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 ℘ i'm all wrapped up in apathy and i don't want to stay this way

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Message(#) Sujet: ℘ i'm all wrapped up in apathy and i don't want to stay this way Sam 25 Fév 2012 - 0:46

Elle avait quitté la maison dès qu’elle avait pu. Ce qui lui donnait la détestable impression de céder du terrain, de flancher, et par la même occasion de prouver à Debra que cette dernière détenait encore une certaine emprise sur sa propre personne. Ce n’est pas faute d’avoir essayé pourtant, mais vivre avec Debra Stainthorpe représentait un challenge permanent, tous les prétextes étaient bon pour mener la guerre, et cela valait pour tout : qui va décider ce qu’on regarde à la télé ce soir, qui choisira si on laisse les rideaux ouverts ou fermés en journée, à qui revient le droit de modifier la température sur laquelle est réglée le thermostat, qui est sensé aller faire les courses la prochaine fois, qui doit se charger du lave-vaisselle – et les guerres se succédaient, les unes après les autres, laissant peu de temps de répit aux deux jeunes actrices. Chris, dans l’affaire, n’avait pas son mot à dire, aussi se contentait-il de compter les points en veillant bien à ne pas mettre les pieds dans le no-man’s-land, bien conscient qu’il n’en ressortirait pas indemne. Lorsque Debra vaquait à ses propres occupations, en dehors de la maison, Astoria en profitait pour se rapprocher du jeune garçon ; en dépit de ce dont ça pouvait avoir l’air, son geste n’avait rien de calculé, et seule la curiosité la motivait à l’origine. De fil en aiguille, elle en était venue à apprécier la compagnie de son colocataire pourtant non désiré, et, dans ces moments critiques où elle ne ressentait aucune envie si ce n’est celle de capituler et de partir en hurlant et en claquant la porte (dramaticienne jusqu’au bout des ongles oblige) il lui suffisait de darder un regard inquiet dans sa direction pour se sentir aussitôt apaisée. Étrangement, et de façon complètement inopinée, Chris était devenu un pilier dans sa vie ; il s’agissait d’ailleurs probablement de la seule personne avec laquelle elle parvenait à discuter le plus naturellement du monde sans se sentir complètement à côté de la plaque.

Mais ce matin-là, elle avait beau avoir embrassé le salon du regard, elle n’avait pu y trouver trace du jeune garçon, et, ne se sentant pas la force de lutter contre Debra, elle avait simplement et purement pris la poudre d’escampette. Tandis qu’elle déambulait dans les rues d’Ocean Grove, elle essayait de se convaincre qu’il ne s’agissait que d’un repli stratégique, et qu’elle était sortie justement dans l’idée de se dégoter de nouvelles armes, pour mieux revenir en force. Et quelles meilleures armes que des fleurs ? Cela s’annonçait comme une évidence. Si elle avait été un chien, Astoria aurait certainement orné les murs de leur maison commune de flaque d’urine, mais elle était bien plus évoluée que ça, bien plus subtile, et elle comptait bien s’établir en tant que propriétaire des lieux, à sa manière. La manière fleurie. Le sourire aux lèvres en songeant qu’elle aurait détesté cela, si Debra avait pris la liberté de foutre des plantes partout dans la maison sans l’en aviser au préalable, Astor entre chez le premier fleuriste qui croise son chemin.

Son regard se perd dans les différents rayons et, rapidement, elle se sent assiégée de toute part par des visions colorées qui s’entremêlent confusément dans son esprit. Il lui semble que la vendeuse lui demande si elle cherche quelque chose en particulier, un type précis de fleurs, mais elle l’envoie balader poliment, presque timidement à vrai dire. Elle n’y connaît rien en fleurs. Elle ne connaît ni leur nom, ni leur odeur, et, à ce qu’elle en sait, certaines pourraient même être comestibles après tout. Cela ne fait pas deux minutes qu’elle se trouve là, et déjà elle regrette. À quoi pensait-elle ? Elle ne peut tout de même pas prendre le premier pot qui lui tombe sous la main et l’acheter, non ? Si ? Et y a-t-il des fleurs précises qu’elle est censée acheter ? Est-ce que sa position sociale et culturelle fait que, par exemple, cela serait mal considéré si elle prenait ces drôles de fleurs bleus au lieu des jolies roses – notons au passage qu’elle n’était pas peu fière de faire partie de cette élite intellectuelle capable de reconnaître des roses au premier regard – ou bien est-ce que, au contraire, ces choses-là n’avaient rien à voir ? Pantoise, elle s’attarde sur les étiquettes qui pendent avec nonchalance aux tiges, dans l’espoir vain que ces dernières pourraient la renseigner un peu plus.
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Message(#) Sujet: Re: ℘ i'm all wrapped up in apathy and i don't want to stay this way Sam 3 Mar 2012 - 23:41

Son humeur ne s’était pas assagie et continuait à lui jouer des tours, changeant d’apparence comme bon lui semblait. Encore la veille, un pot de départ était organisé dans la petite salle du fond de la radio, où logeaient un tas de débris que les stagiaires étaient chargés de ranger –ils se disaient bien qu’ils oubliaient quelque chose, rétorquèrent-ils quand le responsable se tourna vers eux, et c’était donc ça. Bridget, elle, avait posé un regard désintéressé sur les différents tas éparpillés à différents endroits de la pièce, l’envie pressante de taper dedans et de crier sur ces stagiaires bons à prendre leur pause. Non, vraiment, les choses étaient bien différentes. Elle se souvenait de son étape stagiaire et elle ne s’était pas particulièrement mise à la tâche, ce qui lui avait été reproché, mais comparé à ceux d’aujourd’hui, Bridget avait bien fait le double d’efforts. Elle n’affectionnait pas particulièrement le passé, mais à cet instant précis où une collègue pressa son bras pour la rassurer, elle eut violemment envie d’envoyer ces stagiaires y faire un tour avec un bon coup de pied aux fesses. Le service militaire manquait, elle n’avait jamais compris pourquoi il avait été supprimé. Mais était-ce seulement là la raison de son emportement ? Un simple dérèglement de l’ordre n’avait, généralement, aucun impact sur sa personne. Généralement. Car le stagiaire qu’elle avait à l’œil depuis son arrivée, celui aux yeux si clairs qu’on pouvait assurer l’absence flagrante de tout cerveau, celui-ci s’était permis de lui sourire et de claquer sa main sur son fessier en déclarant : « Ça te dit de rester cette nuit, pour m’aider à mettre un peu d’ordre ? Si tu es mignonne, je te ferais goûter à ces lèvres. » Suivit de ces paroles, le jeunot sorti la langue, la passa à plusieurs reprises sur ses lèvres. Immobile, Bridget écoutait d’une oreille le Don Juan de ces dames, d’une autre le discours ô si touchant de la collègue aux mèches bleus. Ils faisaient une sacré équipe. « J’y penserais. » Tournant les talons, elle poussa de son épaule le ‘Justin Bieber’ de la boîte qui effaça aussitôt son sourire, il comprit qu’il n’aurait pas l’occasion de chanter à Bridget son ‘Baby, Baby’ ô combien important dans son plan drague. Elle avait tourné les talons, claqué la porte de la radio et était sorti. Tant pis pour les collègues, tant pour sa réputation : elle se foutait de l’un et de l’autre ; précisément de l’autre, définitivement de l’un.
« Bien dormi ? » Bridget n’avait pas répondu à son colocataire, elle n’avait pas même daigné lui jeter un regard. Comme s’il avait choisi ton matin, il lui demandait si elle avait bien dormi, ce qu’il n’avait pas l’habitude de faire. Mais comme il avait choisi ce matin-là pour sa bonne humeur, Bridget l’avait choisi pour la neutralité. A huit heures trente pile, elle était sortie de la résidence, sur son vélo. Sa destination était claire, son chemin bien net. Ce fut cette petite pancarte qui l’embêtait, il était marqué que la boutique n’ouvrirait pas avant neuf heures trente. Il ne lui restait pas loin d’une demi-heure. Alors, accompagnée de son vélo, elle fit le tour d’Ocean Grove, curieuse, les yeux brillants à lueur du soleil levant, achetant au passage (très important) sa bouteille de jus de goyave qu'elle prit soin de commencer grâce à ses gobelets tout fraîchement achetés.
C’est sur une note positive que Bridget ouvrit la porte du fleuriste, non dépaysée par le petit ‘coui-coui’ de l’oiseau imaginaire. Comme à son habitude, elle fit un petit tour rapide, pour se mettre l’eau à la bouche, puis s’occupait de trouver le petit oiseau. Il était bien caché, derrière une plante imposante, mais son radar était indéfectible, elle l’avait encore prouvé aujourd’hui. Lorsqu’elle releva la tête, le nombre de clients avait considérablement augmenté. De petites têtes jouaient à se cacher derrière les feuilles des faux palmiers ainsi installés pour la décoration, Bridget aurait aimé pouvoir elle aussi se cacher derrière ces plantes qui l’avaient tant fascinées plus jeune. Mais il n’en était plus question à présent. « Excusez-moi, à combien sont ces fausses tulipes ? Le prix n’est pas indiqué. » Ce fut un sourire aux lèvres que Bridget se présenta à une charmante jeune femme. Sa posture, sa manière de réfléchir (certainement à l’emplacement des plantes) l’avait convaincue qu’il s’agissait bien d’une vendeuse. Ce qu’elle ne savait pas, c’est que cette femme en question allait se montrer à l'opposé de ce qu’elle avait imaginé. Elle pouvait remercier son sens de déduction, pas très développé pour le coup.
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Message(#) Sujet: Re: ℘ i'm all wrapped up in apathy and i don't want to stay this way Mar 10 Avr 2012 - 17:43

Cela fait bien dix minutes qu’Astoria se promène dans la boutique, son regard errant à droite et à gauche au gré de ses déambulations, et le temps qui passe l’aide à se sentir à l’aise, de façon assez paradoxale puisque d’habitude elle aurait plutôt ressenti une espèce de pression fictive émanant de la vendeuse, s’imaginant que cette dernière s’impatientait et se demandait quand elle allait passer à l’achat à proprement parler. Dans un magasin, comme dans beaucoup d’endroits, Astor finissait en effet par se sentir suspecte à un moment ou l’autre, elle avait systématiquement l’impression de commettre un impair, de ne pas agir correctement, de se tenir de la mauvaise façon. Or, là, parmi les fleurs, elle se sentait curieusement apaisée. Peut-être parce qu’elle avait inconsciemment tendance à recourir au mimétisme et que, même si elle ne s’en rendait pas compte, elle ajustait son comportement en fonction de celui des autres clients, dont la plupart ne semblait pas pressés de passer à la caisse. Tous avaient l’air si détendus. À croire que certains venaient ici uniquement pour le plaisir des yeux ou en repérage, sans aucune intention de se lancer dans un investissement floral, mais uniquement par pur loisir, pour tuer le temps. Ce n’est pas le cas de la jeune femme, pourtant, qui a bel et bien une idée derrière la tête, mais elle se sent si peu maîtresse de la situation qu’elle finit par se demander si cela vaut vraiment la peine, et elle a beau se répéter, comme pour se convaincre, que ce ne sont que des fleurs, et que ça ne doit pas être bien important, bien difficile, elle hésite, est tentée de flancher, rentrer chez elle et abandonner. Ses doigts s’attardent sur un pot de fleur qu’elle observe longuement, songeuse, quand une voix douce et féminine vient la tirer de ses réflexions. « Excusez-moi, à combien sont ces fausses tulipes ? Le prix n’est pas indiqué. »

La question, évidemment, surprend la jeune femme. A-t-elle l’air d’en mener large, question fleurs ? Est-ce qu’elle en a la moindre idée du prix que peuvent coûter de fausses tulipes ? Est-ce bien vraiment à elle qu’on s’adresse ? Prise d’un léger accès de panique, Astoria regarde de tous les côtés pour vérifier que c’est bien elle que la jolie blonde apostrophe ainsi, espérant naïvement réaliser que quelqu’un, qui que ce soit, se trouve juste derrière son épaule et que ça aurait été à cette inconnu que la question était adressée, mais ce n’est pas le cas, et elle comprend vite qu’il n’y a pas d’échappatoire, qu’un autre spécimen de son espèce vient bien d’engager la conversation et qu’elle se doit de répondre, dire quelque chose, n’importe quoi tant que ça lui permette de passer pour une personne normale et sensée. N’importe quoi. « Oh, je… » Tu peux faire mieux que ça, Astor, continue, tu es sur la bonne voie. « Je ne sais pas. Je suis désolée, j’ignore le prix de ces tulipes, je suis une simple cliente vous savez. » Sourire confiant. Faussement confiant, évidemment. Même si de seconde en seconde, Astoria se ressaisit, reprend contenance. Elle se remémore toutes les séries télé qu’elle a pu regarder, toutes les scènes de rencontres hasardeuses qu’elle a visionnées, et elle s’en nourrit, ajuste son attitude et tente de reprendre son rôle en main. « Comment avez-vous appelé ces fleurs ? Des tul… Tulipes ? Tulipes, c’est bien cela ? » Le mot la fait sourire, de façon naturelle, spontanée, et l’espace d’un instant son expression faciale n’est pas préméditée. Tulipe. C’est mignon. « Je suis novice, en matière de fleurs. » Confesse-t-elle doucement, timidement, comme pour s’excuser, avant de baisser le regard en biais ; elle aperçoit alors la sacoche de la jeune femme, dont dépasse une bouteille qui semble sur le point de passer à tribord. Par réflexe, Astoria s’alarme et fait aussitôt la réflexion à l’inconnue : « Attention, je crois que votre bouteille va tomber de votre sac. » en pointant du doigt l’objet en question, qu’elle observe un peu plus attentivement : l’illustration représente un fruit qu’elle n’a jamais vu de sa vie. « Oh, c’est quoi ? » lâche-t-elle instinctivement, sa curiosité reprenant le dessus.
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Message(#) Sujet: Re: ℘ i'm all wrapped up in apathy and i don't want to stay this way Mer 16 Mai 2012 - 18:18

En s'adressant à Astoria -dont elle ignorait encore le prénom, Bridget s'était royalement trompé de personne. Inconsciemment, ce bout de femme, son allure, ce qu'elle dégageait, l'avait irrémédiablement attiré et, sans même avoir des preuves solides, elle avait décidé qu'elle serait celle qui lui apporterait des réponses. Elle n'avait laissé de chance à personne d'autre, son dévoulu s'était jeté sur Astoria et sa belle chevelure blonde qui lui rappelait la sienne, quand elle les soignait avec un arrière shampoing typiquement français. Elle se le procurait durant les vacances, en Loire, avec sa mère, dans un marché couvert, sur une grande place. Elle se souvenait de cette odeur vanillé et de la sensation qu'elle éprouvait lorsque sa mère passait sa main dans ses cheveux pour constater les effets positifs du produit. Oui, les cheveux de la jeune femme étaient certainement l'une des raison qui l'avait poussée à la choisir, elle, et non pas une autre. Et la stupéfaction ne l'atteint pas autant, alors que d'habitude, elle se laissait emporter. Comment ça, ne pas être une novice en matière de fleurs? Bridget n'appréciait pas les généralités, l'idée d'être regroupée avec certaines personnes ne lui donnait que du ressentiment et de la haine, mais les fleurs restait un domaine susceptible de toutes exceptions. Les fleurs représentait, pour la jeune femme, bien plus que l'inimaginable. A travers les fleurs, s'était tout le monde imaginaire de Bridget qui s'était créé, elle survivait à travers les fleurs, c'était son jardin secret, son bout de paradis sur Terre. Alors, imaginer une femme sans cet atout la laissait généralement de marbre, mais Astoria se trouvait être une exception. « Oh, je vous ai prise pour... une vendeuse. » dit-elle, en offrant en guise de pardon son sourire éclatant. Intérieurement, elle se demandait si elle devait faire demi-tour. Mais était-ce seulement une proposition raisonnable? Elle ne le pensait pas. A force de voir des personnes partir et de prendre la peau d'escampette, Bridget se désolait de ses relations avec les autres qui s'était dégradé, notamment lors de son départ de Londres. Sa gentillesse, sa dévotion et son être en lui-même attirait les plus fougasses, mais son pouvoir comme le disait si bien son ami aujourd'hui parti, Aidan Truelove, oui ce pouvoir avait perdu de sa puissance, de son charme. Suite au départ précipité d'Aidan, il lui avait fallut un moment considérable pour parvenir à s'en remettre, à ressortir de nouveau, à fréquenter de nouvelles personnes. Avec lui, tout lui paraissait divinement facile, à porté de main, mais là qu'il n'était plus, elle se sentit perdre de l'altitude, perdre l'unique source de bonheur qui était en sa possession. Il lui fallait repartir de nouveau. « Oh, c’est quoi ? » demanda-t-elle, définitivement curieuse de voir, savoir, connaître, l'élément qui sautait de son sac. Bridget saut alors sur l'occasion. Après tout, les amis ne sont pas forcément amateurs de même sensation et, avec un peu de patience, Bridget arriverait peut-être à lui refiler sa passion pour les fleurs, à lui dicter son savoir ? Mais encore fallait-il qu'un lien se crée entre elles, Bridget croisait les doigts de pieds, dans ses scandales ouvertes. « Oups. » murmura-t-elle. Puis elle laissa échapper un « Merde. » quand ses gobelets prirent le même chemin que sa bouteille. Rapidement, elle se mit à genoux et sans même qu'Astoria puisse faire quoi que ce soit, elle était relevée et enfonça ô combien malencontreusement son ongle dans le pastique qui entourait les gobelets. « Vous ne connaissez pas? C'est du jus de goyave, c'est délicieux. » Intérieurement, elle écrivit sur un post-it de se renseigner sur le jus de goyave, question d'avoir des arguments plus concrets à étaler, mis à part l'adjectif « délicieux ». Puis, alors qu'elle s'apprêtait à ranger son paquet dans son sac, une idée soudaine lui parut en tête. « Vous... Ça vous plairait peut-être, d'y goûter? » proposa-t-elle, bien décidée, oubliant presque la raison principale de sa venue.
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Message(#) Sujet: Re: ℘ i'm all wrapped up in apathy and i don't want to stay this way Sam 19 Mai 2012 - 17:54

Le regard d’Astoria se promène le long de la silhouette de l’inconnue, s’attarde sur son visage qu’elle examine discrètement, l’air de rien. Il y a quelque chose, chez cette parfaite inconnue, qui lui plaît bien. Qui la rassure, étrangement. Elle se fait la réflexion, à elle-même, qu’elle pourrait sans doute se laisser apprivoiser par cette inconnue, cela lui semble possible, et c’est suffisamment rare pour être noté. Souvent, les gens, et surtout les étrangers, l’inquiètent. Parce qu’elle a la sensation qu’ils attendent quelque chose d’elle qu’elle est bien incapable de leur donner. Ils attendent d’elle qu’elle soit normale. Qu’elle connaisse les règles du jeu. Or, tout, strictement tout, la dépasse. La plupart des situations la laisse pantoise, elle ne sait jamais comment réagir, et a bien souvent des absences momentanées quand on lui demande son avis à un sujet quelconque. Entrer en contact direct avec ses semblables lui paraissait donc bien compliqué et les inconnus, à plus forte raison, lui semblaient toujours très inquiétants.

Il y pourtant quelque chose d’ineffable chez ce petit brin de femme qui parvient à l’apaiser, et même à l’intriguer. Cela commence quelque part dans sa physionomie : les angles de son visage ont quelque chose d’attirant, de peu conventionnel. Astoria songe alors qu’un visage pareil aurait fait des ravages au cinéma, et qu’elle pouvait aisément imaginer la jeune blonde devenir actrice. Mais ce petit quelque chose de particulier ne se limite pas à ce détail physique. Il y a aussi la façon dont l’inconnue occupe l’espace, sa gestuelle, son port de tête, sa manière de se mouvoir. Le son de sa voix, et la tonalité que celle-ci prend, quand elle lui répond qu’elle l’a prise pour la vendeuse. Aussitôt, d’ailleurs, les pommettes d’Astoria se teintent d’une légère teinte rosée tandis que son regard s’amourache brièvement du sol. Cette confession ne veut pas dire grand-chose, mais Astor se perd dans ses interprétations toujours propres à sa réalité personnelle. Elle se dit que cela signifie peut-être qu’elle a l’air d’être pleine d’assurance, qu’elle a l’air d’être à sa place, de savoir ce qu’elle fait. Et se dire qu’elle parvient malgré tout à sauver les apparences lui semble être une très bonne chose. Ou, du moins, elle se fait la réflexion qu’elle peut tout à fait se contenter de cela pour le moment.

Ses yeux ébahis d’enfant curieuse se recouvraient par intermittence de ses paupières dont les cils battaient la cadence de son cœur, dont le rythme s’était accéléré au moment où la bouteille suivie des gobelets étaient tombés. Les réflexes d’Astoria s’étaient émoussés depuis qu’elle avait quitté l’émission Survivor – son train de vie était devenu bien plus confortable, aussi. Peu à peu, elle avait appris à se faire indolente, à laisser la vie glisser sur elle sans chercher à la retenir. Il en avait été de même avec cette bouteille de jus de goyave, qu’elle aurait très bien pu attraper si elle en avait fait l’effort. « Non, je ne connais pas du tout… Je ne savais même pas que ce fruit existait. » confesse-t-elle doucement, en continuant d’examiner la bouteille. « Je peux voir ? » ajoute-t-elle, fort audacieusement, en tendant une main solliciteuse.

La proposition de la jeune inconnue, au lieu de perturber Astoria ou de la laisser dans un état de muette incompréhension, l’enchante immédiatement. En réalité, rien ne lui semble plus naturel qu’une telle question, et jusque-là elle trouve leur échange relativement facile, agréable, fluide. Elle n’a pas à se forcer, à réfléchir à la posture qu’elle doit adopter. Tout lui semble, au contraire, couler de source. « Oh, j’adorerais ! Je n’habite pas très loin, si vous voulez, je vous invite – vous avez du jus de goyave à offrir, je peux bien offrir le couvert de ma maison. » Rien ne lui semblait plus naturel, non plus, que d’inviter une totale inconnue chez elle pour boire du jus de goyave. Elle espérait même, au fond d’elle, qu’elles deviendraient bientôt amies.
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