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 « Parfois, il faut savoir lâcher prise et dire au revoir »

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Message(#) Sujet: « Parfois, il faut savoir lâcher prise et dire au revoir » Mer 22 Avr 2009 - 0:42


    HJ Quel boulet ! J'ai fait une erreur de manipulation : j'avais besoin des codes couleurs pour un autre topic et je ne me suis pas rendu compte que j'ai copié collé sur mon message de notre topic... résultat plus de premier message :( vraiment désolé :(


Dernière édition par Maât Blythe-Sheldon le Jeu 30 Avr 2009 - 13:10, édité 2 fois
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Message(#) Sujet: Re: « Parfois, il faut savoir lâcher prise et dire au revoir » Mer 22 Avr 2009 - 22:16


    Elle l'avait vu mourir. Victoria Blythe avait vu mourir son grand-père mourir. Une petite-fille regardant son vieillard de père faire une crise cardiaque était quelque chose d'affreux. Mais une petite-fille regardant son vieillard de père faire une crise cardiaque en restant là, à observer, était quelque chose d'abominable. Et pourtant, c'est ce qu'il s'était passé. La jeune Blythe, la dernière héritière à ce jour, n'avait pas réagit, bien trop tétanisé devant l'effondrement soudain du vieux. Sa seule réaction avait été de reculer d'un pas, contre le bureau, sa main bousculant la boite de trombones qui s'écrasa sur le tapis de la pièce. Quelques minutes après, le personnel rappliquait alors qu'elle se sauvait discrètement. Arrivée dans sa Chrysler LeBaron, elle resta un moment les mains sur le volant, les clefs sur le contact et les yeux droits devant elle avant de les fermer et de baisser la tête, des larmes sortant malgré elle. Elle avait laissé mourir quelqu'un. Elle avait laissé mourir son grand-père. Et même si ce n'était pas le grand-père rêvé, il n'en restait pas moins son sang, sa chair et sa famille. La culpabilité la rongeait intégralement.

    Et c'est avec cette même culpabilité que Victoria s'était levée, ce matin même. Aujourd'hui avait lieu l'enterrement du grand-père. Un enterrement dont elle se serait bien passé. Mais elle n'avait pas le choix ; sa grand-mère avait besoin de soutien. Et même si le cœur n'y était pas, ni même les sentiments qui devraient y être, la jeune Blythe se devait d'être présente. Pour l'occasion - si l'on pouvait appeler cela comme ça - sa mère lui avait fourni la robe courte qu'elle avait porté, il y a des années de ça, pour l'enterrement d'un de ses cousins, mort jeune à cause d'une tumeur trop développée. La jeune fille se regarde dans la glace ; elle avait juste enfilé une veste longue noire, qui cachait à pile sa robe qui s'arrêtait vers les cuisses. Victoria avait refusé de porter des talons ; c'était donc de bonnes vieilles converses noires qui donnaient un aspect moins cérémonieux à la tenue. Vicky tourna les talons, attrapa un élastique et coiffa ses cheveux dans un chignon las et négligé. Sortant de sa chambre, elle descendit les marches principales tout en criant, à l'adresse de son frère. Sa mère étant déjà partie depuis le décès au centre-ville pour épauler sa belle-mère, il n'y avait qu'eux deux dans cette maison.

      - Rhys, je sors. On se rejoins devant l'église. Et tâches d'être à l'heure.

    Victoria attrapa ses clefs et sortit de la maison. Non, elle n'avait pas faim. Elle avait l'estomac trop noué pour cela. Cet enterrement était aussi synonyme de retrouvailles avec Maât. Même s'ils se sont vus en janvier, cela remontait tout de même à trois mois. Et les circonstances n'étaient guère les situations rêvées pour des retrouvailles fraternelles. Mais la jeune femme se sentit presque apaisé quand sa petite merveille se réveilla, le moteur bourdonnant agréablement à ses oreilles. Elle resta un moment les yeux fermés, à profiter du bruit de la voiture et du calme du matin. Certes, ce n'était pas très écologique mais qu'importe. C'était son bijou, son caprice, sa merveille, son jouet et rien n'était plus magnifique. C'était peut-être idiot mais Victoria accordait à cette voiture bien plus d'importance que l'on pourrait accorder à un bout de ferraille. Mais ce n'était pas un bout de ferraille et gare au premier qui ose la critiquer. Quelques secondes après, la blonde avait appuyé sur l'accélérateur. Certainement bien plus que la limite autorisée. La voiture se faufila de façon rapide et fluide entre les maisons avant d'en trouver la fin.

    Après être enfin arrivée en ville, Victoria flâna un peu, ralentissant peu à peu, sa fenêtre ouverte. Le coude posé sur la bordure et la main soutenant la tête par la tempe, la jeune Blythe laissait le vent s'engouffrer dans ses pièces ainsi que ses pensées vagabonder dans son esprit. Enfin, elle s'éloigna quelque peu de la ville pour y trouver l'église et, juste à quelques mètres, le cimetière. Elle gara sa voiture sur le parking ; il n'y avait encore personne. Personne mis à part sa mère et sa grand-mère. Victoria coupa le contact mais ne sortit pas immédiatement. Elle inspira profondément, essayant de canaliser ses émotions pour pouvoir, surtout, les contrôler. Elle avait presque la hantise de pleurer en public, même pour un enterrement. Et cela ne datait pas d'aujourd'hui. La seule fois où elle s'est bien passée de ce principe était à l'enterrement de son père. Après quoi, elle sortit, tenant son manteau pour que les pans ne s'échappent pas.

    Quelques minutes après, les gens - la famille, pour la plupart - arrivèrent de toute part. Des cousins, des cousines, des oncles, des tantes, des grands-parents éloignés, même une arrière-grand-mère. Mais aucune trace des deux premiers héritiers de la fortune Blythe. Quand elle sentit son téléphone vibré, elle fut presque soulagée de voir le nom de Maât s'afficher. La blonde s'éloigna des autres. Elle n'aimait guère avoir des conversations téléphoniques aux oreilles indiscrètes. Victoria partit donc sur le bord de route, regardant à droite et à gauche tout en répondant à l'appel. Elle n'eut même pas le temps de dire un mot que la voix de son frère aîné se fit entendre.

      - Victoria. C'est moi, je suis dans le taxi j'arrive dans quelques minutes à l'église.
      - Fais vite s'il te plait.
      - Promis j'arrive dans quelques minutes. Courage. J'arrive.

    Du courage, elle allait en avoir besoin. Sans un mot de plus - ils n'en avaient pas besoin - Victoria raccrocha, son regard vert longeant la rue avant de tourner les talons sous les appels de sa grand-mère. Cette dernière lui demanda si elle allait bien. Bien sûr que je vais bien, grande-mama. J'ai tué celui qu'on enterre aujourd'hui mais je tiens le coup. Forcément, une toute autre version sortit de sa bouche. Victoria en profita pour dire que Maât était sur le trajet. Sa mère lui demanda alors d'appeler Rhys pour savoir ce qu'il faisait. Descendant juste les marches, la demoiselle sortit une nouvelle fois son portable sous la demande de sa mère. Elle roula des yeux alors qu'une musique vocale se fit entendre.

      - Rhys, c'est moi. Dépêches toi un peu, nom d'un chien.

    Sans rien de plus, la jeune femme referma la communication tout en rejoignant les deux mères et femmes meurtries par le même chagrin. Quelques minutes plus tard, Maât arriva. Même pour un enterrement, il était parfait. Quel plaisir ne ressentit-elle pas quand il la prit contre elle. Son parfum, son odeur, sa présence la réconfortaient. Ils restèrent un moment dans cette position, sous le regard des autres, qui devaient se voir attendri devant une scène pareille. Malheureusement, s'ils savaient la vérité, ils n'auraient plus vraiment le même regard sur eux. Mais cela était leur secret. Leur secret à tous les trois. Tout le monde avait oublié la présence de Victoria lors de la crise cardiaque et c'était tant mieux.

      - Victoria, ça va aller ? Écoute, malgré tout ce qui s'est passé je veux que tu saches que je suis là.

    La jeune femme ouvra les yeux, la tête toujours posée contre le torse de son frère, avant de relever la tête. Il avait installé des lunettes grosses et épaisses sur son nez. Le soleil n'était pas assez fort pour déjà penser à sortir les accessoires d'été. Mais il fallait croire que c'était un aspect de la famille de se cacher d'être faible. Même quand on était entre la famille. Victoria secoue légèrement la tête. Elle savait qu'il était toujours là. Même à l'autre bout du pays, il était toujours là. La famille Blythe était peut-être une famille regorgeant de secrets et de défauts mais la fraternité ne pourra jamais leur être enlever. Encore moins entre Maât, Rhys et Victoria. Même si la demoiselle s'est retrouvée seule avec ses parents pendant un long moment, elle avait toujours sût que ses frères étaient là pour l'écouter. Combien de fois les avait-elle appelé en un an ? Il ne fallait même plus compter. En semaine, tout record était déjà battu. Mais Victoria s'en fichait bien. Elle avait besoin d'eux, de présence physique ou orale.

      - Comment veux-tu que je me sentes ? Même si ce n'était pas le meilleur des grands-pères, c'est moi qui l'a... Qui l'a tué. chuchote-t-elle avec difficulté à son frère, le plus doucement possible pour que les autres n'entendent pas. Et toi, comment tu te sens ?

    Victoria savait que Maât avait été assez proche de leur grand-père. Après tout, s'il ne l'avait pas aimé, jamais il n'aurait fait ce qu'il avait fait. Sa sœur n'a jamais réellement compris comment Maât avait pu arrêter ses études de droit pour le sauver. Surtout pour ce qu'il a eut en guise de remerciement. Quand son aîné lui a raconté cette histoire, Victoria n'avait guère été ravi. Elle a même fait exploser un verre. La jeune femme se détacha de Maât, caressant sa nuque puis sa joue, l'air réellement soucieuse. La demoiselle sursauta quand elle entendit sa mère crier le prénom de troisième membre manquant. Elle se retourna donc pour voir Rhys arrivé, le visage fermé, les mains dans les poches. Victoria était bien placée pour savoir qu'il n'était guère réjouit ni très motivé pour venir. Mais sa mère et sa sœur avaient réussi à le convaincre de faire un minimum d'efforts. Comme Maât, il fit le tour de la proche famille avant de les rejoindre. La jeune Blythe s'était détachée de Maât et agrippa furieusement la cravate du jeune homme.

      - Tu l'as mal mise.

    Son visage était soucieux, ses yeux concentrés et son front plissé, comme si cette histoire de cravate était l'affaire la plus préoccupante du moment. Elle savait les faire (elle s'était plusieurs fois amusée avec Lullaby à en faire et Maât lui a montré précisément un jour) mais ce n'était pas le cas en ce moment même. Ses doigts étaient fébriles, ses gestes nerveux et elle n'arrivait pas à trouver où allait quoi. D'habitude, elle les faisait en en à peine deux minutes. Victoria lâcha alors la cravate encore plus mal mise qu'avant et tapa furieusement contre le torse de Rhys. Les lèvres pincées et inspirant profondément, elle prit la direction de l'Eglise, étant donc la première à rentrer. S'installant quelque part au premier rang, Victoria posa ses coudes sur ses cuisses et ses mains sur son front, cachant ainsi son visage. Mon Dieu qu'elle n'aimait pas se sentir faible.


Dernière édition par Victoria Blythe le Lun 27 Avr 2009 - 20:16, édité 2 fois
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Message(#) Sujet: Re: « Parfois, il faut savoir lâcher prise et dire au revoir » Jeu 23 Avr 2009 - 13:40

    13 avril 2009 – barré d'un trait bref et précis. Le soleil venait de se lever sur le quatorzième jour du mois d'avril, date attendue et redoutée. Cela faisait à présent plus d'une semaine que le grand-père Blythe avait disparu dans des circonstances tragiques et brumeuses et Rhys était toujours aussi silencieux quant à cette perte. Il semblait affecté pourtant, cela était évident : il ne sortait pratiquement plus le jour et passait ses nuits dehors. Les rares fois où il se décidait à feindre la normalité, c'était lorsqu'il devait rejoindre Izzie Reynolds, sa meilleure amie, ou croiser le regard froid de sa petite sœur au détour d'un couloir de la résidence familiale. C'était une atmosphère réellement différente qui s'était installée dans la demeure et dans les cœurs depuis le décès de ce vieil homme qui, de son vivant, n'avait pourtant pas suscité un amour fou. Il s'était simplement contenté d'être là. Là pour les fêtes de famille, pour les fêtes religieuses ou nationales, pour offrir des cadeaux et une pression réconfortante sur l'épaule. Pour certain cela était largement suffisant, pour Rhys, c'était totalement risible. Néanmoins, son absence parmi eux le désorientait tout de même. Cet homme avait été son grand-père et parfois, il se demandait s'ils avaient occupés leurs derniers instants ensemble de la meilleure façon. Si cela était à refaire, Rhys aurait-il dû agir différemment ? La question se posait pourtant pas : ce qui a été fait, a été fait ; un point c'est tout. Aujourd'hui était le jour des funérailles de Blythe Senior et rien n'y pouvait changer quoique ce soit.
    A moitié habillé depuis l'aurore, Rhys était assit au pied de son lit, à même la moquette et la tête reposée en arrière sur le matelas. Il fixait un point du plafond comme s'il voyait en celui-ci un intérêt particulier mais toute son attention était plutôt focalisée sur le reste de la maison. En effet, son ouïe était aux aguets et il put alors entendre au bout du couloir la porte de Victoria s'ouvrir puis se claquer tandis qu'elle rejoignait la salle de bain vers huit heures du matin. Il l'entendit faire couler l'eau pendant un bon quart d'heure puis regagner sa chambre. Il l'entendit descendre un moment dans la salle de séjour mais ne pensa pas un instant à aller la rejoindre. Il avait certes le ventre vide depuis la veille mais il n'avait aucun appétit, ni la force de faire semblant – et de toute façon s'il était descendu, il aurait été déçu de voir que Vicky non plus n'avait pas désiré se nourrir. Il préférait alors largement rester là, en chemise et pantalon de cérémonie, sa veste reposée sur la chaise et sa cravate abandonnée sur son bureau. Cela lui permettait de reprendre ses esprits, de classer et réfléchir les différentes idées qui se bousculaient dans sa tête ces derniers temps. En effet, avec deux décès surgis en même temps et touchant deux personnes proches de lui, Rhys avait de quoi être totalement perdu. Peut-être que la douleur qu'il ressentait aujourd'hui n'était-elle en fait qu'un écho de celle qu'il avait ressenti à la mort de son père trois mois plus tôt ? Ou alors était-il vraiment chagriné d'avoir perdu le leader des Blythe ? Mais alors pourquoi n'avait-il versé aucune larme lorsqu'il avait apprit que son grand-père était parti ?
    Finalement, la voix lointaine mais impassible de Vicky le fit sortir de son état de stagnation et il baissa alors les yeux sur la montre en argent qui ornait son poignet. Il était l'heure. D'un mouvement las, il se remit sur pieds et regarda un moment le reflet qui lui faisait face dans la grand glace accrochée à son armoire. Il était pitoyable. Mais étrangement, il semblait satisfait de cette apparence : cela convenait parfaitement à un enterrement, n'est-ce pas ? Il prit tout de même le soin de ramener les pans de sa veste sous son ceinturon et reboutonna convenablement les boutons ouverts. Il passa une main pour essayer de démêler ses cheveux fileux mais sans réel succès. Vint alors l'épreuve de la cravate et cela ne cessa de le faire grimacer. Ce stupide bout de tissu refusait de se mettre correctement – à moins que c'était son manque évident de technique qui rendait le nœud impossible. Au bout de dix minutes alors, frustré et lassé, il abandonna la manœuvre et se dit qu'avec un peu de chance, personne ne portera attention aux détails de sa tenue. Il n'avait jamais été le mieux habillé des Blythe alors la majorité des personnes qui seraient présentes à l'Église n'allait certainement pas attendre grand chose de sa part. Cinq minutes plus tard et prenant soin de verrouiller la maison, il se retrouva au volant de sa Land Rover grise et mit le contact. Ce fut à ce moment qu'il reçut l'appel de Victoria mais ne put pas décrocher. Il ne roula pas rapidement ni lentement : s'il avait été en route pour aller faire les courses de la semaine sans doute n'aurait-il pas conduit différemment. Trop tôt à son goût, il arriva pourtant à l'adresse désirée et se gara. Il n'avait aucun entrain et son manque de motivation évident passaient étrangement bien : il avait l'air triste. Lorsqu'il claqua la porte côté conducteur de sa voiture, il prit une profonde inspiration pour se donner du courage avant de se diriger vers le parvis de l'Église. Une foule était déjà présente et il ne tarda pas à être remarqué par diverses personnes dont sa mère qui vint le prendre dans ses bras. Il lui sourit alors faiblement et lui adressa quelques mots de réconfort à l'oreille : il savait combien elle était en peine ces derniers temps et cela faisait toujours autant de mal à Rhys de le savoir. Il aurait voulu l'attirer ailleurs avec lui, lui épargner la masse de dames et messieurs qui se pressaient autour d'elle avec leurs faux airs compatissants mais c'était impossible. Il était également tout aussi impossible pour lui de rester parmi eux et il accueillit alors avec soulagement l'arrivée de Victoria. S'excusant, il se détacha du groupe et vint la rejoindre à mi-chemin. Un coup d'œil par-dessus l'épaule de sa sœur lui apprit que Maât avait réussi à venir à temps pour l'enterrement de son grand-père. Super. Ou pas.
    Sans s'en rendre compte, voilà que Victoria s'était entichée de sa cravate et la tripotait avec nervosité. Il savait dans quel état elle se trouvait et sans doute lui en voulait-elle de ne pas savoir trouver les bons mots pour la réconforter ou la rassurer. Mais il ne pouvait pas l'aider, au risque de commettre de terribles erreurs. Il préféra alors se complaire dans un silence et la regarda avec calme, fixant ses grands yeux qui semblait se battre pour ne pas craquer. Finalement, elle abandonna d'un geste sec le bout de tissu encore plus mal arrangé qu'au départ et Rhys plissa les yeux en recevant son coup sur son torse. Comme si c'était de sa faute. Il ne dit pourtant rien mais se promit de sauter sur la première opportunité pour discuter avec elle : cela devenait sérieux. Tandis qu'il la suivit du regard lorsqu'elle disparue à l'intérieur de l'Église, il sentit une présence se rapprocher de lui. Maât désirait de toute évidence prendre la relève et sans un mot mais le visage doux, il s'occupa de la cravate de Rhys. Ce dernier resta tranquille mais ne cessait de regarder son grand frère. Malgré leur relation parfois houleuse, il aimait toujours savoir qu'il était là pour lui. Deux minutes plus tard, Rhys arborait enfin un véritable nœud de cravate. Le tâtant avec satisfaction, il esquissa un sourire reconnaissant pour son frère.

      « Merci Maât. Bon retour parmi nous. »


    Ce dernier lui rendit son sourire mais aucune réelle joie ne se lisait dans son regard. Il se contenta pour toute réponse de lui donner une tape sur l'épaule avant de lui faire signe qu'il était temps pour eux de rejoindre l'intérieur. Poussant un soupire, Rhys suivit alors Maât d'un pas décidé. Il allait devoir se faire violence. Trois minutes plus tard, ils s'assirent de chaque côté de Victoria, leur mère assise au bout de la rangée. Tandis que sur l'estrade le prêtre s'afférait pour les derniers détails avant le commencement, Rhys se pencha vers Victoria et lui glissa à l'oreille avec discrétion.

      « Rien n'est de ta faute. »



Dernière édition par Rhys Blythe le Ven 1 Mai 2009 - 0:42, édité 1 fois
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Message(#) Sujet: Re: « Parfois, il faut savoir lâcher prise et dire au revoir » Dim 26 Avr 2009 - 0:15

    Prendre Veronica contre lui avait quelque chose d'apaisant. Maât devait avouer qu'il n'y avait pas une bonne entente dans la fraternité depuis quelques mois mais toutefois, aucun d'eux ne pouvait nier qu'ils étaient toujours là l'un pour l'autre. Quoi qu'il arrive. Alors forcément, un évènement tel qu'un enterrement faisait parti de ces moments qui nécessite le soutient de sa famille.
    - Comment veux-tu que je me sentes ? Même si ce n'était pas le meilleur des grands-pères, c'est moi qui l'a... Qui l'a tué. Et toi, comment tu te sens ?
    - Veronica ! Ne dis pas des choses comme ça, surtout ici alors qu'il y a tout le monde ! D'ailleurs il faut qu'on en reparle, vous n'avez pas été clair lorsque vous m'avez...
    Maât s'arrêta. Un nouveau groupe de personne venait d'arriver devant le parvis de l'église, dont Rhys. Leur frère. Maât avait toujours considéré son frère comme celui des trois ayant le plus besoin de la présence des deux autres. Non pas qu'il était instable mais il semblait prendre un malin plaisir à tenter toutes les bêtises imaginables.

    Oui le jeune Wedding Planner avait toujours été proche de son grand-père, du moins jusqu'à ce que... Bref, maintenant son grand-père n'était plus de son manque et Maât en ressentait un grand vide. Voilà pourquoi il avait tant tenu à organiser cet enterrement : faire quelque chose en l'honneur de cet homme qui comptait tant pour lui, et ainsi en faire son deuil. Voilà pourquoi, lorsqu'il vit la cravate de Rhys aussi négligemment faite et Victoria la ruiner d'avantage, il ressentit un pincement intérieur. Sans ajouter un mot après le départ de sa sœur, il s'avança vers son frère et fit le noeu d'une manière experte.
    - Merci Maât. Bon retour parmi nous. Le jeune homme concerné ne répondit pas à celui, mais le sourire qu'il fit à son frère servi de réponse.

    Ensuite, il se retourna et avança en même temps que la foule à l'intérieur de l'église. Il s'installa au premier rang, entre sa mère et sa jeune sœur. Il observa le prêtre débuter la cérémonie une fois que chacun eut trouvé une place, et il ressentit un nouveau pincement au cœur. Il avait besoin de...
    - J'ai besoin de comprendre. Il s'était penché vers sa sœur et son frère. On a exactement 16 minutes avant que je doive me lever pour faire mon discours, alors vous allez m'expliquer discrètement encore une fois ce qu'il s'est passé. Je crois que je n'ai pas tout suivi quand vous m'avez raconté au téléphone. Il regarda son frère dans les yeux, pour donner donner un caractère impératif à sa requête. Je veux que vous m'expliquiez encore une fois ce qu'il s'est passé.
    HJ: évidemment, sans révéler le secret :p.
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Message(#) Sujet: Re: « Parfois, il faut savoir lâcher prise et dire au revoir » Mar 28 Avr 2009 - 21:33


      RHYS : Rien n'est de ta faute.

    Victoria s'était redressée à l'entente de l'arrivée des personnes. Le dos droit, le visage fermé, les mains jointes posées sur ses cuisses et le regard rivé devant elle, la jeune fille ne dégageait aucune émotion, aucun sentiment, à peine si elle n'était pas en train de dormir assise. Mais ceux qui la connaissaient assez bien savaient qu'elle était quelque part dans ses songes. Et Dieu qu'ils étaient nombreux. La demoiselle n'eut pas plus de réaction quand sa mère, sa grand-mère et ses frères la rejoignirent sur le banc de l'église. La jeune blonde n'avait pas énormément réagit physiquement à la phrase de Rhys. A peine si elle avait cligné des yeux. Mais cette phrase tournait en boucle dans sa tête, comme pour essayer de se donner une raison. Mais physiquement, elle restait raide comme un piquet, n'osant pas bouger de peur de s'écrouler lamentablement. Voir ses nerfs lâchés en pleine assemblée serait la pire des hontes. Et puis, Victoria n'aimait pas les églises. C'était un lieu sinistre où Victoria se rendait le moins possible. L'odeur la faisait fuir et elle ne supportait pas les airs cérémonieux et graves qu'abordaient les prêtres, les curées et autres personnes de l'église. Elle ne croyait pas plus en Jésus qu'en leurs textes. Et ce fut sous une certaine lassitude prononcée exprimée soudainement sur son visage ainsi que par son soupir que le prêtre commença alors son discours. Alors qu'il commençait, Maât se cambra vers eux.

      MAÂT : J'ai besoin de comprendre. On a exactement 16 minutes avant que je doive me lever pour faire mon discours, alors vous allez m'expliquer discrètement encore une fois ce qu'il s'est passé. Je crois que je n'ai pas tout suivi quand vous m'avez raconté au téléphone. Je veux que vous m'expliquiez encore une fois ce qu'il s'est passé.

    Au fur et à mesure qu'il parlait, sa sœur se crispait et fronçait ses sourcils. Maât n'avait donc rien compris ? Tandis que ce dernier fixait leur frère de façon intense, comme pour l'interroger plus qu'elle, Victoria bougea alors pour la première fois en quelques minutes. Son regard vert était flamboyant et elle devait se faire violence pour ne pas hurler. Ses doigts resserrèrent alors un peu plus la pression et ses ongles s'enfonçaient dans sa chair, qui virait au rouge. Mais la demoiselle fut tout de même piquée à vif et ne put empêcher sa voix d'être aigüe, nerveuse et énervée.

      VICTORIA : Tu te fiches de moi, là ? Tu n'aurais pas pu demander ça ailleurs et avant ? Espèce d'i...
      MÈRE : Tais-toi, Victoria. Et tenez vous calme, les enfants.
      VICTORIA : Désolé, maman.

    La jeune fille avait baissé la tête vers ses mains, y trouvant un soudain intérêt. C'était drôle de voir que des choses futiles devenaient alors un problème majeur ou une incroyable fascination sous l'effet de l'adrénaline. Et apparemment, sa voix en avait fait les frais. Et elle fut presque honteuse d'avoir eut ce vif emportement contre son frère, qui ne le méritait pas et qui devait certainement être le plus touché des trois. En temps normal, l'appellation que Madame Blythe avait donné à ses progénitures, à savoir "enfants", l'aurait fait sourire et lui aurait lancé une remarque comme quoi ses enfants avaient maintenant dix-huit, vingt-un et vingt-cinq ans. Mais en ce moment même, cette réplique ne la faisait pas sourire. En ce moment même, elle aurait voulu revenir à l'époque où elle avait encore une famille complète, où elle était encore presque naïve. A l'époque où les batailles avec ses frères pour savoir qui mangerait le chocolat fondant restant dans le saladier après une préparation culinaire de sa mère faisaient fureur. A l'époque où Rhys la forçait à regarder des films d'horreur pour mieux la voir courir dans les jambes de son père. A l'époque où elle adorait être seule dans le bureau de son père, à jouer tranquillement tandis qu'il travaillait, un œil sur sa fille. A l'époque où son père était encore en vie. A cette pensée, ses doigts se resserrèrent un peu plus entre eux et ses yeux se fermèrent, le visage en proie d'une très grande tristesse. Mais non pour la personne enterrée aujourd'hui. Les yeux fermés, elle s'excusa.

      VICTORIA : Désolé. Pardon. J'aurai pas dût.

    Sa voix était confuse et sa tête toujours baissée. Effectivement, elle n'aurait pas dût. Victoria avait parlé de façon très basse, presque dans un murmure, mais elle était sûre que Maât l'avait entendu. Elle savait aussi que ce dernier pouvait mal prendre la petite et brève crise qu'elle venait de lui faire et elle le regrettait amèrement. A l'instar des deux autres, Maât tenait à leur grand-père. Ce n'était donc guère le moment de faire des réflexions ou sa petite peste égoïste. La jeune Blythe leva alors les yeux vers Rhys.

      VICTORIA : Je... Je peux pas expliquer encore.

    Victoria reposa alors son regard sur le prêtre. Elle n'entendait pas forcément ce qu'il disait, et elle s'en fichait bien. Avoir repenser à son père n'avait pas été une bonne idée. Surtout qu'ils étaient dans un enterrement. Celui de son géniteur avait été plus meurtrier pour elle. La jeune Blythe n'avait radicalement pas le même comportement. Mais la personne enterrée aujourd'hui n'était pas la même que celle du mois de janvier. A vrai dire, Victoria n'avait qu'une once de tristesse très enfouie au fond d'elle. Elle n'a jamais été très proche de son grand-père - et aucun des deux n'avait fait plus d'effort pour arranger les choses. Mais sa grand-mère était une personne tout aussi importante pour elle, c'était donc pour elle et juste pour elle que sa petite-fille était venue. Dans un mouvement lent, elle cherchait la main respective de ses frères pour les amener vers elle et commencer à jouer avec. Ils se moquaient toujours de ses doigts petits, fins et minces. " Mais au moins, moi, je sais m'en servir utilement, de mes petites mains. " répétait-elle sans cesse.

      VICTORIA : Jamais vous m'abandonnerez, hein ?

    De l'attention, de la protection, appelez cela comme il vous plait. Mais il est clair que Victoria recherche un côté rassurant et réconfortant. Et peut-être est-ce une façon de penser à son père. Après tout, il est partit indépendamment de sa volonté mais la jeune Blythe avait l'impression à un quelconque abandon. Les yeux toujours rivés sur ses doigts qui jouaient avec ceux de ses frères, Victoria semblait presque s'apaiser. Mais pour combien de temps ?
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Message(#) Sujet: Re: « Parfois, il faut savoir lâcher prise et dire au revoir » Ven 1 Mai 2009 - 0:43

    L'Église se remplissait de seconde en seconde et bientôt, elle ne tarderait pas à être pleine à craquer. Cela pouvait d'ailleurs prêter à l'étonnement : de son vivant, le grand-père Blythe n'était pas quelqu'un d'extrêmement sociable par nature ; c'était son argent qui l'avait rendu populaire et « aimé ». Rhys ne prêtait alors aucune attention aux différentes personnes qui s'introduisaient dans le lieu : il avait à ses côtés immédiats les seules personnes qui méritaient son intérêt, à savoir : sa mère, sa grand-mère, sa sœur, son frère et son grand-père … allongé dans son cercueil et tout de noir vêtu. D'ailleurs, il s'agissait évidemment de la couleur maîtresse sous l'édifice et Rhys ne faisait pas exception. D'extérieur en effet, le jeune homme paraissait absolument se fondre dans la masse : il avait une mine grise, l'apparence tendue et l'œil égaré, voire parfois fuyant. Bien sûr, personne ne pouvait se douter qu'il portait un slip multicolore et que parfois son esprit divaguait en pensant à son prochain repas. Aussi, lorsque son frère aîné s'était penché vers lui et sa sœur, Rhys, qui pensait déjà à autre chose, tourna vivement son visage vers Maât, surpris. Bien entendu, il réussit à dissimuler son désintérêt passagé en forçant d'avantage la dureté de ses traits. C'était fait : il avait à nouveau l'air triste.
    Les paroles que leur adressa alors Maât irritèrent Rhys. Ce n'était pas exactement le sujet qu'il désirait aborder parce qu'il savait qu'indéniablement, aucun n'obtiendrait ce qu'il souhaitait. Se pinçant les lèvres en signe de son mécontentement, il soutenait le regard de son frère, comme s'il essayait de lui faire comprendre qu'il n'obtiendrait pas de sa part une réponse immédiate. Malheureusement pour lui, ce fut Victoria qui prit la parole en premier lieu et se chargea de souligner la maladresse de sa question. Et pourtant, c'était à fait compréhensible : Maât devait bien être absolument troublé par les évènements qui venaient de se produire et les étranges attitudes de son frère et sa sœur. Rhys baissa alors son regard sur sa voisine et parut étonné de sa réponse. Bien sûr, Victoria était quelqu'un d'impulsif, c'était même un trait commun aux Blythe mais la voir s'énerver dans de telles circonstances restaient surprenant. Rhys lança alors un regard vers son frère pour voir sa réaction mais brisa le contact visuel lorsque leur mère vint rappeler à l'ordre la dernière des Blythe. Un lourd silence s'imposa alors entre eux, un peu comme si la parole de leur mère avait eu le même effet que lorsqu'ils étaient gosses et qu'elle les réprimandait pour une bêtise commune. Mais dans le fond, n'était-ce pas ce qu'ils avaient fait ? Une bêtise entre frères et sœur.
    Le jeune homme se pencha légèrement en arrière, comme s'il était déjà agacé et blasé de cette cérémonie qui n'avait pourtant pas commencé. Lui qui aimait l'Église, la spiritualité des lieux et se sentir proche de Dieu, il avait envie de prendre ses jambes à son cou. A défaut, il décida de se laisser faire. Aussi, lorsque sa petite sœur lui attrapa sa main et la blottit dans le creux de la sienne, le jeune homme n'effectua aucun mouvement de recul, bien au contraire. Ce contact inattendu et pourtant si affectif était soulageant, comme si par ce geste, Victoria leur faisait passer le message qu'elle avait besoin d'eux. Il n'eut pas besoin de regarder pour savoir qu'elle détenait aussi la main gauche de Maât dans sa main droite : la main de Rhys frôlait par instant celle de Maât. Ils étaient à nouveau soudés, inséparables. D'un point de vue externe, cette alliance devait sembler terriblement touchante et désolante : les petits fils du défunt se liant face à la mort de leur grand-père. Mais de l'intérieur, le point de vue était tout à fait différent : il s'agissait d'avantage d'une tentative désespérée de chacun des enfants Blythe de se retenir à quelque chose, à quelqu'un pour ne pas sombrer. Ce n'était pas la tristesse qui les réunissait, mais la détresse.
    Alors, lorsque Rhys entendit sa sœur leur demander, la tête basse, la confirmation qu'ils ne la laisserait pas seule, la crainte se lisant totalement sur ses traits délicats, il se redressa sensiblement et se tourna vers eux, pressant doucement les doigts qui enlaçaient les siens. D'une voix neutre et pourtant sincère, il lui répondit en fixant son profil avant que Maât ne prenne la parole.

      « Promis. Nous sommes liés, Vicky, pour toujours. »


    Étrangement, sa phrase sonnait plus lugubre que pleine d'espoir mais il n'insista pas là dessus et préféra même détourner l'attention sur Maât qui était également tourné vers eux. Rhys leva alors son visage vers ce dernier et, le visage ferme mais la voix se voulant discrète, il consentit à répondre à la question qu'il leur avait posé quelques minutes plus tôt.

      « Grand-père ne détenait pas une forme olympique, tout le monde le sait. Malheureusement, le jour de son décès fut celui de trop, de toute évidence … Son cœur a lâché. Sous les yeux de Vicky. Bien sûr, elle n'a rien pu faire pour lui venir en aide et c'est normal : moi-même si j'avais encore été là lorsqu'il a eu son attaque je n'aurais rien pu faire. C'était son destin, Maât. Prie pour lui. »


    Les seules choses qui semblaient avoir été dites avec une sincérité complète étaient  « elle n'a rien pu faire pour lui venir en aide et c'est normal » et « Prie pour lui ». Le reste sonnait sensiblement moins convaincant mais ni Maât ni Victoria n'eurent le temps de le contredire ou l'interroger d'avantage car le prêtre venait d'approcher ses lèvres du micro installé expressément à cet effet. D'un homme, les trois Blythe levèrent son visage vers lui et l'écoutèrent avec une immobilité déconcertante. Finissant finalement son introduction à la cérémonie, l'homme d'église demanda à Maât de bien vouloir le rejoindre pour qu'il puisse déclarer son fameux discours. Rhys tourna alors son regard vers lui, un regard mêlé de respect, de soutien mais surtout d'appréhension.
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Message(#) Sujet: Re: « Parfois, il faut savoir lâcher prise et dire au revoir » Dim 3 Mai 2009 - 22:08

    Maât ne releva pas le "pétage de câble" de sa soeur. Il la comprenait, c'était éprouvant pour elle. Mais il était aussi soulagé de la voir aussi humaine, aussi réceptive à ce qu'il se passait devant ses yeux. Elle restait vivante, pas comme leur grand-père qui s'était obstiné à garder cette silouhette insensible jusqu'à ses derniers instants.
    - Jamais vous m'abandonnerez, hein ?
    - Promis. Nous sommes liés, Vicky, pour toujours.
    Maât prit également leurs mains, mais le cœur n'y était plus. Et lorsque son frère apporta son explication, cela n'aida pas les choses. Comment pouvait-il formuler ces paroles avec autant de simplicité, de manière aussi détachées ? Ne pas porter cet homme dans son coeur était une chose, mais développer cette haine en était une autre que Maât avait du mal à supporter.
    - C'était son destin, Maât. Prie pour lui.
    - C'est bien ce que je compte faire, à défaut que certains le fassent aussi.[/color]
    Maât se leva, et marcha les quelques mètre qui le séparait du parloir. Il monta les marches en pierre, et c'est ainsi qu'il se retrouva en hauteur, devant cette assemblée qui attendait son discours. Plusieurs flashes s'activèrent, Maât cligna des yeux. Comment avait-il pu oublier qu'il y aurait la presse ? Après tout son grand-père avait beaucoup de pouvoir, il dirigeait une grande entreprise d'événementiels. Maât glissa la main dans la poche de son costume, sortit les feuilles de son discours et c'est alors qu'il réalisa : son discours était pourri. Sans aucune intérêt. C'est pourquoi il en fit une boulette et l'envoya par dessus son épaule, dans le décors. Geste de blasphème, qui ne faisait que donner la couleur à ce qui allait suivre.

    - Malgré ce que certains pourraient vous dire, Archibald Blythe était un grand homme. Je sais qu'en apparence, toutes les personnes réunies ici aujourd'hui sont théoriquement là pour rendre hommage à cet individu hors du commun. Mais je ne suis pas stupide, je sais aussi que certains d'entre vous sont là par obligation, pécuniaires ou morales. Ne vous fatiguez pas, je ne suis pas ignorant, je sais quel impact financier représente le décès de mon grand-père. Bref, avant de commencer, je voulais vous remercier d'être présents aujourd'hui, malgré mes paroles précédentes. Certains d'entre vous le savent, c'est moi qui ait organisé la cérémonie de mon grand-père. Quant à ceux qui se demandent qui je suis, autant éclairer vos lanternes : je m'appelle Maât Blythe-Sheldon, premier fils de Douglas Blythe et Eleonor Sheldon. Et donc petit-fils de Archibald Blythe, pour qui nous allons prier dans quelques minutes. Initialement, j'avais prévu que je commencerai par énoncer un souvenir chaleureux, comme on a coutume de le faire dans ces circonstances et ainsi rendre une première fois hommage à mon défunt grand-père. Mais ce serait mal le connaître que d'ignorer l'impact de sa mort sur la Blythe Events Compagny. Or, moi, je connaissais particulièrement bien mon grand-père, je sais donc que cette société représentait une grande partie, pour ne pas dire toute sa vie. Alors, puisque quelques pointures de la presse fédérale et nationale sont présentes aujourd'hui, et que je sais qu'elles essayeront de se jeter sur ma famille pour savoir ce que devient la direction de la société, je vais vous épargner ce plaisir, mes chers charognards, et vous révéler l'issue de la lecture du testament qui a eu lieu hier soir.

    Il sentait que la foule retenait son souffle, tous impatients de savoir ce qu'allait devenir l'entreprise familiale.

    - La direction de la Blythe Events Compagny, c'est à dire la place de président de la société, ainsi que le siège de président du conseil de l'entreprise a été hérité par ma mère, Eleonor Sheldon, veuve de Douglas Blythe, fils de mon grand-père Archibald Blythe. La place qu'elle occupait précédemment était celle de vice-présidente de la société. Cette place, et je dois vous avouer que cela a été une grande surprise, m'est revenue. Pour les actionnaires qui commenceraient à paniquer, sachant à quel point les relations que j'entretenais avec mon grand-père s'étaient dégradées ces dernières années, je tiens à vous rassurer : je tâcherais de mettre les différents que j'avais avec cet homme de côté pour mener à bien mon rôle. Enfin, pour ceux qui commenceraient à imaginer que mon incompétence fera couler l'entreprise familiale qui est aujourd'hui étendue à tout le pays et qui inaugurera une filiale en Australie d'ici deux mois, sachez que mon expérience en tant que Wedding Planner à San Francisco pendant quatre ans me permettra d'éviter le massacre.

    Un nouveau sourire.

    - Bien, maintenant que cela est chose faite, permettez moi de passer à la séquence émotion.

    Maât mit ses lunettes de soleil aviators RayBan puis regarda l'assemblée suspendue à ses lèvres.

    - Comme le veut la coutume, il m'a fallu trouver une anecdote, un souvenir à partager avec vous afin d'illustrer l'être magique qu'était mon grand-père. Ceux qui me venaient été trop personnels, ou pas assez représentatifs.

    Un flash d'appareil photo s'activait au loin. Il voyait déjà les gros titres "L'ainé des Blythe, nouveau vice-président de Blythe Events Compagny fond en larmes, pliant sous le chagrin". Maât ne le ferait pas ce plaisir, dans un sourire sarcastique, il se pencha vers le micro :

    - J'ai finalement réalisé que je n'en trouverais pas. Parce qu'après plusieurs années, je n'avais de toute évidence plus rien en commun avec mon grand-père. Plus rien d'intéressant, plus rien à raconter. Voyons les choses en face, j'étais surement le seul à l'apprécier de ma génération, mais après tout ces coups bas avec lesquels il avait mit un point d'honneur à me faire souffrir, je vous avoue que je ne parviens plus à trouver un souvenir sympathique de lui.

    Eleonor Sheldon, la mère de Maât, Rhys et Victoria se leva, comme pour arrêter son fils. Les flashs s'activèrent de plus belle, et Maât eut un nouveau sourire : maintenant tout le monde avait comprit qu'il n'avait pas mit ses lunettes pour cacher ses yeux brouillés de larmes, mais bien pour éviter de se prendre la lumière des journalistes dans la gueule et ainsi se croire sur les marches du festival de Cannes en France.

    - Navré Mère, c'est la vérité. Toutefois, jamais au grand jamais, et malgré toute la haine que je portais à mon grand-père, je ne serais allé aussi loin que certains. Ils se reconnaitront. Oser me présenter aujourd'hui avec autant de soupires, autant de désinvolture. S'assoir ainsi devant son cercueil en priant, non pas pour le salut d'Archibald dans l'éternité, mais bien pour que cette cérémonie ne se prolonge pas pour l'éternité. C'est ainsi que j'en viens à la conclusion suivante : oui Archibald Blythe était un homme hors du commun, non pas parce qu'il était d'une bonté admirable, en ce qui me concerne, je ne jouerai pas cette carte de l'hypocrisie, mais bien parce qu'il avait le don inhumain de pouvoir se faire haïr de tous ceux qui essayer désespéreraient et sans limite de pourtant se faire aimer de lui. Et maintenant qu'il n'est plus avec nous, je ne veux qu'une seule chose : parvenir un jour à trouver un souvenir agréable de lui, pour le graver avec force dans ma mémoire. Comme il sera graver à jamais sur sa tombe "Archibald Blythe, époux exceptionnel, père magique, grand-père hors du commun.
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Message(#) Sujet: Re: « Parfois, il faut savoir lâcher prise et dire au revoir » Mer 6 Mai 2009 - 20:32

    L'assemblée retenait son souffle. Rhys ne se reteint pas, en revanche, de soupirer.
    L'intonation avec laquelle Maât lui avait répondu juste avant de les quitter, lui et Victoria, pour rejoindre le prêtre mit immédiatement la puce à l'oreille à Rhys. Dès l'instant où il vit son frère grimper sur l'estrade, il comprit la façon dont la partie allait être jouée : il allait donner aux pigeons affamés – à comprendre la presse locale – qui n'attendaient que des miettes ce qu'ils recherchaient et Maât allait sans doute se plaire dans ce petit manège. Rhys qui, sans s'en rendre compte, avait toujours la main dans celle de sa sœur, fixait dans un silence sans faille la figure de son aîné qui ne tarda pas à prendre la parole. Bien sûr avec lui, tout était une affaire de prestance et de mise en scène ; aussi le jeune homme ne sourcilla pas lorsqu'il vit son frère lancer par dessus son épaule le discours qu'il avait prévu à cet effet. Maât était joueur, sans doute le plus joueur des Blythe, mais de toute évidence, cette fois-ci, cela ne réussissait pas à convaincre Rhys. Il l'écouta pourtant sagement lorsqu'il fit son introduction et eut même un rictus amusé lorsque son frère envoya des pics bien sentis à l'égard de la presse et des collègues de leur grand-père. Bien sûr que l'église était à cet instant remplie d'hypocrites que le défunt Archibald Blythe n'avait sans doute jamais croisé de son vivant et le toupet avec lequel Maât le souligna détendit Rhys : il aimait toujours quand un membre de sa famille se montrait particulièrement mordant.
    Rhys n'écouta alors la suite que d'une oreille distraite. Une fois de plus, son attention s'était dissipée au moment où Maât entama sa partie sur l'avenir de la Bythe Event Compagny. Cette société n'avait jamais intéressé le jeune homme et ce n'était certainement pas aujourd'hui qu'il allait commencé à y voir un quelconque intérêt. Pourtant, il ne cessait de regarder son frère, comme s'il était certain qu'il ne tarderait pas à déraper d'une manière ou d'une autre. Lorsque Maât sortit alors de sa poche ses Ray-Ban et les planta sur l'arrête de son nez, Rhys ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel. Décidément, son goût pour le théâtral était sans fin. Un peu agacé par autant de prétention, Rhys tacha tout de même de paraître le moins agité possible : sa mère au bout de la rangée venait de lancer un coup d'œil dans sa direction. Et en effet, il ne tarda pas à accueillir malgré lui la plus forte remarque déplacée que puisse lui assigner son frère. C'était subtile, mais c'était là. Maât, devant une assemblée de cinquante personnes si ce n'est plus, venait de le traiter d'hypocrite. Son sang se glaça en un instant et ses doigts se crispèrent sur la main de Vicky, comme s'il lui demandait par ce geste silencieux de le retenir pour ne pas qu'il aille étriper Maât. Le regard brûlant, Rhys ne tenait même pas à masquer le sentiment qu'il éprouvait tandis qu'il n'écoutait même plus la fin du discours. Il n'avait qu'une idée en tête, sauter sur l'estrade et lui foutre un coup de poing dans la mâchoire en guise de remerciement. Il s'imaginait parfaitement lui flanquer la raclée de sa vie comme lorsqu'ils étaient plus jeunes et qu'ils résolvaient la plupart de leur conflit par l'utilisation de leurs poings. Néanmoins ici, il en était hors de question. Trop de monde ? Non ça, Rhys s'en moquait. Par respect pour le grand-père ? Ça aussi, Rhys s'en moquait. Pour la mère assise à quelques mètres alors ? Non plus, elle avait souvent assisté à des disputes entre ses fils, une de plus n'allait pas la chagriner outre mesure. Non c'était l'emplacement de la cérémonie : l'église. Rhys ne pourrait jamais se montrer violent dans une maison du Seigneur, c'était aussi simple que ça. Mais rester assis, avoir sous les yeux le visage fier de son frère lui était insoutenable et il ne tarda pas à prendre sa décision. Dérobant d'un geste vif sa main de celle de sa sœur, n'accordant pas le moindre regard ni à son frère, ni à sa mère ou sa grand-mère, Rhys se leva du banc et rejoignit l'allée centrale pour se diriger vers la sortie. Il entendit un cri de surprise et des murmures s'élever autour de lui, des flashs crépitaient déjà dans sa direction mais sa marche restait impassible. Rien n'aurait su ralentir son départ, même si les appareils photos dirigés vers lui avaient été des fusils d'assaut. Il devait quitter cette pièce, il devait s'éloigner le plus possible de son abruti de frère et surtout, du corps pitoyable de son grand-père. La tête haute, Rhys marchait d'un pas ferme, avec la mine intrépide de la conviction et du vrai courage. Il était satisfait de la façon dont il s'empêchait de céder à la tentation de colère dans ce lieu saint.
    Lorsqu'il arriva aux portes immenses qui lui barrait la route, il actionna d'un geste sec la poignée et se laissa aveugler par le soleil qui l'attendait dehors. L'air frais eut l'immédiat résultat de le calmer sensiblement mais il restait toujours très fébrile, prêt à démolir la première chose qu'il croiserait. Descendant les marches du perron, il se retrouva sur l'espace verdoyant menant à la rue et, tournant en rond d'un pas précipité, les mains sur le crâne, Rhys tentait tant bien que mal de retrouver son sang-froid, de ne pas céder totalement à la fureur et surtout, à la panique.


Dernière édition par Rhys Blythe le Dim 7 Juin 2009 - 13:49, édité 1 fois
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Message(#) Sujet: Re: « Parfois, il faut savoir lâcher prise et dire au revoir » Dim 10 Mai 2009 - 0:57


      RHYS : Promis. Nous sommes liés, Vicky, pour toujours.

    Qu'importe le ton de voix employé par Rhys, il n'en fallait pas plus pour la plus jeune des trois à serrer ses doigts toujours plus autour des mains qu'elle avait emprisonné. Victoria avait toujours les yeux baissés alors que Rhys se contentait de répondre à la question - assez déplacée - de Maât.

      RHYS : Grand-père ne détenait pas une forme olympique, tout le monde le sait. Malheureusement, le jour de son décès fut celui de trop, de toute évidence … Son cœur a lâché. Sous les yeux de Vicky. Bien sûr, elle n'a rien pu faire pour lui venir en aide et c'est normal : moi-même si j'avais encore été là lorsqu'il a eu son attaque je n'aurais rien pu faire. C'était son destin, Maât. Prie pour lui.

    Prier pour lui. Pourquoi prier pour un homme qu'elle n'avait presque jamais connu ? Après tout, à l'instar de son aîné, jamais Victoria n'a eut de quelconque rapprochement familial avec son grand-père. Elle ne possède guère de souvenirs mémorables pour le peu de compagnie qu'ils avaient eut ensemble, mise à part le jour de sa mort. Quel souvenir mémorable, n'est-ce pas ? Au moins, nous pouvions affirmer qu'il aura étonné et blessé beaucoup de personnes de son vivant et même jusqu'à sa mort. Victoria releva la tête vers le prêtre, qui venait de faire son apparition. Dieu qu'elle détestait cet aspect lugubre. Cet air cérémonieux, ce visage grave et tout ce qui faisait un enterrement. Pourquoi faire transparaitre de la tristesse, de la peine d'un homme qui n'estimait personne mis à part lui-même ? Il n'avait eut aucune reconnaissance envers Maât et cela la tuait. Pourquoi les gens étaient si hypocrites ? Pourquoi ne pouvait-elle même pas avoir la force de surmonter cela ? Peut-être parce que voir mourir quelqu'un sous ses yeux n'était jamais très agréable. Même si cette personne se trouve être un grand-père quasiment toujours absent pour sa famille. Mais il avait osé gros en tournant dos à Maât et voilà le prix de sa paix : un cercueil. Un grand homme mort d'une crise cardiaque. Quoi de plus malheureux et de plus tragique dans le merveilleux monde du business. Monde dont Victoria s'est rappelée de ne jamais, Ô grand jamais, y mettre les pieds. Son frère et sa mère s'en chargent si bien à sa place. Elle, elle comptait suivre les traces de son père et mettre son nom dans la justice américaine. Mais certainement pas dans l'économie du pays ou du monde. Victoria tourna la tête vers son frère quand le prêtre l'invita sur l'estrade en énonçant son nom. Ce dernier les regarda avant d'insister lourdement sur Rhys, la cadette le sentait

      MAÂT : C'est bien ce que je compte faire, à défaut que certains le fassent aussi.

    Victoria fronça les sourcils alors que Maât se levait et quittait sa place pour rejoindre celle du maitre des lieux. Le suivant du regard d'un air perdu et silencieux, elle tourna alors brusquement la tête vers Rhys. Il était clair que cette attaque lui était destinée. Après tout, le comportement du second de la famille n'était pas en sa faveur, quand bien même fut-il le plus croyant des trois. Soupir, roulement d'œil, nonchalance, il fallait être idiot pour ne pas voir que Rhys se passerait réellement bien d'être ici. Il en allait de même pour Victoria mais elle se sentait bien trop affectée et troublée pour essayer de monter une quelconque défense. Et puis, même si elle ne portait pas réellement son grand-père dans son cœur, elle tenait profondément à sa grand-mère, qui, tout comme sa mère, est une grande dame à ses yeux. Elle mérite donc tout le soutien de sa famille et cachait du mieux qu'elle pouvait son envie de fuir cet endroit et s'enfermer dans sa chambre pour au moins les deux prochaines semaines. Mais jamais elle n'aurait le cran de réagir de la sorte. La famille Blythe n'était pas connue pour se terrer dès le moindre souci à l'horizon. Même si cela est ce qu'on appelle juridiquement, une non assistance à personne en danger. Mais comme l'avait si bien rappelé Rhys, elle n'avait rien pu faire. Elle avait été bien trop pétrifié, trop tétanisé pour pouvoir guider ses muscles à faire les gestes qui sauvent. & puis, peut-être manquait-elle aussi de volonté. De toute façon, Victoria n'avait pas à chercher le pourquoi du comment ; déjà parce que Maât avait fait son petit show en balançant son discours tout préparé par-dessus son épaule et aussi parce que son grand-père était mort et que rien de ses remords ni de ses complaintes viendront changer la donne. La jeune Blythe observait alors son frère et s'émerveillait, comme toujours, de la présence, de la décontraction et de la prestance que Maât dégageait. Il était à l'aise en n'importe quelle circonstance et semblait avoir une facilité déconcertante à parler en public. Ce qui n'était pas le cas des deux autres. Si Rhys était assez impulsif dans ses gestes, Victoria essayait toujours de se montrer la plus discrète et la plus impassible possible. Elle n'aimait pas dégager une quelconque émotion négative de son visage. Ne voyez pas là une personne hautaine ou prétentieuse mais juste une personne qui n'aime guère dévoiler ses sentiments en public. Et même en cas de décès, Maât avait le mot pour attirer son public, alimenter les oreilles et impressionner les yeux. Tout du moins, c'est ce que Victoria ressentait quand elle le voyait.

      MAÂT : Mais ce serait mal le connaître que d'ignorer l'impact de sa mort sur la Blythe Events Compagny.

    Voilà un sujet dont elle passerait bien. Se détendant depuis la première fois qu'elle avait mit les pieds dans l'église, la jeune fille se laissa aller contre le dossier du banc, ses deux mains jouant et caressant celle de Rhys qui était toujours là. Mais au moins, Maât avait eut la subtilité de commencer par la raison de la venue et des médias et de la moitié des personnes de cette salle. Oui, Archibald Blythe était un homme connu et reconnu pour la société qu'il a bâti. Il était certainement plus reconnu dans son rôle d'homme d'affaires redoutable que dans celui du grand-père. Le regard de Victoria s'était alors mis à observer les décorations typiquement chrétiennes. Même si elle n'aimait guère les églises, il fallait avouer qu'ils avaient le sens de l'art. Les fresques, les sculptures et autres mosaïques étaient tous plus magnifiques les unes que les autres. Enfin, Maât passa à la séquence émotion, selon ses propres dires. Sa sœur concentra alors de nouveau son attention sur lui alors qu'il avait mit ses lunettes sur son nez. Elle fut tout de même surprise de voir le visage sarcastique et le regard moqueur - elle pouvait facilement le deviner - de son frère alors qu'il devrait être le plus attristé des personnes présentes, hormis leur grand-mère, qui se retenait visiblement, soutenue par leur mère. Victoria, qui avait plutôt écouté le discours d'une oreille seulement, se redressa de nouveau quand elle vit sa mère se lever. Fronçant des sourcils, elle tourna la tête vers Maât, qui avait un sourire aux lèvres. La jeune Blythe s'étonnait et cligna des yeux sous l'effet de la surprise. Comment Maât pouvait-il sourire ? Même elle et Rhys, qui n'avaient guère d'estime pour la personne décédée, n'avaient pas sourit une seule fois. Comment Diable Maât pouvait-il donc sourire ? Cela était affront. Un affront face à toute cette mondanité que Victoria semblait vouloir fuir à chaque fois. Et ses doutes furent confirmés par la suite.

      MAÂT : Toutefois, jamais au grand jamais, et malgré toute la haine que je portais à mon grand-père, je ne serais allé aussi loin que certains. Ils se reconnaitront. Oser me présenter aujourd'hui avec autant de soupires, autant de désinvolture. S'assoir ainsi devant son cercueil en priant, non pas pour le salut d'Archibald dans l'éternité, mais bien pour que cette cérémonie ne se prolonge pas pour l'éternité.

    Victoria sentit les doigts de Rhys se crisper sous les siens tandis qu'elle faisait les yeux ronds. Voilà qui n'était même plus un affront mais une attaque. Et une attaque très subtilement adressée à son frère, assis à ses côtés et qui semblait se tendre. Victoria connaissait assez Rhys pour savoir qu'il aurait bien fusiller Maât sur place. Et quand elle tourna sa tête vers lui, elle se doutait bien qu'elle n'avait pas tord. Elle essaya donc de l'apaiser du mieux qu'elle pouvait par le biais de leurs mains liées, son regard vert passant de l'un à l'autre. Il n'y avait pas à dire : Maât avait provoqué, Rhys était énervé et Victoria était paniquée. Même si c'était son grand-père, ils n'avaient guère besoin d'un scandale public. Mais le mal était fait et Rhys s'était levé. Elle ne savait pas même pourquoi la surprise se lisait de nouveau sur son visage tellement que ce geste était prévisible. Une seconde plus tard, Rhys partait, sortait de l'église, sous le regard des personnes présentes, notamment celui de sa sœur, qui se retourna en première vers Maât. Son regard était du genre " T'es idiot ou t'en fais exprès ? " D'un geste ultime, elle posa la main sur le bras de sa mère, qui s'était de nouveau levée certainement dans le but de poursuivre son fils.

      VICTORIA : J'y vais, maman.

    La blonde eut un léger sourire aux deux dames avant de se lever à son tour. Contrairement aux deux autres, elle essaya de se faire la plus silencieuse que possible. Ce fut pour cela qu'elle ne passa pas par l'allée principale mais par le côté, après avoir glissé le long du banc. A peine deux minutes après, l'air frais de Miami lui frappa le visage alors qu'elle cherchait son frère du regard. Victoria le trouva dans l'espace verdure de l'église, là où des petits vieux en retraite pouvaient s'installer sur des bancs en toute sérénité. Elle soupira légèrement de compassion quand elle vit son frère tourner en rond, comme un lion dans une cage. Rapidement, elle se dirigea vers lui. D'un geste brusque, Victoria le prit par les épaules pour le forcer à se tourner vers elle. Son regard se plongea dans celui de son frère. Exactement le même : vert profond, typiquement blythien.

      VICTORIA : C'est pas le moment de faire le con, Rhys.


    [...]


    Une heure et quelques minutes après ainsi le grand-père enterré six pieds sous terre, tout le monde s'était réuni dans la maison située à Ocean Grove, dans le but de saluer tout aussi dignement la fin de cet homme qu'était Archibald Blythe. Et tout le monde était tout le monde. Autrement dit que Victoria avait bien pensé à verrouiller sa chambre ; il ne manquerait plus qu'elle y retrouve du monde pour péter un câble. La demoiselle sortait d'ailleurs en trombe de la cuisine, tout en attrapant une coupe de champagne, en se dirigeant vers le salon, tout en esquivant les personnes présentes. Déjà, nous pouvions aisément remarquer qu'elle ne marchait plus réellement droit. Bien que ce ne soit que du champagne, Victoria ne résistait guère à l'alcool et elle était très souvent prise des premiers symptômes au bout d'un deuxième verre. Aurait-elle donc trop abusé du liquide ? Il y avait de très fortes chances. En tout cas, la jeune Blythe but une nouvelle gorgée avant de sourire et de monter sur la table du salon.

      VICTORIA : Votre attention, s'il vous plait.

    La demoiselle n'était pas à proprement parler soûle mais très légèrement pompette. Habituellement, jamais elle n'aurait osé un tel comportement. Mais tout lui semblait presque anodin et pathétique. Son regard vert parcourut l'assemblée jusqu'à que cette dernière soit particulièrement attentive. Victoria se racla la gorge avant de se mettre à parler.

      VICTORIA : Je tiens à honorer comme il se doit le fabuleux grand-père qu'Archibald Blythe était. insistance grossie sur le mot fabuleux. Enfin, fabuleux... Un homme imbu de son travail en allant presque renier sa famille serait-il considéré comme fabuleux ? Je vous pose la question. elle sourit, tout en tournant sur elle-même, pour s'adresser à un maximum de personnes. Certains doivent ignorer qui je suis. Mais la plupart savent que je suis la petite-gosse du vieux Blythe. Un homme dont j'admire toujours sa force du travail. Après tout, rares sont les vieillards de son âge qui possèdent un tel talent pour les affaires. En même temps, c'est bien le seul talent qu'il possédait. La preuve ? La présence de collaborateurs, actionnaires ou je-ne-sais-quel-autre-truc qui doit bien représenter les trois quart des invités. des têtes indignées et des sourcils froncés apparurent. Pour en revenir à son rôle de grand-père, je dois bien avouer que c'était pas ça. Pas ça du tout, même. Il lui manquait ce talent-là, apparemment car on a déjà vu meilleur grand-père que lui. Oh oui, il était bel homme pour son âge. Oui, il avait le sens des affaires. Et celui de la réussite. Et du succès. Mais la valeur familiale, certainement pas. En résumé, c'était un vieux con. ces derniers mots ont été prononcé dans un soupir las. Sur ces mots, buvons à sa santé !

    Victoria finit sa tirade en tirant son bras vers le haut, un grand sourire perché à ses lèvres avant de boire sans retenue tout ce qui lui restait de champagne dans sa flûte - autrement dit, les trois quart. Pour quelqu'un qui a tenu une mini leçon de morale à son frère il y a quelques instants, la voilà bien placée pour avoir ce genre de comportement.
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Message(#) Sujet: Re: « Parfois, il faut savoir lâcher prise et dire au revoir » Dim 7 Juin 2009 - 16:06

    « Faire une scène : emportement à lequel on se livre ; querelle violente. » En l'occurrence, cette journée d'enterrement était à mille lieux d'être des plus classiques puisque les « scènes » n'avaient jamais été aussi présentes dans une sortie entre Blythe qu'aujourd'hui. Maât avait ouvert les hostilités avec son discours on ne peut plus subversif et marqué, Rhys avait enchaîné avec son départ prompt et incorrect avant même la fin de la cérémonie religieuse et Victoria n'allait pas tarder à, à son tour, taper violemment du poing sur la table. Était-ce la tension accumulée ou l'esprit du vieux Blythe commençait déjà à tourmenter ses petits-enfants ? Quoiqu'il en soit, les trois jeunes gens ne passaient pas inaperçus, bien loin de là. Qu'ils prennent garde, attirer les regards à une période aussi brumeuse et tranchante n'est peut-être pas une idée brillante.
    Sur le parvis de l'Église, Rhys n'attendait rien ni personne. Son esprit était tellement bouillonnant qu'il n'arrivait pas à penser à l'implication de son départ et encore moins à savoir ce qu'il était le plus juste de faire à présent. Impossible de retourner à l'intérieur, impossible de s'en aller définitivement … Si seulement Maât pouvait sortir à cet instant, il saurait quoi faire : il se jetterai sur lui, tout bonnement. Pourtant, ce qui vint à sa rescousse ne fut ni un appel outragé de sa mère ni la présence arrogante de son frère ; non, ce fut Victoria. Se retournant lorsqu'elle posa ses mains sur ses épaules, presque instantanément apaisé par cet unique geste, il laissa retomber ses bras le long de son corps tandis qu'il soutenait, tendu, le regard perçant de sa sœur. Elle le pressait à se calmer, à ne pas faire le « con ». Il aurait pu répliquer mais il savait qu'il ne le devait pas. Un soupire et il acquiesça, bien que la boule au fond de son ventre continuait à tambouriner.


    La cérémonie avait tout de même pris fin et Archibald Blythe avait vu ses cendres éparpillés, selon ses souhaits, au gré du vent dans un silence lourd – convenable à la situation mais qui terrait de grandes tensions. Les proches du défunt s'étaient alors retrouvés dans la demeure des Blythe qui était à présent celle de Maât, Victoria, Rhys et leur mère. Fort heureusement, elle était assez spacieuse : non seulement pour permettre à tout ce monde d'y être à l'aise pendant la réception d'après-enterrement qui y était organisée mais surtout pour être certain qu'une distance suffisante pouvait séparer Rhys de Maât. Impossible pour lui de se retrouver auprès de son aîné pour le moment, c'était bien trop tôt. Accoudé à une commode en bois massif et brillant de la salle de séjour, Rhys buvait à la canette une bière fraîche dont il s'était servi lui même dans le réfrigérateur de la cuisine : les flûtes de champagne, très peu pour lui. Sa cravate était défaite juste ce qu'il fallait pour lui permettre de respirer et de commencer à se détendre réellement. Pourtant, loin de lui l'idée d'aller sympathiser avec quiconque : il se donnait, en fait, exactement dix minutes avant de quitter les lieux sans demander son reste. Sa présence ici n'était qu'apparence pour qu'on ne vienne pas lui faire de reproche par la suite. Son regard désintéressé balayait l'espace qui l'entourait et il ne pouvait s'empêcher de grimacer en voyant de nombreux inconnus feindre le chagrin de la perte tout en se goinfrant des différents canapés mis à leur disposition. Des vautours. Cependant, quelques minutes plus tard, ce fut une personne en particulier, un spectacle inattendu qui attira soudainement son attention. Que se passait-il ? Il n'était pas le seul à avoir remarqué que quelque chose de particulier s'apprêtait à être produit car de nombreuses têtes étaient tournées dans la même direction que la sienne. Fronçant les sourcils, sa canette toujours à la main, Rhys s'avança au milieu de la foule vers la table du salon sur laquelle venait de grimper sa petite sœur et qui demandait à présent le silence autour d'elle. Le discours qu'elle déclara alors excéda son frère. Non mais bon sang, ne savaient-ils pas la fermer dans cette famille ? Rhys était-il le seul être suffisamment censé pour ne pas s'étaler, les compromettant ainsi comme ils le faisaient devant des centaines d'inconnus ? Tout de même, au fil du speech improvisé, le jeune homme, malgré sa mauvaise humeur notoire, du reconnaître que les paroles de Vicky n'étaient pas sans intérêt. En effet, l'audace et la franchise dont elle faisait preuve, face à ces pecnots qui pullulaient dans leur demeure sans gêne, fit esquisser un faible sourire aux commissures des lèvres de Rhys. C'était bien la première fois de la journée qu'il était si proche d'un sourire. Il ignorait totalement où était son frère mais un coup d'oeil bref par dessus son épaule lui indiqua que Maât également s'était rapproché de la table. Un signe de la tête complice entre eux, les deux frères se firent comprendre qu'il était temps pour eux d'agir et de sortir Victoria de la situation impossible dans laquelle elle s'était empêtrée. Bye bye animosité entre eux, bonjour la solidarité d'acier qui les unissait lorsque l'un d'entre eux était dans le besoin. Buvant une dernière gorgée de sa bière – et il fut bien le seul – juste après que Vicky ait invité toute l'assemblée à boire à la santé du grand-père Blythe, Rhys abandonna la canette sur la table et, avec l'aide de Maât força la jeune fille a descendre de là. Elle se débattit un instant mais devant la fermeté mais la douceur à la fois de ses frères, elle consentit finalement à les rejoindre au sol. Elle était pompette, cela se voyait clairement à ses joues délicatement rosies et son regard hagard. Cette vision crispa un instant les boyaux de Rhys : ce pêtage de plomb de Vicky ne lui ressemblait pas et il devinait clairement la raison. Levant son visage vers Maât, ils se mirent instantanément d'accord pour raccompagner la jeune femme à sa chambre à l'étage. Avant de passer son bras autour de la taille de Victoria, Rhys s'adressa alors au reste des invités qu avait toujours les yeux toujours rivés sur les trois Blythe. Certains même continuaient à manger comme s'ils se trouvaient devant un épisode réjouissant d'une série dramatique. Un regard à sa mère qui se tenait prêt de la porte du salon, Rhys déclara d'une voix claire et dénuée de la moindre cordialité. Il les voulait dehors, un point c'est tous.

      « C'est terminé. Vous êtes priés de tous rentrer chez vous, emportez les bouteilles de champagne en guise d'excuse si ça vous chante. Pas de commentaire, surtout. »


    Le visage fermé, il vit alors les convives murmurer des paroles indignées et s'échanger des regards courroucés. Ils semblaient offusqués d'être suspectés d'opportunisme mais ils se demandaient intimement s'ils arriveraient à mettre, en effet, la maison sur une des bouteilles précieuses de la maison. Posant son regard sur Vicky puis sur Maât, Rhys se dirigea avec eux à l'extérieur de la pièce et ils gagnèrent rapidement le grand escalier de marbre qui les menèrent bientôt à l'étage supérieur, à l'abri de l'agitation, à l'abri de l'avidité mais surtout, à l'abri de l'hypocrisie.



– ENDED
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Message(#) Sujet: Re: « Parfois, il faut savoir lâcher prise et dire au revoir »

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« Parfois, il faut savoir lâcher prise et dire au revoir »

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