AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 N°1758 : « RAIN DOGS »

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Invité
Invité




N°1758 : « RAIN DOGS » Vide
Message(#) Sujet: N°1758 : « RAIN DOGS » N°1758 : « RAIN DOGS » EmptyMar 11 Mai 2010 - 22:41

    Il vivait dans une odeur de tabac froid. Cela ne l'ennuyait pas, même s'il s'était employé lors d'une journée à aérer son logement mais le parfum nicotina ne délogea pas de ses quartiers. Alors Pâris se contenta de s'allumer une autre clope et de poursuivre ses quelques rituels. Au vu des billets doux qu'il venait d'amasser sur son pallier (n'avait-il pas une boite aux lettres à ce dessein-là?), il devait avoir fait le bon choix. La pile de missives se ficha sur les précédentes, elles-mêmes étant sur le bureau ; parfois il répondait, parfois il se contentait de jeter. Sa sœur n'appréciait pas le moins du monde le second choix mais ce n'était pas elle qui recevait autant de courrier, d'individus d'horizons différents à la quête d'un conseil, d'un éditeur, et encore cela n'était que la partie des personnes souhaitant simplement les lumières de Pâris. Il ne fallait pas oublier les "groupies", célibataires et lolitas dans l'âme, cherchant l'absolution ou une liaison, dévoilant leurs portraits, leurs corps sous quelques clichés dont la marque de leurs lèvres était imprimé au verso. So boring. Pâris écrasa sa clope dans le cendrier à côté de son ordinateur portable, pianotant sur celui-ci un mail à l'égard de son éditeur qui l'invitait toujours un peu plus à se manier pour finir son recueil de nouvelles. I'm an artist, not a robot : résumé simple de ce qu'il fit traîner sur dix lignes, laissant l'information se diffuser dans les circuits électriques tout en prenant tout juste conscience de l'heure. Presque vingt-et-une heure, d'ici moins de dix minutes, et il était encore torse nu, les doigts prêt à dégainer la bouteille de whisky à proximité ou des Lucky qui flânaient sur le bureau.

    Hailey Caldwell s'imprima à nouveau sur le fond noir de ses paupières ; vamp à la crinière d'or, entre la vingtaine et la trentaine, actrice et alcoolique. Tout deux à minuit de l'ivresse, ils avaient conversé, brièvement pour le premier soir. Le second fut tout aussi laconique, mais moins timide. Ce n'est qu'à l'annonce de son job (et à six secondes d'hésitation), qu'il mit sur la table une proposition qui arracha plus tard quelques cheveux de son agent littéraire. Melancolia Plasticine, pavé de trois cents pages, contait l'exode mental d'un homme entre deux époques, victime d'ecmnésie au point que sa compagne de son adolescence (morte dans un accident d'avion) se superposait avec l'actuelle. Hollywood se l'était encastré bien vite, mettant à la réalisation un jeune homme ambitieux et prometteur et travaillant sur un casting à la mesure de tout cela. On avait approché les quelques stars du moment, plus d'un voyant en cela un moyen d'éviter les blockbusters et redorait leurs carrières noires mais ni Pâris ni le réalisateur n'avaient encore validé la moindre demande. Alors, dans ce bar, plus qu'éméché, l'écrivain avait demandé si elle était libre. Non, pas pour ça avait-il fait tout en déplaçant brièvement sa main. Pour un film. Non, je ne suis pas producteur, je marche dans son ombre : écrivain, scénariste. J'ai un rôle à offrir, il faudra passer des auditions. Faire des sourires à certaines personnes. Se préparer à de longues semaines de tournage. Certainement dans le coin, Melancolia n'a pas besoin que l'on réquisitionne des chambres d'hôtel à Madrid. Ou Londres. O.K ? O.K

    Bien sûr, il valait mieux qu'il la briefe avant : bouquin, script, et cætera. La soirée était déjà bien avancée tant et si bien que ni l'un ni l'autre n'étaient à même de lire plus de cinq lignes ; elle tenait bien l'alcool, lui aussi, mais ce genre de choses demandait un peu de sérieux. Peut être qu'elle jouait sa carrière ; peut être qu'il faisait une erreur. Son agent le lui répéta maintes fois, au téléphone.
    « Tu ne sais même pas dans quel film elle a tourné et toi, bel ange, hop, viens dans mon film y a du café et des chewing-gums à mâcher. Pâris, c'est un gros coup qui se prépare, tu n'imagines pas le blé qui circule et qui va pas tarder à filer dans tes poches. Pas la peine de faire de l'oeil à une minette de films B, Z, ou je n'ose citer une autre lettre. Et essaye d'être sobre pour le casting de demain, on va peut être trouver Sarah. »
    Il ne fut pas sobre mais l'on ne trouva pas Sarah. Sarah, c'était la blonde qui était autrefois la compagne du héros. En prenant un boeing pour se rendre à Monténégro, elle trouva la mort et laissa l'adolescent dans une torpeur qui fragilisa son esprit. J'ai Sarah, s'était-il contenté de dire au réalisateur. D'ici une semaine, je te la présente.

    La semaine n'était désormais plus que trois jours, et le projet aux accents daliniens nécessitaient des mises au point qu'il allait prodiguer d'ici une poignée de minutes. Pour l'heure, il se refusait à réellement évoquer les raisons de son choix. Esthétique, oui. Hailey détonait sérieusement, plus d'un homme cherchait à lui offrir un verre au bar mais son mariage imminent parvenait à dévier les dents des cœurs cannibales. Sauf celles de Pâris, même si la situation n'était pas claire dans son âme. Ce n'était qu'une banale liaison professionnelle, ayant eu pour naissance six verres de vodka, quatre de whisky, un martini dry et neuf clopes. Avec ce tarif, certaines personnes en ont fait des enfants ; lui avait été plus sage. On sonna à la porte, il en frissonna presque tant il n'y était pas habitué. Pâris enfila un haut noir où les lèvres des Rolling Stones figurait et il s'amena de son pas lent jusqu'à la porte d'entrée.

    Domicile de Pâris:
    Baraque séduisante, assez obscure. Très peu de meubles. Son salon est un No Man's Land. Il privilégie la simplicité, et les livres ; une pièce de sa maison est réservée à sa bibliothèque personnelle. De Hemingway à Bukowski, de Nabokov à Joyce. Pas de tableaux prestigieux. L'entrée est suivie d'un léger couloir, amenant au salon : du salon, trois portes ; chambre, cuisine, salle de bain. De la salle de bain, une autre porte vers les toilettes. De sa chambre, une porte vers sa bibliothèque/espace de travail/drugstore personnel. Les murs ne sont pas très colorés, et la luminosité est assez faible entre chaque pièce. Désir d'artiste. Son éditeur a appelé son logement "le garage des Carpathes".

    Il ouvre la porte : Hailey, séduisante, y est et son cœur fait un pas de tango dans sa poitrine, butant contre la cage thoracique pour mieux revenir à son emplacement initial.

    « Bonsoir Mademoiselle, je t'en prie : entre. »

    Sa voix ne cahote pas, et le ton suave est endigué par son timbre usé avec l'alcool et les clopes. Le parfum d'Hailey, sur son passage, envoie une décharge électrique à ses poumons. Pâris ne côtoie presque jamais les femmes. Son âme fatigué ne parvenait plus à suivre les cadences de la romance, les effleurements de la passion ; pour sa survie, il maintenait des distances de sécurité. Les journalistes féminines étaient rares ; les femmes au bar repartaient sans un sourire de son contact et la presse n'avait pas manqué de l'affubler d'un titre de misogyne. De narcissique. Soit, cela allait ; ses yeux suivirent la nuque de son actrice et après avoir refermé la porte, il la guida dans les corridors de sa maison.

    « J'ai photocopié le script actuel. Ce n'est pas le définitif, il y a plus d'une incohérence qu'il me faudra modifier. Hollywood m'a collé trois scénaristes qui aiment les styles simples. Soit : sujet, verbe, complément. Pour un script, ce n'est pas grave, mais les dialogues commencent à avoir la même forme. »

    Ils arrivèrent, après avoir brièvement entraperçu le salon, à son repère particulier. Son lit était défait, des feuilles à moitié employées servaient presque de draps ; des paquets de cigarettes vides, des bouteilles aussi sur la table de basse. Le sol aux alentours comportait les différents livres qu'il lisait. Il y avait du King, du Lovecraft, du Huxley, du Dickens, et du Palahniuk. Le silence n'était pas roi car un disque de Joy Division résonnait dans l'atmosphère ; Pâris lui offrit de passer la porte, celle-là même qui communiquait avec son atelier de travail. Repère sacré ; bibliothèque, table, ordinateur portable, livres, stylos, disques, et cendriers, verres et autres addictions. Une banquette résidait à côté de la table, lui permettant de pioncer en cas de coup dur ; c'est là qu'il fit signe à Hailey de prendre place. Il baissa la musique et s'empara du paquet de feuilles ayant pour titre "Script de Melancolia Plasticine".

    « Tu peux le garder, et le lire calmement. Pour l'audition dans trois jours, tu n'as pas besoin d'avoir tout lu, je te rassure. Ton personnage, Sarah, intervient à partir de la septième feuille. Je présume cependant que l'on te testera sur le passage où tu es à deux doigts des larmes et où tu supplies le héros de se suicider. Cigarette, alcool? »

    Pour sa part, il s'apprêtait déjà à allumer une clope et préparait un verre de cognac. La soirée nécessitait une certaine ivresse pour lui.
Revenir en haut Aller en bas
 

N°1758 : « RAIN DOGS »

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
F I L T H Y S E C R E T :: Ocean Grove - Quartier Résidentiel :: Apple Road & Lemon Street-