ils étaient entrés dans le taxi. Aubree sentait une main parcourir ses cheveux et gémit à ce contact, alors qu'elle faisait pareil, tirant de temps à autre sur les boucles de Blade comme pour l'encourager à continuer. Parfois, ses lèvres descendaient chercher celles de Blade pour repartir dans une danse effrénée. La passion montait avec la seconde, un feu brûlait dans le ventre de Bree, en proie à son excitation. Certes, elle s'était promis de ne pas retomber dans ces histoires de coucheries d'un soir, mais cette situation était bien trop excitante, bien trop envoûtante pour y résister. Embrasser un inconnu et se faire peloter dans un taxi un quart d'heure après votre rencontre, alors qu'à part son prénom, vous ne connaissez rien de lui, n'était pas quelque chose qui arrivait tous les jours. Ou plutôt, c'était quelque chose qui aurait été banal quelques mois plus tôt, lorsqu'Aubree aimait se laisser aller et obéir à ses moindres pulsions. Maintenant qu'elle s'était assagie, cette soudaine rechute l'électrisait du plus profond d'elle-même jusqu'au bout de ses orteils. Elle pouvait sentir l'effet que lui procurait Blade affecter la moindre de ses cellules. C'était une torture délicieuse. Une nuit qu'elle ne pourrait jamais oublié, tant par son contenu que par ses conséquences.




Aubree s'efforça de ne pas penser à cette image, celle de Blade et elle s'embrassant à l'arrière d'un taxi. Trop de souvenirs lui remontaient en mémoire alors que tout ce qu'elle voulait faire depuis un an, c'était oublier. Barricader l'accès aux souvenirs de ce qu'elle avait vécu les dernières années. Elle ne voulait plus jamais avoir le moindre rapport avec son passé. Elle avait tiré un trait dessus en quittant la Californie et, par la même occasion, tous ses amis. Elle ne pouvait plus retourner en arrière. Elle ne le voulait pas. Ce serait beaucoup trop douloureux et difficile. Aubree fonctionnait par la facilité depuis des mois, désormais, même si cette facilité impliquait une auto-destruction lente mais imminente. C'était plus facile de fuir ses problèmes plutôt que d'y faire face, et Aubree était prête à payer le prix -sa santé, tant bien physique que mentale- pour accéder à cette échappatoire. La décision de ne plus jamais revoir Blade, décision qu'elle avait prise quelques jours après la mort de ses parents, n'avait pas été facile à prendre. À plusieurs reprises, elle avait failli revenir sur son choix. Mais elle s'était dit que c'était pour le mieux, qu'ainsi, elle atténuerait ses souffrances et aurait moins de problèmes sentimentaux auxquels faire face. À partir de ce jour-là, elle s'était convaincue que sa relation avec Blade n'avait fait que lui apporter des problèmes. Cette ambiguïté, ce côté malsain de leur amitié lui avait coûté trop d'énergie, et cela devait s'arrêter – voilà ce qu'elle avait pensé. Elle était consciente qu'elle était la seule fautive, que tout cela était arrivé à cause d'elle. Mais elle avait réussi à noyer son sentiment de culpabilité, comme toutes ses autres émotions. Pire, elle blâmait désormais Blade. Pas lorsqu'il s'agissait de la fin de leur amitié – mais tout simplement parce qu'ils n'auraient jamais dû être amis, et qu'à cause de lui, elle n'avait pas été capable de déterminer la nature de ses sentiments pendant un an. Elle avait fini par être contente d'avoir coupé les ponts avec lui, parce qu'aujourd'hui, elle considérait cette amitié comme une perte de temps. Toute la magie des moments qu'ils avaient passés ensemble n'avait plus aucune importance, à présent. La seule chose qui restait encore, c'était l'amertume et la rancoeur.


flash-back


JANVIER 2010, WESTOWN (CALIFORNIE)

- JE TE HAIS, BLADE KENNEDY ! RENDS-MOI CA TOUT DE SUITE OU JE TE TUE !, s'époumona Aubree, courant à toute vitesse derrière Blade qui s'était emparé de son Blackberry pour lire un message. Ils arrivèrent dans le hall de la résidence universitaire où ils vivaient tous les deux, Blade habillé décemment, Aubree vêtue de son pyjama – un mini-short Abercrombie jaune et un haut à bretelles bleu clair. Pieds nus, elle avait failli glisser à plusieurs reprises sur le sol impeccablement propre et lisse. Blade, lui, courait avec une bonne avance, ravi d'avoir fait enrager son amie. Cependant, il finit par se retourner pour voir où elle était – mauvaise idée. Aubree en profita pour se jeter contre lui et ainsi les projeter par terre. Elle s'installa à califourchon sur lui, en position de force, tentant de récupérer son Blackberry.
- ''Hi Aubree, j'ai passé un très bon moment hier soir, j'espère qu'on pourra se revoir bientôt. Appelle-moi quand tu auras le t...'' Aubree lui arracha le portable des mains et adressa un regard noir à Blade.
- Je te hais.
- C'est ce que j'avais cru comprendre, après les douze fois où tu l'as hurlé à travers tout le pavillon. Mais c'est pas grave, je m'en remettrai sûrement, conclut Blade, un grand sourire aux lèvres. Aubree soupira, se contenta de scruter l'écran de son portable, puis soupira à nouveau.
- C'est pas vrai ! Tu m'expliques quand t'as eu le temps de changer mon fond d'écran ?, marmonna-t-elle, prenant un air qui se voulait furieux et outré. De nombreux étudiants qui passaient par là se retournèrent vers eux, certains amusés, d'autres perplexes ou moqueurs en voyant les deux amis étalés par terre, Aubree en petite tenue à califourchon sur Blade. Mais Aubree ne leur prêta nullement attention, se concentrant sur son fond d'écran. Puis, elle finit par s'exclamer : En plus, c'est Justin Bieber ! Tu te fous de la gueule du monde, mon vieux ?
- Nope, seulement de la tienne, Bree.
- Oh, Blade, ta gueule, répliqua Aubree sans pouvoir toutefois réprimer un sourire. Elle changea rapidement le fond d'écran pour le remplacer par une photo de Blade, elle et Muffy, sa meilleure amie. Dessus, Aubree et Muffy faisaient une grimace alors que Blade avait l'air complètement à la masse et ailleurs. Aubree adorait cette photo, pas seulement pour sa beauté mais aussi parce que c'était l'arme la plus efficace pour énerver Blade. Elle n'arrêtait pas de le taquiner là-dessus, et savait combien ça l'agaçait – il finissait systématiquement par bouder, puis laissait tomber. Il semblait avoir attrapé ce goût pour les crises courtes et insensées à force de fréquenter Aubree.




Aujourd'hui, elle n'avait ni Blade, ni Muffy, ni aucun des autres amis qu'elle s'était faits en Californie, et avant. Elle les avait tous rejetés, certains plus violemment que d'autres. Bien qu'elle ne l'avouerait jamais, repenser à ces souvenirs animait une petite pointe de mélancolie en elle, mais aussi un énorme sentiment de vide, pire que celui qui l'habitait en permanence. Aubree mentirait en disant que ses anciens amis ne lui manquaient pas. Mais c'était précisément là le problème : elle ne faisait que mentir.


Dernière édition par Aubree Dehzkel le Sam 18 Sep 2010 - 13:46, édité 1 fois
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Message(#) Sujet: Re: who's gonna be there at the end? [pv] Lun 7 Juin 2010 - 23:54


    Je ne savais pas quoi penser du retour d’Aubree dans ma vie. Je n’allais pas fuir comme elle l’avait fait, non, mais je n’allais pas non plus pouvoir continuer à vivre normalement en sachant qu’elle était elle aussi à Miami. La ville était grande, certes, mais si nous nous étions croisés ce soir-là, ça suffisait à me prouver que ce genre de situation pouvait se répéter. Et alors que je venais de retrouver un équilibre dans ma vie, enfin, que je n’étais plus en train de perdre mon temps en Californie à faire des études d’urbanisme, alors que j’étais enfin revenu à la musique, je n’avais décidément pas besoin qu’Aubree fasse de nouveau une apparition dans ma vie.

    flashback — mai 2009
    (westown, california)

    hello friend, come over.
    tell me a joke,
    why don’t you?


    « Mais qu’est ce que j’ai fait, putain, qu’est ce que j’ai faiiiiit? »
    C’était cette phrase qui avait en quelque sorte amorcé notre amitié, dans un contexte qui n’était à la base pas vraiment propice à la naissance d’une amitié. Lendemain d’ébats, le moment où normalement chacun repartait de son côté avec le souvenir d’une nuit passée en bonne compagnie. C’était ce qui aurait dû se passer ce matin-là si alors que je sortais de la salle de bain. Mais forcément, les évènements avaient pris une tournure différente. Elle m’avait avoué être sorti du cercle vicieux des coups d’un soir, et d’avoir replongé hier soir, avec moi, obviously. Je m’étais senti un peu coupable sur le moment, c’était un peu de ma faute, non? Elle m’avait dit que je n’avais pas besoin de rester, qu’elle allait s’en sortir, et de fil en aiguille, nous avions enchaîné sur une relation des plus ambiguës, sans même nous en rendre compte. Ce n’était pas ambigu dans le sens friends with benefits, c’était ambigu dans le sens ‘j’ai indéniablement envie de toi, mais je ne me l’avoue pas’ et c’était limite beaucoup plus malsain qu’être friends with benefits. Mais dans nos esprits, au départ, c’était innocent, nous ne nous étions pas encore rendus compte de nos désirs, nous n’avions pas encore réalisé que notre amitié était factice, que nous cachions sous nos apparences d’amis des désirs brûlants qui ne demandaient qu’à être assouvis. Nous avions refusé d’accepter la vérité, d’admettre tout cela... nous aurions peut-être dû agir autrement.


    Mais il était aujourd’hui trop tard pour essayer d’imaginer ce qui ce serait passé si je n’avais pas tiré une taffe sur la clope de Dehzkel, si je l’avais abandonnée à ses pleurs le lendemain de notre rencontre, si nous nous étions avoué plus tôt que notre amitié n’était qu’une façade, si nous... Tout aurait très certainement pu se passer autrement oui, mais les choses s’étaient passées d’une certaine façon, et il fallait l’accepter. J’avais tourné la page, du moins, je le croyais.

    flashback — mars 2010
    (westown, california)

    one last chance, just don’t blow it.
    think i’m feeling great today.
    one last chance, to make it.
    think i’m feeling great today.


    Eventually, we made it. Ce n’était pas la même passion qui nous animait, mais c’était en tout cas les mêmes désirs que nos corps s’affairaient à réaliser. Mais sur le moment, j’avais d’autres choses à faire que de penser à ce qui animait Aubree pour qu’elle se soit finalement jetée sur moi; comme la sensation de sa peau pâle sous mes doigts rendus calleux par la guitare. Mais je m’étais ensuite rendu à l’évidence, si elle s’était finalement laissée aller, c’était surtout par désespoir, par dépit par... les mots me faisaient mal alors que je ne faisais qu’y penser. J’avais, sur le moment, espéré qu’elle s’était rendue compte de ses sentiments, qu’elle ne pouvait plus se le cacher, qu’elle avait décidé d’envoyer en l’air notre amitié malsaine, qu’enfin, nous acceptions ce que nous avions essayé de refuser pendant près d’une année. Mais non. Pourtant alors que mes lèvres rejoignaient celles d’Aubree pour un énième baiser brûlant et que nos corps désormais nus étaient enlacés, je me sentais bien. C’était ce que j’avais toujours voulu, et c’était sûrement la même chose pour Aubree. Elle enfonçait ses ongles dans la peau de mon dos, ravageait ma peau de baisers et de caresses, le souffle court, alors que mes gestes restaient doux et tendres, mes mains prenant le temps de remettre une de ses boucles derrière son oreille. Je n’avais pas fait attention à ce contraste, mais pourtant, il y résidait toute la différence de notre ressenti respectif. Elle voulait oublier, elle cherchait un échappatoire. Alors que j’espérai obtenir une réponse à notre relation, trouver enfin un sens à cette année mouvementée.
    J’avais savouré le goût des lèvres d’Aubree sur les miennes, la sensation de sa peau douce sous mes doigts, son souffle chaud sur ma nuque, la sueur qui perlait sur son corps parfaitement pâle; j’avais savouré chaque instant, sans toutefois penser que c’était la dernière fois que je voyais Aubree et que le lendemain elle serait partie. Nous venions enfin de laisser place à nos désirs, pourquoi partirait-elle? Non, franchement, sur le moment, je ne voyais pas pourquoi j’aurais dû m’inquiéter. J’étais heureux, pourquoi gâcher ce moment?


    Et elle était là, en face de moi, et tout se mélangeait dans mon esprit. Les bons moments, les mauvais moments. Toutes ces questions restées sans réponses. Pourtant, même si elle était bel et bien à Miami, ce n’était pas mon Aubree. Ce n’était pas celle qui avait chamboulé ma vie, ce n’était pas celle qui avait complexifié comme jamais mes sentiments, ce n’était pas celle qui m’avait brisé le cœur. Alors quand bien même je pourrai aller lui parler, ça ne servirait à rien, ce n’était plus la même personne. Ce n’était pas comme si j’avais seulement perdu la présence d’Aubree dans ma vie, j’avais également perdu toute chance de pouvoir à nouveau lui reparler, vu qu’elle s’était transformée en reine des glaces intraitable.
    Nous nous étions engagés dans une relation malsaine, et quand enfin, une opportunité susceptible de faire changer les choses s’était présentée, Aubree avait tout foutu en l’air. Je ne pouvais pas lui en vouloir, même aujourd’hui avec le recul, elle avait eu peur de ses sentiments, elle avait été surprise, et la mort de ses parents ne facilitait en rien sa réflexion. Mais je regrettai juste qu’elle soit sortie de ma vie d’une telle façon, niant tout ce que nous avions vécu ensemble, tirant un trait sur son passé, me rayant de sa vie comme si je n’en avais fait partie. Comme si Blade Kennedy n’avait jamais offert son épaule à une Aubree en larmes le lendemain d’une nuit fougueuse, comme si je ne l’avais pas défendue de l’attaque d’araignées en plastique et autres vampires en toc, comme si je ne lui avais pas confié des souvenirs importants à mes yeux. En m’effaçant de sa vie, elle m’obligeait presque à faire de même. Si je n’avais jamais eu d’impact dans la sienne, à quoi bon cultiver son souvenir? À quoi bon continuer à me torturer l’esprit en ressassant tout nos moments? J’avais brûlé nos photos, les lettres, je m’étais interdit de penser à elle de quelque façon que ce soit, j’avais jeté ces ébauches de chansons qu’elle m’avait inspiré, j’avais effacé de ma mémoire l’une des meilleures parties de ma vie.
    Tout aurait certainement été plus simple si dès le départ, nous ne nous étions pas mentis. Si nous ne nous étions pas cachés. Si nous n’avions pas eu peur de ces désirs enfouis. Si nous nous étions laissés aller plus tôt. Si nous avions stoppé cette mascarade malsaine avant qu’il ne soit trop tard.

    don’t hide from what you want,
    don’t hide from what you want,
    you want, you want.


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Message(#) Sujet: Re: who's gonna be there at the end? [pv] Mer 18 Aoû 2010 - 2:23




Quelqu’un passa, siffla. Une main effleura le bras d’Aubree, puis sa cuisse. Un souffle chaud se fit sentir dans sa nuque dénudée, une haleine sentant la fumée et la cigarette emplit l’air. Mais la jeune femme n’y prêta pas attention. Détourner le regard, c’était tout ce qu’elle voulait faire. Elle voulait s’arracher au regard hypnotisant qui captivait le sien. Mais elle ne pouvait pas. Pas encore. D’abord, elle devait finir. Finir quoi ? Elle l’ignorait. Elle ne le saurait sans doute jamais. Le bleu ciel était toujours plongé dans le turquoise, telle une méditerranée rivalisant avec la mer des Caraïbes. La cendre de sa Gauloise lui brûla les orteils lorsqu’elle finit par tomber, mais Aubree fut indifférente à la douleur. Comme d’habitude.


flash-back


FEVRIER 2010, WESTOWN (CALIFORNIE)

Le soleil matinal s’infiltrait à travers les grandes fenêtres qui donnaient vue sur la jolie ville californienne de Westown. Allongée dans ce lit désormais familier après les nombreuses nuits qu’elle y avait passées, seule ou non, Aubree ouvrit les yeux en sentant un rayon de soleil lui caresser le visage. Les paupières plissées, elle ne tarda pas à saisir une mèche de ses cheveux bruns pour obstruer sa vue, à défaut d’avoir des lunettes de soleil. Puis, elle se cala confortablement sur son oreiller et referma les yeux. En sentant son oreiller respirer sous sa joue, Aubree grogna, dérangée par le mouvement qu’elle jugeait trop important. A cet instant, elle entendit un petit rire s’échapper dudit oreiller. Soulevant légèrement la tête, provoquant ainsi un mouvement en cascade de sa chevelure, Aubree sonda son oreiller du regard, les sourcils froncés. Puis elle posa solennellement son index sur sa bouche pour lui intimer le silence, avant de se caler à nouveau dans sa position préférée – allongée sur le torse de Blade. Celui-ci ne sembla pas se formaliser de sa fonction de repose-tête, se contentant de passer ses doigts calleux dans les cheveux sombres d’Aubree. Un vrai petit couple – ou plutôt, pas du tout. Leur amitié pouvait sembler encore plus brumeuse que d’habitude lorsqu’ils se retrouvaient dans le même lit, mais cette matinée n’était le lendemain d’aucun ébat, et ce lit n’avait été le témoin d’aucun baiser. Aubree avait juste réquisitionné le lit son ami qui, une fois n’est pas coutume, avait refusé de le lui céder. Ainsi, elle s’était endormie dans ses bras – bras qu’elle sentait d’ailleurs encore autour de sa taille. Aubree sourit, puis se redressa une nouvelle fois, offrant une vue généreuse de son décolleté à Blade. Celui-ci ne sembla pas y prêter la moindre attention – au contraire, il souriait devant l’air endormi d’Aubree.
- Alors, bien dormi, princesse ?
- Pfff, tu parles. Tu devrais faire comme moi et acheter un matelas à eau. C’est beaucoup plus confortable, Razorblade.
Blade fit une grimace. Mais de rien, Aubree. C’est avec plaisir que je t’ai hébergée.
Aubree sourit d’un air taquin avant de s’étirer de tout son long, révélant ainsi son corps fin et pâle uniquement habillé d’une nuisette. Cette fois-ci, la vue du décolleté et des cuisses presque entièrement dénudées d’Aubree n’échappa pas à Blade, qui ne se priva pas de le faire remarquer.
- Bon sang, Dehzkel, déjà ? Il n’est que dix heures du matin, tu pourrais attendre un peu avant de faire ta chaudasse. Tu serais presque… excitante, comme ça.
- Presque ? Donc, je ne suis pas excitante, c’est bien ça ?, répliqua aussitôt Aubree, haussant un sourcil.
- Ben, t’es très attirante, mais on est amis, tu te souviens ? Je suis immunisé, maintenant, répondit Blade, un léger sourire aux lèvres.
Aubree n’en attendit pas plus pour attaquer, et répliqua : C’est ce qu’on va voir, Kennedy… Sa voix n’était plus qu’un murmure, et son regard brillait d’une tout autre lueur que celle, malicieuse, qui l’avait animé quelques instants plus tôt. Sans attendre, elle se mit à califourchon sur Blade qui la regarda avec surprise et légèrement déboussolé. Il ne comprenait rien à ce qui était en train de se passer – pour le plus grand plaisir d’Aubree. Celle-ci, installé sur le bassin de Blade, passa les mains sur son torse, dessinant les contours de ses pectoraux du bout des doigts. Elle se pencha légèrement en avant et effleura la gorge du jeune homme de ses lèvres. Elle le sentit inspirer brusquement et sourit intérieurement. Ses mains descendirent et caressèrent les abdominaux du jeune homme, qui se contractèrent instantanément. Nouveau sourire de la part de Dehzkel, qui ne s’arrêta pas en si bon chemin. Elle descendit légèrement et plaça ses lèvres au niveau du nombril de Blade, qu’elle embrassa avec douceur, avant de tracer une ligne de baisers jusqu’à la gorge du jeune homme. Elle recommença une fois arrivée à nouveau au point de départ, touchant cette fois-ci la peau de Blade de sa langue. Cette fois-ci, elle ne s’arrêta pas et remonta le long de sa gorge, lécha son menton et arriva au niveau de sa lèvre inférieure qu’elle mordilla. Inconsciemment, elle avait remonté son bassin qu’elle avait reposé sur celui de Blade. Frôlant doucement et sensuellement les lèvres de Blade des siennes, elle dessina ensuite le contour de sa bouche avec sa langue. A l’intérieur, un fou rire face au désarçonnement de Blade se construisait. Mais alors qu’elle s’appuyait un peu plus sur le jeune homme pour s’installer plus confortablement, elle sentit quelque chose contre son intimité, quelque chose qui n’y était pas quelques minutes plus tôt. Surprise, elle n’eut pas le temps de réagir que Blade la repoussa, une expression presque bouleversée et effrayée sur le visage.
- À quoi tu joues, Bree ? C’est quoi ce bordel ?




Jamais, en près d’un an d’amitié, Aubree n’avait voulu transgresser la chasteté de leur relation – aussi chaste pût-elle être. A plusieurs reprises, elle s’était amusée à provoquer Blade pour tester ses limites, sans jamais avoir la moindre arrière-pensée – Aubree pouvait faire preuve d’une extraordinaire naïveté lorsqu’il s’agissait de se voiler la face. Pour elle, il ne s’agissait que d’un jeu, d’une manière de le taquiner. Comme si elle n’était qu’une enfant inconsciente du charme qu’elle pouvait exercer autour d’elle. Et pourtant, vous aurez bien du mal à trouver moins innocente qu’elle. Et pourtant, il en avait fallu, des choses, pour qu’elle en arrive au stade où elle était aujourd’hui : dépravée, froide, toxicomane, indifférente et hypocrite. L’hypocrisie avait, d’ailleurs, toujours fait partie d’elle, malgré son étonnante sincérité – sauf qu’avant, elle n’était hypocrite qu’envers elle-même, et jamais face aux autres.


flash-back


AVRIL 2010, MANHATTAN, NEW YORK (NEW YORK)

- Tu comptes me parler un jour, ou pas ?
- Dégage, Nate. Allongée sur son lit, Aubree n’accorda pas même un regard à son frère adoptif – fils du couple qui l’avait accueillie lors de sa venue à New York, sept ans plus tôt. Après la mort de ses parents, Aubree n’avait pas donné signe de vie pendant près d’un mois mais avait fini par venir se réfugier ici – après quelques centaines de messages de la part de M. et Mme. Richardson dans lesquels ils la conjuraient de se rendre à New York en attendant de digérer le choc. Elle avait obtempéré au bout d’un nombre incalculable de supplications, n’ayant plus aucun autre endroit où aller. Mais elle n’avait pipé mot depuis son arrivée – même Nate, à qui elle pouvait habituellement parler pendant des heures, n’avait pas réussi à lui soutirer une phrase entière. Le jeune homme ne se laissait pas pour autant rebiffer et revenait toujours à la charge, soucieux de l’état d’Aubree qui, il le devinait, n’était pas uniquement dû à la mort de ses parents. Il était d’ailleurs le seul à l’avoir vu – il était, à présent, la personne qui la connaissait le mieux.
- Non, je ne dégagerai pas, pas avant que tu m’aies parlé. Avant de savoir ce que tu nous caches, pourquoi ce n’est pas ma petite sœur mais la reine du pôle nord qui est rentrée ici. Je te connais, Aubree, je sais qu’il y a autre chose.
Aussitôt, Aubree releva la tête, les prunelles froides et haineuses. Elle ne parvint pas à garder son sang-froid et hurla : Parce que selon toi, perdre ses parents ne suffit pas ? Il faut qu’il y ait plus ? Mais tu veux quoi, putain, ma mort ? Pourquoi tu t’acharnes comme ça sur moi ? Tu penses pas que c’est assez pénible comme ça ? Bien sûr, toi t’en sais rien, avec ta petite famille parfaite et ta vie toute rose. Tu sais pas ce que c’est. Alors arrête de faire comme si t’avais tout compris. Tu comprends rien, RIEN ! Tout ce que tu sais faire, c’est enfoncer le couteau dans la plaie. Alors casse-toi, tu m’entends ? CASSE-TOI, BORDEL DE MERDE !
Nate ne se laissa pas désarçonner, ni berner par les paroles d’Aubree. Au contraire, il répliqua : Alors, dis-moi, c’est quoi cette lueur de culpabilité que je vois sans arrêt dans tes yeux ? Pourquoi aucun de tes amis de Californie ne t’a appelée ? Pourquoi tu t’es transformée en poupée Barbie glaciale ? Arrête de vouloir me faire croire des conneries, Bree ! Je n’en sais peut-être rien, mais il y a des choses qui se sentent. Alors parle ! Arrête de te braquer et parle-moi !
A bout de nerfs, Aubree ne sut quoi dire. Elle le haïssait de lire autant en elle. Elle le détestait de comprendre aussi bien ses sentiments. Elle voulait qu’il ressente ne serait-ce qu’un dixième de sa souffrance, rien que pour qu’il ne la ferme.
- Très bien, tu veux savoir ? Ma culpabilité, c’est parce que j’arrive pas à penser à eux. J’arrête pas de penser à quelqu’un d’autre, alors qu’ils sont MORTS ! Si personne ne m’appelle, c’est parce que je les ai tous expulsés de ma vie et qu’ils ne voudront plus jamais entendre parler de moi. J’ai tout perdu, encore plus que ce que j’avais perdu à la base ! Et tout ça, c’est de ma faute, j’ai juste agi par égoïsme, par peur, par lâcheté, par méchanceté. Je mérite tout ce qui m’arrive, je mérite l’état dans lequel je me trouve – mais je sais même plus pourquoi je pleure, c’est ça qui me rend malade ! Elle haleta, les yeux toujours furieux mais néanmoins emplis de désespoir. La voix brisée, elle reprit : Voilà Nate, t’es content ? T’as encore réussi, t’as eu ce que tu voulais. Maintenant, casse-toi, c’est tout ce que je demande.
Mais il ne l’écouta pas. C’est ce type dont tu m’avais parlé ? Aubree ne répondit pas, les larmes aux yeux, alors qu’il poursuivait. Blade, c’est lui ? C’est à cause de lui que t’es dans cet état ?
- Nate, va-t’en. Dégage. Pars d’ici. Je t’en supplie… Aubree était à bout de forces, sa voix était désormais faible et voilée par le désespoir et la tristesse.
- Tu l’aimes, Aubree ? C’est pour ça que tu t’en veux ? Parce que tu l’aimes ?, continua-t-il, imperturbable. Il fallait que ça sorte, et bien qu’il eût mal de la voir dans cet état, il était décidé à continuer. Aubree ? Tu l’aimes ?
- Arrête, Nate… Pars… S’il te plaît…, sanglota Aubree, assaillie par des flash-back douloureux. Alors qu’il poursuivait, elle colla ses mains à ses oreilles, comme si cela allait arrêter les questions.
- Réponds-moi, Aubree. Est. Ce. Que. Tu. L’aimes ?
- OUI, BORDEL DE MERDE ! OUI, JE L’AIME ! ET LUI AUSSI, IL ETAIT LE SEUL QUI M’AIMAIT POUR CE QUE J’ETAIS – ET MOI, J’AI TOUT FOUTU EN L’AIR ! JE L’AI PERDU, ET MAINTENANT J’ARRIVE PAS À PENSER À AUTRE CHOSE, EN PUTAIN D’ÉGOÏSTE QUE JE SUIS ! Aubree fondit en larmes, et Nate s’approcha d’elle, tentant de lui caresser la joue pour la calmer. Casse-toi, Nate. Sors d’ici. Je t’en supplie, murmura-t-elle, l’estomac tordu par la douleur. Cette fois-ci, il n’insista pas et sorti, lançant un regard triste à Aubree, qui se laissait aller à son désespoir.



Depuis, Aubree ne s’était plus jamais laissée aller devant quelqu’un d’autre. Mis à par les quelques fois où, sous l’emprise de la drogue, elle s’était mise à délirer et avait pété les plombs.


flash-back


NOVEMBRE 2010, BOSTON (MASSACHUSSETS)

Il n’en revenait pas d’avoir cette créature de rêve offerte à lui, étendue nue dans ses bras. Elle était clairement complètement à la masse, rongée par la drogue et l’alcool, à tel point que les dommages devaient être irréversibles. Mais au lit, elle avait un tempérament de feu et une adresse qui en disait long sur son expérience. Jamais il n’avait pris son pied comme ça. Elle ressemblait à un cadeau tombé du ciel – à la déesse de la débauche, sans doute. Son corps nu avait quelque chose de pur et de choquant à la fois, tout comme son visage dont le regard vitreux en disait long sur son état mental. Il avait bien fait de lui donner ce rail. Elle était dans un état parfait – parfait pour continuer leurs ébats jusqu’au petit matin. Cela faisait plusieurs jours maintenant qu’elle était chez lui, et il se félicitait de l’avoir repérée – elle lui manquerait sans doute, une fois partie dans la nuit noire sans laisser de traces. Un léger sourire aux lèvres, il contempla son visage, puis son cou, ses seins, son ventre, son intimité, ses cuisses et ses jambes. Tout était pâle chez elle, presque maladif, mais néanmoins magnifique. La couleur albâtre qu’on aurait habituellement tendance à associer à la pureté n’était qu’un témoin de plus de sa débauche et de la condition physique qui en résultat. Aubree était maigre et blafarde à l’extrême, et conservait pourtant une certaine beauté qui attirait tous les hommes. Difficile de lui résister – même lorsqu’ils étaient voilés par ce regard vitreux, ses yeux continuaient de scintiller d’un éclat froid mais charmeur.
Il s’apprêta à se lever, mais elle lui agrippa le bras avec une force surprenante pour quelqu’un dans son état. Ses prunelles bleues se plongèrent dans celles, d’une couleur presque identique, de son amant. Elle contempla ses boucles châtain et murmura d’une voix proche du râle : Blade… ne pars pas, je t’en supplie… Fronçant les sourcils, il arrêta son mouvement. Il ignorait pourquoi elle s’obstinait à l’appeler Blade, et ce, depuis qu’il l’avait rencontrée. Mais c’était une des seules choses dont il aurait à se plaindre et il avait décidé de ne pas y prêter attention.
- Je ne pars que quelques minutes, ma belle, je suis tout de suite de retour, répondit-il en lui souriant. Mais Aubree ne se contenta pas de cette réponse – elle renforça sa prise sur le bras du jeune homme.
- Non… reste… Reste, Blade… Ne me quitte pas… Je ne veux pas te perdre une deuxième fois… Les yeux azurés d’Aubree se remplirent de larmes et le jeune homme rendit les armes, incapable de résister. Il s’installa à nouveau à ses côtés et essuya ses larmes.
- D’accord, d’accord, ne t’en fais pas, je reste.
Aubree sourit, l’air soudainement plus sereine. Elle se blottit contre lui et lui caressa le torse. Elle l’embrassa passionnément, avant de se rallonger à ses côtés, logeant sa tête blonde sur la cage thoracique du jeune homme qui la serra machinalement contre lui, enserrant sa taille fêle de s on bras.
- Je t’aime, Blade.



Ces mots auraient pu lui épargner l’année de souffrance qu’elle venait de traverse et qui n’était probablement que la première d’une longue série. Si elle les avait prononcés, peut-être aurait-elle pu être heureuse – du moins, plus qu’elle ne l’était maintenant. Mais aujourd’hui, maintenant que ces mots ne lui seraient plus d’aucune utilité car ils n’étaient d’actualité ni pour elle, ni pour lui, que pouvait-elle bien faire ? Elle semblait s’être condamnée elle-même à une souffrance éternelle – et ce, à cause de son égoïsme et de sa lâcheté. Si seulement… mais il était trop tard pour faire marche arrière.

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Message(#) Sujet: Re: who's gonna be there at the end? [pv] Dim 26 Sep 2010 - 12:46

after all the time,
after you,
had you seen me with someone new.
hanging so high for your return.
but the stillness is a burn.


Inlassablement, tous les souvenirs remontaient à la surface, m’achevant l’un après l’autre, chacun me faisant l’effet d’un coup de couteau en plein cœur.


FLASHBACK
Nous avions passés un weekend dans l’Idaho, en pleine campagne, au bord d’un lac, dans un chalet au style très ‘Amérique profonde’ - déco ignoble, couvertures qui grattent, poêle à bois et tout le bazar. Ca changeait de Californie, ça ne faisait aucun doute; mais ça faisait aussi du bien de s’évader quelques jours de la west coast. J’avais été réveillé par une odeur de pain grillé et de café, et j’avais retrouvé Aubree dans la cuisine, ou plutôt ce qui faisait office de cuisine, du chalet, assiette de toasts grillés dans une main et cafetière fumante dans l’autre.
« Pour une fois que c’est toi qui fait le petit-déjeuner... Ca change. »
Elle me lança un regard assassin, avant de poser ce qu’elle avait dans les mains sur la table.
« J’ai pas dormi de la nuit, ces foutus couvertures grattent et c’est infesté de poussière dans ce trou à rats. »
Elle se servit une tasse de café, en but une gorgée, avant d’ajouter, l’air de rien.
« Ah, et t’as ronflé comme un porc toute la nuit. C’était charmant. Je t’ai enregistré avec mon portable, je me ferais une joie de l’envoyer au real show. »
Elle but une autre gorgée de son café avant de me lancer un sourire ravi. Je soupirai, ne trouvant rien à répondre - de toute façon, elle aurait toujours le dessus.



« N’y pense même pas, Dehzkel. »
« Oh que si. »
Elle m’envoya une grande rasade d’eau en pleine figure à l’aide de sa rame, et je me retrouvai trempé en moins de deux secondes. Rappelez-moi de ne plus jamais lui proposer de faire un tour en barque. Moi qui avait imaginé ça comme une activité calme, détendue et relaxante, j’avais eu tout faux. Ma petite ballade idyllique sur le lac s’était transformé en cauchemar, thanks to Dehzkel. Elle avait d’abord insisté pour ramer, clamant après seulement dix minutes que je ramais comme une mauviette, et que même une fillette de sept ans ramerait plus vite que moi. Et maintenant, elle m’éclaboussait. J’avais quand même des limites, merde, je n’allais pas me laisser martyriser par une fille, bon sang. Il était temps que je me venge.
« Qu’est ce que tu... ? »
Elle n’eut pas le temps de finir sa phrase, car à peine trois secondes et demi plus tard, nous nous retrouvions tous les deux. Je m’étais levé brusquement, dans le but de la mettre, elle et elle uniquement, dans l’eau, mais j’avais perturbé l’équilibre précaire de la barque - qui devait de toute façon être à moitié bouffée par les termites, sinon, elle n’aurait pas chaviré aussi facilement.
Putain, elle devait vraiment être bouffée par les termites, car alors même que je sortais la tête de l’eau, j’aperçus la barque en train de couler, dans un léger ‘plop’. Ca ne coulait pas aussi facilement une barque, right?
« Bravo, Blade, bravo. »
« Mais de rien. »
Fort heureusement, nous n’étions pas bien loin du rivage lors de notre dessalage, et nous le rejoignîmes sans peine à la nage. Nous étions par contre plutôt éloignés du chalet, qui avait été notre point de départ.



« J’ai froid. »
« Tu veux ma veste? »
« Elle est trempée ta Fred Perry, Blade, ça sert à rien. »



« J’ai faim. »
« Va t’acheter une crêpe. »
« Où ça? »
« Près du chalet, y’a un gars qui en vend. »
« Très drôle, Blade. »



« Je te préviens, si je chope une pneumonie par ta faute, tu vas regretter tes actes. »
« Maiiiiis regarde, j’ai fait un feu. »
« Magnifique, t’as fait un feu dans ce poêle ancestral de l’an deux, mais j’ai toujours froid. »
« Viens par là. »
« Non. »
« Allez, viens, fais pas d’histoires, Bree. Tu sais que tu en meurs d’envie. »
Elle daigna finalement se lever et me rejoindre dans le fauteuil près du poêle, se lovant contre moi, toujours emmitouflée telle une momie dans une couverture à carreaux.
« Alors, ça va mieux? »
« Tais toi, Blade, je ne te pardonne toujours pas, tu vas le regretter. »




had i seen it in your eyes,
there’d had been to try after try.
your leaving had no goodbye.
had i just seen one in your eyes.


L’ambiguïté était toujours présente entre nous deux. Même aujourd’hui, alors que nos regards se croisaient, dénués de toute émotion, l’ambiguïté était là. Je ne savais pas quoi penser, je ne savais pas quoi faire, je ne pouvais que rester là, immobile, à subir tous ces souvenirs qui se bousculaient dans mon esprit. Même quand elle était partie, je n’avais su quoi penser. Ca avait été si soudain, si inattendu. Et même si je n’avais jamais été bon niveau grandes déclarations et explications, j’aurais quand même souhaité en parler avec elle, l’entendre dire sincèrement, que c’était fini, qu’elle ne voulait plus continuer. Mais à la place, je m’étais confronté à une froideur des plus extrêmes, et un ton railleur, qui m’avait fait passé pour un imbécile prenant ses désirs pour la réalité. Et je l’avais lu dans ses yeux, je l’avais vu, j’avais compris qu’elle avait changé, que ce n’était plus la même, et que j’aurais beau faire, j’aurais beau tout essayer, retourner ciel et terre, je ne pourrais jamais retrouver mon Aubree Dehzkel, elle avait définitivement disparu de ce monde.

wish the best for you,
wish the best for me.
wished for infinity.
if that aint’ me.

Dans un geste d’ultime désespoir, dans un geste d’adieu, même, dans un geste que je souhaitais être le dernier adressé à Aubree, je levais mon verre dans sa direction. L’ambiguïté était toujours là. Mais j’espérais que dans ce geste, elle comprenne que je lui disais au revoir, que j’espérais que nos chemins ne se croiseraient plus, que j’espérais que c’était la dernière fois que nous souffrions en nous recroisant par hasard. J’hochai la tête presque imperceptiblement, avant de boire une gorgée de ma vodka-pomme, serrant mon verre du plus fort que je le pouvais, essayant de contenir en moins tous ces sentiments qui se mêlaient, résistant à la tentation de lâcher mon verre, de traverser la salle, et de courir jusqu’à elle. Car de toute façon, ça n’aurait servi à rien, tout était fini.

i can’t give it up.
io someone else’s touch,
because I care too much.

Mais au fond de moi, il y avait toujours cette petite fraction de moi-même qui tenait toujours à Aubree Dehzkel. Cette infime portion qui contenait tous les souvenirs, toutes les sensations, tous ces moments passés avec elle, les joyeux comme les tristes. Même si je voulais tourner la page, je savais bien que je n’y arriverais jamais; elle était gravée au fond de moi, je ne pouvais rien y faire. Je m’étais menti, je me mentais, je continuerais à me mentir.
Mais je préférais me mentir, faire semblant que tout allait bien, faire semblant que je l’avais oubliée, plutôt que d’affronter la vérité, puisque de toute façon, je ne pouvais rien faire; c’était la seule solution. Aubree me fixait, le regard vide, aucune réaction n’avait pu se lire sur son visage lorsque j’avais levé mon verre. Je murmurais doucement, pour moi-même, de toute façon, dans le bruit qui régnait dans le nightclub, personne ne pouvait m’entendre. “Goodbye, Aubree.” Je posai mon verre sur le comptoir, faisant volte-face, et je sortis, m’écrasant le dos contre un mur dès que je fus dehors, et glissant doucement par terre, la tête entre les mains.
Putain de merde. Ce n’était qu’un mauvais moment à passer. J’allais l’oublier. Je lui avais dit au revoir, pour de bon, j’avais tiré un trait sur le passé, une bonne fois pour toute, c’était la dernière fois que je m’étais infligé tous ces souvenirs. Oui, j’allais l’oublier, dès demain, j’aurais enfin tourné la page, en ouvrant une autre, vierge, et commençant un nouveau chapitre, dont Aubree ne ferait jamais partie.
Et comme toujours, ma main droite trouva le chemin de mon portable, et mes doigts celui de mon répertoire. Elle était là, la première de la liste. “Aubree”. Je n’avais pas eu le courage d’effacer son numéro, et pourtant en quelques secondes, je le fis. Menu, effacer, oui. C’était la touche finale. Plus rien ne me retenait à elle. Elle m’avait effacé de son esprit, j’avais fait de même, nous nous étions recroisés, je m’étais rendu compte qu’en fait, je ne l’avais pas oubliée, mais il le fallait désormais, ça ne servait plus à rien, ça ne faisait qu’empoisonner mon existence, je n’en tirais rien, sinon de la souffrance.
« Jeff? J’ai recroisé Aubree. Mais c’est fini. Enfin... Je vais l’oublier... Pour de bon. Je vais vraiment l’oublier cette fois, ça ne sert à rien de toute façon. J’ai gâché plusieurs années de ma vie. Mais là, il le faut. Je... Je vais l’oublier. Rappelle-moi dès que tu peux. »
Je mentais, je me mentais de surcroît, mal. Mais je ne m’en rendais pas compte. Cette infime partie de mon être consacrée à Aubree Dehzkel ne se manifestait pas, je n’étais même pas conscient de son existence. Je ne m’en rendais pas compte, mais j’étais sur le point de vivre dans le plus gros mensonge de toute mon existence.

J’avais voulu l’oublier une fois, tout en étant tout de même à demi-conscient que ce n’était pas vrai, et puis j’avais appris à vivre avec. Je la recroisais ce soir-là, décidant que c’était décidément trop dur, qu’il fallait tirer une croix sur le passé une bonne fois pour toute. Convaincu que cette fois était la bonne, que cette fois, j’y arriverais.

You’re a bad liar, Kennedy.


could you tell,
i was left lost and lonely.
could you tell,
things ain’t worked out my way.

Une fois de plus, je me retrouvai totalement paumé et perturbée par Aubree Dehzkel. Une fois de plus, je ne savais pas quoi penser de la situation. Une fois de plus, je me demandais pourquoi j’avais agi ainsi. Et une fois de plus, je ne savais pas ce que le futur me réservait.
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Message(#) Sujet: Re: who's gonna be there at the end? [pv] Dim 28 Nov 2010 - 11:58





Quelque part, au fond d’elle, quelque chose semblait se battre faiblement mais vaillamment pour se faire entendre. Était-ce le peu de sentiments qui restaient en elle ? Difficile de le certifier, Aubree semblait dénuée de tout ce qui pouvait se rapprocher de la moindre émotion, pour autant que celle-ci fût profonde et sincère. Aubree avait laissé tomber tout cela depuis bien longtemps. Et pourtant, elle sentait cette pulsion désagréable, cette chose qui l’importunait et qui ne se lassait pas de la tourmenter, revenant sans cesse à la charge avec un seul but : lui rappeler qui elle était, d’où elle venait, comment elle était. Pas la reine des glaces que tout le monde avait appris à connaître à Miami, non. Pas cette garce insensible, mesquine et égoïste que l’on adorait détester. Certes, elle avait toujours été égoïste, et ce, bien malgré elle. Mais avant, elle s’était toujours efforcée de changer, de penser plus aux autres et de mettre ses propres problèmes au second rang. Aujourd’hui, elle ne pouvait même plus s’imaginer faisant un effort de la sorte : l’égoïsme était ce qui la maintenait en vie. L’indifférence était nécessaire, si elle ne voulait pas s’effondrer sous le poids de la culpabilité et des regrets qui l’accableraient sans sa carapace impénétrable. Pourtant, infime mais bel et bien présente, une brèche semblait s’être formée dans cette carapace. Une brèche qui ne tarderait pas à se refermer, grâce à l’obstination impitoyable qu’avait Aubree de museler ses sentiments. Mais une brèche quand même – une brèche sur son passé, sur tout ce qu’elle avait vécu avant de devenir celle qu’elle était aujourd’hui. Et surtout, sur tout ce qu’elle avait alors ressenti.



flash-back


NOVEMBRE 2009, WESTOWN (CALIFORNIE)

- Dis, Blade, tu penses que j’ai une chance avec Jed ?, demanda la brunette, paresseusement appuyée contre le bord de son lit. Elle triait distraitement la pile de CD poussiéreux qui étaient éparpillés depuis des mois dans sa chambre, attendant désespérément d’être un jour ramassés. Aubree n’avait jamais été une fervente adepte du ménage, mais quand elle s’y mettait, elle s’y mettait vraiment. Et souvent, Blade se retrouvait, bien malgré lui, mêlé à ces crises ménagères auxquelles personne ne pouvait échapper.
Le jeune homme arqua un sourcil tout en lui tendant le dernier album des Kooks, qu’Aubree avait cherché pendant des mois sans jamais pouvoir mettre la main dessus. Visiblement, Blade avait plus d’œil qu’elle lorsqu’il s’agissait de retrouver des objets : il avait suffi quelques secondes au jeune homme pour repêcher la petite boîte, jusqu’alors cachée par quelques feuilles de chimie qui traînaient sous le lit de Bree.
- Jed Hutson ? Qu’est-ce que tu lui trouves, déjà, à cet imbécile ? L’agacement de Blade, subtilement mêlé à une indifférence dont il faisait systématiquement preuve lorsqu’Aubree abordait ce genre de sujets, ne fut pas remarqué par la jeune femme, qui jugea donc le sujet tout à fait adéquat pour une discussion qui risquait de durer des heures. Comme toujours.
- Ce que je lui trouve ? Il est grand, beau, musclé, mystérieux, ténébreux, intelligent… Je sais pas, il est différent, je le sens.
Elle prit le CD des Kooks et le rangea entre celui de Katy Perry et celui des Kings of Leon. Puis, se souvenant que le ‘o’ suivait le ‘i’ dans l’alphabet, elle le changea de place, sous le regard amusé mais quelque peu blasé de Blade.
- Ce sont des critères très profonds, dis donc ! Une véritable perle, ce mec.
L’ironie mordante de Blade n’entama en rien l’enthousiasme d’Aubree, qui ne se laissa pas atteindre par de telles bassesses. Au contraire, elle se saisit de ‘The Fame’, de Lady Gaga, sans se soucier du reniflement plein de sens de Blade lorsqu’il aperçut la jaquette, et entreprit de l’épousseter avant de le ranger à sa place. Ta gueule, Blade. Tu sais très bien que c’est pas ça que je voulais dire. Mais je sais pas… Il est pas comme les autres mecs, qui se réjouissent de voir toutes les filles à leurs pieds. Lui, il s’en fout, il prend pas la grosse tête.
- Non, il préfère les traiter comme de la merde en se persuadant qu’il vaut mieux. Aubree leva les yeux au ciel, excédée, et ne répondit pas. Ne réagis pas comme ça Bree, tu sais que c’est vrai ! Il l’a fait avec toi aussi, alors qu’il faudrait être taré pour t’envoyer balader sans même prendre la peine de te connaître.
Cette fois-ci, Aubree posa ses prunelles dans celles de son ami et lui sourit. Quelques secondes de silence s’ensuivirent, et chacun retourna à ses activités. Puis, elle brisa à nouveau le silence, incapable de s’en empêcher. Tu sais, c’est moi qui ai lancé la rumeur. Blade leva la tête, s’arrachant à sa contemplation de l’anthologie des Beatles, et fronça les sourcils, dans un signe d’incompréhension. Mais si, tu sais, celle comme quoi il prenait du Viagra… Aubree avait honte de cet acte, mais Jed l’avait bien mérité. Blade sourit, visiblement amusé et satisfait – bien qu’il tentât, de toute évidence, de le cacher.
- C’est bas, Aubree, très bas. Tu devrais le savoir, on ne s’attaque pas aux gens avec ce genre de choses.
- Oh, allez, Blade, ne me dis pas que votre solidarité masculine tient aussi quand il s’agit de mecs comme Jed Hutson ! Je t’ai vu sourire, Kennedy, ne le nie pas.
Elle se jeta à son cou pour le faire tomber à la renverse, riant aux éclats. Puis elle se redressa brusquement et lança : Bon, j’en ai marre. On continuera après. Viens, je t’emmène au Burger King. Et si t’es sage et que tu acquiesce à tout ce que je dis, je te payerai peut-être ton hamburger !


À l’époque, Aubree n’avait jamais compris que l’animosité qu’éprouvait Blade à l’égard de types comme Jed Hutson était entièrement liée à Aubree, et à l’attirance qu’elle pouvait éprouver pour eux. Jamais elle ne se serait doutée d’une telle chose, persuadée que si Blade n’aimait pas Jed, c’était tout simplement parce que ce n’était pas le personnage le plus sympathique du campus. Aujourd’hui, elle ne savait pas si c’était la jalousie pure ou la colère par rapport à la manière dont Jed avait traité Aubree qui avait inspiré à Blade cette répugnance. Et, à vrai dire, elle s’en fichait – ou, du moins, en apparence. Au fond d’elle, une infime partie continuait à se poser la question, à y attacher de l’importance. Mais cette partie semblait réduite au silence à jamais, bien que le regard insistant de Blade semblât la revigorer et lui donner des forces.



flash-back


JANVIER 2010, WESTOWN (CALIFORNIE)

- Dis-moi, Blade, où est passée notre innocence ?
Blade arqua un sourcil et posa son regard bleu vif sur le visage songeur d’Aubree, visiblement consterné par une de ses nouvelles crises de folie. Il ne répondit pas tout de suite, comme s’il hésitait à la prendre au sérieux ou non – il finit par opter pour la deuxième solution.
- La tienne, elle a disparu le jour où t’as sucé ce type à New York, il me semble. Aubree lui assena un violent coup de coude dans les côtes qui arracha une grimace au jeune homme.
- Je suis sérieuse, Kennedy, espèce d’imbécile. J’ai l’impression que... Aubree se mordit la lèvre, et son regard se perdit au loin, teinté d’une mélancolie évidente. ... j’ai beau vouloir reprendre à zéro, mon passé me poursuivra toujours. L’image que les gens ont de moi ne changera jamais. Et même au fond de moi, je sais que c’est impossible de faire semblant.
Blade soupira, excédé, et attira Aubree contre lui pour l’embrasser sur le bout du nez. On s’en fout de ces imbéciles. Et on s’en fout de ce que t’as pu faire par le passé. T’es une fille géniale, crois-moi – même si tu sors des trucs improbables à des moments tout à fait inadéquats, conlut-il avec un signe de tête vers l’écran de télévision qu’ils avaient jusqu’à présent regardé sans grande conviction. Aubree sourit, quelque peu rassurée. Peu importe ce que t’as pu faire, tu restes ma Bree, et c’est tout ce qui compte.


Était-ce encore le cas ? Si elle retournait maintenant, auprès de Blade, pourrait-il lui pardonner tout ce qu’elle avait fait ? Elle en doutait fortement. Les dégâts qu’elle avait causés étaient bien trop importants. Elle lui avait brisé le cœur, et elle le savait. Cette idée ne lui inspirait désormais rien que de l’indifférence, mais là où il y avait cette brèche, une vague de mélancolie tenta de se faire entendre. En vain – ou presque. Car lorsque Blade, visiblement résigné, leva son verre dans sa direction, Aubree crut ressentir quelque chose crier au fond d’elle. Elle sentait cette infime part d’elle vouloir courir vers lui pour lui confier combien il lui manquait. Cette fois-ci, elle ne réprima pas cette minorité, car elle savait que cela ne servirait à rien. Stoïque, elle soutint le regard de Blade, et ne bougea pas d’un poil. Elle distingua sans grande peine les mots qui se formèrent silencieusement sur les lèvres de son ancien ami, et, une nouvelle fois, ne bougea pas. Puis, il disparut. Le monde autour d’Aubree sembla reprendre vie, elle prit conscience de l’ambiance qui régnait autour d’elle et qui, en réalité, n’avait jamais cessé de battre de son plein. Le Parkwest ne s’était jamais mis en pause pour elle, tout comme le reste du monde. La seule personne qui aurait été susceptible de le faire venait de disparaître par la porte. La brèche continua de hurler, et Aubree leva, à son tour, son verre en direction de la porte. Cette fois-ci, elle ne formula pas d’adieux – elle l’avait déjà fait lorsqu’elle l’avait abandonné une première fois, le lendemain de la mort de ses parents. Quelque chose, au fond d’elle, sembla se briser. Elle put sentir son cœur, enrobé de dizaines de couches de glace, saigner à cause du chagrin qu’elle aurait dû ressentir, mais qu’elle réprimait presque sans s’en rendre compte, habituée à cette démarche.

Alors, elle sourit. Un sourire imperceptible, dépourvu de joie. Mais, paradoxalement, un sourire sincère.

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Message(#) Sujet: Re: who's gonna be there at the end? [pv] Dim 28 Nov 2010 - 12:05


fin du sujet.




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